LE BISTOURI, RÉCIDIVE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
M. X., soixante-cinq ans, cultivateur, demeurant à Lobbes, a été opéré par le bistouri, il y a trois mois pour une tumeur ulcérée à la lèvre; maintenant il a un cancroïde assez étendu situé au-dessous de la commissure gauche. Il y a ici une grande tendance à la récidive.
Le 17 août 1876 et les jours suivants je fis six cautérisations; après la chute de l'eschare tout le tissu malade paraît enlevé. Il y eut cicatrisation avec un petit pertuis.
A la fin de décembre, récidive sur place avec engorgement ganglionnaire profond au cou. L'opération devenait inutile, le malade mourut dans le courant du mois d'avril 1877.
OBSERVATION CXI. — Cancer du sein droit, deuxième période,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
Mme P., soixante-dix ans, demeurant à Schaerbeek, maigre, chétive, délicate, peu de résistance, est atteinte de carcinome du sein droit avec engorgement glandulaire dans l'aisselle. Cette affection, survenue sans cause connue, a plus de cinq ans de durée; au premier examen, elle me parut inopérable, je prescrivis une pommade iodée et des toniques à l'intérieur, puis la conicine. Après un traitement de quatre mois, la tumeur se trouva réduite et parut limitée; il en était de même des glandes axillaircs. Je jugeai alors que l'intérêt de la malade réclamait l'opération.
En conséquence, le 28 juin 187G, j'appliquai les caustiques en même temps sur la tumeur et sur les glandes.
L'état d'affaiblissement de la malade me commandait de grands ménagements, c'est pourquoi j'abrégeai la durée des applications; elle-même les abrégeait aussi, de sorte que le caustique ne restait appliqué que trois ou quatre heures, circonstance qui nécessita quatorze applications.
OBSERVATIONS
Quant à la nature de la tumeur, il n'y a rien de particulier à signaler, c'était un squirrhe dur, fibreux, avec quelques points ramollis. Après la chute de l'eschare, la plaie était très nette. La cicatrisation s'effectua lentement, cependant la cicatrice fut solide.
La malade n'avait pas subi de perte tic quelque importance, les forces se rétablirent promptement; au bout de quelques mois, elle acquit même un embonpoint qu'elle n'avait jamais connu. Cette bonne santé, ce bien-être, ne dura guère qu'une année, la récidive, au-dessus de la cicatrice et dans le creux axillaire, vint troubler de nouveau cette quiétude.
J'opérai immédiatement les petites indurations qui se produisaient. Cela donna encore quelques mois de repos à la malade, puis le cortège de symp- I "nés qui conduit au dépérissement se manifesta : la perte d'appétit, l'amaigrissement, la faiblesse, les douleurs erratiques, l'insomnie, etc.
Elle succomba à la fin de novembre 1877 sans les douleurs intenses qui, ordinairement, terminent la triste scène des affections cancéreuses non opérées.
OBSERVATION CXII. — Cancer du sein gauche, opéré par le bistouri,
RÉCIDIVE AU BOUT DE TROIS MOIS, OPÉRÉ AU MOYEN DES CAUSTIQUES, NOU- VELLE RÉCIDIVE.
Mmc G., soixante-dix ans, de Paris, de constitution assez bonne, mais un peu trop d'embonpoint, portait depuis neuf mois un squirrhe au sein gauche dont elle fut opérée à Paris par un des chirurgiens les plus compétents de la grande capitale, il y a de cela six mois. La plaie se cicatrisa, mais trois mois après il y avait récidive, on voulut l'opérer une seconde fois, elle s'y refusa absolument, mais le néoplasme grossit, acquit le volume d'un ceuf de poule ; quelqu'un lui conseilla de venir à Bruxelles; à son arrivée, six mois après l'opération, la tumeur avait la grosseur d'un œuf de dinde. Il n'y avait pas d'engorgement axillaire, le mal paraissait encore localisé. Cependant, la récidive rapide révélait a;sez la malignité de l'affection. Je l'opérai immédiatement, le 25 novembre 1876 et les jours suivants, neuf applications.
La chute de l'eschare était tardive, signe qu'elle restait attachée à un tissu malade; en effet, le dixième jour je la détachai et je trouvai au-dessous une couche de tissu encéphaloïde, sorte de végétation carcinomateuse beaucoup plus étendue que la base de la tumeur, et de 1 et demi à 2 centimètres d'épaisseur, complètement adhérente, tandis que la tumeur était parfaitement mobile.
Je poursuivis le mal au moyen de la pâte caustique jusque sur les côtes.
