‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 11 sur 158 · DE L'UNITÉ DU CANCER · texte numérisé non relu

DE L'UNITÉ DU CANCER

Dans les chapitres suivants, en observant l'ordre établi par Broca, je ne ferai que consigner les opinions des principaux auteurs qui ont le mieux étudié ces questions, en y ajoutant les remarques pratiques que mon expérience a pu me suggérer. En décrivant les divers aspects sous lesquels le cancer peut se présenter, Lebert a déjà insisté sur les caractères généraux et communs qui les relient entre eux.

Pour l'anatomo-pathologiste moderne, dit-il, l'unité du cancer est à la fois une nécessité logique et un fait d'observation. Autrefois on regardait le squirrhe comme une maladie distincte da cancer et l'on érigeait en précepte thérapeutique d'empêcher le squirrhe de passer à l'état de cancer. On admettait des cancers occultes et des cancers ouverts; on confondait le cancroïde cutané et le cancer; le sarcome était regardé comme une maladie spéciale, etc.

Pour Lebert, le cancer est une des unités pathologiques les mieux établies et les plus nettement délimitées.

Le prototype du cancer est, sans contredit, le cancer mou, l'encéphaloïde, car c'est celui qui renferme la plus grande quantité d'éléments spécifiques de ce produit morbide. C'est une erreur de croire que le cancer offre une époque de crudité et une époque de ramollissement ; cette analogie avec le tubercule, si généralement invoquée par les pathologistes, n'existe point en réalité. Le cancer peut être d'emblée t ès mou, ou se rapprocher plus ou moins de la fermeté élastique du squirrhe. Tous les degrés intermédiaires du reste relient l'encéphaloïde avec le squirrhe. Quant au cancer gélatiniforme, nous voyons se surajouter une nouvelle substance qui, par elle-même, n'est pas plus spécifique pour le cancer que ne le sont les fibres et les vaisseaux; ce n'est que son mélange

avec le tissu cancéreux proprement dit qui en fait une forme à part. Le cancer très vasculaire et hématode n'est, à son tour, qu'une variété de l'encéphaloïde. Dans le cancer mélanique, enfin, un pigment noir se surajoute à un tissu qui, la plupart du temps, présente le type de l'encéphaloïde. Ainsi le cancer, qu'il soit mou, dur, gélatiniforme, très vasculaire ou pigmenté, constitue une seule et même altération avec prédominance de l'élément essentiel dans l'encéphaloïde et de divers éléments secondaires dans les autres formes. Quant à la variété hémorrhagique et à celle qui renferme une substance d'apparence tuberculeuse, nous ne pouvons les placer sur la même ligne que les formes indiquées, vu que ce sont des altérations du tissu cancéreux et non des formes diverses du cancer.

Lebert ajoute : chaque organe exerce une influence particulière sur la forme du cancer. Il passe en revue les différents organes et il termine en disant que le cancer constitue en même temps une affection indépendante de toutes les autres maladies et qu'il n'est jamais la terminaison d'une autre maladie, mais, au contraire, une affection d'emblée sui generis, idiopathique, et qu'il conserve ce caractère pendant toute sa durée.

Telle est en résumé la doctrine de Lebert concernant l'unité du cancer. J'aime à croire qu'au point de vue histologique, il a raison, quand il proclame l'unité du cancer, que ce soit un squirrhe, un encéphaloïde, un colloïde, un cancer hématode ou mélanique; mais dans la pratique c'est différent. Pour le praticien il y a une différence marquée entre le squirrhe et l'encéphaloïde, le cancer dur et le cancer mou, surtout au point de vue du traitement et des résultats qu'on en obtient. D'autre part, les conditions individuelles n'impriment-elles pas à l'affection des modifications particulières : l'âge, le sexe, la constitution, le tempérament, le genre de vie, l'état de santé ou de maladie, de force ou de faiblesse, les conditions hygiéniques, etc., n'ont-ils pas une grande influence sur la marche de la maladie et les conséquences de l'opération?

Le squirrhe affecte une marche plus lente, la première période dure plus longtemps, c'est-à-dire qu'il se propage moins vite aux tissus voisins ; la seconde période se prolonge

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