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BLESSURES DU GLOBE ET DE L ORBITE PAR ARMES A FEU

Nous étudierons successivement les blessures par grains de plomb de chasse, puis celles par balles (revolver, fusil) qui atteignent directement Tappareil visuel au niveau de Torbite, ou indirectement^ par lésion des centres nerveux encéphaliques.

L — Blessures du globe et de l'orbite par grains de plomb

Rien n'est plus commun que ce genre de traumatisme. Depuis que la chasse est devenue, non seulement un besoin, mais un sport très recherché dans toutes les classes de la société, il n'y a pas d'année où, à chaque ouverture de la chasse, les ophtalmologues ne soient appelés pour donner leurs soins. C'est donc là un sujet qui nous intéresse beaucoup ; d'autant plus que, dans bien des cas, on est chargé par les particuliers ou les tribunaux d'expertises médico-légales .

Généralement, les yeux blessés se trouvent sur la trajectoire du projectile, chose qui, au point de vue des responsabilités, constitue une condition bonne à retenir. Cependant, il existe des cas exceptionnels où la blessure résulte d'un ricochet contre des troncs d'arbres, des rochers ou de toute autre surface dure, auquel cas le grain de plomb s'aplatit en même temps que sa force de pénétration diminue. Même aplatissement s'observe lorsque le petit projectile, avant de pénétrer dans le globe, butte contre les os de l'orbite.

Le point de pénétration varie suivant qu'il s'agit indirectement des paupières et de la conjonctive, ou directement de la cornée et de la sclérotique. Une fois le globe atteint, le malade accuse un trouble immédiat de la vue, accompagné ou non

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d'hémorragie extra et iiitra-oculaire. L'iris reste normal, ou il apparaît de la mydriase par iridoplégie avec perte des réflexes pupillaires.

Lliyphéma n'est pas alors rare, et à l'ophtalmoscope on aperçoit du sang extravasé dans le vitré qui devient trouble.

Dans les cas où ce milieu reste transparent, on constate des taches hémorragiques de la rétine, devenue elle-même trouble sur un point qui est Taboutissant du grain de plomb. Quant à un décollement correspondant, il ne s'observe que plus tard, sauf lorsqu'il se fait une hémorragie sous-choroïdienne due à une rupture de la choroïde sous-jacente. Lorsqu'il y a décollement, le campimètre révèle le rétrécissement du champ visuel situé du côté opposé à la partie détachée de la rétine.

Il est exceptionnel de pouvoir déceler le grain de plomb logé dans la profondeur du globe, non seulement au début mais longtemps après, à cause du caillot sanguin qui l'enveloppe, et plus tard de son enkystement par du tissu conjonctif de nouvelle formation. On est quelquefois plus heureux, en s'adressant à la radiographie. Mais c'est là un résultat qui est loin d'être toujours atteint à cause des difficultés de ce mode d'exploration. On y pallie en grande partie en variant les poses dans le sens aussi bien frontal que sagittal, ce qui permet en même temps d'en préciser le siège exact.

La radioscopie, à laquelle Bourgeois (i) reproche de ne pas rendre de grands services et de ne pas permettre de localiser nettement le siège du corps étranger, n'en reste pas moins utile dans certains cas analogues au suivant que nous empruntons à F. Terrien et Beclère (2).

Un individu de 3i ans reçoit, à la chasse, le 22 octobre 1901, d'une distance de 40 mètres, un grain de plomb qui traverse le milieu de la paupière supérieure gauche. Aussitôt après l'accident, cet œil ne pouvait plus rien distinguer de 3 heures de l'après-midi au soir, moment où la vision revient en partie, et deux jours plus tard on constate que Tacuité visuelle est remontée à 1/8. Le plomb était du n*' 5 des armuriers.

L'état offert par l'œil était le suivant : paupière supérieure légèrement ecchymotique, conjonctive et épisclère largement infiltrés de

(1) Bourgeois, Soc. /'ranç. f/'op/?/., mai 1901.

(2) Terrien et Beclère, la Clinique ophtalmologique, 1902, p. 6.

