ENGORGEMENT DES GANGLIONS LYMPHATIQUES
puis viennent le squirrhe et l'épithéliome des muqueuses, tandis que celui de la peau le produit rarement, puis arrivent le colloïde, les fibroïdes ou tumeurs fibro-plastiques , les fibromes, les chondromes, enfin on a prétendu que l'adénome pouvait aussi déterminer l'engorgement ganglionnaire, mais ce n'est pas prouvé, ce n'est pas même probable.
Après les cancers, ce sont les épithéliomes qui, le plus souvent, occasionnent l'engorgement spécifique des ganglions. Mais les épithéliomes de la superficie de la peau en sont ordinairement exempts. Il en est de même de la peau du visage, où, selon Broca, les troncs des vaisseaux lymphatiques sont beaucoup moins volumineux qu'au bras et à la poitrine, de sorte qu'à la face l'épithéliome peut durer très longtemps sans déterminer l'engorgement ganglionnaire.
Ces tumeurs ganglionnaires se montrent exclusivement, dit Broca, dans les ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques de la région occupée par la tumeur primitive et ce sont les ganglions les plus rapprochés de la tumeur qui s'engorgent les premiers; après ceux-ci les ganglions plus profonds, ceux qui entourent le plexus, les ganglions sous et sus-claviculaires, puis ceux de la poitrine en suivant toujours la chaîne ganglionnaire parallèlement au cours de la lymphe.
Les tumeurs ganglionnaires se comportent absolument comme les tumeurs primitives, elles peuvent comme celles-ci se ramollir, se propager et s'ulcérer.
La cause déterminante de l'engorgement spécifique des ganglions, c'est donc bien le contact de la lymphe de la région malade avec le tissu ganglionnaire, c'est le transport d'une matière particulière qui est charriée par les vaisseaux lymphatiques, qui s'arrête dans les ganglions et y détermine an travail pathologique.
Il reste à déterminer, dit Broca, la nature de cette matière qui se trouve mêlée à la lymphe de la région malade, et la nature du travail morbide qu'elle suscite dans les ganglions.
Et d'abord, cette matière est-elle solide ou liquide? se demande l'auteur ; des faits bien connus permettent, par analogie, de considérer les deux hypothèses, sinon comme également probables, du moins comme possibles l'une et l'autre.
Ce qu'il y a de plus clair ici, c'est que l'on ne sait pas si la matière est solide ou liquide, et quand on ne sait pas cela, on ne sait rien; et si c'était un fluide?
Broca rapporte ces engorgements au blastème de la tumeur, il croit que quelques parcelles de ce blastème se détachent, parcourent les vaisseaux lymphatiques, vont se déposer dans les ganglions et que les éléments organisés aux dépens de ce blastème sont le point de départ de l'engorgement. Dans cette hypothèse, il peut se faire que ce transport s'effectue peu de temps avant l'opération de la tumeur et que les éléments n'aient pas encore eu le temps de s'organiser; quelque temps après l'opération ce travail se fait et l'engorgement se produit. Ceci n'est pas une récidive, c'est tout simplement la continuation du mal primitif; mais lorsqu'il s'écoule plusieurs années entre l'époque de l'opération et celle de la récidive ganglionnaire, dit Broca, on ne peut supposer que le blastème ait sommeillé tout ce temps dans le ganglion. Il y a donc une distinction à établir entre la récidive et la propagation; celle-ci s'effectue par la continuité, par la progression d'un blastème pathologique émané de la masse morbide, tandis que la récidive dépendant d'une influence diathésique, est caractérisée par la production d'un nouveau blastème qui peut prendre naissance, soit dans la cicatrice, soit dans les tissus voisins, soit dans les ganglions correspondants, soit enfin dans une région éloignée, sans connexion anatomique avec la première.
