‹ Études de clinique ophthalmologique [electronic resource]Chapitre 33 sur 35 · NÉOPLASIES BÉNIGNES DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

NÉOPLASIES BÉNIGNES DES PAUPIÈRES

consulter tout effrayé d'avoir un cancroide débutant de la paupière. Inutile de dire qu'il m'a été facile de le rassurer, et j'ai pu le guérir à l'aide d'un simple coup de ciseaux. Ci-joint la coupe de cette sorte d'hypertrophie dermique (fig. p. 690).

Les papillomes ou verrues, très communes à la peau des paupières, se rencontrent, quoique plus rarement, sur le bord libre. Leur forme frangée et leur aspect desséché et épidermoidal y sont les mêmes ainsi que leur structure dermo-papillaire, avec

recouvrement de cellules épithéliales kératinisées. Le meilleur traitement consiste à exciser le derme adhérent au tarse dans sa totalité, voire une partie des canaux excréteurs des glandes de Meibomius, mais en ayant soin de ménager autant que possible la lèvre antérieure du bord libre et les cils, afin d'éviter une réelle difformité apparente.

Il nous reste à parler, en terminant, des kystes séreux, dits encore transparents, du bord libre des paupières. Ils nous intéressent moins par leur volume, en général petit, que par leur pathogénie différemment interprétée.

Généralement petits, ces kystes ont un volume qui varie d'une tête d'épingle à celui d'un petit pois, rarement plus. Ils siègent au niveau de la lèvre antérieure du bord libre, qu'ils débordent en avant quand ils sont gros.

Leur transparence est parfaite et ils possèdent une surface lisse. Chez certains individus, on en rencontre deux et même

ÉTUDES DE CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE

trois placés à une certaine distance les uns des autres, le long de la lèvre cutanée du tarse, sans déterminer la moindre gêne ; aussi, les malades ne se décident à s'en débarrasser que par un sentiment de coquetterie ou sollicités qu'ils sont par l'opérateur.

Nous avons eu l'occasion d'examiner histologiquement un de ces kystes qui, sur la coupe, offrait trois poches distinctes (Voyez notre Traité, 1894, t. II, p. 112). Les parois du kyste étaient constituées très nettement (fig. 198) d'une membrane basale limitante tapissée du côté cavitaire de deux couches cellulaires superposées, l'une interne épithéhalé à cellules cubiques légèrement granuleuses avec noyau ovoïde, l'autre externe formée de fibres cellules ectodermiques en bâtonnets, identiques à celles décrites par Ranvier dans les glandes sudoripares de la peau. Cette dernière particularité nous a conduit à admettre que les kystes séreux des paupières ont pour origine les glandes sudoripares modifiées de Moll et doivent être classés comme tels dans les hydroadénomes. Cette opinion compte déjà plusieurs partisans, et l'avis d'Yvert qu'il s'agit là de kystes sébacés au début, ayant subi par la suite la métamorphose séreuse, ne paraît pas, d'après cela, justifié. Ajoutons que les kystes en question, alors même qu'ils sont très petits, c'est-à-dire dans les premiers stades de leur évolution, n'en contiennent pas moins exclusivement du liquide transparent incolore. Il faut se rappeler d'ailleurs que les glandes sudoripares modifiées du bord libre débouchent dans le follicule pileux lui-même, d'où la possibilité de la présence dans le kyste de quelques grumeaux sébacés purement surajoutés. Pour les kystes séreux qui évoluent sur le derme de la face antérieure des paupières, leur contenu demeure purement acqueux, témoin le kyste, du volume d'un^ fève, observé par Wecker au-dessus du ligament palpébral interne. Cela tient à ce qu'ici le conduit excréteur sudoripare s'ouvre directement à la surface de la peau.

Le traitement en est des plus simples et il suffît défaire l'ablation du kyste aux ciseaux, après l'avoir saisi avec un fin crochet, pour obtenir la guérison rapide et définitive sans trace de cicatrice apparente.

Tels sont les divers types de tumeurs bénignes des bords palpébraux connus jusqu'ici. On pourrait penser d'après le peu d'observations publiées que le nombre en est restreint. Mais il

Page 1