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sang en haut et en dehors ; teinte verdâtre de l iris contrastant avec la couleur bleue du côté sain, ce changement était Tindice d'une légère hémorragie dans 1 humeur aqueuse et non d'une iritis, vu que V était normale et que la pupille était influencée par la lumière, se laissant régulièrement dilater par l'atropine. L'examen ophtalmoscopique dévoile, au point correspondant à l'ecchymose sous-conjoncti vale, un large foyer d'hémorragie rétinienne non loin de Fora serrata, sans apparence aucune de grain de plomb dans Toeil. Le peu de réaction du globe et le retour rapide de la vision faisaient présumer à jiuste titre que le projectile, après avoir traversé obliquement la portion tarsienne de la paupière et la conjonctive bulbaire, n'avait fait que contusionner la paroi sclérale du globe, pour aller se loger quelque part dans la partie externe de l'orbite.

Le Beclère, très expert en la matière, a procédé, pour s'en assurer, à l'examen radioscopique comme il suit :

Le blessé, placé de profil, appuie la joue gauche contre l'écran fluorescent. L'ampoule radiogène est disposée de telle sorte que la perpendiculaire abaissée du foyer d'émission des rayons de Rœntgen sur l'écran passe par les deux globes oculaires ; l'ouverture du diaphragme iris placée au-devant de l'ampoule est serrée de manière à ce que l'image radioscopique de la région orbitaire apparaît seule sur l'écran en vue d'obtenir de la sorte, avec précision et netteté, l'ombre anormale très sombre et parfaitement arrondie, révélatrice de la présence du corps étranger sur fond clair correspondant à l'orbite.

Pour s'assurer que le grain de plomb était bien dans l'orbite et non dans la cavité du globe, on invita le malade à regarder alternativement en haut et en bas, en ayant soin que celui ci ne bouge pas la tète. Et, comme l'ombre du grain de plomb demeurait tout à fait immobile, on a eu la preuve certaine que le corps étranger était situé €îi dehors du globe oculaire et par conséquent dans l'orbite.

C'est là, croyons-nous, un mode d'exploration radioscopique des plus ingénieux et qui, mieux que n'aurait pu le faire une simple radiographie, donne la solution cherchée. C'est même là ce qui nous a engagé à donner cette observation dans tous ses détails.

En supposant c{ue cette exploration demeure infructueuse, on ne saurait se fier à Lexistence ou à l'absence de signes réaclionnels, vu que ceux-ci peuvent exister ou faire défaut, que le corps étranger ait pénétré ou non dans la cavité oculaire.

Exemple le second cas de Jocqs ( i ) où un grain de plomb avait atteint l'œil droit sans y pénétrer, produisant un épanchement abondant dans le vitré et une réduction définitive de V à i/io.

C'est qu'en effet l'inflammation oculaire dépend non seulement

(i) JocQs, Clin, ophl., 1899,11° 6.

du corps étranger implanté dans les tissus, mais aussi, sinon plus, de l'irritabilité du sujet et de Tétat plus ou moins septique du projectile. Une pareille tolérance ressort d'un grand nombre d'observations cliniques et d'expériences faites sur lès animaux.

Tornatola (i), en déchargeant des grains de plomb sur des yeux de lapins, s'est assuré du peu de réaction produite et de l'asepsie des escharres. Ce résultat était conforme avec la clinique qui lui a prouvé que sur 22 cas de blessures par coups de fusil chez l'homme, une seule fois, l'énucléation a été rendue nécessaire. Surtout le reste, les yeux ont conservé leur forme et leur volume, 8 ayant récupéré un degré de vision plus ou moins prononcé.

Deux ans plus tard, le même auteur (2), sur i3 nouveaux cas cliniques qu'il rapporte, n'a recours à l'énucléation que 2 fois seulement. Aussi, conclut-il que le traitement doit être, en règle générale, conservateur, en ayant soin d'empêcher toute contamination, grâce à une antisepsie rigoureuse et à l'emploi d'une médication antiphlogistique.

Ovio (3) cite le cas intéressant d'un grain de plomb ayant perforé la cornée et le cristallin qui est devenu par la suite calaracté. Il constate après l'extraction de la cataracte des opacités filamenteuses dans le vitré et ce n'est que plus tard qu'il aperçut le grain de plomb logé au bas de la chambre antérieure. A cette occasion, Ovio s'est livré aux expériences suivantes : il porta séparément sous la peau de lapins ainsi que dans la chambre antérieure et dans le vitré des grains de plomb, préalablement plongés, les uns, dans des cultures à la gélatine de bactéries charbonneuses, les autres de staphylocoques pyogènes.Le résultat futrinfection locale et la mort avec les premiers, le sang contenant de nombreuses bactéries charbonneuses, alors qu'avec ceux à stophylocoques, tout s'est borné à une infection locale. Dans une dernière expérience, Ovio introduisit dans les yeux de lapins témoins des grains de plomb stérilisés par la chaleur et put s'assurer ainsi de la parfaite innocuité de ces projectiles.

