‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 27 sur 158 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

n'avait cessé d'augmenter malgré les remèdes employés, en négligeant l'engorgement axillaire. Après l'opération cet engorgement axillaire se dissipa rapidement, en moins d'un mois. Je ne continuerai pas l'énumération des faits que je possède, on les trouvera détaillés dans mes. Observations.

Je conclus donc que l'on peut trouver des éléments de diagnostic pour le cas qui nous occupe, dans les investigations commémoratives, dans la cause probable de l'engorgement, dans l'époque de son apparition, dans le plus ou moins de dureté des glandes engorgées, et quelquefois dans le genre de douleurs qui se produisent dans ces glandes, ou qu'on peut provoquer par la pression du doigt.

Gangrène. L'inflammation parenchymateuse des tumeurs cancéreuses, sans être très fréquente n'est cependant pas rare. Elle peut être partielle ou générale, les phénomènes sont les mêmes que ceux de l'inflammation de toute autre partie du corps. Elle peut se terminer par résolution, par suppuration ou par gangrène.

La gangrène totale de la tumeur cancéreuse est assez rare, il n'en est pas de même de la gangrène partielle qui est plus fréquente.

La gangrène des tumeurs peut être sèche ou humide.

Il est probable que la gangrène sèche reconnaît pour cause l'oblitération des artères, mais ce n'est pas démontré. Tandis que la gangrène humide reconnaît pour cause l'inflammation aiguë. On l'a également attribuée à l'oblitération des veines causée par le carcinome. 11 n'est pas établi que cette oblitération puisse constituer une cause déterminante.

La gangrène totale peut amener une guérison définitive, mais on comprend que le cas est extrêmement rare et qu'on ne peut compter sur une telle chance.

Les accidents les plus graves peuvent se produire à la suite de la gangrène des tumeurs et souvent la mort en est la conséquence. La gangrène des tumeurs, dit Broca, est un accident toujours grave, souvent funeste et rarement curatif.

CONTAGION

Le cancer est-il contagieux ? Il y a dans la science un certain nombre d'observations qui militent en faveur de la contagiosité, mais on est en droit de douter de leur authenticité. Zacutus Lusitanus rapporte que trois garçons furent attaqués de cancer au sein pour avoir couché longtemps avec leur mère qui mourut de cette maladie.

Un homme, dit Peyrilhe, ayant sucé la mamelle cancéreuse de sa femme, dans l'intention de la soulager, fut atteint, peu de temps après, d'un cancer aux gencives, qui le fit périr. Mais ce fait est attribué à Tulpius par Peyrilhe, et il ne se trouve pas dans son ouvrage. Tulpius nous apprend qu'une servante fut atteinte d'un horrible cancer au sein peu de temps après avoir donné des soins assidus à sa maîtresse, qui succomba à cette maladie ; et il ajoute que lui-même, pour avoir regardé de trop près ce cancer, eut à la gorge un fâcheux ulcère qui nécessita l'excision de l'eschare produite par le venin cancéreux. Bayle réfute ces faits et en conteste l'authenticité.

Alibert rapporte qu'il a fait avaler à des chiens la sérosité ichoreuse qui découle des cancers ulcérés ; il a fait plus il s'est inoculé à lui-même cette matière infecte ; Biett, animé du même zèle pour la science, s'est soumis à une semblable épreuve, ainsi que plusieurs élèves ; et dans tous ces essais, on n'a jamais observé le moindre effet de la contagion. Les expériences faites à l'hôpital Saint-Louis sous les yeux d'Alibert et auxquelles Robert se soumit lui-même, ainsi que plusieurs médecins et élèves en médecine avec un courage et un dévouement dignes d'éloges, à l'effet de constater si le pus des ulcères cancéreux pouvait, par l'inoculation, transmettre une maladie semblable à celle dont il était le produit, n'eurent

que des résultats négatifs. Le pus d'un ulcère cancéreux du sein, inoculé au bras de Robert, de Payet, de Le Noble, de Durand et de Biett, y détermina une légère douleur lancinante, semblable à celle d'une piqûre d'épingle. Le troisième jour le gonflement était à peine sensible. Nul dérangement ne survint dans la santé des médecins courageux soumis à l'expérience ; il n'y eut chez eux aucune communication de la maladie cancéreuse ; la propriété contagieuse de l'ichor fourni par un horrible ulcère cancéreux dut donc être rejetée par les expérimentateurs, comme elle est rejetée depuis eux par tous les praticiens.

