SEPT ANS DE DURÉE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mlle D. P., soixante-sept ans. rentière, demeurant à Bruxelles, plutôt faible de constitution, petite vieille maigre et ratatinée, célibataire, entêtée, peu raisonnable. Sa sœur aînée a été opérée par le caustique Canquoin il y a quarante ans, en 1841, elle est radicalement guérie.
La malade porte depuis sept ans une petite tumeur au sein gauche, de la forme et du volume d'une petite orange (mandarine). Cette tumeur s'est développée très lentement, elle est très dure, bosselée et traversée de temps en temps par une douleur lancinante; mais depuis deux mois elle grossit sensiblement et au moment de l'opération elle avait le volume d'une grosse mandarine et tous les caractères du squirrhe parfaitement conditionné.
Le 3 novembre 1871, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique, continuation les quatre jours suivants; donc cinq applications de pâte caustique supportées sans peine, cette personne ne s'est pas alitée. Où il n'y a pas de graisse le caustique agit très fortement.
Le 14 chute de l'eschare, la plaie est nette et pure, réunion des lèvres de la plaïe au moyen de bandelettes collodionnées.
Cicatrisation le ior décembre.
Il n'y a pas eu de récidive jusqu'à ce jour, neuf années se sont écoulées depuis l'opération et la malade a soixante-seize ans.
OBSERVATIONS
Ce cas est remarquable sous plus d'un rapport.
D'abord une tumeur squirrheuse, restée localisée après sept années d'existence et opérée au moyen des caustiques, est définitivement guérie. La sœur de la malade, opérée il y a quarante ans, également par les caustiques, est parfaitement guérie et vit encore.
Une autre sœur, un peu moins âgée, est morte à soixante-cinq ans, à la suite d'un cancer du foie. Voilà donc trois sœurs atteintes d'affections cancéreuses. Ce serait bien le cas de penser qu'il y a là une influence héréditaire; il n'en est rien cependant, ni les parents, ni les aïeux n'ont rien présenté de semblable.
Ce fait nous enseigne qu'on ne saurait mettre trop de prudence et de réserve quand il s'agit de se prononcer sur ces sortes de questions.
Çhez les deux sœurs dont il s'agit, personne, je pense, n'oserait prétendre qu'il y eut diathèse. L'une est guérie depuis quarante ans, l'autre depuis neuf, et il serait difficile d'admettre que la diathèse eût pu rester à l'état latent pendant tant d'années.
OBSERVATION LVII. — Ulcère cancéreux et gangreneux a la fois,
APPLICATION DE LA PATE CAUSTIQUE, GUERISON
M. R., vingt-quatre ans, ouvrier tapissier, demeurant à Bruxelles, constitution chétive, peu résistante, porte, à la partie externe et supérieure de la jambe droite, un ulcère cancéreux et gangréneux à la fois. Le tissu cellulaire souscutané s'enflamme partiellement et se gangrène ; marche lente, ulcération de mauvaise nature, aspect de l'ulcère cancéreux.
Il s'est rendu à l'hôpital où on lui a fait appliquer des compresses imbibées d'eau froide qui n'ont fait que favoriser l'extension du mal ayant déjà 8 à 10 centimètres de diamètre.
Dans le but d'arrêter les progrès de la mortification et de changer la nature de cette ulcération, en détruisant la couche de tissu malade du fond et des bords de l'ulcère, j'appliquai une couche de pâte caustique d'un centimètre d'épaisseur qui produisit une cautérisation uniforme d'un demi-centimètre. A la chute de l'eschare la plaie, en effet, était réduite à l'état de plaie simple dont la cicatrisation se fit sans entraves.
Le caustique fut appliqué le 26 octobre 1871, la cicatrisation était achevée le ier décembre suivant.
Dans cette observation on pourrait mettre en doute le caractère cancéreux ou épithélial de cet ulcère; cependant il en présentait tous les symptômes : bords taillés à pic, calleux, renversés, à fond induré, grisâtre, fournissant un ichor séro-purulent fétide, etc.; seulement des filaments de tissu cellulaire se mortifiaient fréquemment et ajoutaient alors aux caractères de l'ulcère épithélial, ceux de l'ulcère gangréneux. Quoi qu'il en soit, ce qui est positif, c'est que les moyens employés jusqu'ici n'ont pu arrêter les progrès de l'ulcération,
OBSERVATIONS
mais que pouvait faire l'eau froide dans l'occurrence? Employer des moyens de cette espèce c'est ne rien faire, si ce n'est pas égarer les malheureux qu'on doit guider.
On voudra bien noter qu'une seule application de caustique a suffi pour modifier complètement cet ulcère de mauvaise nature et le transformer en plaie simple, présentant immédiatement une tendance marquée à la cicatrisation, et, en effet, elle se cicatrisa rapidement et la guérison s'est maintenue.
Je puis donc avancer sans crainte que la pâte caustique, dont j'ai donné la formule, est le remède le plus efficace que possède la science contre ces sortes d'ulcérations.
Je dis cela non-seulement pour le cancer épithélial, mais pour beaucoup d'ulcères chroniques ou incurables qu'il suffit de modifier profondément, de ramener à l'état de plaie simple, pour obtenir une prompte guérison.
Je ne publierai pas ici les nombreuses observations que je possède d'ulcères chroniques guéris par ce procédé, parce que cela ne rentre pas dans le sujet que je traite, mais je puis affirmer que les praticiens qui voudront l'essayer convenablement, n'auront qu'à s'en féliciter.
OBSERVATION LVIII. — Petite tumeur squirrheuse, opérée d'abord