Lodato (4) observa dix cas de blessure de l'œil par grains de

(1) Tornatola. Rev. gén. d'opht., 1894, P- 26.

(2) Tornatola, Archiu. di Olialni , i8g6, p. 35o.

(3) Ovio, Rev, gén. d'opht., 1895, p. 3o5.

(4) Lodato, Arch. di Ottalm., 189.5, pp. 9, 10.

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plomb dans le service d'Angelucci, le traitement ayant consisté en antiseptiques locaux, applications glacées et bandage occlusif, en même temps qu'on administrait à l'intérieur de l iodure de potassium. Il y eut 7 guérisons, en tant que conservation du globe, dont 6 avec récupéi'ation plus ou moins prononcée de la vue. Des trois restants gravement traumatisés, un œil fut énucléé pour cause d'irritation sympathique et les deux autres s'atrophièrent sans suppuration.

Les deux auteurs que nous venons de citer expliquent la tolérance de l'œil pour les plombs de chasse, par le peu d'action irritante du métal, le poli de la surface et en partie réchauffement que provoque la décharge. Partant de là et des faits d'observation clinique, ils s'élèvent contre toute énucléation hâtive, 83 bornant à prescrire le traitement local, tant antiseptique qu'antiphlogistique dont il a été précédemment question.

Badal et Lagrange (1) sont également d'avis d'attendre le cours des événements avant que de se décider à énucléer, l'expérience ayant démontré que le grain de plomb peut être ressorti pour s'implanter dans l'orbite, et que d'ailleurs la tolérance de l'œil pour ceux emprisonnés est chose désormais avérée. Taylor (2), qui cite trois cas de guérison par les seuls soins médicaux, opine de même.

En fait, il faut toujours avoir en vue la fréquence des plaies en séton, le corps étranger n'étant plus dans l'œil, et où tout se résume dans les lésions déterminées par son passage. Parmi les observations récentes de double perforation de la coque oculaire, nous mentionnerons celles de Milbradt (3), les deux de Gengnagel (4) et celles d'isbruch (5), de Pahl (6) et de Lagrange (7).

A ces six cas, je puis ajouter un septième qui concerne un j3une homme, ayant reçu à 1 œil cinq jours auparavant un grain de plomb, avec perte définitive de la vision. Bien que lesphéno-

(1) Badal et Lagrange, Gaz. hzb l. djs Se. mJd. de Bordeaux, 189/,, p. 587.

(2) Taylou, Amer. Med. Assoc. S.^ct. of Oijlil., Philadelphie, 1898, p. Go.

(3) Milbradt, Inoug. Dissert. , Greifswaldt, 1890.

(4) Gengnagel, Inaug. DisserL, Giessen, 1894.

(5) IsBRUGH, Inaug. Dissert., léna, 1897.

(6^ Pahl, Inaug. Dissert., Greifswaldt, 1898. (7) Lagrange, Ann. docul., 1899, t. CXXI, p. 206.

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mènes réactionnels furent d'une intensité moyenne, le confrère qui le soignait, redoutant l'ophtalmie sympathique, pratiqua l'énucléation L'examen anatomique de la pièce qui nous fut confiée nous montra au fond de l'œil une contre-ouverture par laquelle le projectile avait passé dans l'orbite. C'est dire que, dans ce cas ainsi que dans beaucoup d'autres similaires, on aurait pu se dispenser d'énucléer.

Gomme complément à ce qui a été exposé sur les avantages de l'expectation lors de blessure du globe par grains de plomb, nous ajouterons ici le résumé de trois faits cliniques tout nouveaux relatés par O. Anastasi (i).

