DES CAUSTIQUES, QUATRE ANS DE REPOS, PUIS RECIDIVE
Mlle V., cinquante-six ans, rentière, demeurant à Bruxelles, tempérament lymphatique-sanguin, assez robuste, mais très pusillanime, porte une tumeur squirrheuse au sein gauche d'un an et demi de durée. On remarque que depuis deux mois elle fait de rapides progrès. Il y a un commencement d'engorgement ganglionnaire dans l'aisselle, deux ganglions sont légèrement tuméfiés et sont douloureux à la pression. Période d'extension. Les fondants et les résolutifs les plus puissants ont été employés sans aucun succès.
Le 9 septembre 1868, application des caustiques, conjointement avec M. le Docteur Verboom. Il est convenu de négliger les ganglions axillaires.
Les jours suivants continuation des caustiques, neuf applications.
La chute de l'eschare met à découvert une plaie pure et d'un très bel aspect.
Nous parvenons à mettre en contact les bords de la plaie.
Cicatrisation complète le 8 novembre.
La pommade d'iodure de plomb combat avec succès le léger engorgement ganglionnaire.
La santé est très bonne, l'appétit, les forces sont rétablis. On la croirait parfaitement guérie.
Cet état de bonne santé se maintint jusqu'en 1872. Les ganglions de l'aisselle que nous avions vu disparaître s'engorgent de nouveau, d'autres glandes deviennent malades à leur tour et bientôt, en se confondant, constituent une tumeur squirrheuse assez volumineuse.
Le 26 août 1872 application des caustiques, à peu près quatre ans après la première opération.
OBSERVATIONS
Cinq applications. Après la chute de l'cschare, un examen attentif nous donne la certitude que tout le tissu malade est enlevé. La cicatrisation marche rapidement, elle est achevée à la fin de septembre. De nouveau la malade se croit parfaitement guérie. La santé ne laisse rien à désirer.
Fin de 1873, récidive nouvelle avec un peu d'oedème de la main et du bras. Les ganglions qui entourent le plexus deviennent squirrheux, il n'y a plus d'opération possible.
Le bras grossit lentement, au mois de mars 1874 il devient douloureux, la santé commence à s'altérer, il y a un peu d'amaigrissement. En avril, les ganglions du creux sus-claviculaire se tuméfient à leur tour.
En mai, commencement de dyspnée, le bras augmente de volume, il devient de plus en plus douloureux, l'amaigrissement augmente.
En juin et juillet, l'appétit diminue, tous les autres symptômes acquièrent plus d'intensité.
Au mois d'août, les accidents augmentent, sauf les douleurs qui paraissent s'apaiser.
Enfin elle succomba en septembre 1874, dans le marasme, sans beaucoup de souffrances,
Inutile de dire que toutes les ressources de la thérapeutique furent mises en œuvre soit pour prévenir la récidive, soit pour combattre la maladie, soit enfin pour soulager.
OBSERVATION XIV. — Cancer du sein gauche, opéré deux fois par le
BISTOURI, RÉCIDIVES APRÈS QUELQUES MOIS, EMPLOI DES CAUSTIQUES, QUATRE ANNÉES SANS RÉCIDIVE.
Sœur B., cinquante ans, de la communauté des Sœurs noires de Bruxelles, tempérament lymphatico-sanguin , embonpoint assez fort , est atteinte de cancer du sein gauche ; elle a été opérée deux fois par le bistouri, récidives rapides. La dernière opération a eu lieu il y a près d'une année. Actuellement la tumeur est énorme, une fluctuation manifeste s'y fait sentir. Cystosarcome.
Le 3i octobre 1868, ponction préalable qui donne un demi-bassin (plus d'un litre) de liquide sanieux, noirâtre, sanguinolent. A l'intérieur de la poche on constate l'existence d'une tumeur volumineuse de i5 centimètres environ de diamètre.
Malgré le peu de chances de succès que présente ce cas, je me décide à l'opérer, dans le but de prolonger l'existence de la malade.
La tumeur se prolonge jusque vers le milieu de l'aisselle, on ne constate pas d'engorgement ganglionnaire au delà. Il n'y a pas encore infection générale.
Le 7 novembre 1868, application des caustiques.
Le 8, le caustique ayant détruit la paroi antérieure de la poche, celle-ci est largement ouverte, il s'en écoule un pus épais, grummeleux, une sorte de bouillie infecte. La tumeur qui se trouve dans cette espèce de kyste est mise à nu, c'est un encéphaloïde tombant en putrilage.
OBSERVATIONS. ygj
Les jours suivants continuation des caustiques jusqu'au 16 sans incidents notables.
Le 24, élimination de l'eschàre, la plaie est très belle, réunion. Je parviens a mettre en contact les lèvres de la plaie, l'adhérence se fait partout, le 13 décembre la cicatrisation ect achevée. La sœur reprend, en janvier 18Ô9, son service auprès des malades Les années .869, 1870, 187. et 1872 se passent sans récidive. On' pourrait considérer ce fait comme un succès réel, surtout en regard des opérations par le bistouri, après lesquelles la récidive avait lieu au bout de quelques mois Cependant ,e n inscris pas cette observation au nombre des guérisons puisque la récidive a eu heu en i873, c'est-à-dire plus de quatre ans après l'opération
vllu 7 ™UnC.Petïe tUmCUr SC Pr°duisit S°US Ie bord du Pectoral près de
I aisselle. Elle ; n'en drt nen. Si cette malheureuse avait voulu se soumettre alors a une petite opération, elle aurait peut-être vécu quelques années encore • mais non, elle cacha son mal et quand elle le déclara à la supérieure du couvent et quelle consentit à me le faire voir, au mois d'août i873, il était trop ard le bras était œdematié, les ganglions qui entourent le'piexus étaient
atîectes, il y avait un commencement de dyscrasie. Cette sœur succomba en novembre 1873.
