‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 45 sur 158 · DÉVELOPPEMENT RAPIDE, CAUSTIQUES, GUÉRISON · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT RAPIDE, CAUSTIQUES, GUÉRISON

MUe H., quatorze ans, de Bruxelles, constitution assez bonne, tempérament nervoso-sanguin, très irritable, voit se développer, depuis environ six mois, une petite tumeur à la partie interne de la phalangette du pouce droit. Cette tumeur a présenté d'abord une marche très lente, mais depuis six semaines on remarque une augmentation très sensible. La famille, très riche, a voulu consulter diverses sommités chirurgicales. Les uns déconseillaient l'opération par la crainte d'accidents tétaniques ; les autres consentaient à opérer, mais ils

OBSERVATIONS

avaient soin d'ajouter qu'ils ne répondaient de rien. On me demanda aussi mon avis, je constatai l'existence d'un enchondrome ayant à peu près le volume et la forme d'un haricot de moyenne grosseur. J'eus la satisfaction de pouvoir rassurer les parents et leur dire que l'opération par les caustiques ne présentait aucune gravité.

Une réunion de famille eut lieu et l'on se prononça pour les caustiques.

En conséquence, le 20 juillet 1871, j'appliquai d'abord le caustique de Vienne, puis la pâte caustique qu'on laissa quatre heures seulement. Je continuai les jours suivants, quatre applications suffirent, on ne laissait le caustique que trois ou quatre heures. La jeune malade supporta très bien ces courtes applications.

Élimination de l'eschare le 2 août, l'enchondrome est enlevé en totalité ainsi qu'une couche légère de l'os auquel il s'attachait.

A la chute de l'eschare la plaie était très belle et ne demandait qu'à se cicatriser. En effet, le 22 août elle était complètement cicatrisée.

J'ai revu cette demoiselle il y a peu de temps, la guérison se maintenait parfaitement.

Que serait-il arrivé si les parents, rendus craintifs et défiants par les partisans de l'instrument tranchant, n'avaient pas laissé opérer leur enfant ?

La tumeur, augmentant assez rapidement, aurait bientôt envahi la phalangette et il est probable qu'on aurait dû l'enlever ou si on ne l'avait pas enlevée, le mal aurait pu se généraliser, comme Broca en cite des exemples.

Les parents ébranlés par le dire des chirurgiens et plus encore par leurs propres hésitations, autant que par les dangers qu'ils avaient fait miroiter devant eux, ne voulaient pas assumer la responsabilité d'une résolution affirmative. L'innocuité des caustiques m'a permis de leur ôter tout motif de crainte et l'événement a justifié mes prévisions. La patiente ne s'est pas alitée un instant, l'appétit et le sommeil se sont conservés, enfin elle ne se départit pas de ses habitudes.

Quel immense avantage que cette innocuité des caustiques dans les opérations! Quand en appréciera-t-on les bienfaits ? Quand l'orgueil humain s'inclinera devant l'intérêt des malades.

CURABILITÉ DU CANCER

Dans l'antiquité, dans le moyen-âge et même dans les temps modernes beaucoup d'auteurs ont considéré le cancer comme incurable; cela ne prouve qu'une chose, c'est que ces auteurs ne connaissaient pas les moyens de le guérir. Nonseulement ils ne guérissent pas, mais ils traitent d'empiriques ceux qui prétendent le guérir quelquefois. Une telle présomption n'est pas admissible, car ce qui est incurable aujourd'hui peut être curable demain et beaucoup de maladies ont été dans ce cas.

Lorsque Bayle et Cayol disaient au commencement de ce siècle (1812) : tout ce que nous avons dit jusqu'ici du cancer a dû conduire nécessairement à cette fâcheuse conclusion, que le cancer est une maladie incurable de sa nature. En effet, qu'on le prenne dans son principe, lorsqu'il est encore à l'état de squirrhe indolent ou dans toute autre période, qu'il soit circonscrit dans un espace égal à la grosseur d'un pois ou bien qu'il forme une tumeur hideuse et d'un très grand volume; il n'est pas plus guérissable dans un cas que dans un autre : nous allons même plus loin, et nous ne craignons pas d'avancer que l'incurabilité est le caractère le plus constant, le plus général des maladies cancéreuses, quoi qu'il ne suffise point pour les distinguer, parce qu'il appartient aussi à plusieurs autres maladies organiques. Eh bien, à mon tour, je ne crains pas d'avancer que Bayle et Cayol ont commis la plus colossale erreur qu'il soit possible d'imaginer, erreur aussi téméraire que funeste, dont les conséquences ont été déplorables.