De nouveau l'eschare resta attachée, j'ai dû la détacher et au-dessous je retrouvai la même couche de tissu malade que la première fois, absolument comme si le caustique n'avait pas été appliqué.
Nouvelles applications de caustique, je portai la cautérisation aussi loin que possible; celte fois la moitié antérieure de la plaie fut nettoyée, mais la moitié postérieure présentait la même couche cancéreuse et en même temps les ganglions axillaires s'engorgèrent et acquirent en peu de temps un volume
OHSERVATIONS.
assez considérable. Dès lors, toute opération devenait inutile; la plaie se cicatrisa presque complètement, mais le mal continua.
Elle partit pour la Hollande où demeure une de ses filles, non guérie, malgré nos efforts.
Je suppose qu'elle a succombé quelques mois après.
OBSERVATION CXIII. — Ca NCER DU SKIN DROIT, DEUXIEME PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, CICATRISATION, SUITES ÉLOIGNÉES INCONNUES.
Mmo D., soixante-dix ans, rentière, demeurant à Mons, porte au sein droit un énorme squirrhe sur le point de s'ulcérer, avec engorgement des glandes axillaires. Deuxième période très avancée.
Le 5 juillet 1877, emploi des caustiques et continuation les jours suivants, dix applications.
La tumeur encéphaloide présentait différents points ramollis. Après la chute de l'eschare, la plaie est nette, au sein comme à l'aisselle. Réunion. Cicatrice solide.
Elle retourna chez elle à la fin de juillet.
Je n'ai plus eu de ses nouvelles.
OBSERVATION CIV. — Cancer du sein droit, deuxième période,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
Mmo L., de Luxembourg, quarante-quatre ans, rentière, maigre, brune, de bonne constitution, demeurant à Mons, porte un cancer au sein droit avec engorgement axillaire. Encéphaloide. Elle fait remonter à plus d'un an l'origine de la maladie, elle n'en connaît pas la cause, ce n'est pas une violence externe.
Le 22 octobre 1877, emploi des caustiques et les jours suivants, avec M. le docteur Barlet, de Bruxelles. Douze applications; après la chute de l'eschare, la plaie du sein est parfaitement nette, mais il n'en est pas de même de celle de l'aisselle, où, après la destruction des premiers ganglions, d'autres s'engorgent et nécessitent de nouvelles applications. Après élimination, réunion partielle.
La plaie se cicatrisa presque entièrement, mais le repos que lui procura l'opération ne fut pas de longue durée ; cinq mois après, récidive de toutes parts, au-dessus et au-dessous de la cicatrice, dans le fond de l'aisselle et du creux sus-claviculaire. II n'y avait plus rien à espérer. La maladie continua et envahit tout le corps, mais lentement.
Décès au mois de septembre 1878.
OBSERVATIONS
OBSERVATION CXV. — Squirrhe de la mamelle gauche, deuxième
PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RECIDIVE, NOUVELLE OPÉRATION, BONNE CICATRICE.
M1"8 J., quarante ans, de Cureghem, tempérament nerveux, sanguin, n'a pas eu d'enfant. Cette dame est atteinte, depuis douze à quatorze mois, d'un squirrhe du sein gauche devenu très volumineux, malgré les traitements très énergiques qu'on lui a fait subir. Il y a en outre un engorgement ganglionnaire de même nature que la tumeur principale. La maladie est donc à la seconde période bien avancée.
Le 18 mars 1878, application des caustiques sur la tumeur principale et sur le ganglion.
Continuation les jours suivants. Quatorze applications.
Chute de l'eschare le 7 avril, la plaie est très belle, rapprochement exact des lèvres de la plaie, réunion par première intention.
Cette dame fut très bien jusqu'à la fin de 1879, dans les premiers jours de décembre, elle constata l'existence d'une petite induration, comme un pois, entre la cicatrice et l'aisselle, elle vint me la montrer le 10 janvier 1880, la tumeur avait doublé de volume, je l'engageai à la laisser détruire le plus tôt possible.
C'est ce que je fis le 1 2 et les deux jours suivants. Chute de l'eschare, réunion, cicatrisation rapide.
Cette dame a succombé au mois de février 1881 à la suite d'une affection intestinale aiguë. La cicatrice est restée intacte.
OBSERVATION CXVI. — Cancroïde de la lèvre inférieure,
TRÈS AVANCÉ, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
M. F., cinquante ans, petit cultivateur, demeurant à Forchies, de bonne constitution, mais fumeur passionné, porte à la lèvre inférieure un cancroïde qu'il attribue à la pipe. La tuméfaction est assez étendue, elle envahit presque la moitié gauche de la lèvre et descend jusqu'au menton.
