LOCALISATION DU CANCER
La plupart des auteurs, depuis plus d'un siècle, ont émis l'opinion que le cancer est primitivement localisé. Cette manière de voir n'est pas basée sur des conceptions théoriques, mais bien sur des observations cliniques, et tous ceux qui ont observé un grand nombre de malades, la partagent. Le célèbre Desault a dit (x) : Je rappellerai le sentiment de tous les hommes raisonnables en médecine, qui regardent le cancer comme une maladie locale dans son principe, et qui ne doit dans aucun cas son développement aux effets d'un virus cancéreux préexistant. La saine raison a fait justice du sentiment opposé qui avait eu aussi ses partisans.
Velpeau a professé la même opinion : Le cancer, dit-il, est une maladie primitivement locale, susceptible d'être radicalement guérie par les opérations chirurgicales.
Rouzet (2) : Le cancer est-il dans son principe une maladie locale, ou bien seulement le symptôme local d'une affection constitutionnelle? Ce n'est qu'après avoir bien médité et envisagé sous tous leurs rapports les faits sur lesquels on se fonde dans les diverses opinions émises, ce n'est qu'après nous être bien promis de ne rien adopter qui fût en contradiction avec ces mêmes faits, que nous avons exposé notre sentiment à cet égard qui est affirmatif.
Depuis Peyrilhe, la plupart des auteurs se sont accordés à considérer le cancer comme une maladie locale dans son principe, et qui ne devient constitutionnelle qu'au bout d'un certain temps et dans des conditions données.
(■) X. Bichat, Desault, Œuvres chirurgicales ou Exposé de la doctrine et de la pratique de Desault, t. III, p. 421, 3« édit. Paris, i83o. (■) Rouzet, Recherches et observations sur le cancer. Paris, 1818.
l82 CHAPITRE XV.
Téallier (') : Beaucoup de médecins se sont demandé si le cancer est une maladie primitivement locale qui se généralise par ses progrès, ou bien, s'il dépend, au contraire, d'un état morbide primitif de l'organisme, existant d'une manière latente et constituant dans cette période une simple prédisposition.
Pour les médecins physiologistes, la première question est résolue par l'affirmative, le cancer est une maladie primitivement locale.
Bouillaud (Dict. de médecine et de chirurgie pratiques, art. Cancer) adopte les principes émis par Broussais sur l'étiologie du cancer, c'est-à-dire qu'il trouve qu'il y a de l'analogie entre le cancer et la tumeur due à l'inflammation chronique, et il admet que ce n'est guère qu'à l'époque où s'opère le ramollissement qu'on voit se manifester les phénomènes de réaction générale? Avant cette époque les tumeurs cancéreuses doivent être considérées comme des espèces de corps étrangers qui gênent mécaniquement les fonctions des organes qu'elles occupent. Ceci prouve que l'illustre clinicien considérait la tumeur cancéreuse comme étant parfaitement localisée.
La diathèse cancéreuse, dit Richerand (Nosographie chirurgicale, p. 386), enlève tout espoir de guérison. Elle naît du vice local, tient à la résorption de la matière formée dans le cancer, et ne préexiste pas à cette affection. Richerand a adopté l'opinion de Peyrilhe qui prétendait que le cancer était toujours une maladie locale; mais que l'ichor, qui se rassemble dans les foyers intérieurs, ou qui découle de l'ulcère, venant à être absorbé par les vaisseaux lympathiques, il en résultait l'infection générale connue sous le nom de diathèse cancéreuse, qui, d'après ce sentiment, serait toujours secondaire.
Comme Peyrilhe et Richerand et comme la plupart des auteurs qui font du cancer une maladie primitivement locale, le docteur Robert (2) confond la diathèse avec la cachexie, la prédisposition avec l'infection.
(') T&ALLIHR, Dh cancer de la matrice. Paris, i836. (•) L'art de prévenir le cancer au sein. 1812.