Il est vrai que quelques esprits d'élite n'ont pas tardé à réagir contre ces sentences pernicieuses; c'est ainsi que dès

CURAJBILITÉ DU CANCER.

1822, Breschet et Ferrus (x) à cette question qu'ils se posent: Peut-on guérir le cancer? répondent : jusqu'à présent l'incurabilité a été donnée comme son caractère essentiel ; mais il semble plus philosophique, et plus en rapport avec les progrès de la science, de ne pas déclarer qu'il est toujours incurable, puisque nous ne sommes pas irrévocablement fixés sur le point où commence l'incurabilité; d'heureuses tentatives prouvent que l'on peut guérir, sinon ce mal, du moins ceux qui ont avec lui les rapports les plus frappants, et avec lesquels on peut le confondre.

C'est un peu trop de timidité, mais que voulez-vous, cela se comprend de la part de médecins qui n'ont pas une grande expérience en cette matière. Bouillaud (s) se montre beaucoup plus résolu : la conséquence du principe de la diathèse cancéreuse, telle que la conçoivent Bayle et Cayol, c'est que le cancer est constamment incurable. Ces auteurs se sont eux-mêmes chargés d'en tirer cette conséquence, et ils ont dit formellement en dépit d'un assez bon nombre de faits que le caractère le plus constant, le plus général des maladies cancéreuses, est leur incurabilité. Sans doute, il est certaines maladies cancéreuses qui, en raison de leur siège ou de leur étendue, sont nécessairement incurables, mais soutenir que tous les cancers extérieurs, même traités dans leur principe, et, n'eussent-ils que la grosseur d'un pois, ne sont pas guérissables, voilà une opinion qui, heureusement, j'oserai le dire, est en contradiction avec la plus saine expérience.

M. Virchow, dans son travail sur le cancer, a tout particulièrement insisté sur la curabilité de cette maladie, au moins comme mal local. Il a exposé, sous le nom de cancer rétrograde, la transformation phymatoïde du tissu cancéreux, il indique de plus, comme cicatrice cancéreuse, la transformation fibreuse, avec disparition de la plus grande partie des éléments mous et cellulaires du cancer.

Lebert se déclare ouvertement pour l'incurabilité absolue : Le cancer est, dit-il, de toutes les maladies chroniques la plus constamment et la plus absolument incurable. Pour

(') Dict. de mèd., t. IV, p. i45.

(•) Dict. de mid. et de chir. prat., t. IV, p. 438. i83o.

notre compte, nous n'avons pas encore observé une seule fois la guérison du cancer, tandis que nous avons souvent constaté la guérison de maladies non cancéreuses confondues avec le cancer. Et ici se trouve au premier rang l'hypertrophie de la glande mammaire, tandis que le cancroïde des surfaces tégumentaires, bien qu'ayant offert des guérisons incontestables, est loin cependant d'avoir procuré d'aussi bons résultats.

Nous pouvons formuler d'une manière nette et positive notre manière de voir sur la curabilité du cancer, du cancroïde et des affections non cancéreuses confondues avec le cancer, dans la proposition générale suivante : le cancer, dans l'état actuel de la science, est absolument incurable. Le cancroïde le devient souvent par sa propagation locale et irradiante, mais il existe des exemples de guérisons non douteuses, et cette maladie a encore incontestablement un bel avenir chirurgical. Quant aux autres affections locales confondues avec le cancer, leur guérison est bien plus fréquente encore. Nous croyons nous rapprocher tout à fait de la vérité en disant que tous les cancers prétendus guéris de la glande mammaire n'étaient pas de vrais cancers, et que, par conséquent, ces exceptions ne reposent que sur une erreur de diagnostic. (Lebert.)

Autant de mots, autant d'erreurs : d'abord le cancer n'est pas incurable; en présence des nombreux exemples de guérison que je fournis, il ne peut rester aucun doute dans l'esprit concernant la curabilité du cancer ; soutenir le contraire ce serait nier l'évidence, je n'insiste pas pour le moment.

Le cancroïde devient souvent incurable par sa propagation locale et irradiante; à qui la faute? Le cancroïde, de même que le cancer, ne se propage qu'après un temps assez long, donc s'il se propage, c'est qu'on le veut bien, c'est qu'on le laisse faire, c'est qu'on ne veut pas l'arrêter dans sa marche envahissante. Le cancer et le cancroïde restent localisés pendant un temps relativement long, on a donc tout le loisir de les arrêter; si on ne l'a pas fait, la responsabilité en incombe tout entière au médecin traitant, c'est le seul coupable.

