PAR DES INJECTIONS, APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M1'8 X., vingt ans, de Turnhout, constitution molle, tempérament lymphatique, jouissant néanmoins d'une bonne santé, s'est aperçue, il y a environ trois mois, qu'elle portait au sein gauche une tumeur du volume d'un petit œuf de poule.
Des chirurgiens renommés de Bruxelles et de Louvain, consultés, déclarèrent aux parents que leur demoiselle avait une tumeur squirrheuse.
On lui fit à Bruxelles des injections dont j'ignore la composition (par la méthode anglaise;. Le résultat en fut déplorable : sous l'influence de deux injections dans la tumeur, il survint une violente inflammation qui se termina par un énorme abcès. On fit une incision pour donner au pus une libre issue, puis il se forma une ulcération de plus de 5 centimètres de diamètre; cet ulcère bourgeonna avec une véhémence incroyable, c'était une véritable végétation. Ne pouvant se rendre maîtres de cette exubérance de bourgeons et voyant que l'ulcération faisait de rapides progrès, les chirurgiens proposèrent aux parents l'amputation du sein. Un refus formel fut la réponse à cette proposition. C'est alors qu'on me soumit le cas, et je formulai mon avis de la manière suivante :
Cancer encéphaloïde d'une grande malignité, mais encore localisé et circonscrit. Nécessité d'opérer le plus tôt possible, de préférence au moyen des caustiques. Les parents acceptèrent.
En conséquence le i5 juillet 1870 je fis la première application.
J'appliquai d'abord le caustique de Vienne sur la partie non encore ulcérée, afin d'agir uniformément sur toute la tumeur, puis une couche de pâte caustique de plus d'un demi-centimètre d'épaisseur.
Douze applications furent nécessaires, parce que la malade faisait souvent enlever le caustique après quelques heures d'application.
Le 2 août, chute de l'eschare, la plaie est très pure, la tumeur est parfaitement enlevée, il ne reste qu'une plaie simple.
Le même jour, réunion des lèvres de la plaie au moyen de bandelettes collodionnées. Le second jour les lèvres de la plaie furent mises en contact. Réunion immédiate, le 12 la cicatrisation est achevée, la cicatrice est linéaire.
Le 14 la malade retourna chez elle, parfaitement guérie.
Jusqu'ici la guérison ne s'est pas démentie.
Comme dans les observations précédentes, la maladie de la glande mammaire était encore localisée et circonscrite; en enlevant ou en détruisant la tumeur, on détruit le mal en totalité et la guérison est radicale. J'ai déjà dit que toutes les opérations que j'ai pratiquées dans ces conditions, dans la période de localisation absolue, ont toutes abouti à une guérison définitive, preuve évidente qu'il ne s'agit pas de cause interne, ni de diathèse, deux inventions diaboliques.
La conséquence qui en découle, c'est qu'il faut dans tous les cas et toujours opérer dans la période de localisation du mal, la vie du malade en dépend.
OBSERVATIONS
OBSERVATION XLVI. — Tumeur squirrheuse du sein gauche, première
PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M1Ie C, quarante-sept ans, de Molenbeek-Saint-Jean, lymphatique, chairs molles, peu de résistance.
Cette personne est atteinte au sein gauche d'une tumeur dure, bosselée, irrégulière du volume d'un ceuf de poule, elle commence à y ressentir des douleurs lancinantes. Il n'y a que trois mois qu'elle a découvert cette tumeur qui était alors de la grosseur d'une noisette. Elle n'en connaît pas la cause, elle ne se rappelle pas d'avoir essuyé une violence quelconque, ses ancêtres n'ont rien eu de pareil.
Quoi qu'il en soit, je lui conseillai de se laisser opérer par les caustiques le plus tôt possible, car la marche rapide de la maladie dit assez qu'elle passera vite à la seconde période. Elle se rendit à ces raisons.
En conséquence le 10 août 1870, j'appliquai le caustique de Vienne, puis la pâte caustique. Durée de l'application six heures. Je continuai les jours suivants, sept applications suffirent.
Le 24, chute de l'eschare, la plaie est très pure, réunion au moyen de bandelettes collodionnées. L'adhésion ne fut que partielle, le reste se cicatrisa lentement, cicatrisation complète le 25 septembre.
Rien de particulier ne s'est présenté dans le cours de cette opération.
La guérison se maintint jusqu'à la mort de la malade, survenue en décembre 1871, à la suite de méningite aiguë occasionnée par un refroidissement.
