‹ Étude sur l'apprentissage à ToulouseChapitre 34 sur 50 · Cf. p. 6i · texte numérisé non relu

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2. Dans l'antagonisme où se tiennent les divers éléments du travail, le syndicalisme apparaît impuissant à corriger lui seul un tel état de choses. N'est-il pas lui-môme parfois une expression de l'individualisme ?

qui précipite Tenfant au sortir de l'école vers un travail le plus rémunérateur possible. Seules les prescriptions légales l'arrêteront : instruction oblig-atoire, interdiction d'employer les enfants avant 12 ans ou i3 ans s'ils ne sont pas munis du certificat d'études primaires (loi du 2 novembre 1892, art. 2), de mettre les jeunes filles mineures de 16 ans aux machines à pédales (décret du i3 mai 1898, art. 12), etc. L'examen de quelques faits nous montre en g-énéral que c'est bien vers 12, i3, i4 ans que l'écolier devient apprenti. Qu'il s'ag^isse de fondeurs, de coiffeurs, d'imprimeurs, d'ouvriers en chaussures, etc., Tâg-e ne varie pas. Et nous avons vu même, dans cette dernière industrie, des apprentis très jeunes obtenir des salaires relativement élevés. Il ne semble pas d'ailleurs qu'il existe un rapport quelconque entre l'âge et le prix versé par le patron : dans l'instabilité des conditions actuelles de l'apprentissage, il ne peut y avoir de même à cet égard qu'une variabilité extrême. Dans les métiers féminins, presque toutes les apprenties débutent aussi vers i3 ou i4 ans. La plupart des ouvrières consultées m'ont déclaré, en eflFet, être entrées dans leur premier atelier vers cet âge, et le directeur d'une grande maison de confection pour dames me disait que chez lui il n'y avait guère de demandes au-dessus de i5 ans. Quinze, seize ans au plus, c'est bien la limite au delà de laquelle en fait ne commence presque aucun apprentissage. On rencontre toutefois quelques exceptions. Voici un ouvrier menuisier qui a débuté à 19 ans, après avoir été jusque-là manœuvre dans une papeterie. Un garçon de 3o ans est resté trois mois, sans toucher de

salaire, dans un g-arag-e, pour s'initier au métier de chauffeur. Dans un salon de coiffure pour dames, telle jeune fille commence son apprentissage à i8 ans (il existe très peu à Toulouse d'apprenties femmes de cette profession). Une modiste me cite le cas d'une de ses apprenties qui avait 22 ans. En revanche, une ouvrière tailleuse m'affirme avoir débuté^ en tournant la loi, à 11 ans. Nous ne citons ces faits qu'à titre de curiosité et pour signaler justement ce qu'ils ont d'exceptionnel.

Contrairement aux usages de l'ancienne France, l'enfant commence donc très jeune son apprentissag-e. Certes, s'il est excellent qu'il soit de bonne heure initié à son métier, il faut cependant qu'il n'y apporte pas cette insouciance qui le rendrait inapte à une éducation technique, ce désir de courir et de muser que l'on trouve chez nombre de gamins et de petites apprenties. Dans certains cas même, un âge assez élevé peut être une garantie de bonne formation professionnelle, et un grand patron menuisier me déclarait qu'à son avis, dans un métier comme le sien , l'apprenti de 20 ans devait faire beaucoup mieux et beaucoup plus vite qu'un enfant s'il voulait travailler*.

Mais ceci serait considéré aujourd'hui comme exagéré dans la plupart des professions, et cette question de l'âge a surtout une g-rande importance en

I. Au huitième Congrès national de la Fédérai ion française des travailleurs du livre, tenu à Paris en 1900, un délégué de Toulouse émettait le vœu que l'apprentissage commençât seulement à l'âge de 17 ans. Il poursuivait ainsi la suppression des demi-ouvriers. (Voir Compte rendu du Congrès, Impr. nouvelle, Paris, 1900, p. 157.)

ce qu'elle se lie très étroitement à la question de TEcole professionnelle, pour laquelle j'ai rencontré des sympathies dans tous les milieux et dont il existe en réalité quelques essais. Nous citerons notamment les divers cours institués à la Bourse du travail (cours de typog-raphie, de mécanique, de charpente, etc.), l'école professionnelle de menuisiers, récemment créée à l'Ecole des beaux-arts, et que l'on a aug-mentée de nouvelles sections : bâtonniers, sculpteurs sur bois, etc. Les cours du soir, dans n'importe quel métier, ne peuvent être qu'insuffisants, étant données leur inévitable brièveté et la difficulté pour des enfants, déjà fatigués du travail du jour, de les suivre efficacement, quand ils consentent à s^y rendre. Ce point de vue a été bien compris, et le principal coupeur d'une maison de lingerie, qui a lui-même professé un cours de coupe, me sig-nalait l'impossibilité, pour les jeunes filles surtout, de faire 3 ou 4 kilomètres chaque soir afin de rejoindre le local choisi ^ Ces cours ne peuvent être donc qu'un palliatif, que leur organisation rend peu pratique en raison même de l'âge de Tenfant, et que d'ailleurs notre régime individualiste laisse sans aucune sanction. L'école professionnelle proprement dite est certainement supérieure. Mais elle offre un dang-er réel que m^ont indiqué plusieurs ouvriers