Dupuytren a introduit dans l'estomac de plusieux animaux des portions de chairs cancéreuses, il a injecté le pus de ces mêmes dégénérescences dans les veines et dans les cavités splanchniques, sans communiquer la maladie. Que l'on rapproche ces faits et ces expériences, dit Bayle, et on sera, sinon convaincu, du moins très porté à croire que le cancer n'est point une maladie contagieuse.

Vogel et Valentin ont, à leur tour, fait des expériences et ils sont restés convaincus que le cancer n'est pas contagieux. Il paraîtrait cependant que Langenbeck, ayant injecté du suc cancéreux dans ies veines d'animaux sains, est arrivé à un résultat positif.

Velpeau rapporte que la matière cancéreuse tirée d'un sein qu'il venait d'opérer a été injectée dans la veine jugulaire d'un chien par MM. Follin et Lebert. Toutes les précautions avaient été prises pour s'assurer que le liquide injecté était bien de nature cancéreuse. A l'autopsie de l'animal, au bout de quinze jours, on a trouvé dans les parois du cœur de petites tumeurs du volume d'un pois, d'un haricot, d'une tête d'épingle, et qui contenaient toutes des cellules dites cancéreuses.

Il y a longtemps, dit Velpeau, que je regarde la contagion du cancer, non comme démontrée, mais comme possible. Conclure que le cancer n'est pas contagieux, parce qu'on a vainement essayé de le transmettre par inoculation, par injection dans le torrent circulatoire, serait conclure sans motif; car de quel droit veut-on que ce soit là le mode générique du cancer? De ce que la matière concéreuse, qu'on peut considérer

CONTAGION

comme morte une fois détachée de l'individu, ne produit point d'effet, il ne s'ensuit pas que, faisant encore partie du corps vivant et maintenue en contact avec une autre partie vivante, elle ne se reproduise pas. 11 est vrai que dans ses rapports avec une femme dont l'utérus est cancéreux, l'homme ne contracte point le cancer; qu'il en est de même du contact des lèvres; que l'on peut toucher impunément toute espèce de cancer, soit avec la peau saine, soit avec des organes privés d'épiderme, ainsi que le font si souvent les chirurgiens, les malades ou les garde-malades; cela prouve que la contagion du cancer n'est pas facile, qu'elle exige des conditions encore inconnues, mais non que le cancer n'est pas contagieux. Les faits que j'ai cités, dit Velpeau, me paraissent de nature à ébranler un peu la croyance générale sous ce rapport, à faire voir que la contagion du cancer est une question digne de recherches nouvelles. En donnant l'éveil ici, je n'ai d'autre but, du reste, que de faire naître l'idée de quelques réserves dans les rapports des individus sains avec les individus cancéreux.

Ce raisonnement peut s'appliquer à toutes les maladies. Quand depuis tant de siècles on s'occupe activement d'une maladie aussi commune que le cancer, que les observateurs, les cliniciens de tous les temps n'ont pu fournir un seul fait de contagion authentique, est-on en droit de conclure que cette maladie est contagieuse? Pour ce qui me concerne, j'ai vu un assez grand nombre de cancéreux, j'ai vu beaucoup de demoiselles et de servantes qui pansaient les ulcères de leur mère ou de leur maîtresse, et le plus souvent sans prendre aucune des précautions les plus élémentaires ; maniant avec les doigts la charpie imprégnée de pus, de sanie, d'ichor, et cependant je n'ai pas observé un seul cas de contagion du cancer ; je ne puis donc pas me déclarer partisan de la contagiosité de cette maladie.

Il me semble opportun de rapporter ici quelques observations destinées à corroborer les données qui précèdent.

