FIG. II
A. — Œil hydrophthalmicpio de Haab: B. — Œil schématique de MerM :
Dimension sagit 29,6 mm.
— vertic 26,0 »
Prof, de la ch. antér 8,5 »
Dimension de la base cor-
néenne 16,3 »
Dimension sagit 24,3 mm.
— vertic 23,6 »
Prof, de la ch. antér 2,6 ))
Dimension de la base cor-
néemie 11,6 ï»
de la cornée, ni de celui du cristallin, deux conditions qui ne feraient qu'éloigner, d'une façon évidente, le point focal des faisceaux lumineux, qui traversent ces milieux.
Ce mécanisme, que nous venons de décrire en détail, est loin de donner de l'hypermétropie dans tous les cas, mais il tend toujours à corriger l'allongement antéropoHtérieur du globe, qui autrement dans tous les cas donnerait une myopie extrême. Maintenant toutes les réfractions se comprennent.
Quand cette correction neutralise exactement le recul de la rétine, les faisceaux lumineux continuent à se réunir sur cette membrane, l'œil est alors parfaitement emmétrope; et si cette correction est insuffisante, elle suffit néanmoins pour réduire de beaucoup la myopie qu'on devrait trouver.
No us serions beaucoup trop exclusif si nous voulions appliquer ce raisonnement à tous les yeux hydrophthalmes. Il y en a dans lesquels le cristallin n'a subi aucun déplacement en arrière ; au contraire il est parfois refoulé vers la cornée, mais alors la chambre antérieure est relativement peu profonde, et la myopie est élevée.
Myopie. — Comme nous l'avons fait prévoir dans notre discussion, la myopie des yeux hydrophthalmes, quand elle existe, est d'un degré beaucoup moins élevé qu'on pourrait le penser.
Les myopies de — 15 et — 16 D., comme l'a constaté Dehenne (1), sont d'une excessive rareté, et il est beaucoup plus fréquent de rencontrer des myopies relativement faibles, de — là — 7 D., même dans des globes très distendus, ce qui est une preuve clinique de la réalité du mécanisme que nous avons invoqué.
Au point de vue de sa fréquence, nous devons nous écarter des conclusions de Gallenga, qui croit que l'hypermétropie est l'état le plus fréquent. Notre étude d'une vingtaine d'observations ne justifie pas cette conclusion ; elle nous apprend au contraire que la myopie est l'état de la réfraction le plus fréquent, mais une
1) Dkhenne. Uîiiun médic, XXXVIII, p. i57, 1884.
myopie d'un degré inférieur à ce que l'allongement du globe ferait supposer.
Astigmatisme. — a) Régulier. — Dans les cas où la réfraction a été soigneusement déterminée, l'on a souvent trouvé de l'astigmatisme, et contrairement à ce que l'on trouve dans le glaucome, il est très souvent conforme à la règle, c'est-à-dire que la disposition normale de la cornée s'exagère et c'est la courbure verticale qui présente la plus forte réfringence. Il en résulte un astigmatisme myopique selon la règle.
Nous avons soigneusement déterminé l'état de la réfraction de l'un de nos cas (obs. 1). L'œil était myope de — 7 D. et présentait de plus un astigmatisme myopique de — 1 D. à axe vertical.
Si cet astigmatisme myopique selon la règle est le plus fréquent, comme nous le croyons, comment expliquer son existence? Il nous semble qu'il ne serait pas déraisonnable d'invoquer ici la pression exercée sur le globe par les paupières, qui, étant fortement tendues, offrent en haut et en bas une résistance non négligeable, et qui s'oppose un peu à la distension de la cornée dans le méridien vertical. Nous offrons cette explication pour les cas qui sont les plus nombreux d'astigmatisme selon la règle, mais nous n'ignorons pas qu'on a aussi souvent constaté des astigmatismes contre la règle. Le D'^ Rochon- Duvigneaud nous en a signalé un qui offrait un astigmatisme myopique énorme (6 D.) contraire à la règle (1).
(1) Ce cas était remarquable en ce que le sujet, &gé de 25 ans environ, avait, après correction de son astigmatisme et malgré l'excavation papillaire considé-
b) A. irrégulier. — Cet astigmatisme irrégiilier est facile à prévoir dans les yeux atteints d'hydrophthalmie avancée.
Les causes ne manquent pas pour produire cet état qui rend encore plus mauvaise 1 acuité visuelle déjà si compromise. Le tissu de la cornée subiL à la longue des altérations trophiques qui détruisent la régularité de sa courbure ; et des ulcérations ont pu attaquer sa surface.
Une autre cause de cet astigmatisme irrégulier est la décentration ou même la luxation du cristallin.
Acuité visuelle. — Quoique les degrés de l'acuité visuelle soient innombrables, depuis une vision presque normale jusqu'à l'amaurose complète et définitive, il faut avouer que si l'on divise tous leshydrophthalmes d'après leur vision en deux groupes :
1" Ceux qui ont une vision nette et peuvent encore distinguer les objets ;
2° Ceux chez lesquels la vision est tellement réduite qu'elle ne permet que de compter les doigts à quelques mètres, ou souvent que la simple perception de la lumière ;
Il faut avouer, dis-je, que le dernier groupe serait le mieux rempli.
