CANCÉREUSE
L'inflammation ou l'irritation des tumeurs est beaucoup moins fréquente que ne le disait Broussais ; si cette fréquence a diminué, en apparence, cela tient à ce que l'on est devenu meilleur appréciateur des phénomènes qui se produisent.
Broca a établi une distinction entre l'inflammation parenchymateuse et l'inflammation périphérique.
L'inflammation peut présenter tous les degrés, elle peut se terminer par suppuration, par induration, par gangrène même.
Selon Broca, les adénites chroniques simples, symptomatiques des inflammations de voisinage, simulent quelquefois de la manière la plus trompeuse l'engorgement spécifique des ganglions, et cet état d'engorgement peut donner lieu aux erreurs les plus graves. On voit combien il serait important de pouvoir diagnostiquer les adénites simples consécutives à l'inflammation périphérique des tumeurs. Ce diagnostic, malheureusement, est presque toujours très incertain. Ces cas ne sont pas fréquents, mais quand ils se présentent, ils constituent une difficulté réelle au point de vue de l'opération par l'instrument tranchant qui met souvent la vie de la femme en danger; mais il n'en est pas de même de l'opération au moyen des caustiques qui n'expose à aucun péril.
L'engorgement symptomatique des ganglions de l'aisselle peut survenir pendant une inflammation périphérique de la tumeur ; cette circonstance pourrait faire supposer qu'il est tout simplement inflammatoire ; mais quand l'inflammation les atteint, s'ils étaient déjà malades spécifiquement, la difficulté serait grande, surtout si le chirurgien n'a pas suivi la marche de l'affection, et on comprendrait son hésitation dans ce cas.
INFLAMMATION ET GANGRÈNE DE LA TUMEUR CANCÉREUSE. l6l
Ce n'est donc pas, dit Broca, sur l'examen direct de la région ganglionnaire que peut reposer le diagnostic de la nature de l'adénopathie, et il est permis de se demander si les chirurgiens qui ont réussi à faire résoudre, après l'ablation d'une tumeur cancéreuse, des ganglions engorgés dans le voisinage de cette tumeur, ont été guidés par un diagnostic légitime, ou s'ils n'ont pas été plutôt servis par le hasard. S'il s'agit d'un cancer, d'un épithéliome, ou de toute autre tumeur disposée à se propager par la voie du système lymphatique, il sera très probable que l'engorgement est spécifique et il sera prudent de le traiter comme tel.
Mais il me semble que l'auteur élude la difficulté; si la tumeur principale est bénigne, il n'y a pas lieu de s'occuper de l'engorgement ganglionnaire, et c'est uniquement dans le cas de tumeur maligne qu'il s'agit de décider si l'adénopathie est spécifique ou inflammatoire, puisque dans le premier cas il faut opérer cet engorgement, tandis que dans le second cas l'opération est inutile. Voici les quelques considérations que j'ai à présenter à ce sujet : dans un cas de squirrhe du sein manifestement à la première période, il y a avait quelques ganglions axillaires engorgés, mais la malade prétendait que cet engorgement existait longtemps avant le développement du squirrhe et ce qui corroborait son dire, c'est qu'il y avait dans l'aisselle de l'autre côté, un engorgement à peu près identique; en outre, ces ganglions engorgés ne présentaient pas au toucher la dureté du squirrhe. J'enlevai la tumeur au moyen des caustiques, en négligeant les ganglions. Après l'opération, le volume des ganglions diminua, je prescrivis la pommade d'iodure de plomb à frictionner matin et soir et je les fis recouvrir d'ouate ; l'engorgement ganglionnaire diminua sensiblement et au bout de six mois il était effacé.
Dans un autre cas de tumeur squirrheuse du sein à marche lente, survint, au quatrième mois d'existence de la tumeur, c'est-à-dire, à une époque où d'ordinaire la propagation ne s'effectue pas encore, un engorgement de deux ganglions axillaires. La malade prétendit que c'était la suite d'un refroidissement, et, renseignement pris, je partageai sa manière de voir ; en outre cet engorgement ne présentait pas la dureté du squirrhe. J'opérai à six mois, le volume de la tumeur