DES OS MÉTACARPIENS, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUERISON
M. P., soixante-six ans, de Braine-Lalleud. Ulcère cancéreux aux deux derniers doigts de la main gauche. Les premières phalanges et les deux os du métacarpe sont dénudés et en partie nécrosés.
Cause : il tenait un bâton noueux à la main, un camarade l'a tiré brusquement, il y eut une déchirure profonde à la paume de la main et aux deux doigts actuellement malades. Il y a deux ans et demi de cela. Cette plaie s'ulcéra et prit ensuite tous les caractères de l'ulcère cancéreux avec l'odeur spécifique.
Le 5 octobre 1869, application des caustiques sur les deux derniers doigts et les métacarpiens, de façon à les enlever complètement; trois applications suffirent. Les métacarpiens furent enlevés au moyen de pinces coupantes. Ils étaient cautérisés d'outre en outre. Le reste se détacha en même temps que l'eschare des parties molles. La cicatrisation fut rapide, car la surface de la plaie était très restreinte.
Je ne l'ai plus revu , ce qui me fait supposer que la guérison s'est maintenue.
Dans ce cas la cause était bien manifestement externe et la plaie transformée en ulcère cancéreux bien caractérisé, ce qui contredit singulièrement les théories admises par l'École française. Cependant, il est impossible, me semble-t-il, d'invoquer ici l'influence de la diathèse; rien, ni avant ni après l'opération, ne dénonce une telle disposition et il faut bien reconnaître que tous les faits que je consigne ici sont de nature à renverser complètement la théorie fausse, chimérique, fantastique de l'occulte et mystérieuse diathèse.
On aura remarqué aussi avec quelle facilité les os se cautérisent, ils n'offrent guère plus de résistance que les parties molles et l'eschare s'élimine presque aussi vite et aussi facilement que celle des chairs ou des tissus fibreux. Il en est de même de la cicatrisation, les extrémités osseuses se recouvrent de bourgeons et il se forme une cicatrice en tout semblable à celle des tissus voisins.
On aura probablement noté aussi qu'il a suffi de trois applications de caustique pour détruire complètement cet affreux cancer, en comprenant 2 centimètres de tissus sains, au delà de ses limites.
Si l'on considère que ces applications sont parfaitement innocentes, qu'elles ne font pas perdre une goutte de sang, que les douleurs sont modérées et que dans tous les cas on peut les apaiser au moyen de préparations opiacées ou calmantes, il sera difficile de nier la grande supériorité des caustiques sur le bistouri, pour les opérations de cette espèce.
OBSERVATIONS
OBSERVATION XXXIV. — Cancer de l'aile du nez, emploi
DES CAUSTIQUES, GUERISON
M"0 D., vingt ans, de Tournai, ulcère cancéreux à l'aile gauche du nez, le cartilage est dénudé. Depuis six ans, les médecins les plus renommés de sa ville natale lui ont donné des soins, sans qu'ils soient parvenus à arrêter les progrès du mal.
Le 12 octobre 1869, puis les deux jours suivants, application de la pâte caustique. L'ulcère, les bords indurés et une partie de l'aile du nez furent enlevés.
Chute de l'eschare six jours après; le 6 novembre la cicatrisation était achevée et elle est de très belle apparence. Je lui fis confectionner une aile de nez postiche.
En 1872, j'eus de ses nouvelles, la guérison se maintenait.
Evidemment, il n'y avait pas de diathèse, le mal est resté circonscrit, l'ulcération présentant une marche lente. C'est le noli me tangere des anciens.
OBSERVATION XXXV. — Ulcère cancéreux a la jouf gauche,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. V., cinquante ans, meunier à Montaigu. Ulcère cancéreux à la joue gauche à 1 centimètre de l'aile du nez, bords et fond indurés, bosselés, irréguliers, un an et demi de durée.
Le 1 5 et le 16 octobre 1869, application de la pâte caustique.
La chute de l'eschare, le 22, met à nu une plaie simple et de bonne nature qui se cicatrise en dix jours. Cet homme retourne chez lui parfaitement guéri. Je n'ai plus eu de ses nouvelles, preuve que la guérison s'est maintenue.
