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DES CAUSTIQUES, GRANDE AMÉLIORATION, PUIS RÉCIDIVE

M. S., cinquante-cinq ans, de Porto-Rico, momentanément à Bruxelles, de bonne constitution, père de six enfants robustes, a contracté, il y a six mois, une tuméfaction à la joue, un peu au-dessous de la mâchoire inférieure au niveau du tiers moyen avec le tiers postérieur. Cette tuméfaction fut immédiatement l'objet des soins les plus attentifs, le malade et sa dame prétendent que sous l'influence des remèdes prescrits, le gonflement fut considérablement réduit, lorsque, il y a six semaines, la tuméfaction augmenta si rapidement

OBSERVATIONS

que ses médecin^ de Porto-Rico lui conseillèrent de s'embarquer immédiatement pour l'Europe; huit jours après, il était en mer. La traversée dura quinze jours, elle fut excessivement pénible, ses souffrances furent très vives, il ne pouvait supporter la nourriture du bord, et il fut complètement privé de sommeil; aussi, à son arrivée, la tuméfaction avait-elle acquis un volume énorme, s'étendant de l'oreille à la commissure des lèvres, et du milieu de la pommette à 2 centimètres de la clavicule; douleurs violentes, mastication et déglutition difficiles, anorexie, insomnie, fièvre ardente. Au centre de cette tuméfaction, il y a un segment semi-sphérique de 6 centimètres de diamètre, beaucoup plus proéminent, rouge, douloureux, ramolli et près de s'ouvrir. MM. les docteurs Gaudy, J., Martin}', Guillery et moi, nous étions unanimes sur la nature de la tumeur : encéphaloïde. Les moyens employés depuis son arrivée, émollients, calmants, globules, etc., ne produisaient aucun soulagement. Que faire? On ne pouvait songer à une opération par l'instrument tranchant. On me proposa l'emploi des caustiques, le cas était désespéré. Je n'étais pas disposé à faire cette tentative, j'hésitai. Enfin ne consultant que l'intérêt du malade, le 4 avril 1876, je fis la première application. Après cinq applications la tuméfaction avait considérablement diminué. Je continuai pendant tout le mois d'avril, passant souvent un jour pour laisser reposer le malade. A la fin du mois la tumeur était cautérisée à fond, l'état général s'était sensiblement amélioré et les forces se rétablissaient.

Après la chute de l'eschare, la cicatrisation commença et tous les jours elle fit des progrès, tout marchait à merveille, le malade sortait et faisait des promenades de plus en plus prolongées; à la fin de mai la moitié de la plaie était cicatrisée et à la fin de juin elle l'était presque complètement. Pendant les mois de mai, de juin et une partie de juillet, nous avons tous cru à la guérison, quand pendant une excursion qu'il fit à pied à Boisfort, localité située à une lieue de Bruxelles, par un temps froid et humide, il se refroidit, grelotta, eut des frissons prolongés; le lendemain de nouveaux engorgements se produisirent, et son état s'aggrava considérablement. Nous eûmes de nouveau recours au caustique, lequel empêcha le mal de faire de grands progrès, mais la guérison devint, dès lors, très problématique.

Au commencement de septembre, il conçut le projet de retournera Porto- Rico où ses affaires l'appelaient, il se sentait assez fort pour faire la traversée. Cependant l'engorgement du côté du larynx et de l'œsophage avait augmenté, et parfois la déglutition était gênée. Néanmoins il voulut partir à la fin de septembre. Tout se passa bien d'abord, mais en arrivant à Southampton, en route pour Porto-Rico, il fut pris d'un étouffement prolongé. Les médecins de la localité pratiquèrent la trachéotomie et il mourut immédiatement après l'opération.

OBSERVATIONS

OBSERVATION CVl. — Cancer de la mamelle gauche, deuxième

PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

M»» veuve J., cinquante ans, rentière, demeurant à Schaerbeek. forte constitution, embonpoint assez prononcé, porte un squirrhe volumineux au sein gauche avec engorgement de plusieurs ganglions axillaires profonds. Seconde période assez avancée; il y a peu de chances d'échapper à la récidive.

La malade fait remonter à un an le début de l'affection qui s'est déclarée sans cause connue. Elle n'a recours à l'opération que parce que les douleurs lancinantes sont devenues trop intenses.

Le 3o mai 1876, application des caustiques sur . le sein et dans l'aisselle. Douze applications au sein et quinze dans l'aisselle.

A la chute de l'eschare, le néoplasme paraît entièrement enlevé. Réunion.

L'opération démontra que nous avions affaire à un encéphaloïde présentant de nombreux points ramollis.

La cicatrisation marcha lentement et elle ne fut achevée que vers la mi-juillet.

A la fin de décembre, elle me fit appeler pour me signaler une petite tumeur, comme un haricot, qui s'était développée sous le bord postérieur de l'aisselle. Cette petite induration me parut suspecte, je proposai de la détruire, la malade ajourna la petite opération sous divers prétextes, je lui prescrivis une pommade iodurée.

Deux mois après, je la revis, la petite tumeur était dans le même état. J'insistai de nouveau auprès de la malade pour l'opération immédiate, elle ajourna encore par la raison que sa santé était excellente.

