I. — Glaucome irrilatif aigu
Un monsieur habitant le Midi, bien constitué, sans tare aucune et âgé de 60 ans, vint nous trouver sur le conseil de son médecin, décidé, nous a t-il dit, à se faire opérer pour une attaque inflammatoire de son œil survenue brusquenient et sans prodromes d'aucune sorte une dizaine de jours auparavant. L'examen ne tarda pas à nous convaincre qu il s'agissait là d'un glaucome aigu, appelé foudroyant, à cause de son intensité et de la brusquerie de son apparition.
Rougeur intense et caractéristique du globe avec tonus -i- 3. Dilatation de la pupille, trouble nuageux interstitiel de la cornée, douleurs oculaires et circumorbitaires, vision de cercles colorés autour des flammes, rétrécissement nasal prononcé du champ visuel et V réduite à la perception des doigts à 20 ou 30 centimètres de distance.
Tout en opinant dans le sens d'une iridectomie classique faite à bref délai, je conseillai, au préalable, même en vue du succès de cette opération, les instillations de collyre huileux desérine à 1/100 répétées trois fois dans les 24 heures, avec application simultanée de compresses chaudes. Dès le troisième jour, il survint une réelle détente au point de vue de tous les symptômes objectifs et fonctionnels, avec disparition définitive de la stéphanopsie colorée. Enhardi par ce résultat, j'engageai le patient à continuer les instillations d'ésérine et les compresses et au bout de deux semaines, Tamélioration s'accentuant, nous avons supprimé les applications chaudes et réduit les instillations d'ésérine à deux par 24 heures. A partir de la troisième sem:iine,
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PATHOGÉNIE ET TRAITEMENT DU GLAUCOME 33
il ne faisait plus qu'une seule instillation le soir et, en définitive, le malade quittait Paris après deux mois de séjour, guéri de son glaucome, avec une papille optique à peine décolorée, des vaisseaux centraux normaux, un champ visuel normal et V lui permettant de lire et d écrire, comme avec l'œil droit resté physiologique. Je lui conseillais par prudence de continuer quelque temps encore une instillation d'ésérine huileuse le soir en se couchant, quitte à l abandonner complètement par la suite et à n y recourir qu'à la première alerte.
Revenu me voir six mois plus tard, retour de voyage d'Italie et de Suisse, j'ai pu constater que la guérison se maintenait définitive, alors que depuis quatre mois il avait complètement abandonné l'ésérine et qu'il se servait couramment de ses yeux.
J'avoue que je ne comptais pas sur un résultat aussi complet et aussi définitif. Et lors de son départ pour le Midi, lui ai-je dit qu'à la première réapparition du glaucome il devait prendre le train et revenir à Paris se faire opérer sans le moindre délai. Il s'est passé depuis un an et demi et j'en infère que la guérison a continué à se maintenir, d'autant plus qu'il me tenait grand compte de ne pas l'avoir opéré précipitamment lorsqu'il vint me voir pour la première fois et d'avoir pu le guérir par le simple traitement médical.