C'est précisément ce que je ne puis admettre. D'abord je n'ai pas vu d'engorgement ganglionnaire isolé survenir trois ans après l'opération de la tumeur primitive. Cela prouve que ces faits doivent être très rares. Dans tous les cas de récidive que j'ai observés, l'engorgement ganglionnaire était précédé ou accompagné d'une récidive dans la cicatrice ou à côté : cependant si un ganglion était déjà légèrement engorgé au moment de l'opération et qu'on ait cru pouvoir le négliger, le considérant comme étant de nature inflammatoire, il peut se faire que cet engorgement se développe et constitue un véritable squirrhe, mais dans ce cas ce développement se fait peu de temps après l'opération, six mois, un an tout au plus et n'attend pas trois ans pour se produire. Ici ce n'est pas encore une récidive, c'est la continuation d'une affection
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qui existait déjà au moment de l'ablation de la tumeur primitive.
Dans les cas d'engorgement des ganglions de l'aisselle, deux questions très importantes se présentent à l'esprit du praticien, celle de la distinction à établir entre l'engorgement inflammatoire et l'engorgement spécifique dont j'ai déjà parlé, et la question de savoir si ce dernier est encore assez circonscrit pour permettre une opération? Il est quelquefois bien difficile de résoudre cette question. Si l'infection se borne aux premiers ganglions du creux axillaire, il n'y a pas à hésiter, l'opération doit être pratiquée sans retard. Mais en est-il de même quand le mal s'étend aux ganglions profonds, dans le voisinage du plexus et quelquefois entre ses branches. Dans ces circonstances, faut-il opérer? Si la maladie a épargné les ganglions sous et sus-claviculaires, on peut tenter l'opération, d'autant plus que si l'on n'opère pas, la malade est vouée à une mort certaine et à de grandes douleurs. En opérant, les chances de guérison ne sont pas grandes, mais on peut encore réussir, j'en rapporterai des exemples.
Il y a des exemples d'engorgement spécifique de ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques d'une région atteinte de chondrome.
Il n'y en a pas de fibrome, mais comme le fibrome peut présenter les caractères de la malignité, il est probable qu'il peut également, dans ce cas exceptionnel, infecter les ganglions.
On a également prétendu que l'adénome pouvait donner lieu à l'engorgement spécifique des ganglions, mais les faits publiés ne sont pas probants. J'ai eu l'occasion d'observer un certain nombre d'adénomes, mais aucun cas avec un engorgement ganglionnaire spécifique.
Ainsi, dit Broca, l'engorgement spécifique des ganglions n'est pas un symptôme propre au cancer. Il se montre également avec plus ou moins de fréquence dans l'épithéliome, le fibroïde et le chondrome.
On a prétendu que des engorgements de cette espèce pouvaient se produire aussi dans les ganglions qui n'ont aucun rapport anatomique avec la tumeur primitive. J'en ai constaté aussi dans l'aisselle du côté opposé au siège de la tumeur
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cancéreuse, mais seulement dans la troisième période de l'affection, alors que des tumeurs secondaires peuvent se manifester dans toutes les parties du corps.
Les tumeurs secondaires sont de la même nature que les tumeurs primitives et se comportent comme elles.
De quelle nature est cette matière infectante qui, de la tumeur primitive, est transportée par les lymphatiques et avec la lymphe probablement jusque dans les ganglions? On n'en sait rien, mais il est très probable que ce sont des éléments cancéreux microscopiques, noyaux ou cellules qui peuvent parcourir les vaisseaux, mais qui sont arrêtés dans les ganglions et y développent l'affection spécifique.
La plupart des auteurs prétendent que dans les cancers des mamelles, ce sont les premiers ganglions de l'aisselle qui reçoivent d'abord l'infection. Ce n'est pas conforme à l'observation. Il est vrai que dans la plupart des cas les choses se passent de cette façon ; mais il y a de nombreuses exceptions ; on voit assez souvent l'engorgement ganglionnaire de l'aisselle commencer par les ganglions profonds. On voit aussi, mais plus rarement, l'engorgement ganglionnaire commencer par les ganglions sus-claviculaires, les ganglions axillaires n'ayant subi aucune altération. On observe aussi assez souvent des engorgements sous le bord du grand pectoral entre la mamelle et l'aisselle.