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PREMIÈRE PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRIS0N

Mlle J., trente ans, demeurant à Bruxelles, grande et forte, d'excellente constitution, porte depuis neuf mois une tumeur cancéreuse grosse comme une aveline, située à 1 centimètre et demi au-dessus de la commissure gauche des lèvres. Elle a subi à Gand et à Bruxelles différents traitements qui n'y ont absolument rien fait. La tumeur augmente lentement, mais progressivement. On lui a proposé l'opération par le bistouri, elle préfère les caustiques. Comme le sommet de la tumeur est ulcéré, le caustique de Vienne est inutile.

En conséquence le 18 août 1869 j'applique la pâte caustique, six heures de durée; le lendemain j'enlève la portion cautérisée, à peu près la moitié de la tumeur; réapplication du caustique.

Le 20, j'enlève l'eschare jusqu'au niveau de la peau, réapplication du caustique pendant six heures, puis cataplasmes renouvelés trois ou quatre fois par jour.

Le 26, élimination de l'eschare, le néoplasme est complètement enlevé, la plaie est très pure. La cautérisation a porté jusqu'à la muqueuse.

Le 26, réunion avec le plus grand soin au moyen de bandelettes collodionnées.

Le ier septembre, réunion par première intention, cicatrice linéaire, sans le moindre enfoncement ni la moindre difformité.

La guérison s'est parfaitement maintenue jusqu'à ce jour.

Évidemment, il n'y avait pas de diathèse ici. La tumeur était à la première période, parfaitement circonscrite et limitée, elle fut enlevée avec une précision mathématique, car on ne doit pas se figurer qu'il soit plus facile de préciser l'action du bistouri que celle du caustique, ce serait une grave erreur; la vérité est qu'avec une certaine habitude, de l'habileté, de l'expérience, il est plus facile de préciser l'action du caustique que celle du bistouri.

OBSERVATION XXX. — Cancer des deux mamelles, a vingt ans d'intervalle, emploi des caustiques.

Mmo veuve K., de Molenbeek-Saint-Jean, constitution robuste, bonne santé, beaucoup d'embonpoint. Cette dame a soixante-dix ans, elle fut opérée à l'âge

OBSERVATIONS

de cinquante ans, il y a donc vingt ans, par le Dr Moens, au moyen d'un caustique dont il n'a pas fait connaître la composition.

C'était le sein droit qui était squirrheux, elle fut complètement guérie, elle n'a plus souffert de ce côté.

En 1869 donc, vingt ans après la première opération, le sein gauche devint malade à son tour; elle attribue cette affection à un coup qu'elle s'est donné contre une pièce de bois. Toute la glande mammaire est envahie par le squirrhe.

Le ier septembre 1869, application des caustiques; à cause de son embonpoint il a fallu quatorze applications.

Le 24, chute de l'eschare, la plaie présente un très bel aspect, réunion.

Je n'obtins pas une réu nion immédiate ; j'ai attribué cet insuccès à son embonpoint, des gouttelettes de graisse s'interposant sans cesse entre les lèvres de la plaie.

Néanmoins la cicatrisation se fit régulièrement et sans encombre, le 6 novembre elle était achevée.

Le ier mai 1871, cette dame me revint avec un engorgement ganglionnaire le long du bord du pectoral et se prolongeant jusque dans l'aisselle.

J'ai dû porter la cautérisation assez profondément dans l'aisselle.

Huit applications furent nécessaires ; après la chute de l'eschare, il n'existait plus le moindre engorgement.

Au commencement de juillet la cicatrisation était achevée.

J'ai revu cette dame au mois d'août 1872, sa santé ne laissait rien à désirer, il n'existait aucun engorgement.

En juillet 1 878 elle vint me consulter, la main et l'avant-bras étaient légèrement gonflés, je ne constatai aucun engorgement ganglionnaire dans l'aisselle, mais les ganglions du cou qui ayoisinent le plexus étaient légèrement engorgés. Je lui prescrivis un traitement en conséquence, je ne l'ai plus revue, mais j'ai appris sa mort arrivée vers le milieu de 1874.

