EMPLOI DES CAUSTIQUES SUR LES DEUX SEINS EN MÊME TEMPS, GUERISON
Mme veuve B., cinquante-trois ans, négociante à Saint-Josse-ten-Noode, forte constitution. Sans cause connue, cette femme fut atteinte de squirrhe au sein gauche d'abord, un médecin lui appliqua des emplâtres caustiques pendant trois mois, il parvint à faire un trou au centre de la tumeur squirrheuse. Pendant ce temps le sein droit est devenu malade aussi.
De sorte que lorsque cette femme vint me consulter à la fin de mai 1869, elle avait les deux seins squirrheux : le gauche avec un trou au milieu produit par les emplâtres caustiques appliqués tous les deux jours pendant trois mois, en occasionnant à cette malheureuse d'horribles souffrances ; ce trou avait presque les dimensions d'une pièce de cinq francs; le pourtour était constitué par un bord épaix, dur, bosselé, de 3 centimètres de largeur, et était le siège de douleurs lancinantes très vives.
Le sein droit déjà assez volumineux, toute la glande étant envahie, était dur, bosselé, et présentait au-dessus du mamelon une saillie comme une petite noix, rouge, ramollie, fluctuante, qui s'est ouverte la veille de l'opération. Le sein droit était, comme le gauche, le siège de douleurs lancinantes fréquentes.
Les glandes axillaires n'étaient engorgées ni d'un côté ni de l'autre, et malgré la coïncidence des deux squirrhes et leur développement simultané, je les considérais comme parfaitement localisés.
Cette femme, à la tête d'un commerce de détail assez important, n'avait personne pour le diriger pendant l'opération; elle tenait donc extrêmement à ce que l'opération marchât rapidement ; c'est pourquoi elle demanda à être opérée des deux côtés à la fois, j'y consentis.
En conséquence, le 28 mai 1869, j'appliquai le caustique de Vienne sur les deux seins, puis la pâte caustique et je continuai les jours suivants, en laissant le caustique pendant six heures.
Le 4 juin le sein gauche ou ce qui en restait, était complètement détruit. Je continuai du côté droit où quatre applications furent encore nécessaires.
L'opération n'offrit pas d'autre particularité à signaler que vers le centre de la tumeur du côté droit, il existait une poche de la capacité d'une noix contenant un liquide citrin et transparent.
La chute des eschares, la réunion des bords des plaies, leur cicatrisation n'offrirent rien de particulier. Seulement comme cette femme devait agir avec les bras dans son négoce, la cicatrisation marcha lentement, néanmoins tout était fini le ier août.
Cette opérée s'est toujours bien portée depuis, elle s'est remariée en 1871, son commerce a prospéré, elle est actuellement à la tête d'une maison importante et elle raconte son aventure à qui veut l'entendre.
Cette femme devait avoir les glandes mammaires singulièrement prédisposées à la carcinose, pour qu'elles devinssent malades en même temps et cependant ni avant l'opération ni depuis, aucun signe rationnel ne dénotait ni ne
dénote encore l'existence de conditions diafhésiques particulières, à moins que l'on admette que la diathèse concéreuse peut exister, pendant quinze ans, sans révéler sa présence par aucun signe appréciable.
Ce fait, au premier abord, semblerait favorable à l'hypothèse de la diathèse; quand on voit les deux seins entrepris en même temps, la première idée qui se présente à l'esprit, est celle de la diathèse ou d'une cause générale. Eh bien, voilà comment les idées fausses prennent cours et s'accréditent. Si la malade était morte pendant l'opération, qui oserait contester l'état diathésique? Et cependant il n'existait rien de pareil, il n'y avait aucune apparence de diathèse. La malade guérit rapidement et, il n'y a pas eu de récidive. L'opérée vit encore, continue son commerce, et vit heureuse. Je l'ai revue à la fin de 1881, elle m'a dit qu'elle n'avait plus rien éprouvé. Voilà plus de douze ans de cela, je pense bien qu'on peut la considérer comme guérie.
OBSERVATION XXIII. — Cancer du sein gauche, ulcères et fistules,