‹ Études de clinique ophthalmologique [electronic resource]Chapitre 19 sur 35 · ÉTUDES DE · texte numérisé non relu

ÉTUDES DE

CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE

Tout récemment, Takayasii (i), d'après des recherches histologiques faites dans le laboratoire ophtalmologique de la Charité à Berlin, et sur les conseils du professeur Greeff, se croit autorisé, en se servant d'un réactif colorant à action élective sur la graisse le Soudan IIl^ d'affirmer la nature exclusivement graisseuse de l'altération cornéenne qui constitue le gérontoxon. C'est là un point que nous avons tenu à contrôler à notre tour au laboratoire de l'Hôtel-Dieu ; d'autant plus que la môme question intéresse le ptérygion et la pinguecula au sujet des éléments qu'on y rencontre (voyez plus loin).

Toujours est -il que, d'après notre observation personnelle, la conjonctive du hmbe empiète sur toute la portion de la cornée devenue opalescente, fait qu'on ne doit pas perdre de vue dans l'opération de la cataracte par kératotomie, alors qu'on ne vise pas à tailler un lambeau conjonctival.

Une autre remarque d'ordre clinique est que des lambeaux cornéens faits en plein gérontoxon n'ont rien perdu de leur vitchté et qu'ils se cicatrisent toutaussi bien que ceux pratiqués sur du tissu absolument transparent.

Lorsque, chez un individu jeune encore, de 25 à 4o ans, on rencontre un gérontoxon étendu, il faut songer à une dystrophie précoce dont il faudra rechercher l'origine du côté des viscères. En même temps, on déterminera la composition des urines et les échanges respiratoires.

Comme exemple de gérontoxon double précoce, nous citerons l'observation d'un homme jeune de 3o ans, blond et replet, mais non autrement souffrant. Il n'était ni syphilitique, ni alcoolique, mais très arthritique par hérédité. Pharmacien de profession, et élève en médecine sur le tard, il vint nous consulter, se croyant atteint de kératite interstitielle qui lui faisait craindre une syphilis héréditaire, dont il ne portait aucune trace, ce qui nous a permis de le rassurer de ce côté.

PTÉRYGION

Une autre affection du même ordre, mais qui cette fois se complique d'altérations de la conjonctive limbaire, est le ptérij-

(i) Takayasu, Arch. f. Aiigenheilk., 1901, B. XLIII, S. 21, p. l^.

DYSTROPHIES DE LA CORNEE ET DU LIMBE CONJONCTIVAL 97

gion. OUe dysti'ophie, appelée iingiiis par Celse, réside dans une transformation scléreuse du limbe cornéen et de la conjonctive bulbaire voisine, en un tissu plus ou moins opaque, rétractile, d'aspect fibroïde. De forme triangulaire, le ptérygion a pour siège à peu près constant l'un des secteurs latéraux, principalement rinterne, ou les deux à la fois, et cela symétriquement d'un œil à l'autre, toujours dans la direction de la fente palpébrale. La partie la plus modifiée est celle qui correspond à la cornée, et qu'on désigne sous le nom de tête du ptérygion ou d'onglet. Par suite d'un travail rétractile constant, la conjonctive se trouve attirée et bridée, au point que, dans les cas extrêmes, le repli semi-lunaire finit lui-même par se trouver déplissé.