OBSERVATION XVI. — Squirrhe du sein droit, première période,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, GL'ERISON

Mme la douairière M., d'Ixellcs, âgée de quatre-vingt-deux ans, forte constitution, embonpoint assez prononcé, découvrit, à la fin d'août 18G7, une petite tumeur au sein droit; cette tumeur était dure, mais indolore; elle se développa progressivement malgré l'emploi régulier des fondants et des résolutifs.

Au mois d'août 1868 la tumeur avait le volume d'un petit œuf de poule, mais à partir de ce moment elle se développa rapidement, de telle sorte qu'au commencement d'octobre le mal avait envahi toute la glande mammaire ; la tumeur était inégale, bosselée et le siège de douleurs lancinantes. Le mamelon était fortement rentré et tous les douze, quinze ou vingt jours un suintement sanguin, quelquefois une véritable hémorrhagie se produisait par les canaux lactifères. La quantité de sang qu'elle perdait chaque fois peut être évaluée de 25 à 100 grammes. Tout cela inquiétait beaucoup la malade; elle me fit appeler à la fin de septembre ; je constatai l'existence d'un squirrhe bien caractérisé et affectant toute la glande. Je conseillai sans hésiter la destruction par les caustiques, la tumeur étant parfaitement localisée.

Des parents intervinrent et demandèrent une consultation. M. le professeur Lebeau (mort depuis) fut appelé, il s'opposa à l'opération, disant à la malade qu'à son âge on ne subissait plus d'opération, et à moi, elle n'a plus que six mois à vivre, laissez-la mourir en paix, aussi bien elle ne résistera pas à l'opération et vous aurez le nom de l'avoir tuée. Ce monsieur ne voulut rien entendre, il s'en alla. Après son départ, la malade m'adressa des questions, elle voulut tout savoir. Après cet entretien, elle se décida à subir l'opération et voulait commencer dès le lendemain; mais comme il y avait de l'opposition, je demandai un autre consultant en abandonnant le choix à la famille. M. Lelong, médecin de S. A. R. le comte de Flandre, fut appelé. M. Lelong reconnut la gravité de la situation, il admit aussi que la malade n'avait plus six mois à vivre si l'on n'opérait pas; mais d'autre part il n'osait conseiller l'opération à cause du grand âge de la malade; ce n'est que sur l'assurance que je lui donnai que l'opération par les caustiques est innocente, qu'il y consentit.

En conséquence le 12 septembre 1868 se fit la première application. Continuation les jours suivants, en ne laissant le caustique que quatre à cinq heures pour ménager les forces.

Cette malade supporta parfaitement ces opérations, le sommeil et l'appétit se maintinrent, la chute de l'eschare se fit régulièrement, nous parvînmes à rapprocher les lèvres de la plaie et la réunion fut presque immédiate. Enfin la santé de cette dame n'en fut nullement ébranlée.

C'était un véritable squirrhe entremêlé de graisse ; la seule particularité qui se soit présentée, c'est l'existence d'une poche, espèce de kyste sanguin au

CONTAGION

milieu de la tumeur. Cette cavité qui aurait pu contenir une grosse noix, était remplie de sang noir liquide, et communiquait avec les canaux galactophores, ce qui explique le suintement sanguin dont nous avons parlé.

Cette dame me fit appeler en mars 1870, il y avait récidive; une tumeur du volume d'une petite noisette s'était formée à l'extrémité interne de la cicatrice, le reste était intact et très solide. Quatre applications de caustique détruisirent cette petite tumeur. Cicatrisation rapide. A part cette petite récidive, cette dame n'avait cessé de jouir d'une parfaite santé; les opérations ne l'avaient nullement affaiblie.

Vers le milieu de 1872 elle fut frappée d'apoplexie. Un homœopathe donnait des soins à une autre personne qui se trouvait chez elle, il fut consulté et il continua à la soigner jusqu'à sa mort, arrivée quelques semaines après.

La récidive prouve deux choses : d'abord que la tumeur était de nature maligne, ensuite qu'au moment de l'opération, la période d'extension com mençait. Mais comme la récidive ne s'est pas produite sur le trajet des vaisseaux, ni dans les ganglions lymphatiques, il est à peu près certain que la guérison était définitive, comme chez Mme P. {Obs. II) et chez M™ O. {Obs. III).

