PROPAGATION DES PRODUCTIONS ACCIDENTELLES
Outre l'accroissement interstitiel, il y a un autre mode que l'on désigne sous le nom d'accroissement par propagation : le cancer a une propriété funeste : sa tendance incessante à la propagation, à l'extension de la maladie, par continuité de tissus, c'est-à-dire, à la substitution continuelle de sa propre substance à celle des organes ou des tissus avec lesquels il est en contact, ou au milieu desquels il s'est formé. C'est donc aux dépens des parties environnantes que la propagation s'effectue et presque toujours en les détruisant. Ce n'est donc pas, d'après les recherches modernes, en se les assimilant, en les transformant en sa propre substance, comme les anciens l'avaient pensé, que le cancer se propage de proche en proche. Cependant, il est vrai de dire que tous les tissus ne se laissent pas envahir avec la même facilité par le cancer, c'est ainsi que les aponévroses, les tissus fibreux, les cartilages, les artères, les muscles opposent plus de résistance que le tissu cellulaire, le système lymphatique, les veines et les organes parenchymateux. Un autre genre de propagation est celui qui se fait par les vaisseaux lympathiques, qui portent le principe morbifique dans les ganglions du voisinage, puis dans les glandes plus profondes, jusqu'aux ganglions qui entourent le plexus axillaire ; puis aux glandes sus-claviculaires, et enfin jusqu'aux ganglions qui entourent les bronches et les vaisseaux de la poitrine.
Selon Broca, les épithéliomes , les fibroïdes, les pseudoadénomes, n'ont pas moins de tendance à se propager que le cancer. Les adénomes polyglandulaires se propagent très fréquemment aussi. Les myéloïdes, les fibromes, les chondromes, les tumeurs érectiles, les élephantiasis diffus et même les lipomes diffus, peuvent encore, dans certains cas, envahir les parties environnantes par continuité de tissu. Il y a sans doute des différences considérables entre les tumeurs qui se propagent toujours, ou presque toujours, celles qui se propagent moins souvent, celles qui ne se propagent que par exception, et celles qui ne se propagent jamais. Le phénomène de la propagation fait partie du cortège de la malignité, mais une tumeur n'est pas maligne par cela seul qu'elle se propage.
Selon Broca, la propagation des productions accidentelles,
même des plus malignes, s'effectue au moyen d'une substance plastique, d'un blastème qui s'insinue purement et simplement dans les lacunes des tissus, et qui, après avoir emprisonné les éléments de ces tissus, les comprime, les étouffe et les détruit. Ce blastème n'est autre que le blastème même de la production accidentelle, sécrété en excès par les couches superficielles de la tumeur, il déborde en quelque sorte sur les parties environnantes, s'infiltrant dans toutes les lacunes, dans tous les interstices qu'il rencontre, détruisant les tissus auxquels il se propage, de sorte que le travail de propagation est un travail de substitution.
Cette théorie est fort ingénieuse,' extrêmement séduisante et développée avec un talent auquel je suis le premier à rendre hommage, mais il m'est impossible d'admettre qu'elle soit conforme à la vérité et à l'observation clinique. Quand on opère une tumeur, au moyen des caustiques, dans la période de propagation, on peut suivre exactement la marche qu'elle a parcourue dans l'envahissement des tissus voisins et cette marche ne ressemble nullement à celle que décrit Broca: une tumeur se forme dans la glande mammaire, elle se développe et acquiert le volume d'un œuf de poule, un ganglion axillaire s'engorge, durcit, se bosselle, devient squirrheùx à son tour ; un second , un troisième ganglion suivent la même marche, la tumeur a acquis un peu plus de volume. On opèrè par les caustiques, que trouve-t-on? Une tumeur fibreuse parfaitement circonscrite, mobile, au milieu du tissu cellulaire sous-cutané, comprimé, détruit, si l'on veut, mais n'ayant contracté aucune adhérence ni avec les muscles, ni avec les aponévroses. D'autre part, on trouve les glandes de l'aisselle squirrheuses, presque aussi avancées que la tumeurmère, dures, fibreuses comme elle, mais n'ayant aucune attache apparente avec elle, n'ayant ni cordon, ni nodosités, ni lien quelconque qui les relie entre elles. Eh bien, dans ce cas, comment admettre que le blastème sécrété parla tumeur, épanché ou infiltré, ait pu se propager aux glandes axillaires, les infecter, y développer de véritables squirrhes, à une distance de dix centimètres, sans laisser de traces sur son passage. Je demande si ce fait, que j'ai observé un grand nombre de fois, peut s'accorder avec la théorie de Broca. Il est vrai