Comme dans le cas précédent, il n'y avait ni diathèse, ni propagation du mal. L'ulcération progressait, mais lentement, comme il arrive ordinairement dans ces cas. Cet homme, jouissant d'une certaine aisance, avait consulté un certain nombre de médecins et suivi différents traitements, sans obtenir la moindre amélioration et cela se comprend ; pour guérir ces sortes d'ulcères, il faut nécessairement détruire le tissu malade en totalité et convertir l'ulcère en plaie simple; alors la cicatrisation ne rencontre plus d'obstacle.
L'effet du caustique est ici extrêmement remarquable et d'une précision mathémathique; ces ulcères, qui résistent à tous les topiques, guérissent comme par enchantement au moyen de quelques applications de pâte caustique; seulement quand les bords indurés présentent une certaine étendue et sont revêtus de leur épidémie, il est indispensable de détruire, au préalable, cet épidémie au moyen du caustique de Vienne, pour abréger le temps et les douleurs.
OBSERVATIONS
Cependant je suis loin de prétendre que, dans les cas de l'espèce, les caustiques soient infaillibles; comme on le verra plus loin, j'ai rencontré un cas où ils ont échoué, soit que la constitution ou l'ancienneté de la maladie y ait contribué; il est arrivé qu'ayant cautérisé les bords d'un ulcère cancéreux à 3 ou 4 millimètres au delà des limites de l'induration, après l'élimination de l'eschare, l'ulcère se reproduisit immédiatement; une seconde et une troisième cautérisation eurent les mêmes conséquences; il fallut abandonner le traitement.
OBSERVATION XXXVI. — Tumeur cancéreuse a la lèvre inférieure,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. L., soixante-huit ans, tonnelier à Anderlues, bonne constitution. Tumeur cancéreuse, ulcération superficielle La tumeur a la grosseur d'une aveline, elle est attribuée à la pipe.
Le 7 décembre 1869, application de la pâte caustique, et les jours suivants, en tout cinq applications, après lesquelles cet homme est retourné chez lui. Il revint huit jours après, l'eschare est éliminée, la plaie très belle et en voie de cicatrisation.
Le 3 janvier 1870, il vint me montrer la cicatrice, elle est très belle, sauf qu'il y avait deux petits tubercules que je cautérisai séance tenante.
Je l'ai revu en 1872, il était très bien guéri. Je ne l'ai plus vu depuis, mais j'ai eu souvent de ses nouvelles par d'autres malades qui m'ont dit qu'il était parfaitement guéri.
On pourrait croire que ce malade portait un cancroïde au lieu d'un cancer. Il n'en est rien : la tumeur dure et bosselée, les douleurs lancinantes, les bords indurés d'une manière particulière, la forme de l'ulcère, etc., tout me porte à le ranger dans la classe des cancers.
Dans ce cas comme dans les précédents, il n'y avait pas de diathèse, il y eut bien un commencement de récidive, mais elle fut facilement réprimée et depuis la guérison ne s'est pas démentie.
OBSERVATION XXXVII. — Tumeur squirrheuse a la lèvre inférieure,
M. H., soixante-trois ans, cultivateur à Anderlues, ami du précédent malade, d'une constitution détériorée, ayant un emphysème pulmonaire ancien et par conséquent une grande gêne de la respiration ; ce qu'il appelle son asthme, porte une tumeur squirrheuse à la partie interne de la lèvre inférieure. Elle a quatre mois de durée, elle est dure, bosselée et le siège de douleurs lancinantes. La tumeur n'est pas ulcérée, elle a le volume d'une aveline.
OBSERVATIONS
Le 7 décembre 1869, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique et continuation de cette dernière les quatre jours suivants. Il est retourné chez lui comme le précédent.
Après huit jours il revint : l'eschare est éliminée et laisse à nu une plaie très pure, avec un commencement de cicatrisation ; le 3 janvier la plaie est entièrement cicatrisée. La guérison s'est maintenue jusqu'ici.
Dans ce cas comme dans les précédents, il m'est impossible d'admettre l'existence d'une diathèse.
OBSERVATION XXXVIII. — Fibrome, emploi des caustiques,
GUÉRISON
Mmo D., d'Uccle, quarante-sept ans, mère de neuf enfants, bonne constitution.
Depuis quelques années et sans cause connue, une tumeur s'est développée à la partie interne et supérieure de la cuisse gauche, a acquis le volume et presque la forme d'une poire de moyenne grosseur avec un pédicule de 2 centimètres et demi de diamètre.
