‹ Étude sur l'apprentissage à ToulouseChapitre 27 sur 50 · Voir Tarif · texte numérisé non relu

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d'individus qui n'avaient jamais régulièrement appartenu à la profession, ou encore ce fait, dans le collag-e des papiers peints, que les ouvriers se sont presque interdit de faire des apprentis, sauf fils ou neveux d'ouvriers.

Quoi qu'il en soit de l'efficacité actuelle de ces restrictions, il n'exisle en réalité, comme formes extérieures manifestant l'état d'apprenti, que le livret individuel prescrit par la loi du 2 novembre 1892 (art. 10) pour les enfants qui n'ont pas atteint dixhuit ans. L'importance attachée à cette dernière formalité est bien relative, et plusieurs ouvrières notamment m^ont déclaré ne s'être jamais beaucoup préoccupées de leur livret qui ne leur servait pas à g-rand^chose, au point que, une fois parvenues à l'âge légal, elles l'avaient abandonné, sans d'ailleurs même se rappeler dans quelle maison.

Conditions matérielles. — Si nous observons maintenant les conditions en quelque sorte matérielles suivant lesquelles se pratique d'une façon générale l'apprentissage toulousain, nous remarquerons combien l'absence, que nous venons de signaler, de toute réglementation certaine et professionnellement contrôlée entraîne une diversité insaisissable de ces conditions, qui ne varient pas seulement dans de justes mesures avec les circonstances, mais sont elles-mêmes le plus souvent essentiellement relatives aux seuls individus. Successivement, nous examinerons la durée de l'apprentissage, l'entretien de l'apprenti et surtout le salaire qu'il reçoit, l'âge auquel un enfant prend d^habitude un métier, essayant de fixer ainsi quel-

ques points de repère où se précisera la question.

Onelqiies-unes de ces conditions reçoivent bien ëvideinment, des tendances et des él)auches d'org*anisation que nous indiquions tout à Theure, un semblant de rég'ularité : ainsi la loi déterminera une limite d'âg-e inférieure, les usag^es locaux pourront intervenir dans la fixation de la durée, un syndicat d'ouvriers s'efforcera, comme dans l'imprimerie*, d'imposer aux patrons un minimum de salaire la quatrième et la cinquième année d'apprentissage. Mais ce ne sont là que simples tentatives d'ordre, qui ne paraissent pas devoir exercer une g^rande influence sur la vie matérielle de l'apprenti, que nous allons essayer de saisir dans ses grandes lignes à l'aide de quelques faits.

a) Durée de V apprentissage. — Considérant tout d'abord la durée de l'apprentissage, nous devrons mentionner quelques-uns des rares métiers où, tant par la survivance de l'usage local que par la pratique du contrat écrit et encore par l'action des groupements professionnels^ cette durée conserve une fixité assez généralement respectée. Chez les cuisiniers, les contrats portent le plus souvent deux ans, à moins que l'apprenti ne fournisse aucun payement au patron,

I. Voir Tarif de composition, déjà cité. — Nous citons volontiers assez souvent les imprimeurs, parce que leur industrie est assurément Tune des plus traditionnelles de Toulouse, où de vieilles maisons, encore particulièrement florissantes, peuvent remonter de père en fds jusqu'au dix-septième siècle (imprimerie Douladoure). Elle constitue d'ailleurs en même temps l'un des métiers les plus importants de cette ville, avec les travaux de l'aig-uille, la menuiserie et, comme g-randos usines, peu nombreuses à Toulouse, la lithog-rapbie (une des premières maisons de France), la fonderie, la chaussure, etc.

auquel cas rengag-emenl est prolongé d'une année. Dans rimprimerie, on adrael communément, tant du côté patronal qu^ouvrier, trois années effectives d'apprentissage réel, plus deux années, dites « de g-râce », durant lesquelles l'apprenti sera considéré comme petit ouvrier. Quant aux usag'es locaux, si en principe ils rég"issent la question, très rarement invoqués, ils ne sont appliqués en fait que dans quelques cas particuliers qui servent seulement — en quoi ceux-ci sont intéressants — à les mettre en relief. Le principe est d^ailleurs formellement affirmé dans le jug'ement rendu au Conseil de prud'hommes de Toulouse, que nous avons précédemment cité^ : « Lorsque la durée de l'apprentissage n'a pas été fixée par le contrat, elle est déterminée par les usages de la profession dans laquelle l'apprenti est employé. )) Et voici les attendus concernant la durée. Il s'agit, nous le savons, d'un coiffeur :

Attendu que du rapport de l'enquête il résulte que la durée de Tapprentissage dans la corporation des coiffeurs est de dixluiit mois à deux ans et que ces clauses sont réglées à l'avance par les parties dans les eng-agements écrits;

Attendu, dès lors, que Briossel, en prenant vingt mois pour la durée de l'apprentissage, n'a pas excédé la durée d'usage...

Pour ce qui est relatif à cette profession, quelques coiffeurs estiment même que former vraiment un apprenti exigerait dans bien des cas plus de deux ans, et le patron d'un des salons de coiffure les plus connus de Toulouse me déclarait que s'il prenait des apprentis, ce ne serait jamais sans leur faire passer

*i. Voir p. 58.

des contrais fixant rengagement à trois ans. A plus forte raison, me disait d'autre part un garçon pratiquant le mélier depuis plusieurs années, si Ton veut apprendre des spécialités, telles que la coiffure de^ dames ou le postiche. Ceci m'est encore confirmé^ dans un quartier tout opposé, par un autre patron, dont la clientèle féminine, assez particulière, est très importante : il a gardé deux ans et demi un apprenti qui est sorti de chez lui coiffeur de dames. Chez les imprimeurs, un petit patron, qui m'avoue pourtant que l'apprentissage est souvent négligé et qui d'ailleurs, de l'avis de plusieurs de ses collègues, forme lui-même de bons apprentis, prétend que la plupart des grèves viennent de ce qu'un certain nombre d'ouvriers typographes, insuffisamment préparés, sont incapables de gagner le plein tarif que les syndicats ouvriers voudraient imposer au bout des cinq ans. Peut-être, d'après lui, faudrait-il une durée plus considérable, étant donné la fièvre qui s'est emparée de ce métier, comme de la plupart des autres, et la hâte avec laquelle on doit livrer le travail : mais ceci évoque un autre aspect de la question que nous retrouverons plus tard'.

Dans l'une des plus grandes fonderies de la ville, l'apprentissage est exactement de neuf mille heures effectives. Dans l'industrie récente de l'automobile, que l'on ne peut, même en ne citant que quelques exemples, passer sous silence, en raison de son prodigieux développement durant ces dernières années, nous ne trouvons pas, à proprement parler, d'ap-

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