OBSERVATION XV. - Cancer ulcéré oh la tempe droite, douze ans
DE DUREE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
M V soixante ans, consul pensionné, faible de constitution, tempérament emphatique, est atteint depuis dix à douze ans d'un ulcère cancéreux à la tempe droite, à bords durs, tuberculeux, taillés à pic, s'étendant ZZmI ment. Douleurs lancinantes, la paupière supérieure est légèrement tuméfiée ^ est ce que les anciens appelaient noli me tangere.
Je le traitai d'abord par les moyens ordinaires sans résultats; j'employai ensu.te le g.ycerolé d'amidon avec la conicine (Francis Devay) qui p^I une amehorat.on considérable, la moitié de l'ulcère se cicatrisa, nous pensions toucher . la guenson, lorsque, sans cause appréciable, le mélange perdi toute efficacité, l'ulcération reprit son étendue primitive
J'employai alors la pâte caustique, 26 novembre 1868, j'obtins une amélioration considérable, mais il me fut impossible d'arriver à une cicatrisation complète. Après un certain temps, l'ulcère se reproduisait, de sorte que d accord avec le malade, nous abandonnâmes tout traitement '
II mourut à la fin de 1871 des suites de cette affection.
OBSERVATION XVI. Cancroïde du clitoris, engorgements
GANGLIONNAIRES, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
... ,M-; TS0ix£|nte-di* ^s, ménagère, demeurant à Bruxelles, est entrée à 1 hôpital S^Jean le 24 août 1868, atteinte de cancroïde du clitoris et des pet te lèvres, avec engorgement des ganglions des aines. Cette affection avait plusieurs
OBSERVATIONS
années de durée. Au mois d'avril dernier elle avait déjà séjourné dix-sept jours à l'hôpital dans le service de M. Rossignol où elle était encore. On n'y avait rien fait parce qu'on avait jugé le cas comme étant au-dessus des ressources de l'art.
M. Rossignol me proposa de l'opérer par les caustiques.
L'engorgement ganglionnaire ôtait toute chance de succès; cependant je consentis à l'opérer, voulant prouver qu'on pouvait guérir l'affection principale, le cancroïde, ma'gré l'engorgement ganglionnaire, c'est-à-dire l'extension de la maladie.
Le 28 novembre 1868, application des caustiques et continuation les jours suivants. La malade, d'intelligence très médiocre, est très peu docile, souvent elle dérange le pansement.
Le 12 décembre, l'eschare se détache, la plaie laisse encore à désirer, les ganglions des aines sont considérablement diminués.
Pendant le mois de janvier, je pratiquai quelques cautérisations au moyen de la potasse caustique qui agit plus efficacement sur ces tissus qui ont presque la dureté de la corne.
La malade sort de l'hôpital le i3 février 1869. La plaie est cicatrisée. Elle n'a plus de douleurs ni en marchant ni en s'asseyant.
Huit mois après on a annoncé sa mort; mais je n'ai reçu aucune nouvelle officielle.
OBSERVATION XVII. — Cancroïde de la région parotidienne, opéré
PAR LE BISTOURI, RÉCIDIVE IMMÉDIATE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON MOMENTANÉE, PUIS RÉCIDIVE.
M. H., soixante ans, fermier à Huldenberg, bonne constitution, a été opéré, par le bistouri, en janvier dernier, récidive immédiate, on lui a enlevé presque tout le pavillon de l'oreille.
Il vint me trouver en décembre 1868, il portait un cancroïde ulcéré assez volumineux à la région parotidienne gauche ; au milieu existe une proéminence arrondie très rouge, elle augmente rapidement de volume, au dire du malade. La santé est bonne.
La tumeur paraît circonscrite, la parotide n'est pas comprise dans la tumeur.
Le i3 décembre 1868, application des caustiques, sept applications.
La parotide s'enflamme pendant les cautérisations.
Le 17 février 1869, la cicatrisation est presque complète, mais le bord inférieur reste induré, présage d'une récidive prochaine.
En mars, une petite tumeur comme un pois se produit dans la cicatrice. Il ne voulut pas se soumettre à une nouvelle opération, parce qu'il ne souffrait pas, disait-il. La tumeur se développa rapidement.
Décès en juillet 1869.
OBSERVATIONS
OBSERVATION XVIII. — Cancer du sein droit, emploi
DES CAUSTIQUES
Mme S., soixante ans, de Vilvorde, est entrée à l'hôpital Saint-Jean à la fin de novembre 186S, ayant un squirrhe assez volumineux au sein droit. Il y a un ganglion induré dans l'aisselle, c'est donc la période d'extension. Elle ne se rappelle pas l'époque précise du début de l'affection, mais elle sait qu'il y a neuf mois que les douleurs lancinantes ont commencé.
La malade a un tempérament lymphatique et un embonpoint assez fort, circonstances défavorables.
C'est une des malades que j'avais consenti à traiter à l'hôpital, dans le service de M. Rossignol, mais en faisant mes réserves.
Il a fallu douze applications pour détruire le squirrhe et le ganglion.
Après la chute de l'eschare la plaie paraît très nette, réunion. Sous l'influence de la pression des bandes, la lèvre inférieure de la plaie s'enflamma, un abcès se développa dans l'épaisseur de cette lèvre. La cicatrisation marcha néanmoins assez rapidement.
Le 6 février 1869, la cicatrice est achevée. La malade retourne à Vilvorde.
On a annoncé son décès six mois après. Je ne sais si c'est à la suite de récidive ?
OBSERVATION XIX. — Cancroïde de la lèvre inférieure, emploi