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CAUSTIQUES, RÉCIDIVE, NOUVELLES APPLICATIONS, GUÉRISON

Mlle A., quarante-huit ans, cuisinière à Mons. Tumeur squirrheuse volumineuse, irrégulière, bosselée, douleurs lancinantes vives et fréquentes, retrait très prononcé du mamelon, engorgement de plusieurs ganglions axillaires profonds. Période d'extension très avancée.

C'est le sein droit qui est affecté, le diamètre transversal de la tumeur mesure 1 3 centimètres, le vertical 10. L'axe, d'avant en arrière, présente 8 centimètres environ.

Le 4 juin 1 869, application des caustiques, y compris les ganglions axillaires. Douze applications de six heures de durée sont nécessaires. Elimination de l'eschare le 24 juin, réunion.

Cette personne était à l'établissement des Sœurs hospitalières, rue des Cendres. Le 4 juillet elle se rend à la messe dans la chapelle du local, elle s'y refroidit, frissons violents, fièvre ardente, délire; la plaie qui était presque réunie, se rouvre dans toute son étendue.

Le 6, varioloïde discrète qui parcourt ses périodes sans encombre.

Le i5, tout est rentré dans l'ordre.

La plaie se cicatrice régulièrement.

CONTAGION

Sortie le 14 août. La cicatrice est belle et solide.

Au commencement de 1871, l'opérée constate l'existence d'une petite tumeur un peu au-dessus de la cicatrice et d'un ganglion engorgé sous le bord du grand pectoral; malgré les remèdes qu'on lui prescrit, le volume de la tumeur augmente, la glande se développe et durcit, bientôt elle est le siège de douleurs lancinantes. D'autres ganglions s'engorgent dans le creux axillaire.

Elle revint au commencement de mai 1871, je détruisis par le caustique la tumeur et le ganglion situé sous le bord du pectoral et en même temps les ganglions superficiels de l'aisselle que j'ouvris largement. Après la chute de l'eschare, je rencontre de nombreux ganglions engorgés dans les profondeurs de l'aisselle et sous les pectoraux, j'en enlève quelques-uns au moyen d'une pince à cuillères, mais voyant qu'ils sont très nombreux et que le tissu cellulaire est lâche, je me sers du doigt et j'extrais toute une grappe de ganglions engorgés des profondeurs du creux axillaire, d'entre les branches du plexus, du voisinage de l'articulation et de la clavicule sous le pectoral. Je m'assurai avec le plus grand soin s'il n'existait plus de ganglion engorgé et j'appliquai immédiatement un tampon de charpie pour arrêter l'hémorrhagie. Ce moyen réussit parfaitement.

Le lendemain j'ôtai le tampon et me trouvai en présence d'une plaie simple, j'y appliquai un pansement de charpie sèche que je continuai les jours suivants.

Il y eut une légère réaction les premiers jours, mais bientôt tout rentra dans l'ordre, la cicatrisation marcha rapidement, et vers le milieu de juin elle retourna à Mons, parfaitement guérie.

La guérison s'est très bien maintenue jusqu'à ce jour, novembre 1881.

Le mouvement d'élévation du bras, assez limité dans le principe, s'est amélioré dans la suite, de façon qu'elle peut sans gêne exécuter les travaux de son état.

Inutile de faire observer que ce cas de guérison mérite une mention spéciale, à cause de l'étendue de l'engorgement ganglionnaire; j'ai retiré une trentaine de ganglions qui remplissaient le creux axillaire jusqu'à l'articulation scapulo-humérale, et sous les pectoraux jusque près de la clavicule, j'en ai même extrait deux qui se trouvaient engagés entre les artères, les veines et les nerfs du plexus. J'ai fait ce nettoyage avec le plus grand soin, la malade montrait beaucoup de courage, car elle se croyait perdue si l'opération manquait. En femme intelligente, elle comprenait que c'était pour elle la seule planche de salut.

La récidive antérieure prouve la malignité de l'affection, la masse des ganglions engorgés faisait craindre que cet engorgement ne s'étendît plus loin encore. Il n'en était rien et la malade guérit parfaitement.

La première opération fut pratiquée il y a do.uze ans, la récidive il y a dix ans, depuis ce temps cette personne a toujours joui d'une parfaite santé.

Qu'on veuille bien me dire où est la diathèse cancéreuse.

DES BLASTÈMES

La théorie de l'exsudation, émise longtemps avant l'application du microscope à la recherche des éléments normaux et pathologiques, fut confirmée par le microscope dans un certain nombre de cas, selon les auteurs français ; mais cette théorie est loin d'être généralement admise, puisque Virchow la nie et la combat formellement.

