‹ Étude sur l'apprentissage à ToulouseChapitre 38 sur 50 · I . Voir p · texte numérisé non relu

I . Voir p

g'ardé trop long-lemps des apprentis comme bourreiirs de lig-nes par exemple. Tout le monde connaît d'aulre pari, chez les couturières, la dislinclion très marquée des travaux de la jupe, du corsag-e et du tailleur, qui nécessitent des tables et souvent des ateliers séparés (au point même — détail curieux à noter — que, de l'avis de plusieurs ouvrières, elle amènerait parfois entre ces catég*ories une différence d'état d'esprit, qui ne serait pas toujours favorable aux (( jupières »). Dès lors, il est difficile à une tailleuse qui veut utiliser sa morte-saison ou qui pour une raison quelconque a dû abandonner les ateliers, de travailler à son compte et de livrer des costumes complets. A plus forte raison, si tout son apprentissag-e a consisté à faire des manches, spécialité qui, malg*ré les exigences de la mode, est loin de justifier une préparation exclusive. Il est vrai qu'à Toulouse peu de maisons forment dès « manchières ». On en rencontre pourtant un certain nombre, dont quelques-unes qui ont trente et trente-cinq ans n'ont jamais changé de travail. Mais c'est surtout dans l'emploi du temps de l'apprenti que les obligations d'éducation professionnelle sont souvent méconnues parles patrons. Nous avons déjà dit, à propos des industries saisonnières, que la première année — et parfois les suivantes — était généralement sacrifi^ée à la maison. Or^ ceci pourrait être affirmé de tous les métiers : l'apprenti est, en fait, dans les premiers temps, beaucoup plus le type du chasseur de café que du futur professionnel, c'est le commissionnaire ou le trottin. (Et tel menuisier, par exemple, l'enverra chaque matin au marché avec sa femme !) A cet

ég-ard, nous pourrions menlionner notamment les serruriers. Avant Tapprentissag-e proprement dit, il y a donc comme un véritable stage d^attente oblig-atoire, presque entièrement ëlrang*er à la technique du métier, sauf pourtant dans quelques manufactures, où précisément la formation est plus rapide et l'apprenti utilisable avec un certain profit. Signalons les cas plus connus, et très fréquents à Toulouse en raison du grand nombre d'ouvrières de cette catég-orie : les apprenties tailleuses ou modistes allant porter le travail chez les clients, ou faisant les courses de manutention, sans compter, dans la plupart des g*rands ateliers, sinon le balayage des ordures, du moins le triag-e des éping^les, et dans bien des petites maisons la cuisine et le ménage. Il faut retirer un bénéfice de Tapprenli; et Tapprentissag^e pour l'apprentissag-e, méthodique et contrôlé, nous l'avons rencontré assez rarement, sa réussite n'étant due le plus souvent qu'à la chance ou l'adresse de l'individu.

Il est vrai que les patrons, ne remplissant pas à cet ég-ard leurs obligations professionnelles, invoquent pour se justifier divers motifs, dont nous avons déjà sig-nalé quelques-uns. C'est d'abord la g-rande variabilité d'une maison à une autre, en l'absence de toute convenlion précise. « Quel intérêt aurions-nous à former de bons apprentis? » me disaient successivement un patron coiffeur et le directeur d'une grande imprimerie, « dès qu'ils connaissent un peu le métier, ils nous quittent. » Les causes de cet état de choses nous sont connues ^

Page 1