I. Quant à organiser, comme il en a été question, un ensemble de cours dans chaque quartier, on voit quelle immense et inutile entreprise ce serait, tant pour recruter le personnel enseig-nant que pour le faire concorder avec le nombre nécessairement restreint, parfois nul, en tous les cas variable, des apprentis de chaque profession sur le territoire trop limité du quartier. Du reste, les autres inconvénients, que nous avons sig-nalés, des cours du soir, subsisteraient entièrement.

syndicalistes, comme aussi divers patrons : c'est de déclasser le plus souvent les élèves en les faisant tous aspirer, par exemple, aux fonctions de contremaître, d'écrémer chaque métier de ses meilleurs éléments. Car, en fait, elle n'attire toujours qu'une minorité, et dans les professions où existe une école de ce g*enre la proportion demeure immense de ceux qui s'en désintéressent. De plus, son fonctionnement coûte cher, et le déchet même de ses élèves qui abandonnent le métier est assez considérable. Les charpentiers ont ainsi fondé à Toulouse une école chez la mère : leurs dépenses pour le cours de première année (1907-1908) se sont élevées à 800 francs, mais les apprentis ne sont pas venus. L'école professionnelle ne peut donc avoir de portée que dans la mesure où tout apprenti, dans chaque métier, sera tenu oblig-atoi rement d'y avoir fait un stag-e constaté. Non que dans bien des cas, de l'avis de plusieurs, un tel stag^e, trop théorique, puisse suffire * — et nous retrouverions ici quelques tendances à un contrat ultérieur ou à une rég'lementation corporative (mixte : patronale et ouvrière) de l'apprentissag^e^; — mais il constitue-

1. « On se trouve même conduit à demander à l'école, dit Le Play, ce que Vatelier seul peut donner. » La Réforme sociale, t. I, chap. 28. — L'enquête ouvrière menée en 1908 dans le Mouvevemeni socialiste conclut de même assez unanimement au travail « à l'atelier », non sans dédain pour « l'école ».

2. Du moins l'enquête citée précédemment insiste sur la surveillance de l'apprentissag^e par les syndicats ouvriers (CF. Fagniez, op. cit., sur l'action ouvrière à cet ég*ard, pp. 119 et suiv. ; et sur l'action patronale, pp. 88 et suiv.). Si ce n'est point le véritable esprit corporatif, puisqu'il y a ici méconnaissance systématique d'éléments indispensables au travail et à la production (d'où l'efficacité

rait tout au moins une première préparation qui se superposerait naturellement à rinstruclion g-ënérale reçue à l'école primaire. Un autre système que préconisent certains et qui a donné de bons résultats à Paris, ce sont les cours de demi-temps, qui tiennent à la fois de l'école professionnelle et des cours du soir : ils leur sont, du reste, peut-être supérieurs en ce qu^ils coordonnent précisément et l'école et l'atelier. Ils supposent évidemment un contrat avec le patron, qui s'eng-ag-e à laisser aller l'apprenti aux cours dans le demi-temps de la journée*.

En tous les cas, ce ne serait donc que plus âgé que l'enfant prendrait définitivement un état : ce qui supposerait moins de hâte vers un g*ain rapide, une stabilité plus g-rande dans la vie économique. D'ailleurs, la stricte oblig'ation^, pour appartenir à tel métier^ de suivre l'école professionnelle ou les cours de demitemps, et, d'autre part, un contrôle compétent et intéressé sur ces diverses institutions, n'exig-eraient-ils pas, comme toute autre réforme plus ou moins éla-

nécessairement relative des efforts accomplis), c'est déjà l'esprit syndicaliste.

1. Sur les résultats excellents obtenus par un procédé analogue en Allemag-ne et en Suisse, voir Paul Pic, op. cit. par. i236.

2. L'obligation, telle que la préconisait M. Millerand (conférences de MM. Dubief et Millerand sur V Apprentissage. Annexe au Bulletin de l'Association française pour le développement de renseignement technique commercial et industriel, juillet 1907, 5^ année, n^ 18, p. 20), ne serait en effet odieuse que comme manifestation de socialisme d'Etat, non certes comme nécessité reconnue par une organisation corporative. N'avons-nous pas remarqué la sévérité du contrôle que tout syndicat ouvrier exerçait sur sa propre conservation?

borëe aujourd'hui, une org*anisalion g-ënérale du monde du travail ^?

Résolution des ententes relatives à l'apprentissage. — C'est bien encore dans l'examen des modes selon lesquels se résolvent les ententes entre patrons et apprentis que nous pouvons constater l'absence complète de cette org-anisation, en dehors des tendances vers l'ordre que nous avons sig^nalées en passant. Voici d'abord les cas bien rares où nous retrouvons ces tendances. Le jug'ement du Conseil de prud'hommes que nous avons déjà mentionné^ contient une disposition intéressante à cet ég'ard, que le Journal des prud' hommes interprète ainsi : (( Lorsqu'un contrat d'apprentissag-e s'est formé verbalement, le père de l'apprenti, qui n'est pas intervenu au contrat, ne peut plus en demander la nullité, si postérieurement il en a eu connaissance et y a tacitement adhéré. » Cette décision implique entre autres choses la persistance rég^ulière d'un contrat verbal et sa résolution suivant des formes prévues. Voici les attendus concernant la question :

Attendu que le contrat d'apprentissag-e peut être écrit ou verbal ; que, dans ce dernier cas, il est réglé par les usages de la corporation et est, dans les deux cas, déclaré valable après les deux premiers mois de séjour dans la maison;

Attendu que l'apprenti Jean Fauré a passé i6 mois chez Briossel ; que Fauré père ne saurait valablement invoquer le défaut de contrat et encore moins son io-noiance de savoir

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