PARAISSANT ENCORE LOCALISÉ, APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mme P., soixante-dix ans, mère de quatre enfants, demeurant à Anderlues, bonne constitution, un peu trop d'embonpoint, reçut, il y a quinze mois un violent coup de coude en sortant de l'église, mais ce ne fut que trois mois après qu'elle constata l'existence d'une tumeur de la grosseur d'une noix, à l'endroit où elle avait reçu le coup, c'est-à-dire, à la partie externe du sein gauche. A partir de cette découverte, elle consulta et suivit un traitement rigoureux. La tumeur se développa régulièrement, absolument comme si elle n'y avait rien fait. Enfin elle se décida à recourir à des moyens plus efficaces.
Elle vint me trouver et je constatai l'existence d'une tumeur du volume d'un œuf de dinde, dure, bosselée, sans douleur à la pression, mais étant le siège de douleurs lancinantes fortes et fréquentes; il n'y avait pas d'engorgement dans l'aisselle; on pouvait donc espérer que le mal était encore localisé.
Le- 16 mai 1871, j'appliquai le caustique de Vienne, puis la pâte caustique, je continuai les jours suivants; douze applications furent nécessaires, à cause du volume de la tumeur et de l'embonpoint de la malade.
Une particularité s'est présentée ici : une poche qui aurait pu contenir une grosse noix, existait au centre de la tumeur, elle était remplie d'un sang
OBSERVATIONS
liquide, et au moment de l'ouverture de cette poche, un flot de sang jaillit et une abondante hémorrhagie se produisit; je m'empressai de bourrer la poche de charpie et de tamponner fortement. L'hémorrhagic s'arrêta, je continuai les applications de caustique que la malade supportait très facilement.
Chute de l'eschare le 6 juin, la plaie est parfaitement nette, une belle couche de bourgeons charnus en recouvre la surface. Par le fait de l'embonpoint, je parvins facilement à rapprocher exactement les lèvres de la plaie et la réunion eut lieu par première intention. Il n'y eut pas de suppuration. En six jours cette énorme plaie était complètement cicatrisée.
Cette dame retourna chez elle le 1 2 juin.
Elle est revenue trois mois après, le 8 septembre avec une petite induration comme un haricot un peu au-dessous et vers le milieu de la cicatrice, par mesure de prudence, je la détruisis immédiatement.
J'ai revu cette opérée à la fin de 1872. La guérison se maintenait parfaitement.
Elle succomba le 10 juin 1873 à la suite d'apoplexie cérébrale.
Cette observation nous montre une tumeur volumineuse restée localisée pendant un temps bien long, comme le prouve l'absence de récidive, car nous ne considérons pas comme une récidive la petite induration épithéliale dont il a été question.
Quant à la diathèse, l'esprit le plus investigateur, mais non prévenu, ne pourrait en découvrir le moindre vestige.
OBSERVATION LI. — Ulcère cancéreux du nez, marche envahissante,
APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. M., soixante-onze ans, cultivateur, puis rentier, demeurant à Rixensart, porte, depuis deux ans, au côté droit du nez, en partie sur l'os propre, en partie sur le cartilage, une petite éminence aplatie, ulcérée depuis six mois, à bords indurés et irréguliers, douleurs lancinantes légères, enfin présentant l'aspect des ulcères cancéreux.
Le 3i mai 1871, application du caustique de Vienne sur les bords, puis de la pâte caustique. Une application suffit, le malade retourne chez lui, je lui recommande d'enlever le caustique après cinq heures d'application, ce qui fut fait consciencieusement.
Il revint six jours après, l'eschare était éliminée, la plaie très belle, très pure. Pansement à la charpie sèche tenue au moyen d'une bande collodionnée.
Le 12 juin la plaie était cicatrisée, il n'y avait pas de dépression et la cicatrice était très lisse.
J'ai revu fréquemment cet opéré depuis, la guérison s'est parfaitement maintenue. Un an après l'opération, on n'y voyait absolument rien, sauf que le tissu cicatriciel était un peu plus blanc que la peau voisine.
OBSERVATIONS
Voilà à quoi se réduit l'absurde noli me tangere de nos ancêtres ; il suffit d'une seule application de caustique pour le réduire à néant.
Ici le mal était nécessairement localisé, malgré ses deux ans de durée, la guérison, sans nul doute était définitive, et de la diathèse, il ne peut en être question ici.