Il s'agit de trois malades atteints de plaie pénétrante au niveau même de la région ciliaire. Chez les deux premiers, les suites ont été des plus simples, malgré une extravasation massive dans le vitré, et alors que chez l'un d'eux les deux yeux avaient été atteints. Chez ce dernier revu deux ans plus tard, on put constater que l'œil droit, le plus maltraité par le projectile, d'apparence en tous points normal, avait la papille optique atrophiée, d'où partait une ligne atrophique à peu près horizontale, mesurant environ 6 diamètres papillaires de longueur et englobant la macula. De là il était résulté un scotome correspondant. Champ visuel légèrement rétréci à la périphérie : V permettant au malade de compter les doigts jusqu'à 3™, 50 de distance.

L'œil gauche n'offre d'anormal que le point d'entrée du grain de plomb à la partie nasale du limbe. Malgré l'abondante hémorragie du vitré au moment de l'accident, l'ophtalmoscope ne révèle rien au fond de l'œil. Champ visuel presque normalement délimité. V = 2/3, accommodation excellente. Le malade se sert de cet œil comme s'il n'avait pas été blessé.

Le second malade reçoit un grain de plomb à la partie interne de l'œil droit au voisinage du limbe et perd immédiatement la vue. Examiné quelques heures après, on trouve la pupille dilatée, et quant à l'examen ophtalmoscopique, il est négatif par suite d'un vaste hématome du vitré. Au bout de 45 jours, le malade retrouve la perception lumineuse et le vingt-cinquième jour il compte les doigts à 2 mètres. Revu deux ans plus tard, l'œil apparaissait tout à fait sain et n'avait retenti en aucune façon sur son congénère. A l'ophtalmoscope, après dilatation de la pupille, on aperçoit au niveau de la partie nasale de Féquateur une large plaque blanc-bleuâtre, brillante, complètement privée de vaisseaux et qui avance jusqu'au corps ciliaire où on la perd. Toute sa demi-circonférence inférieure est bordée de pigment. En arri -Te la plaque atrophique se termine à deux diamètres papillaires du

(i) Anastasi. la Clinica ocalisiica. Palerme, janv. 1902, p. 8o5.

î OPHTHM

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bord interne du disque optique. Le champ visuel offre un rétrécissement temporal correspondant à la plaque atrophique décrite plus

haut. V — ^ ; T/2. L'œil gauche est resté absolument normal.

La troisième observation est relative à un épileptique qui, trois ans auparavant, était tombé dans la rue sans connaissance, sans doute par suite dîme blessure de l'œil droit survenue à ce moment, ainsi que cela a été démontré par Cirincione qui en a fait Ténucléation pour cause de glaucome secondaire absolu, Tœil étant devenu comme buphtalme et staphylomateux (Staphylomes intercalaires multiples). L'œil étant divisé en deux hémisphères antérieur et postérieur, à l'aide d'une section équatoriale, on trouva sur l'antérieur au niveau de la zone ciliaire une petite plaque arrondie atrophique correspondant à l'orifice d'entrée d'un projectile et sur le point diamétralement opposé du segment postérieur, le grain de plomb situé en dehors de la macula, implanté dans la choroïde et recouvert par la rétine. Ajoutons qu'il existait des synéchies irido-capsulaires et une cataracte périnucléaire. Quant à la papille, elle était atrophique et profondément excavée. Le malade, avant les accidents glaucomateux, n'avait toutefois jamais souffert de son œil, et à aucun moment, pendant les trois années qui s'étaient écoulées, ne s'en est ressenti. L'œil gauche absolument normal présente une acuité visuelle de 1 et un champ visuel irréprochable.

L'auteur de Tarticle, se fondant sur les faits qui précèdent, professe (/. c.,p.8o7) que, d'après l'observation clinique attentive, les blessures du corps ciliaire par grains de plomb privés habituellement, comme on sait, de toute action infectieuse, entraînent rarement l'atrophie consécutive du globe et n'exposent pas nécessairement à l'ophtalmie sympathique alors même que le corps étranger reste inclus dans la cavité du globe. De là il conclut (p. 81/4) que Lénucléation précoce dans cet ordre de blessures de la région ciliaire doit être absolument repoussée.

Un autre fait, non moins important, est celui de la valeur diagnostique de la présence du sang dans la cavité oculaire, comme preuve réelle ou non de la pénétration du corps étranger.

Ce serait commettre des erreurs que de s'y fier absolument, et pour s'en convaincre il suffit de se remémorer bien des faits cliniques, où le seul choc de la sclérotique a pu déterminer un épanchement de sang immédiat dans la chambre antérieure et dans le vitré, les malades n'ayant pas moins recouvré une vision parfaite.