Les anciens jusqu'à Scarpa (i) envisageaient le ptérygion comme une inflammation chronique de la conjonctive, dérivant de toutes les irritations venues du dehors, telles que les poussières, etc. Rognetta ( 2), Midlemoore (3) et Pétrequin (4) se rattachent à la même pathogénie, sauf qu'ils placent le point de départ de rintlammalion, non dans la conjonctive, mais dans l'épisclère, d'où le nom d'épiscléritis, qui lui a été donné plus tard par Manîiard (5), Alt (6) et Goldzieher (7). A. Horner, Arlt et Sœmisch, envisagent la maladie comme se rattachant directement à un ulcère cornéen marginal, par hyperplasie de l'épithélium et destruction de la membrane de Bowman, pathogénie aujourd'hui abandonnée. Nous retiendrons seulement que Goldzieher a signalé le premier la présence de cavités tapissées d'épithélium en voie de dégénérescence muqueuse, à côté de verrucosités rappelant les folUcules cancroïdaux. Poucet de Cluny (8) insiste sur l'érosion de la membrane de Bowman et l'existence d'une masse granuleuse teintée en jaune par l'acide picrique, dans les faisceaux superficiels du stroma,dont quelquesuns offraient un aspect homogène. Sur plusieurs préparations,

(1) Scarpa, Trailé des maladies des yeux, 1821, t. I, p. 261.

(2) Rognetta, Cours d'ophtalni., 1809, p. i()2.

(3) Midlemoore, Treat. of îhe diseases of the eije, i835, I, p. 879.

(4) PÉTREOUiN, Ann. d'Ocul.^ t. I, p. 4^7.

(5) Manhard, Arch. f. OphL, XIV, d. 26, 18O8.

6) Alt, Compend. des norni. u. pat h. Anal, des Auges., 1880, p. 82.

(7) Goldzieher, Cenlralbl. f Practisrh. Augenh., 1878.

(8) PoNCET DE Cluny. Arch. d'opht., 1887, t, I, p. 81.

panas. 7

ÉTUDES DE CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE

il a rencontré des vibrions et des sporules qui, pour lui, seraient la cause pathogône du ptérygion, opinion non confirmée depuis.

D'après une étude approfondie de Fuchs (i), sur un ensemble de 75 ptérygions recueillis à Fautopsie, l'origine cornéo-ulcéreuse doit être définitivement écartée et nous sommes absolument de cet avis. Ainsi qu'il ressort de son travail et d'une préparation histologique qui m'est propre [Traité des maladies des yeux, t. II, p. 261), il résulte que le ptérygion rentre dans la catégorie des troubles involutifs. La dystropliie débute par le limbe cornéen et rappelle les altérations vcrruqueuses des membranes vitreuses, y compris celles du nerf optique. A côté des amas verruqueux hyalins et des cellules en voie de dégénérescence muqueuse contenues dans le stroma cornéen, il s'ajoute la prolifération en doigt de gant, de la couche épithéliale et la destruction par places de la membrane de Bowman.

Sans doute, au point de vue de l'étiologie, l'habitat, les poussières de l'air, une chaleur torride, le larmoiement persistant, etc. , y contribuent, et il en est ainsi des dyscrasies, quelle qu'en soit la nature. Ce sont là toutefois des causes secondaires, qui font que le mal se montre à des âges moins avancés et se développe parfois, comme dans certaines colonies, d'une façon endémique.

Nombreux sont les procédés opératoires proposés dans le traitement du ptérygion. Partant du fait aujourd'hui bien établi, que le point de départ de l'affection se trouve dans la cornée, la méthode de choix pour en arrêter les progrès réside avant tout dans la destruction du foyer scléreux cornéen d'où dérivent l'attraction et le plissement du secteur conjonctival correspondant. C'est alors, en effet, que le champ pupillaire peut être intercepté, outre que cela constitue une réelle difformité.

Voici comment nous procédons à l'opération. A l'aide d'une pince à griffe, on saisit profondément le sommet ou onglet du ptérygion qu'on isole du côté de la cornée restée transparente par une incision semi-circulaire au bistouri, prolongée en dédolant jusqu'aux couches superficielles du stroma. Après avoir retranché avec les ciseaux toute la tête du ptérygion, on rugine et on évide, au moyen d'une petite rugine tranchante, la totalité du tissu scléreux et opaque, manœuvre qui s'accompagne d'un

(1) Fuchs, Arch. f. Opht., 1892, XXVIII, 2, p. 1.

QPHTHALMIG

Page 1