Cette observation nous montre d'abord l'innocuité des caustiques, même chez les personnes très âgées : cette dame n'eut pas le moindre mouvement de fièvre, c'est à peine si le pouls s'accéléra de quatre pulsations. L'opérée eut peu de souffrances; il est vrai qu'elle usait d'une potion calmante pendant l'application du caustique. Le sommeil, l'appétit étaient presque à l'état normal. M. le docteur Lelong qui assistait à l'opération était étonné du peu de dérangement que le caustique occasionnait à la malade. Et cette dame qui, au dire de Lebeau, devait mourir endéans les six mois, probablement au milieu de fortes souffrances, a vécu quatre ans encore dans un état parfait de santé et de repos et elle est morte de toute autre chose que de l'affection cancéreuse.

La tumeur paraissait parfaitement isolée, très mobile, comme il arrive chez les personnes qui ont beaucoup d'embonpoint; j'ai porté la cautérisation à 2 centimètres au delà des limites de la tumeur, et cependant il y eut récidive. Ceci prouve que la seconde période commençait et que le mal aurait fait de rapides progrès. Il y eut récidive, donc le principe ou l'élément cancéreux avait pénétré plus de 2 centimètres au delà des limites de la tumeur et cette récidive prouve que la tumeur était de nature cancéreuse. Après cela, l'opérée vécut encore deux années sans nouvelle récidive, ce qui exclut toute idée de diathèse. Il n'y eut pas d'engorgement ganglionnaire; ne serait-ce pas parce qu'à cet âge les vaisseaux absorbants n'ont plus la même activité que dans la jeunesse, ou bien parce que la tumeur ne présentait pas de point ramolli ?

OBSERVATION XVtl. — Cancer encéphaloïde du pied, emploi

DES CAUSTIQUES, GUKRISON.

La nommée P., veuve V., soixante-cinq ans, de Lombeek-Sainte-Catherine, est entrée à l'hôpital Saint-Jean le 12 décembre 1868, dans le service de M. Rossignol. Cette pauvre campagnarde est malade depuis trois ans, atteinte d'un cancer encéphaloïde au pied gauche. Elle a été opérée dans son village par le bistouri, trois orteils ont été enlevés, il y eut récidive immédiate. Au moment où je la vis, le pied présentait un bourrelet gros comme le poing, un véritable fongus à large surface, produisant une sanie abondante et fétide; le gros orteil paraissait intact, mais les phalanges du second orteil étaient rongées par l'ulcération et elles ne tenaient plus que par les tissus fibreux, les quatre derniers os du tarse étaient en partie détruits; le pied, jusqu'aux chevilles, présentait un gonflement considérable. La santé générale était déplorable. La malade se trouvait dans un état de marasme très prononcé et d'affaiblissement extrême; elle avait une fièvre hectique bien caractérisée; le pouls était à cent cinquante, avec perte complète de sommeil et d'appétit; depuis plus d'un mois elle vomissait tout ce qu'elle prenait, même la boisson, elle avait un teint jaune-gris tout à fait cachectique; enfin elle était à toute extrémité.

La question de l'amputation de la jambe avait été agitée, mais on reculait devant la faiblesse et l'état alarmant de la malade. M. Rossignol me demanda si je croyais que le caustique pourrait être utile; je répondis affirmativement. Je n'espérais pas la guérir, mais je me disais qu'en détruisant les fongosités, en tarissant la source abondante de sanie qui empoisonnait cette malheureuse, je parviendrais infailliblement à améliorer son état, si la mort nous en laissait le temps.

Donc le 6 janvier 1869 je fis la première application de caustique avec recommandation de le laisser jusqu'au lendemain; la patiente n'en éprouva que peu de douleur.

Le 7, toute la surface de la plaie était cautérisée à environ 1 centimètre d'épaisseur, plus de sanie, plus d'odeur, la malade était beaucoup mieux, la fièvre avait été moins forte, les vomissements avaient cessé, il y avait eu un peu de sommeil, le bouillon fut supporté. Réapplication de la pâte caustique.

