ÉOPLASIES BÉNIGNES DES PAUPIÈRES
enibryoplastiques constitutives du néoplasme. On peut dire qu'on saisissait là sur le fait la façon dont certaines tumeurs épibulbaires primitivement incolores finissent, par la suite, à devenir en partie ou en totalité noires et comme trulïées, ce qui tranche la question tant controversée de Torigine du pigment pour des tumeurs nées dans des tissus où il n'en existe pas normalement, alors que, par contre, on rencontre des leuco-sarcomes dans des tissus qui en sont largement pourvus, telsquela choroïde et le tractus uvéal.
Nous fondant sur tous ces caractères histologiques, sur la marche lentement progressive de la production que la malade fait remonter à trois ou quatre mois, sur l'absence de toute pénétration de boyaux épithéliaux dans la masse, alors qu'elle était pourvue richement en vaisseaux capillaires néoformés, nous avons jugé qu'il s'agissait ici d'un simple granulome ayant eu pour point de départ une éraflure de la lèvre interne ou meibomienne du bord libre.
Ce fait nous a remis en mémoire un cas observé dans notre ancien service chirurgical de l'hôpital Lariboisière, où, chez une femme, il s'était développé, à la place d'un cautère entretenu depuis des années au bras gauche, une tumeur analogue, du volume d'un petit œuf de poule, pendante et libre, par le fait qu'elle adhérait à l'orifice canaliculaire du cautère au moyen d'un cordon qui ne dépassait pas comme diamètre celui d une sonde cannelée de trousse. L'extirpation en fut des plus faciles, et la structure, identique à celle qui précède. Des cas de cet ordre sont certainement fort rares, mais enfin, les deux observations semblent se compléter de point en point, et c'est pourquoi nous avons attaché une importance à la petite blessure de la paupière signalée plus haut.
Steindorfl* (i) a communiqué l'examen histologique d'une tumeur d'aspect framboise située à cheval sur la partie interne du bord libre de la paupière inférieure, au voisinage du canalicule lacrymal correspondant. Elle adhérait solidement sur la conjonctive tarsienne et débordait en partie le bord libre, tandis que la majeure partie se prolongeait vers le cul-de-sac, ainsi qu'on pouvait s'en assurer en éversant la paupière inférieure. Histologiquement, elle était constituée par une petite quantité de tissu conjonctif et surtout par des cellules épithéliales, les unes cubiques, les autres plates disposées en de nombreuses
(i) Steindorff, Soc. opht. de Berlin, séance du 28 fév. 1901.
ÉTUDES DE CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE
couches superposées. D'après cela, la tumeur a été envisagée comme ud fîbro-papillome. Le malade était âgé de 47 ans.
Michel (i) décrit une forme de lymphangiome circonscrit ayant pour siège la crête du bord libre. La marche en a été très lente, le volume ne dépassait pas celui d'unpois ; la surface en était lisse et offrait une couleur rougeâtre, avec des points quelque peu translucides vers le sommet. Lorsqu'on a enlevé la petite tumeur, il s'en est écoulé un liquide clair. Sous le microscope, on n'y a découvert que du tissu cellulaire fibrillaire contenant des espaces libres plus ou moins grands, et qui possédaient sur certains points un développement considérable. Dans ces espaces se trouvait une masse finement granulée contenant des corpuscules lymphoïdes ; tandis que les parois étaient garnies de plaques endothéliales. Michel en a conclu qu'il fallait classer la tumeur dans les lymphangiomes caverneux. Il n'y a pas eu de récidive.
Moauro (2), sous le nom de granulome, décrit une tumeur du volume d'un pois, ayant pour siège le bord libre de la paupière supérieure et qui fut extirpée par de Vicentiis. A l'examen histologique, celle-ci était constituée de nodules ayant des rapports intimesavec les glandes sudoripares deMoll,dontles canaux semblaient rétrécis par pression et inflammatoirement infiltrés, alors que les culs-de-sac glandulaires s'étaient transformés en cellules homogènes polynucléées, rappelant celles dites géantes. Quant aux éléments des nodules néoplasiques, ils consistaient en cellules épithélioïdes, dont les unes, riches en protoplasma, possédaient de un à trois noyaux de forme ovale; les autres, pauvres en protoplasma, n'offraient qu'un seul noyau rond.
En somme, il y avait polymorphie qui oscillait entre les vraies cellules géantes et les cellules franchement épithéhoïdes avec toutes les formes de transition des unes aux autres. On pourrait dès lors, d'après l'auteur, envisager la tumeur comme un granulome à cellules géantes.
Rumschevv^itsch (3), sans préciser le diagnostic, donne l'observation d'un homme de 52 ans qui portait sur la lèvre antérieure du bord libre de la paupière inférieure droite une tumeur gris
(1) Michel, Grœfe Sœmisch., t. IV, p. 422.
(2) Moauro, Annal, di Ottalm., XX, p. 824.
(3) RuMSCHEWiTSCH, KUn. Monastbl. f. Aiigenheilk, 1890, p. 890.