Quant aux affections qui ne sont pas cancéreuses, nous n'avons pas à nous en occuper.

Mais il n'en est pas de même de l'assertion suivante : l'au-

CURABILITÉ DU CANCER.

teur croit se rapprocher de la vérité, en disant que tous les cancers supposés guéris de la glande mammaire, n'étaient pas de vrais cancers, et que par conséquent, ces exceptions ne reposent que sur une erreur de diagnostic. S'il suffisait, pour se donner raison, de concéder un brevet d'incapacité à ses confrères, Lebert serait, certes, dans le vrai. S'il suffisait pour être savant de déclarer tous ses confrères ignorants, ce serait la chose la plus simple du monde, mais nous n'en sommes pas là. Comment, un médecin instruit, connaissant parfaitement les symptômes propres à chaque espèce de tumeur, ayant de l'expérience, ayant vu, traité, opéré un grand nombre de ces productions accidentelles, ne saurait pas distinguer un squirrhe, un encéphaloïde, d'un adénome, d'un kyste, d'un lipome, etc. Ce même médecin opérerait une tumeur bénigne, il n'en reconnaîtrait pas le caractère et il la présenterait eusuite comme étant un cancer? Non, non, de telles suppositions ne sont pas admissibles et, pour mon compte, je ne reconnais à personne le droit de les faire.

Et si parmi ces cancers que l'on présente comme guéris, il y avait eu une, deux ou trois récidives, dirait-on encore qu'il y a erreur de diagnostic ?

On a prétendu que la diathèse cancéreuse, après une ou plusieurs opérations, pouvait s'éteindre. Quant à l'extinction de la diathèse cancéreuse, dit Lebert, il ne s'agit pas de savoir si elle peut avoir lieu, mais si elle a été bien et rigoureusement démontrée? Nous ne nions pas, dit-il, la possibilité de l'extinction de la diathèse, mais nous n'avons jamais observé la réalité de ce fait, et nous ne connaissons pas d'observation rigoureuse qui le démontre. Il faut savoir que si la récidive a ordinairement lieu avant deux ans révolus, de nombreux exemples existent cependant dans lesquels elle n'a eu lieu qu'au bout de trois, quatre, six ans, et au delà.

Voilà un singulier raisonnement, parler de la possibilité d'éteindre une chose qui n'existe pas, ou du moins dont on ne peut démontrer l'existence, parce qu'aucun signe ne la révèle, n'est-ce pas ajouter une hypothèse à une hypothèse, une fiction à une fiction, une erreur à une erreur. Le mot diathèse, soit qu'on l'emploie comme les anciens pour désigner l'état général, la constitution, la disposition intime du corps,

soit pour indiquer un mode particulier de santé ou de maladie, ou comme les modernes pour indiquer une condition inconnue qui fait que tous les tissus ou certains d'entre eux sont atteints à la fois ou successivement d'une altération déterminée comme le cancer. S'il est impossible de constater l'existence de la diathèse, comment pourrait-on en constater l'extinction?

Nous nous empressons toutefois de signaler que le pessimiste Lebert lance une note consolante dans le concert de malédictions qu'il accumule contre le cancer : le cancer étant incurable, dit-il, par les moyens qu'on lui a opposés jusqu'à présent , il ne faut en aucune façon désespérer de trouver un jour le moyen de le guérir, un remède spécifique dont l'action serait à la fois d'empêcher les progrès et le développement ultérieur d'un mal local commençant, et de prévenir la récidive après une opération faite à l'époque où la maladie paraît encore strictement localisée (I). On reconnaîtra que ce raisonnement s'accorde mal avec tout ce qu'a dit jusqu'ici l'auteur : s'il admet la diathèse cancéreuse dans tous les cas et d'une manière absolue, comment peut-il admettre en même temps qu'il y a une époque où la maladie paraît encore strictement localisée?

Mais comme s'il se repentait de ce qu'il vient d'avancer, Lebert s'empresse d'ajouter : mais tout en désirant vivement que cette espérance puisse se réaliser un jour, nous n'en sommes pas moins forcé de rejeter la valeur curative de tous les moyens présentés comme anticancéreux; car si l'on sépare du cancer une foule d'affections hypertrophiques, glandulaires, épidermiques et fibro-plastiques, il ne reste plus un seul cas, ni dans la science, ni dans la pratique, qui permette d'affirmer que jamais affection vraiment cancéreuse ait été guérie jusqu'à ce jour, par un moyen quelconque.