Le 8, l'amélioration était beaucoup plus marquée, la malade avait eu quelques heures de sommeil, la fièvre avait été beaucoup moins forte, il y avait un peu d'appétit, le pouls était descendu à cent vingt, enfin quelques aliments légers avaient été supportés.

J'enlevai une partie de l'eschare et je réappliquai le caustique.

Les jours suivants l'amélioration s'accentua de plus en plus; le 10 le pouls était à cent, la fièvre avait cessé, l'appétit et le sommeil étaient revenus, le teint se modifiait, la malade renaissait à la vie.

Le 14, tout le néoplasme était enlevé ainsi que les quatre derniers os du tarse, le gros orteil restait.

CONTAGION

L'appétit et le sommeil étaient parfaits, le pouls à quatre-vingts, le teint jaune-gris disparaissait. Toutes les fonctions s'exécutaient régulièrement, la malade était convalescente.

Le ier février la plaie est en voie de cicatrisation, la santé est parfaite, le teint a repris sa couleur naturelle, les forces et l'embonpoint reviennent rapidement.

Le i5, il reste à cicatriser une surface comme une pièce de deux francs.

Le 25, une tuméfaction dure se présente à la plante du pied, trois applications de caustique en font justice.

Le 1er mai la plaie est complètement cicatrisée, la malade a acquis de l'embonpoint, ses forces sont revenues, elle commence à marcher avec une béquille.

Le 25 mai elle sortait guérie.

En 1870, vers la fin d'août, elle est venue me voir- à pied de son village, distant de Bruxelles de deux lieues. La cicatrice était très solide, cette femme marchait très bien sans canne et sans boiter.

J'ai encore eu de ses nouvelles l'année suivante, la guérison se maintenait, puis je l'ai perdue de vue.

Cependant désirant connaître les suites de cette étonnante guérison, j'ai écrit à mon excellent confrère, M. le docteur Verbrugghen, de Ternath, pour le prier de me renseigner. Voici un extrait de sa réponse : « Je me suis rendu aujourd'hui chez la veuve Vanderstraeten, à Lombeek-Sainte-Catherine, et je puis vous annoncer qu'elle est toujours bien portante et que depuis l'opération rien n'est venu inquiéter votre malade. » (Ternath, 2 novembre 1881.)

M. Rossignol a eu la loyauté de dire en présence des médecins et des étudiants qui fréquentaient sa clinique : le bistouri ne saurait. pas faire cela.

Que de réflexions uri tel fait suggère et que de conceptions théoriques il renverse.

Récapitulons : nous avions devant nous un cancer encéphaloïde de la variété appelée fongus hématode de trois ans de durée, de deux ans et demi d'ulcération, ayant été opéré par le bistouri sans résultat aucun, puisqu'on n'a pas obtenu la cicatrisation de la plaie et que l'opérateur n'a pas voulu recommencer. La cachexie cancéreuse, la généralisation, la dyscrasie, en apparence du moins, étaient arrivées à leur apogée, de même que le marasme. Puis tout à coup, comme par un coup de baguette magique, sous l'influence de quelques applications de caustique, ce cortège formidable de symptômes alarmants disparaît, l'appétit et le sommeil se rétablissent, l'embonpoint et les forces reviennent, et tout cela en moins de quinze jours. N'est-ce pas du prodige? Si la malade ne s'était pas trouvée dans un état de faiblesse extrême, on l'aurait amputée, et il est fort probable qu'elle aurait succombé en peu de jours aux suites de l'opération.

Pourquoi l'opération par le bistouri n'a-t-elle pas réussi, à une époque où le mal était peu avancé, tandis que deux ans après et dans les conditions les plus déplorables, les caustiques réussissent admirablement?

Le bistouri ne produit aucune modification dans les tissus, tandis que les caustiques les modifient profondément.

Le bistouri ouvre la porte aux accidents, selon la belle expression de Boyer , les caustiques la ferment.

Comment se fait-il que le mal soit resté localisé, tandis qu'il est manifeste que la sanie putride du fongus était l'objet d'une absorption très active et empoisonnait l'économie entière? Mystère.