Quatre applications de caustique détruisirent la tumeur, la cicatrisation se fit sans entraves, tout engorgement avait disparu et l'entaille était très peu apparente.
L'opération fut pratiquée le 6 mai 1878, six mois après, retour du malade avec une récidive très prononcée vers le menton et un engorgement considérable de ganglions sous-maxillaires.
Je lui prescrivis un traitement et lui dis qu'une opération nouvelle ne me paraissait pas opportune.
Je ne l'ai plus revu.
OBSERVATIONS
OBSERVATION CXYll. — Cancer du sein gauche, deuxième période,
EMPLOI DES CAUSTIQUES
M"18 B., quarante-cinq ans, rentière, demeurant à Namur, mère de quatre enfants qu'elle a nourris, tempérament lymphatique, fibre molle, porte un squirrhe volumineux au sein gauche, toute la glande est envahie et plusieurs ganglions axillaires sont engorgés.
C'est la deuxième période très avancée, il y a donc peu d'espoir d'échapper à la récidive.
Le 6 février 1878, emploi des caustiques, onze applications; le centre de la tumeur est ramolli. A la chute de l'eschare, la plaie est très belle, tout le néoplasme est enlevé. La cicatrisation fut rapide et solide, la malade retourna chez elle le 10 mars, paraissant guérie.
Six mois après, elle revint avec quelques petites indurations au-dessus et au-dessous de la cicatrice, je les détruisis au moyen des caustiques et la cicatrisation se fit bien, nviis trois mois après, récidive nouvelle, les ganglions de l'aisselle et du creux sus-claviculaire s'étaient engorgés et la malade dépérissait; la lutte devenait impossible; elle succomba au mois de mars 1879, 'a dyscrasie s'était rapidement établie.
OBSERVATION CXVIII. — Cancer du rectum, emploi
DE LA PATE CAUSTIQUE, RÉCIDIVE
M. E., cinquante-huit ans, cultivateur, demeurant à Jemeppe, est atteint de cancer anal dont il fait remonter le début à dix-huit mois. Le pourtour de l'anus est rongé par le cancer, l'induration des bords est circonscrite, il y a incontinence des matières depuis dix à onze mois. Les douleurs sont assez fortes et il lui est impossible de s'asseoir. Le mal est trop ancien pour qu'on puisse concevoir l'espoir de le guérir, mais on peut améliorer cet état.
Le 8 mai 1878, j'appliquai la pâte caustique sur toute la surface ulcérée, plaçant préalablement un tampon de charpie dans le rectum, au-dessus des limites du mal. Je continuai les jours suivants. Après la huitième application j'estimai que tout le tisiu induré était détruit.
L'eschare se détacha six jours après, il ne restait plus d'induration. Au bout de huit jours la cicatrisation était déjà bien avancée, le malade ne souffrait plus, il pouvait s'asseoir, il voulut retourner chez lui.
Il revint le i5 juillet 1879 : il avait été très bien, quand il y a trois mois le cancer récidiva et fit de rapides progrès. Le mal avait pris d'assez grandes proportions, le fond de la vessie, le col, la prostate étaient envahis, il n'y avait plus d'opération possible. Il retourna chez lui. Je n'ai plus eu de nouvelles.
OBSERVATIONS
OBSERVATION CXIX- — Cancer du sein droit, deuxième période,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
Mma V. L., quarante-cinq ans, demeurant à Anver3, a eu quatre enfant.* qu'elle a nourris, de bonne constitution, brune, maigre, forte, énergique, est atteinte de squirrhe du sein droit avec une traînée de ganglions jusque dan* l'aisselle. Deuxième période assez avancée. J'expose mes craintes à son entourage.
Le 10 mai 1878, application des caustiques sur le sein et sur la traînée ganglionnaire. Continuation les jours suivants, huit applications suffirent ; après l'élimination de l'eschare, il ne reste pas la moindre induration, réunion, la cicatrisation se fit régulièrement, et il y eut une bonne et solide cicatrice.
Elle revint au mois de mars 1879, il y avait une petite induration au-dessous de la cicatrice, je lui conseillai de la laisser détruire, elle n'y consentit pas.
Elle se présenta de nouveau au commencement de juillet, il était trop tard, le mal avait pris trop d'extension, il n'y avait plus moyen d'en arrêter le» progrès.
Je ne l'ai plus revue, décès au commencement de 1880. OBSERVATION CXX. — Cancer de la mamelle droite, deuxième période,