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Il est des cas où le diagnostic de la pénétration ofïVe plus de difficultés encore. Il arrive que peu après un coup de fusil chargé de plomb, ou de chevrotines, on se trouve en présence d'un œil ophtalmoscopiquement normal, en tant que papille, rétine et choroïde, mais qui n'est pas moins devenu instantanément aveugle, ou fortement amblyope. Ici, il va lieu de supposer que le projectile a atteint le nerf optique.

Voici une observation qui nous est personnelle.

Un chasseur jeune et bien constitué, sans tare syphilitique ou autre, se trouvant placé derrière des broussailles, reçoit en plein visage une décharge de chevrotines, d où il est résulté une cécité bilatérale immédiate sans phénomènes cérébraux ni alors ni plus tard. Appelé auprès de lui en même temps que mon confrère M. Abadie, nous constatâmes que l'œil droit était littéralement crevé, alors que le gauche, qui n'offrait aucune lésion apparente ni aucune altération du fond d'oeil, principalement de la rétine et du nerf optique, avec milieux absolument transparents, iris normal, pupille intacte mais privée de tout réflexe sous Tinfluénce de la lumière, était devenu totalement et définitivement amaurotique. Par des examens ophtalmoscopiques ultérieurs, on constatait que, sans papillite d'aucune sorte, le disque optique pâlissait progressivement, jusqu'à devenir entièrement blanc au bout du troisième mois de l'accident. La seule hypothèse ici plausible nous a paru être celle de la pénétration d'une chevrotine ayant atteint le nerf optique dans la profondeur de l'orbite par un trajet oblique de droite à gauche, sans avoir rencontré le globe de l'œil. De là atrophie descendante de ce nerf qui ne s'est montrée à l'ophtalmoscope que tardivement.

StMudorff (i), chez un individu qui avait reçu la décharge d'un fus"l en pleine figure à 2 mètres de distance et qui mourut par la suite à des lésions du cerveau, trouva un grain de plomb logé dans chaque nerf optique au niveau du canal de même nom.

Jocqs décrit le cas d'un grain de plomb pénétrant à travers le côté interne du sourcil et ayant entramé Tamaurose. Ce n'est que trois semaines après l'accident qu'apparut la décoloration atrophique de la papille.

Lors d'une contusion violente du globe par le projectile et plus encore de pénétration de celui-ci dans la coque oculaire, on aperçoit à l'ophtalmoscope des lésions très nettes et variées

(1) Steindorff, Inaug. Disserl., Halle, i8(j8.

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qui se résument : à des déchirures de la rétine et de la choroïde, à des hémorragies plus ou moins multiples et diffuses de ces membranes et, du côté du vitré, à une organisation conjonctive ultérieure sous forme de plaques et de brides d'aspect tendineux (rétinite dite proliférante), aboutissant au décollement plus ou moins tardif de la rétine.

Isbruch (loc. cit.), dans une première observation de blessure en séton par grain de plomb, constate au début un décollement de la rétine en haut, et par la suite, au niveau des points d'entrée et de sortie, des cicatrices blanchâtres à contours pigmentés reliées par un cordon vitréen intermédiaire. Au bout de quelques mois V = 6/10. Dans sa seconde observation, relative à une chevrotine qui, après avoir traversé la paupière supérieure, avait contusionné le globe et s'était fixée dans le tissu orbitaire d'où elle fut extraite, il signale une rupture de la chorio-rétine, suivie de décollement partiel et de formation de plaques, les unes blanches, les autres pigmentées. Malgré le rétrécissement du champ visuel, le malade possédait une acuité visuelle de 1/6.

Dans la troisième observation de Steindorff (/oc. cit.), il survint de suite, après la décharge de l'arme, une amaurose gauche, avec protrusion du globe, apoplexie de la rétine et des foyers hémorragiques de la choroïde. La papille était intacte. Deux semaines plus tard, le disque optique se décolorait et, au bout d'un mois, il était entièrement caché par un tissu gris blanchâtre néoformé. Sur le reste de la rétine il y avait un semis de plaques hémorragiques et pigmentaires.

Dans le cas de Pahl (1), plaie en séton, il y eut primitivement hémorragie vitréenne laissant voir après résorption une plaque cicatricielle au niveau de l'orifice de sortie. A ce moment, V était égale à 1/2.