Il est incontestable que tous les symptômes de la généralisation de la maladie, de la dyscrasic très prononcée, existaient chez cette malad e, et cependant tout cela a disparu comme par enchantement. Le teint jaune- gris fut remplacé par un teint rose-foncé, l'anémie fut rapidement vaincue. Qui nous expliquera ce mystère? Ce n'est pas un fait ordinaire que les signes de la généralisation du cancer disparaissent de cette manière; jusqu'ici on a considéré la dyscrasie comme étant inévitablement mortelle et absolument au-dessus des ressources de l'art. Eh bien, non, il n'y avait, chez cette malade, ni dyscrasie, ni généralisation du cancer; il y avait simplement empoisonnement miasmatique, empoisonnement ichoreux et cet état a quelque analogie avec la généralisation du cancer. Mais en y regardant de près, on voit qu'il en diffère considérablement; d'abord la malade a une fièvre ardente, une accélération extrême du pouls, des sueurs profuses, des nausées, des vomissements, quelquefois du délire; d'autre part la teinte jaune-paille du cancer est remplacée par une teinte jaune-gris, les sclérotiques ne sont pas jaunes comme dans le cancer généralisé, et ces phénomènes se modifient profondément sous l'influence de la première application de caustique, tandis que le caustique n'a pas d'influence sur la dyscrasie.

Je rapporterai plus loin un autre fait qui ressemble à celui que je viens de relater et qui confirme ce que j'avance : l'empoisonnement ichoreux ou sanieux qu'on a confondu jusqu'ici avec le cancer généralisé ou la cachexie cancéreuse.

OBSERVATION XVIII. — Cancer ulcéré du sein gauche, emploi

DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

Mme C, cinquante-huit ans, fermière à Ixelles, grande, maigre, rhumatisée, usée par des excès de travail, porte au sein gauche, de puis deux ans, une large ulcération cancéreuse; il y avait quelques petites tumeurs autour de l'ulcère et quelques ganglions légèrement engorgés le long du bord du grand pectoral. Comme nous l'avons dit, la santé était délabrée, mais les organes internes paraissaient en bon état et fonctionnaient librement .

Les glandes mammaires étaient atrophiées, de sorte que le fond de l'ulcération n'avait guère que i centimètre d'épaisseur et les bords 1 centimètre et demi. L'espace entre la base de l'ulcère et les côtes était d'environ 2 millimètres, ce qui nécessitait beaucoup de précision et de prudence.

Le 12 avril 1869, application du caustique de Vienne sur les bords de l'ulcère et sur les ganglions engorgés, puis d'une couche d'un demi-centimètre

CONTAGION

de pâte caustique; le lendemain et les deux jours suivants, nouvelles applications de cinq heures de durée chacune.

Le ?3 chute de l'eschare, il reste des points suspects qui nécessitent encore deux applications.

Le ier mai chute de l'eschare, réunion au moyen de bandelettes collodionnées. Le 12, réunion immédiate, il ne reste qu'une ligne à cicatriser.

J'ai revu la malade le ior septembre 1869, elle paraissait très bien guérie.

Elle est venue me voir à la fin de 1872, la cicatrisation et la guérison ne laissent rien à désirer.

Depuis, j'ai perdu de vue cette femme, mais il est très probable qu'il n'y a pas eu de récidive, sinon elle serait venue réclamer du secours.

Nous nous trouvions ici en présence d'une affection cancéreuse de trois ans de durée, arrivée seulement à la seconde période, grâce probablement à la maigreur et à la constitution sèche de la malade. Cet exemple prouve que l'on peut encore guérir le cancer ancien et arrivé à la période d'extension, pourvu qu'on puisse atteindre les limites du mal et le détruire entièrement.

Nous ferons remarquer à ce propos que les constitutions sanguines et nerveuses, avec très peu de tissu graisseux, résistent beaucoup plus longtemps à l'envahissement du principe cancéreux que les constitutions molles, lymphatiques et avec un tissu graisseux développé ou un vice constitutionnel et particulièrement les vices scrofuleux, rachitiques, dartreux, syphilitiques.

