EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON DE DIX ANS DE DURÉE
M"° L., de Saint-Josse-ten-Noode, cinquante-deux ans, ménagère, maigre, noire, nerveuse.
Tumeur cancéreuse depuis trois ans, cancer ulcéré depuis un an, encéphaloïde, hémorrhagies fréquentes, odeur spécifique, petits ganglions axillaires. Douleurs violentes. La maladie est arrivée à la seconde période bien avancée; peut-être même y a-t-il un commencement de dyscrasie. Selon toutes les probabilités, cette malade n'a plus six mois à vivre. Il y a peu de chances de succès et je ne me décide à l'opérer que par un sentiment d'humanité.
Le 1 1 août 1869, application des caustiques en présence de M. le Dr Simon, médecin de la malade. Trois applications de caustique ont suffi.
Le 22, chute de l'eschare, réunion.
Le 8 octobre, cicatrisation.
En 1872, apparaît une petite tumeur comme un haricot un peu au-dessus de la cicatrice; des emplâtres de Vigo l'ont dissoute.
Jusqu'en 1879 cette personne jouit d'une bonne santé, mais au commencement de 1879 il y eut récidive. Elle n'a pas voulu se laisser opérer de nouveau.
Mai 1879, ulcération, odeur caractéristique. La malade dépérit.
Je considère ce cas comme un succès, attendu que cette femme qui n'avait plus que cinq à six mois à vivre, a joui pendant dix ans d'une bonne santé et d'un calme complet. Elle a succombé dans le courant de 1880.
Je dois avouer qu'en présence de cet horrible cancer, je n'espérais pas que l'opération donnerait à cette malheureuse dix années de santé, et si elle avait voulu laisser opérer la récidive quand la tumeur avait tout au plus le volume d'une noisette, il est probable qu'elle aurait eu encore de longues années de bonheur.
Dans le cas présent, y avait-il diathèse? Je ne puis l'admettre. Si la diathèse avait existé, il est probable que la récidive se serait déclarée beaucoup plus tôt, et même que la cicatrisation ne se serait pas opérée.
OBSERVATION XXVIII. — Cancer ulcéré situé au-dessus de la rotule