Je ne considère pas ce fait comme un succès pour moi, mais comme un succès pour Moens. Il a opéré cette dame en i85o, elle est née avec le siècle, elle avait donc cinquante ans. Pendant vingt ans elle a joui d'une très bonne santé et il n'y a pas eu de récidive.

Il est vrai que l'autre sein est devenu malade vingt ans après, mais cette seconde affection ne se rattache en rien à la première ; cette dame a joui d'une santé parfaite pendant vingt ans, sauf un peu trop d'embonpoint, et il n'y avait pas le moindre signe de diathèse.

Je n'ai pas été aussi heureux que le premier opérateur, mais il faut tenir compte de la différence d'âge, de l'affaiblissement physique, de la prédominance du système lympathique, etc.

Néanmoins, je crois avoir prolongé la vie de cette dame de trois années au moins.

OBSERVATION XXXI. — Cancer des deux mamelles, a huit mois

D'INTERVALLE, EMPLOI DES CAUSTIOUhS, GUÉRISON.

Sœur A., des pauvres sœurs de Marie, quarante-huit ans, constitution robuste, tempérament nervoso-sanguin.

Squirrhe du sein gauche, dur, bosselé, douleurs lancinantes depuis plus de trois mois, mamelon rentré, etc.

Huit mois de durée, il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire, la maladie paraît être encore à la période de localisation.

Le samedi 2 octobre 1869, application des caustiques, continuation les jours suivants, en tout sept applications de six heures de durée. L'opération marcha vite parce qu'il n'y avait pas de tissu graisseux.

Le 14, élimination de l'eschare, réunion, retourne guérie le 4 novembre.

OBSERVATION XXXII. — Squirrhe du sein droit, opération, guérison.

La malade précédente me revint le 17 mai 1870, avec un squirrhe au sein droit plus volumineux que le premier et parfaitement caractérisé ; de plus, il y a un léger engorgement ganglionnaire dans l'aisselle.

Le 17 mai 1870 et les neuf jours suivants, application des caustiques. Chute de l'eschare le 3 juin, réunion par première intention, complètement guérie le i5.

J'ai très souvent de ses nouvelles par ses consœurs de la chaussée d'Ixelles qui me disent que sa santé ne laisse rien à désirer.

Dans ce cas encore, les partisans de la diathèse n'auraient pas manqué d'attribuer à cette disposition funeste le squirrhe du sein droit, survenu d'une manière si rapide après la destruction de la mamelle gauche. Quand j'ai pratiqué la première opération le 2 octobre 1869, le sein droit ne présentait aucune trace d'engorgement, et moins de huit mois après, le 17 mai 1870, elle revint avec un squirrhe au sein droit plus volumineux que le premier et aussi plus avancé, puisqu'il y avait un léger engorgement ganglionnaire à l'entrée de l'aisselle. J'avoue que ces circonstances étaient de nature à faire croire à ce qu'on nomme la diathèse cancéreuse, les événements paraissaient du moins favorables à cette théorie. Eh bien il n'en était rien, la diathèse n'existait pas, il n'y avait qu'une simple coïncidence d'événements successifs. Je dis qu'il n'y avait pas de diathèse; ce qui le prouve, c'est le temps relativement long qui s'est passé depuis ces opérations. Après un développement si rapide des deux tumeurs, une diathèse (si c'eût été la cause réelle de la maladie) n'aurait pas sommeillé si longtemps sans se révéler par de nouvelles tumeurs. Il y a dix et onze ans que ces opérations ont été pratiquées et la sœur n'a cessé de jouir d'une parfaite santé, il n'y eut pas la moindre apparence de récidive. 11 ne serait donc pas rationnel de faire intervenir ici une diathèse quelconque.

Ce fait est encore intéressant par la rapidité extrême avec laquelle s'est

OBSERVATIONS

développée la seconde tumeur; en moins de huit mois ce squirrhe avait acquis un grand développement et était même arrivé à la seconde période ou de propagation du mal, puisqu'un commencement d'engorgement ganglionnaire spécifique existait et m'obligea à le comprendre dans l'opération.

OBSERVATION XXXIII. — Cancer des doigts et d'une partie

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