‹ Études de clinique ophthalmologique [electronic resource]Chapitre 9 sur 35 · IV. — Glaucome infanlile avec biiphlalmie · texte numérisé non relu

IV. — Glaucome infanlile avec biiphlalmie

Fillette de 6 ans, issue de parents qui n'offrent aucune tare héréditaire syphilitique ou autre, et qui possèdent deux autres enfants bien portants nés avant elle.

Née à terme, la fillette n'a présenté rien d'anormal jusqu'à i ans. Elle a pu marcher à temps, avait appris à déchiffrer les lettres et distinguait nettement toutes les couleurs en les désignant par leurs noms.

C'est alors qu'on a constaté du nystagmus oscillatoire et une buphtalmie naissante à l'œil gauche, sans opacification de la cornée. Cinq ou six mois après, la cornée de l'œil droit augmentait elle-même de courbure en même temps qu'elle s'opacifiait interstitiellement, et quelques semaines plus tard la même opacification gagnait la cornée gauche.

Le traitement suivi dans son pays (Amérique du Sud) a consisté en instillations d'ésérine et de pilocarpine, lesquelles, pour cause d'intolérance du côté de l'œil, furent abandonnées au bout de 20 jours, en 40 injections intramusculaires d'huile au bi-iodure d'hydrargyre à 4 p. 1.000, suivies de 0 frictions hydrargyriques aux membres et de l'administration d'iodure de potassium durant un mois. On essaya à nouveau le collyre aqueux d'ésérine, mais qui fut bientôt suspendu par suite de la vive irritation conjonctivale qu'il provoquait.

Le mal continuant à s'aggraver, les parents prirent le parti de

ÉTUDES DE CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE

venir à Paris, et c'est alors que nous vîmes la malade dont l'état était le suivant:

Petite, bouffie de la figure et des mains, comme pachydermique, avec sternum saillant sans autres signes de rachitisme du côté des extrémités, sauf le volume exagéré des épiphyses des membres, particulièrement des radius. Les lèvres grosses et habituellement écartées laissent voir les arcades dentaires dépourvues d'incisives et ayant des canines et des molaires rabougries. La parole est lente et empâtée, le crâne volumineux, subhydrencéphalique, avec intelligence bonne. Le nystagmus oscillatoire cité plus haut persiste toujours aux deux yeux.

OEil gauche. — Nettement buphtalme avec cornée d aspect porcelanique, ne permettant pas d'apercevoir l'iris à l'éclairage oblique. T + 3.

OEil droit. — Même altération de la cornée, même intransparence, mais avec moins de saillie que pour la cornée gauche. T -h 2.

Nous lui prescrivîmes des instillations de collyre huileux d'ésérine au 1/400, t fois par jour, et des frictions hydrargyriques à la racine du bras pendant un mois consécutif; après quoi, nous avons remplacé les frictions par l'administration de l'iodure de potassium, à raison de 2> centigrammes par jour, continué deux mois durant. Les mois d'août et septembre, cessation de tout traitement général pourprendre les bains salés thermaux de Biarritz, qui eurent une influence très favorable sur l'étatgénéral, tout en continuant sans relâche les instillations du collyre huileux d'ésérine, deux fois par jour jusqu'à aujourd'hui 20 décembre 1901, époque à laquelle nous revîmes la malade.

Le changement constaté du côté des yeux est très remarquable. Plus de kératoglobe à droite; tension normale, cornée devenue assez transparente pour permettre l'examen de l'iris qui apparaît normal ainsi que la pupille en tant que diamètre et mouvements, mais non celui du fond de l'œil, à cause du fin pointillé opaque du parenchyme cornéen.

Perception lumineuse très nette et très vive dans tout le champ visuel qui ne paraît pas rétréci, alors que l'acuité visuelle laisse toujours à désirer, ce qui tient sans doute en grande partie à une atrophie optique glaucomateuse concomitante. Même amélioration pour l'œil gauche, sauf que le kératoglobe y subsiste encore malgré que le tonus soit devenu normal.

Il est à noter qu'après cinq mois de deux instillations journalières de collyre ésériné fort la malade n'a éprouvé la moindre incommodité et qu'à aucun moment les paupières et la conjonctive ne se sont hyperémiées.

Pour accentuer l'amélioration des yeux, on continuera les instillations d'ésérine dans l'œil gauche seul, une fois par jour, jusqu'à ce que le kératoglobe se soit entièrement réduit. Et, pour continuer à agir sur l'état général qui, évidemment est ici en cause, nous conseillâmes

PATIIOGÉNIE ET TRAITEMENT DU GLAUCOME

radmiiiistration, pendant un mois, de 10 centigrammes par jour d'iodoforme précipité mêlé avec le double de poudre fine de café torréfié, le tout en deux cachets azymes pris au commencement des deux principaux repas.

L'expérience clinique nous enseigne que, sous l'influence de l'iodoforme, la résolution des kératites parenchymateuses, celle d'Hutchinson en particulier, s'obtient autant et mieux encore que par l iodure de potassium, outre que ce médicament est bien mieux toléré par l'estomac.

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