Dans le cas présent on ne peut pas dire qu'il existait un état diathésique, puisqu'il n'y a pas eu de récidive.

OBSERVATION XIX. — Tumeur cancéreuse a la joue, emploi

DES CAUSTIQUES, GUERISON

M. l'abbé V. D., de Bruxelles, soixante-dix ans, tempérament sanguin, beaucoup d'embonpoint, mais affaibli par l'âge, vieillesse anticipée, caducité, porte depuis trois ans une tumeur cancéreuse, grosse comme une aveline, à la partie externe de la pommette gauche, avec douleurs lancinantes. Le sommet de cette tumeur s'est ulcéré il y a un mois. Le malade est très inquiet de cet état et réclame l'opération.

Le 25 mai 1869, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique.

Le 26 et le 27 nouvelles applications de pâte caustique de six heures de durée. Puis cataplasmes.

Chute de l'eschare le 7 juin, petite plaie très nette de 1 centimètre et demi de diamètre, qui fut complètement cicatrisée le i5.

J'ai reçu cet opéré en juin 1872, la guérison ne laissait rien à désirer.

Cet homme est mort en 1875 à la suite d'apoplexie foudroyante.

La guérison du cancer ne s'était pas démentie.

Cette tumeur appartient à l'espèce de cancer qu'on appelait autrefois noli me tangere, sentence contre laquelle Récamier s'insurgeait avec tant de raison.

OBSERVATION XX. — Cancer ulcéré situé entre le ûein et l'aisselle,

DEUXIÈME PÉRIODE, EMPLOI DES C AUSTICCa, CUÉRISON.

MmeH., cinquante-sept ans, ménagère à Ixelles, complexion assez chétive . est atteinte d'ulcère cancéreux situé le long du bord du pectoral gauche entre le sein et l'aisselle. Il a environ un an de durée et mesure 3 centimètres en longueur et 2 et demi en largeur. Les bords en sont durs et bosselés, il est le siège de douleurs lancinantes très vives. On n'en connaît pas la cause.

Le 25 mai 1869, caustique de Vienne sur les bords, puis pâte caustique.

La destruction des bords nécessita six applications.

Chute de l'eschare le 7 juin, la plaie est parfaitement nette, elle était entièrement cicatrisée le 4 juillet.

J'ai revu cette opérée en 1872, la guérison se maintenait. Depuis je l'ai perdue de vue.

M. le docteur Simon fut présent à l'opération.

Ce cancer était arrivé à la seconde période bien avancée, et cependant il n'y eut pas de récidive.

Je me refuse absolument à admettre qu'il y eût diathèse dans le cas présent.

OBSERVATION XXI. -r- Tumeur fibro-plastique , emploi

DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

Mme P., vingt-six ans, bonne constitution, née et demeurant à Bruxelles, porte à la région parotidienne une tumeur dure, résistante, dont l'origine remonte à environ trois ans, elle est restée assez longtemps stationnaire, ayant le volume d'une noisette, mais depuis trois mois elle a acquis un développement considérable et a maintenant le volume d'un petit œuf de poule. Elle * n'est le siège d'aucune douleur, sauf quelques tiraillements occasionnés par sa pesanteur, elle est très mobile, mais elle s'est développée irrégulièrement, c'est-à-dire qu'elle n'est pas uniformément arrondie, il y a des éminences et des enfoncements.

Diagnostic : tumeur fibro-plastique. L'opération en a donné la preuve.

Le 7 juin 1869 application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique. Continuation les cinq jours suivants.

Chute de l'eschare le 18, réunion au moyen de bandelettes collodionnées; guérison le 10 juillet, cicatrice linéaire.

La guérison ne s'est pas démentie depuis.

On a prétendu que les tumeurs fibro-plastiques récidivaient toujours ou presque toujours. Opérées au moyen du bistouri, il est reconnu que les tumeurs récidivent ordinairement, mais en est-il de même quand on les opère au moyen des caustiques? Je ne le pense pas. Il n'y a pas eu de récidive, mais un seul fait ne peut décider la question.

CONTAGION

OBSERVATION XXII. — Cancer des deux seins, première période,

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