Velpeau se prononce ouvertement pour la curabilité du cancer. En soutenant que le cancer est absolument réfractaire aux réactions salutaires de l'organisme et des moyens thérapeutiques connus, j'ai eu soin d'ajouter qu'il n'en était pas moins une maladie primitivement locale, susceptible

(*) Lebkkt, Traité pratique des maladies cancéreuses, p. 173.

CURABILITÉ DU CANCER.

d'être radicalement guérie par les opérations chirurgicales.

Francis Devay (*) accuse les médecins de se laisser aller avec une déplorable facilité à proclamer incurables et à abandonner comme tels des individus qui, mieux traités, pourraient cependant recouvrer la plénitude de leur santé. L'auteur n'admet donc pas l'incurabilité du cancer. La curabilité complète des maladies les moins curables est donc une chose incontestable.

Récamier croyait fermement à la possibilité de la guérison du cancer ; il rapporte un certain nombre d'observations où il dit qu'il a réussi ; il est bon de remarquer que ce n'est pas à la compression seule qu'il doit ses succès, mais bien à la compression associée aux caustiques, car malgré les efforts qu'il fait pour attribuer ses succès à ce qu'il nommait sa méthode, il est facile de voir que la compression seule restait impuissante, mais en y associant les caustiques, il réussissait quelquefois.

En théorie, dit Broca, il ne me semble nullement impossible qu'il y ait une ou plusieurs substances capables de guérir le cancer, ou du moins la diathèse cancéreuse. Mais il résulte de l'histoire de la chirurgie, dit-il, que ces remèdes n'ont pas été découverts jusqu'ici, car le bilan de la thérapeutique interne des tumeurs se réduit à peu de chose. Mais a-t-on procédé de la manière la plus convenable à la recherche des divers spécifiques, et l'insuccès des tentatives passées doit-il faire perdre tout espoir pour l'avenir? Je n'hésite pas à répondre que non.

Au point de vue particulier qui nous occupe ici, continue Broca, les tumeurs, ou plutôt les malades qui en sont atteints, forment deux catégories qui, dans la pratique, ne sont pas toujours faciles à distinguer, mais qui, en théorie comme en fait, sont bien distinctes l'une de l'autre. Tantôt le mal est un accident tout local, qui n'est lié à aucune cause constitutionnelle, et tantôt la tumeur est la manifestation d'une influence diathésique. Dans le premier cas, l'auteur range les tumeurs bénignes, dans le second, les tumeurs malignes ou cancéreuses. Or, dans le dernier cas, il y a deux éléments à

(') Reclurches nouv. sur le principe actif de la ciguë dans les maladies cancéreuses. 18S.I.

combattre : la tumeur et la diathèse. Si la tumeur est enlevée, la diathèse persistera ; si la diathèse est vaincue, la tumeur continuera à se développer. Voilà où je diffère d'opinion avec Broca : je prétends donc, et je le prouve par un grand nombre de faits, que le cancer, à son début, n'est point une affection diathésique, mais une tumeur parfaitement localisée et circonscrite.

Je disais tout à l'heure que le célèbre professeur Velpeau, un des cliniciens les plus expérimentés de son époque, avait toujours combattu le dogme de l'incurabilité du cancer, dogme fondé sur la spécificité de la cellule cancéreuse et sur l'inconnu : la diathèse. En effet, dans la mémorable discussion de 1854 de l'Académie de médecine de Paris, il attaqua sans ménagements la doctrine des micrograghes, vigoureusement défendue par MM. Broca, Verneuil et Follin. Pour Velpeau et pour les praticiens de son école, la cellule cancéreuse n'a rien de spécifique ; les productions cancéreuses se distinguent de toutes les autres par des caractères cliniques : leur marche, leur évolution, la façon dont elles se comportent à l'égard des tissus voisins et leur action sur l'organisme, tels sont les véritables éléments du diagnostic. Quant à la cellule, elle n'indique rien et ne peut rien indiquer; elle manque totalement dans des tumeurs malignes le plus évidemment cancéreuses ; elle n'a rien de fixe dans sa forme; souvent même elle est méconnaissable. L'Académie a partagé son avis, et il en fut de même de beaucoup de micrographes même des plus habiles tels que Vogel, Mandl, Bruch et Virchow.