Cette observation nous présente une tumeur cancéreuse prise à son début et opérée en temps opportun, le mal était localisé et il n'y avait aucune apparence de diathèse ; aussi, suis-je convaincu que la guérison eût ét&définitive si la malade n'avait pas succombé à la suite d'une méningite aiguë accidentelle qui n'avait rien de commun avec l'affection cancéreuse.
OBSERVATION XLVII. — Tumeur squirrheuse au sein droit,
PREMIÈRE PÉRIODE, APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUERISON
Mlle C, quarante-trois ans, de Bruxelles, tempérament lymphatique, assez faible, mais très courageuse, s'aperçut, il y a environ trois mois, qu'elle portait, au sein droit, une tumeur de la grosseur d'une noix. Elle consulta et suivit un traitement énergique qui n'eut absolument aucune influence sur la tumeur laquelle se développa, grossit, comme si l'on n'y avait rien fait.
Lorsque je vis la tumeur le i5 août, elle avait le volume d'un gros œuf de poule, elle était dure, bosselée, irrégulière, le mamelon rentrait fortement, il y avait des douleurs lancinantes assez fréquentes.
Le diagnostic ne pouvait être douteux, nous avions affaire à un squirrhe qui avait envahi presque la totalité de la glande mammaire.
OBSERVATIONS
Je proposai l'opération par les caustiques, qui fut acceptée. En conséquence le 18 août 1870, j'appliquai le caustique de Vienne d'abord, puis la pâte caustique, et je continuai les jours suivants. Huit applications de six heures de durée furent nécessaires.
Cette personne supportait très facilement les caustiques, elle mangeait, buvait, se promenait au jardin et dormait absolument comme si elle ne subissait pas d'opération.
Le 4 septembre, chute de l'eschare, réunion au moyen de bandelettes collodionnées, adhésion, cicatrisation rapide ; le 1 5 septembre, il ne reste à cicatriser qu'un petit espace entre les lèvres de la plaie. Le 20, la cicatrisation est achevée.
J'ai revu cette opérée en 1873, la guérison était parfaite; depuis je l'ai perdue de vue, mais il est certain que la guérison s'est maintenue, sinon elle se serait représentée.
Ici la tumeur était parfaitement localisée et circonscrite, première période, aussi la guérison fut-elle radicale ; il n'y avait pas de diathèse, ou du moins rien ne pouvait en faire soupçonner l'existence.
On remarquera que toutes les opérations que j'ai pratiquées pendant la première période ou période de localisation de la maladie, ont toutes, sans exception, abouti à une guérison définitive. Il serait donc possible de guérir toutes ou presque toutes les maladies cancéreuses, si l'on opérait en temps opportun au moyen des caustiques, et nous ne craignons pas de dire que c'est jusqu'ici le seul remède efficace que nous ayons à opposer aux terribles ravages des affections cancéreuses.
OBSERVATION XLVIII. — Squirrhe du sein gauche, deux ans de
DURÉE, APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mme V., cinquante-sept ans, blanchisseuse de linge, demeurant à Bruxelles, porte depuis deux ans environ au sein gauche, un squirrhe aplati, irrégulier, bosselé, de 7 à 8 centimètres de diamètre et de 3 à 4 d'épaisseur, appartenant à cette variété que Velpeau appelait napiforme. Le mamelon était fortement enfoncé, légèrement ulcéré et saignait facilement. Les douleurs lancinantes étaient vives et fréquentes.
Inutile de dire que tous les traitements qu'on avait fait subir à cette pauvre femme n'ont fait qu'altérer sa santé, sans arrêter le moins du monde les progrès de la maladie.
Le médecin qui la soignait ne proposait pas encore d'opération d'aucune sorte, chose incompréhensible, il ne voyait donc pas qu'il la conduisait tout droit à l'incurabilité? Lorsque la malade vint me voir à son insu, et sur ma proposition, elle se décida immédiatement pour l'opération.
Chose remarquable, c'est que, malgré ses deux ans de durée, la maladie était restée localisée, elle s'était étendue en circonférence, mais non au delà
des limites de la tumeur, phénomène que j'attribue à la constitution robuste de la malade, à son excellent tempérament, à sa force, à sa vigueur et à sa bonne santé.
