III. — Glaucome chronique simple
Femme de 58 ans non mariée et n'ayant jamais eu d'affection utéroovarienne. Toutefois, forte et replète, elle a été sujette à de la gravelle avec lithiase tiépatique et à des troubles gastriques fréquents liés à une dilatation de l'estomac. A éprouvé, il y a trois ans, les premiers signes d'un glaucome prodromique caractérisé par des obnubilations avec cercles colorés autour des flammes. Les attaques, d'abord rares, se rapprochèrent de plus en plus, faisant presque toujours leur apparition vers la fin de la journée. Les choses restèrent en l'état jusqu'au commencement de la 3^ année où il y eut des manifestations glaucomateuses subintrantes, finalement continues et permanentes dans les trois ou quatre derniers mois.
État actuel : OEil droit normal, emmétrope, lit les plus fins caractères avec un verre 4- 2d . OEil gauche : cornée légèrement trouble au centre, avec fin piqueté épithélial s'opposant à l'examen ophtalmoscopique. T -}- 2 et V réduite à la perception lumineuse. Pupille moyennement dilatée et immobile sous l'action de la lumière incidente. La malade accuse depuis le début jusqu'à aujourd'hui des cercles colorés autour des flammes, dont elle nous présente un beau dessin fait par ellemême. Le champ visuel ofi're le rétrécissement caractéristique du côté nasal, dans l'étendue des 2/3 internes environ.
A part les signes qui précèdent, la patiente n"a jamais éprouvé de douleurs ni même de lourdeur du côté gauche de la tête ; pas plus qu'il n'y a eu de rougeur ou de sécrétion anormale de l'œil. C'est sans doute ce qui explique le manque de tout traitement et de tout conseil médical antérieurs à notre examen.
Tout en lui faisant pressentir qu'une intervention opératoire pourrait être nécessaire, nous lui avons conseillé de se soumettre pendant une huitaine aux instillations dans l'œil du collyre huileux d'ésérine à 1 p. 100, répétées trois fois dans les 24 heures, avec applications de compresses chaudes enveloppées, renouvelées au moins toutes les 2 heures pendant la journée, en leur substituant dans la nuit un bandage ouaté sec pour y maintenir la chaleur. Lorsque la malade revint nous consulter (ainsi qu'il était convenu) au bout de 8 jours, nous avons eu le plaisir de constater la disparition de tous les signes glaucomateux, y compris l'hypertension et le rétrécissement du champ visuel. Éclaircissement total de la cornée et récupération de la majeure partie de l'acuité visuelle, permettant une vision éloignée nette et la possibilité de lire couramment le numéro 4 de l'échelle Parinaud. La pupille était redevenue normale et quelque peu myosique, en même temps que l'ophtalmoscope montrait la papille optique décolorée, légèrement excavée, avec veines faiblement distendues et offrant de légers crochets au pourtour du disque optique, sans battements d'aucune sorte. Quant au tonus, il était devenu normal. La malade nous avait
PATHOGÉNIE ET TRAITEMENT DU GLAUCOME
appris d'ailleurs que cette amélioration était survenue dès le second jour de la médication prescrite et qu'elle s'est maintenue telle jusqu'au jour où nous la revîmes. En même temps, elle nous signalait qu'ayant remarqué, pendant le cours de sa maladie, qu'un bain chaud qu'elle avait l'habitude de prendre toutes les semaines, lui provoquait infailliblement une attaque de glaucome, elle s'en était dispenséecraignant de contrarier le traitement. Frappé par ce détail, je l'engageais, tout en continuant le collyre ésériné qu'elle supportait admirablement sans provoquer de douleur, ni la moindre rougeur de l'œil, de le réduire à deux instillations par '2i heures, d'essayer le bain chaud et de m'écrire le résultat. C'est ce qu'elle fit, et 3 jours après je recevais la nouvelle que cette fois il n'en était résulté la moindre manifestation glaucomateuse.
A ce propos, je me suis remémoré un fait clinique en sens contraire, celui d un homme atteint de l'alfection découverte par ^Maurice Raynaud, connue sous le nom d asphyxie locale des extrémités, et chez lequel, lors de ses attaques d'amblyopie périodique, la vision redevenait nette chaque fois qu il prenait un bain froid à la rivière. 11 y a, je crois, d'après cela, intérêt à renouveler chez les glaucomateux l'expérience du bain chaud et du bain froid et à voir quel en est l'effet sur le décours du glaucome.