DROITE, QUATRE RÉCIDIVES, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Le frère célite E., du couvent de Diest, quarante-cinq ans, fort, robuste, sanguin, jouissant d'une bonne santé, constata, en 1867, l'existence d'une petite tumeur, immédiatement au-dessus de la rotule droite; la tumeur se développa rapidement et des douleurs lancinantes s'y manifestèrent.
Il se rendit à Louvain où il fut opéré par le bistouri. Huit mois après récidive. Il retourna à Louvain où on lui appliqua un caustique. Après l'élimination de l'eschare, la plaie s'ulcéra et il eut un véritable cancer. On considéra l'affection comme un encéphaloïde présentant une malignité particulière.
OBSERVATIONS
En 1868 il vint à Bruxelles où il fut de nouveau opéré par le bistouri; on eut soin d'enlever des tissus au moins 2 centimètres au delà des limites du mal ; récidive immédiate. Après quelques mois d'attente, comme l'ulcération cancéreuse et l'induration des tissus faisaient de rapides progrès, on se décida à faire une nouvelle opération par le bistouri, plus étendue encore que la précédente. Il n'y eut même pas de commencement de cicatrisation; récidive immédiate.
Enfin, en désespoir de cause, il vint à moi avec un large ulcère cancéreux et quatre récidives.
Le 17 août 1869, application de la pâte caustique, répétée le 18 et le 19; trois applications de six heures de durée.
Il survint de la rougeur et un gonflement assez considérable, que dissipèrent en deux jours les cataplasmes et une dose de citrate de magnésie.
Le 25 août, élimination de l'eschare, plaie parfaitement nette, réunion au moyen de bandelettes collodionnées, il y eut réunion par première intention.
Le 5 septembre il quitte, complètement guéri, l'établissement de la rue des Cendres où il s'était rendu pour subir l'opération.
J'ai revu le frère E. à différentes reprises; il y a quelques jours encore j'ai eu l'occasion de le montrer à deux confrères qui étaient émerveillés de ce que le frère leur racontait. Aujourd'hui on ne croirait pas qu'il a subi cinq opérations; la cicatrice est linéaire et presque imperceptible.
Ce fait démontre non-seulement la supériorité du caustique sur le bistouri dans les cas de l'espèce, mais encore la différence d'efficacité des méthodes ou des modes d'application des caustiques et aussi la supériorité de certains caustiques, puisque les uns réussissent et que les autres échouent. Voilà comment peuvent se discréditer les meilleures choses.
A chaque instant j'entends dire : j'ai appliqué le caustique, je n'ai pas réussi, et tout naturellement on attribue cet insuccès au caustique. La logique de l'homme est ainsi faite. On ne se demande pas : ai-je employé un bon procédé et un bon caustique? Non, on s'empresse de condamner, on porte cet arrêt irrévocable, les caustiques ne réussissent pas plus que le bistouri. Eh bien, cet exemple fournit une preuve éclatante de ce que peuvent un bon procédé et un bon caustique. Cet homme était voué à une mort certaine, trois opérations par le bistouri, une opération par je ne sais quel caustique, suivies toutes de récidive immédiate, le cancer' prenait de l'extension, il allait se généraliser, cet homme était perdu. Je puis donc dire que je lui ai sauvé la vie, en quelques jours je l'ai guéri radicalement.
Je livre ces réflexions à l'appréciation des hommes de l'art.
En voyant ces récidives coup sur coup, quatre opérations et quatre récidives mmédiates ou presque immédiates, nul doute que les partisans de la diathèse ne se fussent montrés triomphants, et, en effet, toutes les apparences étaient favorables à cette doctrine, quatre récidives en si peu de temps ; quelle terrible diathèse, quelle horrible malignité. Eh bien, non, rien de tout cela n'existait, ni diathèse, ni malignité : un cancer simple , circonscrit, limité, première période, trois applications de caustique seulement, réunion immédiate, cica-
OBSERVATIONS
trice parfaite : quel succès, quel triomphe pour le caustique. Après cela, qui oserait nier la supériorité du caustique sur le bistouri dans le traitement des affections cancéreuses?
Il y a douze ans que j'ai opéré le frère célite E. Les années ont consacré le succès, et il est éclatant; il détruit la théorie de la diathèse, il anéantit le prestige du bistouri, démontre qu'il ne suffit pas d'appliquer un caustique quelconque, mais qu'il faut un emploi méthodique, raisonné, intelligent, et à ceux qui le feront ainsi, je promets les plus brillants succès.
OBSERVATION XXIX. — Tumeur cancéreuse de la joue,