Des impotences musculaires par grains de plomb, se traduisant par du strabisme avec diplopie, ne sont pas fréquentes. Nous rappellerons l'observation de Viciano (2), où une partie du tendon du muscle droit supérieur avait été détachée ; celle de Mengin, de Caen (3), paralysie du droit supérieur, où il a suffi

(1) Pahl, loc. cit.

(2) Viciano, Arch. d'opht., Pari?, 1889. p. 5o8.

(3) Mengin, Rec. dopht., 1886, p. 21.

PANAS.

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d'extraire le grain de plomb pour faire disparaître le strabisme et la diplopie, contrairement à Viciano qui crut devoir faire la' suture delà portion détachée du tendon, ce qui, nous le croyons^ était peut-être superflu.

Citons encore le cas de Ahlstrôm (i), grain de plomb ayant déterminé de l'hypliéma, du trouble du vitré, une commotion rétinienne et une impotence fonctionnelle du droit inférieur se traduisant par du strabisme supérieur et une diplopie croisée inféro-externe. Enfin, celui de Bourgeois (2), pénétration du grain de plomb du côté du grand angle de l'œil, paralysie incomplète du droit interne et du droit inférieur, avec chute temporaire de la paupière supérieure et perte définitive de la vision par atrophie de la papille. La seule lésion de la coque oculaire visible à l'ophtalmoscope a consisté en une sorte de déchirure linéaire de la choroïde à la partie supéro-interne, où cette menbrane était atrophiée et parsemée d'îlots pigmentaires. L'auteur suppose que le grain de plomb, qui n'a fait que contusionner le globe en ce point, a dû se loger à la partie inférieure de l'orbite, lésant sur son trajet les filets oculo-moteurs du droit interne et du droit inférieur, ainsi que le nerf optique sur un point assez éloigné du globe, d'où l'apparition tardive de l'atrophie de ce nerf.

Il ressort de l'étude qui vient d'être faite sur les blessures de 1! œil par grains de plomb que le traitement conservateur s'impose, au moins au début. Cette règle ne comporte pas d'exceptions, alors même qu'on aurait la certitude de la présence du corps étranger dans l'œil. La première place dans le traitement en question reviendra à l'antisepsie du globe et des paupières qu'on réalise par des lotions boriquées ou mercuriques répétées, des instillations de violet de méthylène B et des applications de pommade à l'iodoforme. Dans les premiers temps, le repos et rimmobihté de l'œil blessé, qui sont de rigueur, comportent l'application du bandage ouaté occlusif, renouvelé tous les jours et modérément serré. Grâce à cela, le grain de plomb immobilisé s'enkyste rapidement au lieu de subir des déplacements ayant pour effet de prolonger et d'accentuer le processus irritatif trau-

(1) Ahlstrôm, Deutsch Beilrag. z prald. Augenh., 1898, p. 21.

(2) Bourgeois, Rec. d'ophî., 1895, p. 22.

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matique. Le collyre d'atropine sera souvent de mise, en vue de prévenir et de combattre les synéchies iritiques. Exceptionnellement, lors de douleurs et de réaction vive, on recourra aux émissions sanguines à la tempe, à l'administration de calomel par la bouche à la fois purgatif et antitoxémique ; aux injections de morphine à la tempe ; au sulfate de quinine, à Tantipyrine, le tout aidé par le régime lacté ou tout autre léger mais substantiel. Toute boisson alcoolique devra être proscrite. Dans aucun cas, il ne faudra tenter l'extraction des grains de plomb placés en arrière profondément ; vu qu'on y parvient difficilement et toujours au détriment de la vision. L'abstention est encore plus de mise lorsqu'on soupçonne que le grain de plomb a quitté l'œil pour se loger dans l'orbite.

En supposant que le processus inflammatoire destructeur se poursuit, que la vision est irrémédiablement perdue et qu'il se prépare des manifestations faisant craindre l'ophtalmie sympathique, on aura à choisir entre deux interventions, toutes deux défendables: l'énucléation d'une part et l'éviscération de l'autre. Pour notre compte, nous donnons la préférence à cette dernière, à la condition de ne rien laisser subsister de la choriorétine et de cautériser au thermo-cautère olivaire le disque optique.

IL — Blessures directes du globe et de l'orbite par balles

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