Elle ne me fit plus demander, passa l'été à la campagne, revint à rapproche de l'hiver, lorsque, à la fin de décembre, je reçus la lettre de faire part de son décès. Que s'est-il passé, je l'ignore, on m'a dit qu'elle était morte subitement.

OBSERVATION CVII. — Cancer du sejn droit, deuxième période,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

M11» B., quarante ans, tempérament lymphatique, demeurant à Ixelles, est atteinte d'un encéphaloïde du sein droit, dont elle fait remonter la découverte à huit mois, mais il est probable que la tumeur était déjà ancienne lorsqu'elle en a constaté l'existence; ce qui le fait supposer, c'est la nature très maligne de l'affection et la grande tendance à la récidive.

Le 18 avril 1876, emploi des caustiques. Douze applications.

A la chute de l'eschare, le néoplasme paraît enlevé en totalité, néanmoins la cicatrisation se fit lentement. La malade se rétablit cependant, mais à la fin de décembre de petites tumeurs se manifestèrent à côté de la cicatrice, récidive.

La malade ne voulut pas se soumettre à une nouvelle opération, le mal fit des progrès rapides et elle succomba en juin 1877.

OBSERVATIONS

OBSERVATION CVII1. — Cancer du sein droit, deuxième pbriode,

EMPLOI DBS CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

Mrae D., cinquante-deux ans, lymphatique, scroluleuse, demeurant à Ixelles, a eu un enfant qu'elle a nourri. Carcinome encéphaloïde, onze mois d'existence.

Le 24 mai 1876, emploi des caustiques, neuf applications. Après la chute de l'eschare, reste un point douteux à la partie inférieure de la plaie, je réapplique la pâte caustique deux fois, puis la plaie parut très nette. La cicatrisation se fit régulièrement, à la fin de juin la maladie semblait parfaitement guérie.

Le 10 mai 1877, récidive consistant en petites indurations au-dessus de la cicatrice et en glandes axillaires. Je l'opérai immédiatement, j'obtins une très belle cicatrice, mais déjà au mois de novembre il y eut une nouvelle récidive, une sorte d'infiltration cancéreuse dans les tissus voisins de la cicatrice, dans l'aisselle et le creux sus-claviculaire. La malade succomba à la fin d'avril 1878 sans beaucoup de souffrances, il n'y avait qu'une petite ulcération à la surface de la cicatrice.

OBSERVATION CIX. — Cancer du sein droit, deuxième période,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

Mme R., cinquante-quatre ans, rentière, habite Saint-Josse-ten-Noode; de bonne constitution, tempérament sanguin, beaucoup d'intelligence et d'énergie; cette dame a vu, il y a seize ans, se développer une petite tumeur comme un pois au sein droit, elle n'y fit pas attention d'abord, mais la tumeur grossit; lorsqu'elle eut acquis le volume d'une noisette, la malade consulta son accoucheur qui lui conseilla de ne pas y toucher; la tumeur grossit encore, elle atteignit le volume d'une petite noix; cette dame consulla de nouveau, l'accoucheur lui fit la même réponse; la tumeur grossit toujours; elle consulta un autre médecin qui lui recommanda de ne jamais se soumettre à une opération quelconque.

Malgré les remèdes employés, la tumeur suivit sa marche fatale, progressive ; il y a trois ans, la partie la plus saillante s'ouvrit, s'ulcéra, cette ulcération s'étendit, bourgeonna, prit la forme d'un champignon renversé donnant une sanie abondante d'une odeur spécifique. Bientôt cette dame languit, dépérit, perdit l'appétit, eut de la fièvre, des douleurs lancinantes, le teint prit une coloration jaunâtre, elle dut garder le lit.

Le cas est désespéré; cependant, en empêchant la production de la sanie, la cautérisation peut être utile.

J'appliquai donc la pâte caustique le 29 juillet 1876, et je continuai les jours suivants.

Après quelques jours, un mieux sensible se manifesta; à mesure que les applications de caustique s'effectuaient, l'état général s'améliorait, il y eut

OBSERVATIONS

douze applications, après la chute de l'escharc la malade put se lever et rester une partie de la journée dans un fauteuil ; quelques jours après, elle marcha sans soutien, puis la marche devint plus solide, elle sortit. L'appétit et les forces revinrent, la santé générale se rétablit, la plaie se cicatrisa.

Six mois après, février 1877, la malade découvrit une petite tumeur sous le bord du pectoral à 8 centimètres de la cicatrice, je l'opérai, la malade n'en fut pas indisposée, La bonne santé continua, elle se crut guérie.

A la fin de 1877, de nouveaux engorgements se produisirent vers l'aisselle, je les opérai, mais à mesure que je les détruisais, d'autres engorgements plus profonds se manifestaient et il fut impossible d'en arrêter les progrès; bientôt sous l'empire des envahissements de la maladie, la santé s'altéra de nouveau, l'appétit diminua, le dépérissement, le marasme se manifestèrent, enfin la malade succomba le 20 mars 1878.

OBSERVATION CX. — Cancroi'de de la lèvre inférieure, opéré par

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