Bien que j'aie déjà parlé des blastèmes, je crois devoir y revenir ici pour exposer la théorie de l'exsudation particulièrement admise par l'école de Paris. Une substance amorphe, émanant du sang, traverse, par exsudation, les parois des dernières ramifications vasculaires et est déposée dans les tissus; c'est le blastème, où peuvent prendre naissance des éléments anatomiques normaux ou morbides. Ce que les anciens ont nommé lymphe plastique n'est en définitive autre chose que le blastème des modernes.

Cette substance amorphe est d'abord liquide, mais plus tard elle passe à l'état solide et peut s'organiser.

Les éléments qui prennent naissance dans un blastème quelconque, dit Broca, s'organisent primitivement, soit en globules, soit en fibres ; les globules sont des cellules avec ou sans noyaux, ou des noyaux libres, ou encore des corpuscules d'une forme moins accusée, et dont la nature cellulaire ou nucléaire est plus ou moins contestable.

Passons tout de suite à la théorie de Vogel, ou loi d'analogie de formation : les éléments nouveaux qui prennent chaque jour la place des éléments détruits, se forment aux dépens d'une matière organique amorphe émanée du sang par voie d'exhalation et désignée autrefois sous le nom de suc nutritif, et aujourd'hui sous le nom de blastème : ou bien l'organisme produit un blastème particulier pour la nutrition de chaque

DES BLASTÈMES.

tissu, et la nature des éléments qui y prennent naissance dépend des propriétés spéciales inhérentes à ce blastème; ou bien il n'y a qu'un seul blastème nutritif commun à toutes les parties du corps et ayant la propriété de s'organiser en éléments semblables à ceux des tissus respectifs au sein desquels il est épanché. Dans la première hypothèse, le travail de la nutrition serait aussi compliqué, aussi mystérieux que celui de la première formation. Dans la deuxième hypothèse, au contraire, ce travail serait d'une simplicité absolue, car il suffirait pour l'expliquer d'admettre un phénomène général, la sécrétion du blastème nutritif, et une loi générale : la loi d'analogie de formation. Broca fait ses réserves et pense lui, qu'il y a autant de blastèmes que de tissus.

On voit que ces questions, purement théoriques, sont encore bien obscures, bien contestées et qu'elles réclament évidemment de nouvelles recherches.

Lorsque le blastème cancéreux se compose en grande partie d'éléments globulaires hétéromorphes, la tumeur a peu de consistance, elle prend la forme encéphaloïde, c'est le cancer dans toute sa malignité. Lorsque les éléments globulaires sont moins abondants, le blastème obéit en partie à la loi d'analogie de formation, la tumeur se compose alors d'un mélange d'éléments homœomorphes et d'éléments hétéromorphes, c'est la forme squirrheuse ordinairement moins grave que la forme encéphaloïde.

Y a-t-il des tumeurs d'origine cancéreuse sans élément cancéreux proprement dit? Broca a vu plusieurs fois des tumeurs homœomorphes qui paraissaient s'être développées sous l'influence de la diathèse cancéreuse, et sans oser rien affirmer, il est disposé à répondre par l'affirmative.

Comment l'auteur a-t-il pu s'assurer que les tumeurs dont il parle se fussent développées sous l'influence de la diathèse cancéreuse, quand il a établi lui-même que la diathèse cancéreuse est une pure fiction, qu'elle ne se révèle par aucun symptôme visible ou tangible, partant qu'il est impossible d'en constater l'existence? et ce qu'il avance ici est un argument puissant à ajouter à ce que j'ai dit précédemment pour combattre l'hypothèse de la diathèse cancéreuse.

Si la loi d'analogie de formation était vraie, elle aurait

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quelquefois pour conséquence de diminuer indéfiniment la proportion des éléments hétéromorphes, d'effacer complètement la puissance du blastème cancéreux et de produire quelquefois des guérisons spontanées; mais personne, dit Broca, n'a vu semblable phénomène et ce qui met en évidence ces explications, c'est l'obscurité profonde qui enveloppe encore ces sortes de questions.

La théorie veut qn'il y ait autant de blastèmes différents qu'il y a d'espèces de productions accidentelles, soit homceomorphes, soit hétéromorphes ; ainsi donc tous les blastèmes qui émanent du sang par voie d'exhalation sont de nature différente et donnent lieu à des tumeurs qui toutes diffèrent entre elles par des dissemblances marquées.

Les éléments des productions homœomorphes sont le plus souvent semblables à ceux du tissu affecté; on leur a donné le nom de similaires ou de dissimilaires. C'est à ces dernières que Lebert a donné le nom d'hétérotopie ; avec une théorie différente, Virchow a employé le même mot pour caractériser le même phénomène.

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