‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 48 sur 158 · CAUSTIQUES, GUÉRISON AU MOINS MOMENTANÉE · texte numérisé non relu

CAUSTIQUES, GUÉRISON AU MOINS MOMENTANÉE

Mme V., quarante-cinq ans, mère de trois enfants, demeurant à Schaerbeek, d'une constitution robuste, plutôt maigre, a vu se développer à la gencive supérieure gauche, depuis un an environ, une tumeur sarcomateuse qui a ébranlé les dents molaires que l'on a dû extraire. La tumeur a actuellement le volume d'une noix, elle saigne facilement et est le siège de douleurs lancinantes, l'odeur est caractéristique.

Le 5 février 1872, application des caustiques en isolant complètement la tumeur au moyen de mèches de charpie. Cette opération fut faite avec le concours de M. le docteur Watteau, médecin ordinaire de la malade.

Huit applications furent nécessaires, la chute de l'eschare se fit régulièrement, il n'y avait pas d'autre pansement à faire que celui d'y appliquer de temps en temps un bourdonnet de charpie et de faire usage de gargarismes fréquents. La cicatrisation marcha rapidement, en quinze jours tout était fini.

En 1874, deux ans après, il y eut récidive. La malade ne voulut pas d'abord se soumettre à une opération quelconque, elle attendit, comme la première fois, que le mal eût fait de grands progrès, de sorte que vers le mois de septembre 1874, j'appliquai de nouveau les caustiques de façon à cautériser profondément : six applications d'environ quatre heures de durée furent faites, tout se passa régulièrement, l'eschare se détacha le sixième jour, et la cicatrisation fut rapide.

Depuis, j'ai complètement perdu de vue la malade, je n'ai plus eu de ses nouvelles. Que s'est-il passé ? Je pense que la malade est guérie, sinon elle serait probablement revenue chez moi. Cependant, dans le doute, je m'abstiens.

J'ai voulu rapporter le fait à cette place, pour faire voir que la pâte caustique peut être appliquée dans la cavité buccale comme à l'extérieur, en l'entourant convenablement de charpie.

OBSERVATION LX. — Tumeur squirrhpu£»k volumineuse, application

DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

Une religieuse de Gysegem, trente-six ans, bonne constitution, grande et forte, s'est aperçue, il y a à peu près dix-huit mois, qu'elle avait une tumeur au sein gauche. Malgré les traitements employés, la tumeur a acquis un développement considérable : lorsque la malade me fut présentée, la tumeur avait presque le volume d'une tête d'enfant ; elle était dure, bosselée, irrégulière, le mamelon rentré, douleurs lancinantes, fréquentes et vives. Cette tumeur était mobile, il n'y avait pas d'engorgement ganglionnaire, mais la santé commençait à en souffrir.

Le 2 mai 1872 application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique. Continuation les jours suivants.

La destruction de cette énorme tumeur nécessita quinze applications de pâte caustique que la malade supporta sans se plaindre; il est vrai qu'elle prenait une potion calmante quand la douleur était vive.

Le 24 mai, chute de l'eschare, la plaie est très belle, très nette. Réunion au moyen de bandelettes collodionnées. L'adhésion ne fut que partielle; les lèvres de la plaie présentaient un éeart de 3 centimètres. La cicatrisation marcha régulièrement, elle était achevée le 1 5 juin.

J'ai eu des nouvelles de cette opérée en 1874, la guérison paraissait radicale. Comme je ne l'ai plus revue, je suppose que la guérison s'est maintenue.

L'opération a démontré que la tumeur était un véritable squirrhe.