La tumeur est dure, résistante, elle est peu douloureuse à la pression, mais son poids détermine des douleurs assez vives et depuis une quinzaine de jours elle s'est irritée et ulcérée à la partie la plus déclive, c'est ce qui a déterminé la malade à se faire opérer.
Je considérai cette tumeur comme un fibrome.
Le 5 janvier 1870, application des caustiques au pédicule et sur une surface en forme d'anneau d'un demi-centimètre de longueur; puis incision circulaire et application d'une ligature en faisant exercer des tractions sur la tumeur pendant que je serrais la ligature. Le lendemain la tumeur est mortifiée, je la retranche.
L'incision vérifia le diagnostic. L'eschare et la ligature étant détachées, je trouvai un prolongement du pédicule allant jusqu'à l'aponévrose. J'ai dû faire trois applications de caustique pour le détruire.
Après l'élimination de l'eschare la plaie était parfaitement nette, elle se cicatrisa en dix jours. Jusqu'à présent la guérison se maintient.
OBSERVATION XXXIX. — Cancer de la langue, guérison de l'ulcère, puis engorgement ganglionnaire déterminé par des causes dépendant de la volonté du malade.
M. M., soixante ans, d'Ixelles. Ulcère cancéreux de la langue depuis plus d'un an, situé sur le côté droit du frein; ulcération de 3 centimètres sur 2, à bords durs, saillants, douleurs lancinantes. Il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire.
OBSERVATIONS
Le 9 février 1870, application de la pâte caustique. Le malade ne la laisse qu'une heure. Les jours suivants même pétulance, il ne laisse le caustique qu'une heure au plus, ce qui nécessite un certain nombre d'applications, pour arriver à la destruction complète du tissu malade.
Le 4 mai la plaie est cicatrisée, il n'y a plus de dureté.
Je croyais avoir obtenu un beau succès lorsque, dans le courant du mois de mars 1871, pendant une excursion à la campagne par un temps humide et froid, il eut un grand refroidissement à la suite duquel les glandes du cou s'engorgèrent et rien ne put arrêter les progrès du mal; il y eut de véritables ulcères cancéreux et le malade succomba en 1872. La langue est restée guérie jusqu'à la fin.
Ici on pourrait probablement invoquer la diathèse, ses partisans, bien entendu, mais pour expliquer les phénomènes qui se sont présentés, est-il bien nécessaire de recourir à l'intervention d'une diathèse purement hypothétique? Je ne le pense pas.
Nous avions à traiter un ulcère cancéreux qui avait résisté aux moyens employés et ils étaient nombreux, car cet homme, étant fortuné, n'avait rien négligé. Eh bien, il s'agit d'un ulcère déjà ancien, un an et demi, cet ulcère peut très bien avoir infecté les ganglions sous-maxillaires, avant la guérison : les lymphatiques se chargent facilement du transport des éléments cancéreux; eh bien, ces éléments déposés dans les ganglions n'attendent qu'une cause occasionnelle pour se développer; cette cause fut ici le refroidissement. Immédiatement après survint l'engorgement spécifique et ses conséquences. Si ce malade ne s'était pas exposé, les ganglions se seraient-ils engorgés quand même dans un temps plus éloigné ? C'est probable, mais ce n'est pas certain. Dans tous les cas l'intervention de la diathèse est parfaitement inutile pour expliquer les phénomènes qui se sont produits. Je ne considère pas ce fait comme un cas de guérison.
OBSERVATION XL. — Tumeur squirrheuse de la paupière,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mlle B., trente-huit ans, d'Anderlues, porte, depuis huit mois environ, à la partie externe de la paupière inférieure droite, un tubercule cancéreux largement ulcéré. Son médecin avait fait des tentatives de cautérisation, sans aboutir.
Le 10 janvier 1870, application des caustiques. Le caustique de Vienne était nécessaire pour entamer la surface non ulcérée de la petite tumeur. Une seconde application eut lieu, puis l'opérée retourna chez elle.
Elle vint se montrer le i5 mars, elle est parfaitement guérie : cicatrice linéaire, de 1 centimètre environ, parfaitement régulière.
La guérison se maintient.
OBSERVATION XLI. — Ulcère cancéreux situé sous la paupière