ORIGINE DU CANCER
Voyons maintenant ce qu'en dit Broca. Selon cet auteur, les productions accidentelles naissent au sein d'un blastème exhalé des vaisseux sous l'influence d'un trouble de nutrition. Tantôt le blastème se concentre en un lieu bien déterminé, en écartant et refoulant les tissus normaux du voisinage, tantôt il s'épanche par infiltration dans les interstices de ces tissus. Dans le premier cas, la production accidentelle est circonscrite; dans le second cas, elle se perd insensiblement dans les parties environnantes et on dit qu'elle est diffuse. Quelquefois la production passe de l'état circonscrit à l'état diffus.
La doctrine qui attribue l'origine de toute production accidentelle à la formation d'éléments nouveaux est généralement acceptée aujourd'hui. Quelques auteurs ont pensé que le carcinome pourrait être une manifestation résultant de prédispositions diathésiques d'origines variées, plutôt que d'une diathese spéciale ; c'est ainsi que Hardy et Bazin sont portés à considérer le cancer comme manifestation de l'herpétisme. Mais les documents manquent à l'appui de cette hypothèse. (Hénocque.)
Un nombre respectable d'auteurs ont trouvé qu'il existait de grandes affinités entre le tubercule et le cancer; d'autres, au contraire, ont cru à l'antagonisme du carcinome et de la tuberculose. Broca a montré que les tuberculeux avaient autant de chances d'être atteints de cancer que les autres individus, mais pas davantage.
Vu la fréquence de la tuberculose, il n'est pas étonnant que quelques cancéreux soient en même temps tuberculeux, mais ce n'est qu'une simple coïncidence. Sur mes trois cents opérations, une seule malade était supposée tuberculeuse, et ce n'est ni la tuberculose ni la carcinose qui ont causé sa mort, survenue onze ans après l'opération.