Cette observation est remarquable en ce qu'elle nous montre une tumeur très volumineuse restant localisée pendant un temps relativement long, plus de dix-huit mois d'existence, circonstance qui permettait, en la détruisant entièrement, d'obtenir une guérison radicale. Nous citerons de nombreux faits où nous n'avons pas été aussi heureux, même avec une durée beaucoup moindre de la maladie. Il est facile de comprendre combien les chances de succès seraient plus nombreuses, si l'on pouvait opérer de bonne heure, quand la tumeur n'a encore qu'un petit volume. Quand les praticiens comprendront mieux les véritables intérêts de leurs clients et les leurs propres, on ne verra plus de ces tumeurs anciennes, de dix-huit mois ou plus de durée, on opérera, en général, dans les six premiers mois de l'existence d'une tumeur, on obtiendra de nombreux succès, et on verra que la fameuse diathèse de l'Ecole de Paris est une conception qui s'évanouira par l'évidence des faits. Et les esprits, les plus sceptiques même, ne trouveront plus de prétexte pour douter de la guérison possible du cancer.

OBSERVATIONS

OBSERVATION I.XI. — Cystosarcome, caustiques,

GUÉRISON

Mmo veuve D., soixante-sept ans, pensionnaire de l'hospice des Ursulines, bonne constitution, a constaté, il y a environ un an, l'existence chez elle d'une petite tumeur à la partie inférieure gauche du sternum. Cette tumeur se développa régulièrement malgré les remèdes employés et acquit le volume d'un petit œuf de poule. C'est alors qu'elle me fut adressée.

L'examen de la tumeur me permit de constater une fluctuation profonde, au centre de la tumeur, et le liquide était contenu dans une poche à parois épaisses, dures, ayant au moins 1 centimètre d'épaisseur. Il y avait des douleurs lancinantes. Il me parut que j'avais à traiter le néoplasme auquel Muller a donné le nom de cystosarcome.

Le 24 mars 1872, j'appliquai donc le caustique de Vienne, puis la pâte caustique sur un segment elliptique central de la tumeur dans le sens du grand diamètre.

Le lendemain le caustique ayant pénétré profondément, j'ouvris la poche en y faisant une incision longitudinale au milieu du segment cautérisé et dans le sens du grand diamètre de la tumeur; il en sortit un sang noir, épais, contenant une quantité de petits corps solides. Les parois du kyste avaient un peu plus d'un centimètre d'épaisseur. Je vidai la poche soigneusement, je la remplis de pâte caustique et comme la malade n'en souffrait presque pas, je laissai le caustique en place toute la journée et toute la nuit. Le lendemain et le jour suivant je réappliquai le caustique en le laissant en permanence, puisqu'il causait très peu de douleur et que sa présence n'empêchait pas la malade de dormir.

Les parois du kyste ou la masse sarcomateuse me paraissant cautérisées d'outre en outre, je fis appliquer des cataplasmes.

Le 3 avril, élimination de l'eschare, tout le tissu malade est enlevé, la plaie se présente très belle et très nette ; j'en rapprochai facilement les lèvres et j'obtiens une réunion par première intention.

Le 10 avril la plaie était complètement cicatrisée.

J'ai revu cette opérée plusieurs fois depuis, et il y a quelques semaines encore, la guérison s'est parfaitement maintenue.

Dans les cas de l'espèce où la tumeur est circonscrite et localisée, on peut être à peu près certain d'obtenir, par ma méthode, une guérison définitive, puisque, jusqu'à présent, dans ces conditions, je n'ai pas eu de récidive; donc l'essentiel est d'opérer à temps, pendant la première période. Tout nous le commande, du reste, et avant tout l'intérêt bien entendu des malades et l'honneur de la médecine qui, trop souvent, hélas (il est de mon devoir de le dire, car j'ai été témoin de trop de catastrophes), conduit, de tâtonnements en tâtonnements, les malheureuses à l'incurabilité et à la mort.

OBSERVATIONS

Dans le cas actuel il ne peut être question de diathèse. La diathèse et la guérison sont deux choses incompatibles, où l'une existe, l'autre est impossible, et quand cette dernière a lieu, l'autre ne peut exister, donc la prétendue diathèse des auteurs est un mythe.

OBSERVATION LXII. — Cancer des deux seins, opérés d'abord par

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