DE LA DÉGÉNÉRESCENCE
On entend par dégénérescence ou dégénération la transformation d'une tumeur bénigne en tumeur maligne.
Cette doctrine a régné longtemps dans les Écoles et on l'a admise comme une espèce de dogme. Selon moi, les anciens avaient raison et les modernes n'ont pas tort. Il suffit de s'entendre. Si les anciens prétendaient qu'une tumeur bénigne peut devenir une tumeur maligne, c'est-à-dire qu'une tumeur bénigne puisse être envahie par le cancer et se transformer en tumeur maligne, il n'y a pas le moindre doute à cet égard : j'en ai vu plusieurs exemples ; et pourquoi en serait-il autrement? pourquoi une tumeur composée de tissu normal ou homologue, ne pourrait-elle pas être le siège d'une affection cancéreuse et se transformer en partie ou en totalité en tissu accidentel? Ne voit-on pas fréquemment certaines excroissances du visage, ordinairement inotïensives, après qu'elles sont restées stationnaires pendant un grand nombre d'années, devenir le siège d'un épithéliome qui affecte une marche plus ou moins rapide.
De même qu'un tissu accidentel peut se substituer à un tissu normal, de même un tissu normal peut se substituer à un tissu accidentel ; c'est ainsi que des éléments non cancéreux peuvent se former dans des tumeurs cancéreuses : on rencontre souvent, dans les squirrhes anciens, des productions cartilagineuses et osseuses; je conserve une masse osseuse du volume d'un petit œuf de poule que j'ai rencontrée dans une tumeur cancéreuse de dix à douze ans de durée.
Mais si l'on entend par dégénérescence, comme l'ont fait les modernes, la métamorphose d'un tissu normal en tissu pathologique, cela n'est plus aussi admissible. Pouriant c'est ainsi que le comprenaient les anciens, en professant le dogme