OBSERVATION LU. — Tumeur squirrheuse au milieu de la joue droite,
PREMIÈRE PÉRIODE, APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mme G., cinquante ans, rentière, demeurant à Bruxelles, n'a pas eu d'enfants. Belle constitution, tempérament sanguin, grande, forte, belle carnation. Un jour cette dame vit se produire et se développer, au milieu de la joue droite, une petite tumeur arrondie qui grossit assez rapidement. Elle fit appeler son médecin, qui lui prescrivit un régime sévère et les inévitables préparations d'iode. Rien n'y fit, la tumeur continua à se développer; l'iode sous toutes les formes fut employé. Le médecin assistait en observateur désolé à la formation rapide d'une tumeur squirrheuse, au milieu de la joue droite, ayant déjà acquis le volume d'un œuf de pigeon et faisant relief sur la peau voisine ; la tumeur est irrégulière, avec quelques bosselures, il y a des douleurs lancinantes.
Justement alarmé du développement rapide de la tumeur en un point si désagréable, autant que de l'inefficacité des remèdes employés, M. le docteur Voituron, médecin de la malade, me fit appeler et mon diagnostic fut conforme au sien, c'est-à-dire que nous avions à traiter un cancer encéphaloïde et de commun accord nous avons émis l'avis qu'il fallait opérer le plus tôt possible.
En conséquence, le 20 mars 1871, nous avons appliqué le caustique de Vienne d'abord, puis la pâte caustique et continué les jours suivants. Trois applications suffirent.
Elimination de l'eschare le 29, la plaie est nette, la tumeur est enlevée en totalité, mais l'excavation est profonde, et comme le tissu graisseux est abondant, nous parvînmes facilement à mettre en rapport parfait les bords de la plaie, la réunion fut immédiate, et la cicatrice ne constitue qu'une ligne très peu apparente, il n'y a pas la moindre dépression. Celui qui ne saurait pas que cette dame a subi une opération, ne le remarquerait certainement pas.
J'ai revu cette dame il y a peu de temps encore, elle est parfaitement guérie.
Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer de nouveau que toutes les opérations pratiquées par les caustiques dans la période de localisation du cancer, sont toutes, sans exception, couronnées de succès, c'est-à-dire de guérison radicale. Quel enseignement pour les médecins, et ils sont nombreux, qui laissent marcher ce mal impitoyable jusqu'à la seconde période et souvent même jusqu'à l'incurabilité, avant de proposer les moyens efficaces.
Dans le cas qui nous occupe, la maladie était donc parfaitement localisée et la diathèse n'existait positivement pas.
OBSERVATIONS
OBSERVATION LUI. — Papillome assez volumineux a l'aine gauche,
APPLICATION DES CAUSTIQUEfc, GUÉRISON.
Une religieuse, quarante-cinq ans, constitution molle, tempérament lymphatique, vit se développer, il y a environ quatre mois, une tumeur à l'aine gauche ayant les dispositions du papillome. Elle ne s'en préoccupa point tout d'abord, parce que la marche en était lente, et le développement peu considérable, mais depuis un mois, la marche en est si rapide, qu'on serait tenté de la considérer comme étant de nature maligne. En effet, d'insignifiant qu'il était il y a un mois, il a acquis depuis un volume relativement considérable, c'est-à-dire, à peu près celui d'une grosse aveline, à large base, et paraissant gagner également en profondeur.
Consulté, je conseillai l'opération au moyen des caustiques ; mais les parents intervinrent et demandèrent un ajournement. On attendit trois semaines, mais la tumeur augmenta si rapidement qu'on en fut enrayé et on demanda l'opération comme je l'avais proposée.
Donc, le 23 juin 1871, j'appliquai le caustique de Vienne pour détruire l'épiderme, puis la pâte caustique. Je fis trois applications, les deux premières pour détruire la tumeur et la dernière pour détruire le pédicule
Le 2 juillet, élimination de l'eschare, la plaie paraît très pure, je n'ai pas cru devoir réunir.
La cicatrisation fut assez rapide, le i5 tout était terminé.
Ce fait nous prouve que le papillome, ordinairement de peu d'importance, peut quelquefois prendre des allures malignes et compromettre l'existence. Que serait-il arrivé si l'on n'avait pas opéré? La tumeur aurait probablement acquis un développement énorme, jeté de profondes racines, elle se serait ulcérée, et très vraisemblement elle aurait conduit la malade au tombeau.
La conséquence que je veux tirer de ce fait, c'est qu'il faut toujours opérer de bonne heure ces sortes de productions, surtout quand elles affectent une marche insidieuse.
OBSERVATION LIV. — Enchondrome au pouce de la main droite,