‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 29 sur 158 · UNE CÔTE ENTAMÉE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUERISON · texte numérisé non relu

UNE CÔTE ENTAMÉE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUERISON

Mm0 V., quarante-cinq ans, négociante à Schaerbeek. Embonpoint considérable, seins très développés. Il y a deux ans et demi que cette dame souffre, elle prétend que l'engorgement est survenu à la suite d'un coup reçu dans une foule. Quoi qu'il en soit, le sein gauche a acquis un énorme développement. La tumeur est bosselée, irrégulière, le diamètre horizontal présente i5 centimètres, le vertical 12, l'épaisseur de la tumeur 12 à 14. Il y a environ sept mois qu'une suppuration s'y est établie; il s'est formé des trajets fistuleux sur différents points de la surface, surtout à la partie inférieure, il y en a une dizaine d'où sort une suppuration abondante, sanieuse, infecte. En introduisant un stylet dans les trajets du centre de la tumeur, on 4a traverse d'outre en outre, et à 1 2 ou 1 3 centimètres de profondeur on rencontre la côte. Il y a des douleurs lancinantes très vives et très fréquentes. Indépendamment de la tumeur dont nous venons de parler, il y a une autre petite tumeur plate, de 4 centimètres de diamètre, située à 3 centimètres plus bas que la précédente. Elle paraît être de la même nature.

Malgré les ravages de la maladie, la santé générale ne paraît pas en avoir considérablement souffert; il n'y a que de la pâleur et un peu d'amaigrissement.

Appelé par M. le docteur Watteau, médecin ordinaire de cette dame, nous fûmes bientôt d'accord sur la nature du mal : cancer encéphaloïde à la période d'extension. Je refusai d'abord de l'opérer, je considérais cet état comme audessus des ressources de l'art, parce que la tumeur était adhérente et que la table externe de quelques côtes était entamée. Mais le mari de cette dame vint à différentes reprises me supplier avec tant d'instances d'opérer sa femme, que j'y consentis.

En conséquence, le 2 juin 1869 j'appliquai le caustique de Vienne, puis la

CONTAGION

pâte caustique, et je continuai cette dernière jusqu'au 25 juin, parce que la malade ne laissait le caustique que quelques heures. Pour éviter la douleur de la cautérisation, cette dame prenait, pendant l'application du caustique, deux et quelquefois trois bouteilles de vin, et, en effet, elle ne souffrait presque pas. D'autre part, la tumeur était graisseuse, ce qui constitue un léger obstacle à l'action du caustique et nécessite quelques applications de plus.

J'enlevai donc successivement l'énorme tumeur, et comme la surface de deux côtes était entamée par l'ulcération cancéreuse, je cautérisai la table externe de ces deux côtes sur une étendue de 7 à 8 centimètres.

Après l'élimination de l'eschare, nous obtînmes une plaie parfaitement nette, ne présentant plus la moindre trace de tissu cancéreux.

Il fut donc procédé au rapprochement des lèvres de la plaie qui, par le procédé des bandelettes collodionnées, ne fut réduite que de moitié, le reste dut se cicatriser par les seuls efforts de la nature. Le 1 5 août tout était terminé.

Cette observation est extrêmement intéressante à plus d'un point de vue, d'abord la forme de l'encéphaloïde, énorme tumeur criblée d'ouvertures fistuleuses donnant une sanie spécifique. Le centre de la tumeur était ramolli, la base adhérait aux côtes. L'affection se trouvait à la période d'extension bien avancée, j'ai même cru un certain temps que l'infection générale avait commencé, c'est pourquoi je désespérais de la guérir.

L'opération fut longue, mais la malade ne garda pas le lit un instant.

Il n'y avait pas d'engorgement ganglionnaire, c'est ce qui a sauvé la malade. Le mal était resté circonscrit. Il y a des choses inexpliquables. On ne pourrait pas prétendre qu'il y eût diathèse, la parfaite santé dont jouit la malade depuis l'opération exclut cette idée. 11 y a presque douze ans qu'elle est opérée, il n'y a pas eu de récidive. Le succès est complet.

OBSERVATION XXIV. — Cancer du sein droit, deuxième période,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

Mme veuve Du B., cinquante-six ans, fermière à Auderghem, forte constitution développée par un travail modéré.

Au mois de juin 1868 elle remarqua qu'elle avait une petite tumeur au sein droit; cette tumeur alla toujours en augmentant, malgré les nombreux remèdes qu'elle fit. Depuis quelques mois elle a des douleurs lancinantes qui deviennent plus fréquentes et plus vives.

A son arrivée à Bruxelles je constatai une tumeur du volume d'un œuf de dinde, bosselée, irrégulière, mobile, dure, résistante, insensible au toucher, avec quelques ganglions engorgés dans l'aisselle, mais non indurés.

Diagnostic : Tumeur squirrheuse, période d'extension. Ce qui m'a fait penser que la maladie était parvenue à la seconde période, c'est le léger engorgement ganglionnaire de l'aisselle; on verra plus loin que cet engorgement était seulement inflammatoire et que la tumeur n'avait cessé d'être circonscrite et localisée.

Le 2 juin 1869, emploi des caustiques, et les sept jours suivants, applications de la pâte caustique de six heures de durée chacune. Les douleurs étaient calmées au moyen de la morphine.

Le 18, élimination de l'eschare, la plaie est très belle, réunion.

Cette personne, très remuante et indocile, fit sauter les bandelettes, il n'y eut pas de réunion immédiate.

Après la chute de l'eschare les ganglions axillaires diminuèrent; j'en activai la résolution par la pommade d'iodure de plomb. Ils disparurent complètement.

Le 10 juillet le travail de cicatrisation était presque achevé.

Le 17 cette fermière retourna chez elle très bien guérie.

Je n'ai plus eu de ses nouvelles depuis, ce qui me fait supposer que la guérison s'est maintenue.

Dans le cas présent, il est bien évident que l'engorgement ganglionnaire était de nature inflammatoire, sans qu'il m'ait été possible d'en déterminer la cause, car la malade ne sait pas si cette tuméfaction existait ou non avant le développement de la tumeur. Elle ne se souvient pas de s'être refroidie, et elle n'a eu aucune lésion à la main. Toutefois les symptômes n'annonçaient pas que cet engorgement fût spécifique. Les ganglions ne présentaient pas la dureté du squirrhe, ils étaient légèrement douloureux à la pression. Je risquai de les laisser et j'ai réussi. Du reste il était toujours facultatif de les opérer plus tard, s'ils continuaient à se développer.

OBSERVATION XXV. — Cancer volumineux du sein droit, emploi des

Page 1