Mais il ne faut pas oublier qu'il y a dans ces yeux de nombreux éléments qui offrent un obstacle très grand à la vision:
1° La réfraction défectueuse. — En effet, quelle vision
rable, une acuité visuelle permettant la lecture de gros caractères. L'augmentation de tension était ici compensée par rhyi)ermégalie du globe et la vue stationnairc depuis longtemps (Rochon-Duvigncaud).
peut-on espérer avec une myopie de - '2 ii — 1 D. et plus, non corrigée?
2° L'opacification de la, cornée, si fréquente, doit considérablement gêner la vue; ce trouble cornéen peut varier dans son intensité, mais, nous l'avons vu, il existe dans presque tous les cas d'hydrophthalmie.
3° Vhypertonie. — Voilà, pour nous, la cause capitale de cette mauvaise vision, car que peut-on espérer d'une rétine continuellement exposée à une tension qui atteint souvent + 2 et + 3. Est-elle capable de remplir ses fonctions? Elle ne l'est pas, et la preuve que l'hypertoniejoue ici un rôle des plus importants, c'est qu'aussitôt cette cause écartée ou atténuée par l'usage de l'ésérine ou par une opération, on voit de suite monter le taux de l'acuité (si toutefois l'hypertonie n'a pas existé assez longtemps pour produire l'atrophie de la membrane sensible de l'œil).
Nous devons signaler ici l'observation remarquable de Warlomont de Bruges (i). Il rapporte le cas d'un garçon de 13 ans atteint fiydrophthalmie congénitale double assez avancée, mais qui, néanmoins, a conservé pendant tout le temps de sa maladie une vision de 2/3. Il faut dire que ses milieux étaient intacts, qu'il était emmétrope d'un œil et atteint seulement d'un léger degré d'astigmatisme myopique de l'autre.
La tension intra-oculaire n'était que faiblement augmentée, et l'œil s'était évidemment adapté aux nouvelles conditions de la circulation lymphatique.
(1) Wablomont. ArcJi. mêd. Belges, IV, p. 73, 1894. Voir la FiG, I de nos Caractères anato7niqut's.
Acuité visuelle après correction de la réfraction ~ Comme on pourrait s'y attendre, la vision est très souvent peu ou pas améliorée par l'usage des verres. La sensibilité rétinienne a trop souffert par la pression contmue à laquelle elle a été exposée, et même une plus grande netteté des images ne parvient pas à réveiller ses fonctions engourdies, parfois entièrement abolies.
C'est ce que nous constatâmes chez un jeune hyurophthalme (obs. I). Samyopie de — 7 D.,ainsiquesonastigmatisme de — 1 D., corrigée ne lui apporta aucune amélioration. Après comme avant, il ne réussissait qu'cà compter les doigts à un mètre.
Tension de l'œil. — L'hvpertonie est constante sinon pendant toute la durée de la maladie, au moins à un moment quelconque de son cours. En effet, on pourrait formuler cet aphorisme : Sans hyper tonie pas d'hydrophthalmie. Nous n'ignorons pas que certains auteurs, etAngelucci de Palerme (1) en particulier, prétendent que la distension de l'œil pourrait provenir uniquement d'un affaiblissement dans la résistance de la coque oculaire, sans la moindre augmentation de la pression interne. Nous n'avons aucune foi dans ce processus, et nous croyons que si la coque fibreuse doit s'affaiblir à ce point que la tension physiologique la distende, cette distension ne se fera pas régulièrement, elle se fera plutôt dans les endroits où les membranes sont les plus faibles. On sera en présence de staphylômes ayant pour cause un processus inflammatoire plus ou moins chronique ;
(1) Angelucci. Pour son hypothèse voir, lu Pathogciiii'.
loin d'être dur, l'œil sera plutôt hypotone. Mais ceci n'est pas l'hydrophthalmie, dans l'acception de ce terme.
Ainsi, Vhypertonie est un élément constant, pathognomonique et pathogénique de Vhijdrophthabnie progressive. Nous disons progressive, car l'évolution de la maladie peut subir des arrêts, et ces arrêts sont précisément dus à une chute de la pression qui revient momentanément ou d'une façon permanente à la normale.
Quand dans une hydrophthalmie progressive on ne découvre aucune hypertonie^ nous croyons encore qu'il est impossible d'affirmer en toute certitude que la tension physiologique n^est pas dépassée, car les moyens de détermination dont nous disposons sont trop imparfaits. En effet, le palper nous donne des sensations trop vagues pour que nous puissions déterminer avec justesse les très légères augmentations de tension, et jusqu'au jour où nous aurons un instrument très déhcat et absolument exact pour mesurer, à quelques millimètres de mercure près, la pression intra-oculaire, il ne sera, croyons-nous, jamais possible d'affirmer son intensité physiologique.
Mais ces yeux hydrophthalmes d'une dureté douteuse, sont infiniment plus rares que ceux qui présentent une tension augmentée fort appréciable au toucher. Les degrés d'hypertonie sont innombrables, mais cependant généralement moins hauts que dans le glaucome, sans doute à cause de la rigidité des membranes oculaires chez l'adulte.
Dans l'hydrophthalmie aussi, quand la coque oculaire
a atteint son maximum de distension, l'œil devient souvent, d'après l'expression de certains auteur^;, dur comme une pierre, ou, pour être plus précis, il atteint une tension qui serait représentée dans la nomenclature de Bowman par T + 2 ou T -f- 3.
Mais dans les yeux que l'on recontre couramment, la tension est habituellement moins élevée et on hésite souvent même de dire T + 1 ; il semble plus exact alors d'indiquer que la tension est légèrement mais certainement augmentée, comme nous l'avons fait dans un cas (obs. I).