L'encyclopédie médicale pose cette question : le cancer est-il curable? Si l'on entend par maladie curable une maladie à laquelle nous puissions opposer des moyens thérapeutiques d'une efficacité incontestable et donner un bon nombre de chances de guérison, le cancer est et reste un mal incurable; c'est dans ce sens, en effet, qu'il est généralement compris dans cette triste catégorie des maladies sans remède. Mais faut-il affirmer qu'il n'y a jamais guérison d'un cancer? Des faits cliniques d'une valeur incontestable démentiraient cette assertion. Exceptionnellement peut-être, mais d'une manière non douteuse, des cancers invétérés ont pu guérir.

OBSERVATIONS

Je ne multiplierai pas outre mesure ces témoignages, je m'en référerai à l'autorité des faits, devant lesquels les hypothèses doivent nécessairement s'incliner et s'évanouir. Qu'on veuille bien examiner avec attention les faits que je consigne et l'on verra qu'ils répondent point pour point aux objections théoriques que l'on oppose à la curabilité du cancer.

OBSERVATION LV. — Squirrhe du sein droit, première période,

APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

Mme veuve C, rentière, demeurant à Schaerbeek, d'une bonne constitution, nature courageuse, énergique, porte une tumeur au sein droit de la grosseur d'un œuf de poule, elle est dure, bosselée, irrégulière, mamelon rentré, douleurs lancinantes : développement rapide de la tumeur malgré les moyens employés.

Cette dame est atteinte depuis quatre ans d'un prurit très intense des lèvres, du pubis, du périnée. Depuis plus de trois mois, elle n'a plus que de rares moments de repos. La chaleur du lit augmente ses souffrances, elle n'a plus de sommeil. Elle se gratte et se déchire avec rage. Cette dame avait consulté les sommités médicales de Belgique, de France et d'Allemagne, sans obtenir le moindre soulagement des nombreux traitements qu'elle avait suivis. En dernier lieu elle avait fait ce que l'on nomme une cure à Aix-la-Chapelle, sans aucun résultat. De là elle était revenue à Spa où elle rencontra une dame que j'avais guérie de la même affection. Elle partit immédiatement et vint me consulter.

Six jours après, elle était radicalement guérie de ce prurit par la prescription suivante employée en lavages.

Quand on a à traiter des personnes très irritables, on diminue la dose de sublimé, dans le cas contraire, on l'augmente.

Cette affection n'a aucun rapport avec le cancer, mais j'ai pensé que le fait valait la peine d'être intercalé ici.

Quant à la tumeur du sein, la dame ne sait pas depuis combien de temps elle en est affectée, car il n'y a pas plus d'un mois qu'elle l'a découverte. 4

Mme C. avait en outre une tâche d'un jaune foncé, légèrement en relief, grande comme un demi-franc, à chaque paupière supérieuse, ce qui lui donnait un air étrange. Je touchai ces taches avec une solution de chlorure d'or dans l'acide azotique : guérison en huit jours sans cicatrice apparente.

Eau distillée . . . .

Alcoolature de menthe Sublimé corrosif. . .

200 grammes.

iS —

20 centigrammes.

OBSERVATIONS

J'ai également fait disparaître des taches de cette espèce, au moyen d'une légère application de caustique de Vienne. C'est le plus facile.

Quant au squirrhe du sein, dont la malade ignore la cause, le 9 septembre 1871, je l'attaquai par les caustiques : le caustique de Vienne d'abord, puis la pâte caustique. Neuf applications furent nécessaires, il est vrai que la malade avait beaucoup d'embonpoint. Elle supportait très bien les caustiques et il lui est arrivé deux fois de le laisser pendant la nuit, ce qui n'a pas même troublé son sommeil.

Le 23 septembre chute de l'eschare, réunion au moyen de bandelettes collodionnées. Je n'obtins pas la réunion par première intention, à cause de la pétulance de la malade qui déchirait souvent les bandelettes. Néanmoins le 25 novembre la cicatrisation était achevée.

Cette dame était parfaitement guérie du cancer. Elle mourut en 1874, à la suite d'un abcès de la gaine de la carotide primitive, conséquence d'un refroidissement.

Elle négligea cette affection, toujours très grave, aucun chirurgien ne fut appelé, l'abcès ne fut pas ouvert, le pus fusa dans la poitrine, elle fut emportée en six jours, victime de son avarice.

La cicatrice était intacte, il n'y a pas eu apparence de récidive. Je considérais cette dame comme radicalement guérie.

La tumeur était parfaitement localisée, la guérison était certaine.

OBSERVATION LVI. — Petite tumeur squirrheuse au sein gauche,

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