I. Voir p
vie de la corporation tout entière? Son temps terminé, il avait le droit d'exig-er du maître un certificat d'apprentissag-e, qui faisait définitivement de lui un homme de métier, aujourd'hui compagnon, demain peut-être maître. Quand Gratian Lizet le quitte avec son autorisation pour aller achever son temps à Toulouse chez Manaud Troie, le maître brodeur de Gramont, Martig'nac, lui délivre ainsi un certificat, mentionné plus tard dans Tacte passé par-devant Gatian Moulins. De même, à la suite d'un contrat du 3 avril 1704, passé chez les cordonniers, nous trouvons inscrit un certificat d'apprentissage correspondant aux conditions dudit contrat : le maître donne décharge à son apprenti, et on procède à la cancellation de l'acte. Dès lors, la corporation a protégé son propre avenir contre l'incapacité professionnelle et l'absence de valeur morale de ses futurs membres définitifs : elle ne sépare jamais les deux points de vue, ainsi que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le constater. L'apprenti grandira donc sous cette tutelle, et g^râce au contrat protecteur, si fortement organisé en ses conditions matérielles, si fécond en ses obligations multiples, à son tour il recevra une protection efficace contre sa paresse et son ignorance i en oulre, il tendra de cette sorte vers le véritable individualisme dont nous parlions,, réalisant tout son développement possible au double point de vue^ intimement lié, de son rôle fonctionnel et de son caractère d'homme. Et ce n'est point seulement la corporation, mais la société tout entière qui en profitera. Le contrat d'apprentissage nous apparaît ainsi éminemment social, rentrant
dans Torg-anisation g-énërale. Tel que nous l'avons détaillé d'après des documents toulousains, il constituait bien dans notre ancien droit une institution véritable : pour reprendre le mot cité au début, il formait essentiellement « la clé de voûte » de l'édifice corporatif^, où, malg-ré des abus et parfois des circonstances défavorables, vécut si long-temps et prospéra tout le peuple des maîtres et des artisans^ le (( monde du travail » de l'ancienne France,