PROPAGATION DES PRODUCTIONS ACCIDENTELLES. I 5 I
que cet éminent professeur a imaginé, comme tout le monde, pour expliquer l'infection des ganglions voisins d'une tumeur cancéreuse, un mécanisme spécial, où il n'est plus question de blastème, il admet que les tumeurs consécutives des ganglions sont dues au transport d'une matière particulière qui est charriée par les vaisseaux lymphatiques, s'arrête dans les ganglions et y détermine un travail pathologique. Voilà donc déjà deux modes de propagation du cancer.
Je passe à un autre fait : Une dame d'environ soixante-cinq ans portait une tumeur squirrheuse au sein gauche; au bout de huit mois, malgré les remèdes les plus puissants, la tumeur avait acquis le volume d'un œuf de poule. Voyant l'inefficacité absolue des remèdes internes, on l'opère au moyen du bistouri. Six mois après, récidive sur place ; chose inconcevable, on recommence la série des fondants et des résolutifs employés sans le moindre avantage avant l'opération. La tumeur augmente, on continue les remèdes internes et externes. Le mal fait des progrès rapides, après sept mois d'essais infructueux et très compromettants, alors que l'affection cancéreuse avait pris une grande extension, que la tumeur s'était ulcérée, on propose une nouvelle opération. La malade la rejette et vient me trouver. Je constate une tumeur encéphaloïde aplatie, assez étendue, située un peu au-dessous du bord du pectoral, mais se prolongeant sous ce muscle et présentant également une longue traînée vers le sternum. L'ulcère cancéreux a la grandeur d'une pièce de cinq francs. Je consens à l'opérer, au moyen des caustiques, avec M. le docteur Félix. En enlevant la tumeur par couches successives, nous trouvons : d'abord le noyau encéphaloïde de 8 à 10 centimètres de diamètre et adhérant à une côte dont la surface est cautérisée ; ensuite une couche de tissu carcinomateux de i centimètre et demi d'épaisseur, de 7 à 8 de largeur et se prolongeant en diminuant d'épaisseur vers l'aisselle et sous le pectoral. Cette couche de tissu nouveau n'est adhérente ni au pectoral ni aux côtes, puisque, à mesure que je la cautérise, je puis la détacher partiellement au moyen de la spatule. D'autre part un segment de tissu conjonctif, fibreux, dur, évidemment squirrheux vers le noyau, où il présente 2 centimètres de largeur sur 1 et demi d'épaisseur,
allant en diminuant vers le sternum sur une étendue de plus de 10 centimètres, pour se perdre dans la trame du tissu conjonctif.
Voilà donc trois espèces de tissus dans une tumeur. Comment pourrait-on admettre qu'un blastème unique pût produire des effets si différents.
Chez une autre malade qui s'est adressée à moi lorsque le squirrhe de la glande mammaire était à la seconde période, c'est-à-dire qu'outre la tumeur-mère, il y avait engorgement des premiers ganglions de l'aisselle, je détruisis par les caustiques la tumeur et les ganglions ; la cicatrisation se fit régulièrement. L'opérée paraissait guérie. Un an après il y eut récidive, une tumeur s'était développée à côté de la cicatrice et de nombreux ganglions axillaires étaient engorgés. Je cautérisai la tumeur et les ganglions apparents. Mais après la chute de l'eschare, je constatai qu'un grand nombre de ganglions engorgés restaient dans les profondeurs de l'aisselle, en arrière sous le dorsal et en avant sous le pectoral. La région mammaire était en bon état. Comme il était impossible de porter la cautérisation dans ces profondeurs, que d'un autre côté, laisser ces glanglions malades, c'était la mort, je résolus de les énucléer avec le doigt. Le tissu cellulaire était lâche, il ne fut pas difficile ni laborieux de les extraire. Il y en avait deux entre les branches du plexus, je parvins à les arracher, j'allai en chercher sous le pectoral jusque près de la clavicule. Bref, j'arrachai de cette manière une vingtaine de glanglions gros comme une noisette. La cicatrisation fut rapide. Il y a huit ans de cela, la femme est parfaitement guérie, il n'y a plus eu de récidive.
Dans cet exemple, nous voyons une tumeur squirrheuse passée à la période de propagation, mais cette propagation se faisant uniquement du côté des ganglions. Quant à la tumeur mère elle ne s'est nullement propagée aux parties environnantes, le blastème n'existait donc pas ? C'est une simple question que je pose. Ou tout au moins s'il existait, sa présence ne s'est manifestée par aucun phénomène (voir Obs. XXV).
Je pourrais multiplier les exemples et prouver par des faits cliniques que dans les cas de l'espèce, le blastème dont