ORIGINE DU CANCER
Au lieu d'observer impartialement la maladie avec ses diverses formes, dit Lebert, on s'est de tout temps évertué à trouver une cause à son origine et à vouloir discuter pourquoi et par quel mécanisme le cancer se forme. On n'a cessé de recourir aux suppositions les plus gratuites pour expliquer ce qu'au fond on ne peut pas expliquer ; et ces dissertations nous rappellent les disputes des théologiens du moyen âge, qui écrivaient des volumes sur la question de savoir si les anges parlaient grec ou hébreu (Voltaire). Pour Lebert la véritable origine et la cause du cancer sont aussi entièrement inconnues que celles du choléra asiatique et de la variole.
Nous voyons une tumeur cancéreuse apparaître comme un mal local; la santé reste intacte, mais le mal se développe rapidement; enlevé en totalité, il se reproduit et entraîne fatalement le dépérissement et la mort. Ceci est de l'observation; mais si l'on cherche pourquoi le cancer se reproduit toujours et se généralise, on est forcé de recourir à la supposition ou à l'hypothèse que le cancer n'est pas un mal purement local, mais qu'il se développe en vertu d'une prédisposition particulière qui, une fois manifestée par le dépôt local, ne s'éteint plus qu'avec la vie. Je ne vois pas, vraiment, la nécessité de faire des suppositions ni de recourir à des hypothèses pour expliquer un phénomène très naturel. Toutes les tumeurs, une fois formées, se développent, et chacune suivant son mode particulier de développement; la tumeur cancéreuse se développe, se propage, se généralise, ainsi le veut sa nature propre.
On peut aller plus loin encore et admettre, toujours hypothétiquement, que le cancer est une affection dont la prédisposition particulière a probablement pour véhicule le sang,
mais dont on ne peut démontrer l'existence. Lebert a soin de considérer toute cette démonstration comme purement hypothétique. Je ne chercherai pas à combattre des chimères, les faits se chargeront de cette réfutation. Car dire que le cancer entraîne fatalement et toujours le dépérissement et la mort, c'est la plus funeste des erreurs, erreur que les faits que je possède dissiperont facilement et définitivement.
La première gouttelette d'un blastème cancéreux déposée dans les interstices des éléments d'un tissu, d'abord amorphe au moment de l'exsudation, prend d'emblée les caractères du cancer. Ces petites tumeurs, presque imperceptibles, renferment déjà des cellules du cancer. De nouvelles gouttelettes s'ajoutent à la première, et suivant que ce blastème est plus ou moins riche en matières fibrineuses, de bonne heure il se forme outre les cellules cancéreuses, une trame fibreuse plus ou moins abondante et outre ces éléments accidentels, la cellule cancéreuse augmente quantitativement à mesure que le blastème augmente. Tout cela pourrait être vrai si la cellule cancéreuse de Lebert existait réellement, mais nous avons vu que les micrographes modernes ont prouvé que la cellule spécifique de Lebert n'existe que dans son imagination.
Le cancer croît par l'augmentation quantitative de ses cellules et cette augmentation s'opère par le nouveau blastème que les vaisseaux amènent d'une manière incessante. La cellule, une fois formée, grandit par une espèce d'endosmose pour arriver à la cellule complète, puis elle se détériore. Ainsi la cellule nait, se développe, se détériore et disparaît, mais elle ne se propage point par génération cellulaire directe.
Telle est sommairement la théorie de Lebert; j'ai voulu en donner une idée parce qu'elle est devenue historique, mais je n'ai nulle intention de la discuter. J'y ferai cependant une petite objection : les partisans du blastème dont il s'agit, Lebert et Broca, disent que cette matière sort du torrent de la circulation par un travail exosmotique, par exsudation, par exhalation; il est d'abord amorphe, mais il devient d'emblée tissu cancéreux; immédiatement il est rempli de cellules cancéreuses. Mais pour que ce blastème puisse être exhalé des vaisseaux, il devrait exister dans le sang. C'est ce que personne n'a démontré jusqu'ici.