Donc le 1 1 septembre 1870 j'appliquai le caustique de Vienne, puis la pâte caustique, sept applications suffirent, la malade les supporta très facilement, la chute de l'eschare eut lieu le 27, la plaie était très nette et très belle, je réunis au moyen de bandelettes collodionnées, mais l'adhésion ne se fit que dans la moitié environ de la surface de la plaie, le reste dut se cicatriser lentement et ce ne fut que le 25 octobre que la malade se trouva complètement guérie.
Il arrive assez rarement que le mal reste localisé pendant un temps si long, deux ans; chez beaucoup de malades, l'affection fait de tels progrès que, si on ne les arrête pas, la patiente succombera avant les deux années écoulées, et quelquefois avant un an à partir du début de la maladie.
Le cas dont il s'agit ici est donc un fait exceptionnel sur lequel on ne peut s'appuyer pour décider du moment opportun pour l'opération.
Inutile d'ajouter qu'il n'y avait pas d'apparence de diathèse ici.
OBSERVATION XLIX. — Tumeur squirrheuse au sein gauche, suite
DE RÉCIDIVE IMMÉDIATE APRES UNE PREMIÈRE OPÉRATION PAR L'INSTRUMENT TRANCHANT, APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUERISON.
Mme D., trente ans, négociante à Overyssel, bonne constitution, forte et robuste campagnarde n'ayant jamais été malade. Il y a cinq ans, elle remarqua qu'elle avait une petite tumeur au sein gauche, elle en éprouva de grandes inquiétudes et la surveilla. Après quelques mois, voyant que la tumeur augmentait sensiblement, elle se rendit chez le médecin de la localité qui lui prescrivit un traitement énergique, consistant en préparations iodées intus et extra, la tumeur augmenta toujours et même plus rapidement qu'avant le traitement; enfin elle arriva au volume d'une grosse pomme, avec douleurs lancinantes et enfoncement du mamelon. On lui proposa l'opération par le bistouri, elle accepta. L'opération fut pratiquée un an à peu près après le début de l'affection. Il est à supposer que le néoplasme ne fut pas enlevé en totalité, puisqu'il y eut une récidive immédiate ; en effet, la plaie n'était pas encore entièrement cicatrisée, que la malade s'aperçut qu'une petite tumeur comme une noisette s'était développée à l'extrémité externe de la cicatrice ; cette tumeur resta stationnaire assez longtemps, puis elle alla en augmentant, mais très lentement. Une nouvelle opération fut proposée, mais la malade s'y refusa et laissa marcher le mal sans y rien faire. Quand, il y a six mois, elle remarqua que la tumeur grossissait plus rapidement et bientôt celle-ci acquit le volume d'un gros ceuf de poule, comprenant une grande partie de la cicatrice. C'est alors qu'elle vint me trouver. Je constatai la présence d'une tumeur très dure, bosselée, irrégulière, avec des douleurs lancinantes intenses et fréquentes. Il n'y avait pas d'engorgement axillaire.
OBSERVATIONS
Je proposai l'opération au moyen des caustiques. La malade y consentit.
En conséquence le 12 avril 1871 j'appliquai le caustique de Vienne, puis la pâte caustique. La malade n'ayant qu'une couche très mince de tissu graisseux, cinq applications de six heures de durée chacune suffirent pour détruire entièrement la tumeur qui était compacte, dure, fibreuse et dans ce tissu le caustique agit profondément, de façon que l'épaisseur de la couche cautérisée chaque jour était de 12 à i5 millimètres.
Le 24 avril, élimination de l'eschare, réunion au moyen de bandelettes collodionnées.
Le 6 mai la plaie est entièrement cicatrisée, la malade retourne chez elle.
J'ai revu cette femme en 1872, elle paraissait parfaitement guérie. Depuis je l'ai perdue de vue, mais il est probable que la guérison s'est maintenue, sinon elle serait revenue, car elle se disait très satisfaite de l'opération.
Ici le mal est resté localisé bien longtemps, c'est assez rare pour qu'il soit signalé tout spécialement, mais cela tient probablement aux conditions exceptionnelles dans lesquelles se trouvait la malade : une constitution robuste, résistante, une nature sèche, un squirrhe fibreux, toutes conditions favorables. Cependant, après l'opération par l'instrument tranchant, la récidive fut immédiate, ce qui prouve que l'opération par le bistouri est impuissante contre le cancer et que les caustiques ont sur lui une supériorité incontestable.
Et la diathèse, où est-elle? Quant à moi, je n'en vois pas de trace.
OBSERVATION L. — Squirrhe du sein gauche, quinze mois de durée,