DE DURÉE, EMPLOI DE LA PATE CAUSTIQUE, GUÉRISON
M. P., rentier, soixante-cinq ans, demeurant à Ixelles, assez caduc, a vu se développer, à la joue droite, il y a quinze mois, une petite tumeur dure, ayant quelque ressemblance avec une verrue à base indurée; elle est le siège de vives démangeaisons d'abord, puis de cuisson et de douleurs.
Après trois mois ce bouton s'ulcéra, puis l'ulcère s'étendit de plus en plus.
OBSERVATIONS
malgré les nombreux remèdes employés, car il fut traité successivement par trois médecins qui n'épargnèrent ni les agents thérapeutiques, ni même les cautérisations au nitrate d'argent, au nitrate acide de mercure, au caustique de Vienne, à l'acide phénique, etc. ; tout cela fut inefficace ; au contraire, j'ai lieu de supposer que sous leur influence, l'ulcère a pris plus de développement que si on l'avait abandonné à lui-même. Si bien que lorsque le malade me fit appeler, l'ulcère, appliqué sur l'os de la pommette, avait la grandeur d'une pièce de cinq francs. La santé laissait aussi beaucoup à désirer : l'appétit était nul, il y avait constipation opiniâtre, coliques fréquentes, douleur de tête et prostration prononcée.
Je prescrivis d'abord une limonade purgative qui produisit un etTet très salutaire et le lendemain, 16 février 1870, j'appliquai la pâte caustique.
Je n'eus pas recours au caustique de Vienne, parce que les bords de l'ulcère ne présentaient que 2 à 3 millimètres d'induration et la pâte caustique suffisait pour les détruire. Mais le fond de l'ulcère présentait une couche dure, squirrheuse, de plusieurs millimètres d'épaisseur et produisait une sanie extrêmement fétide.
Le 1 7, le 18 et le 19 je réappliquai la pâte caustique. Quatre applications furent nécessaires, parce que, en considération de l'état d'affaissement du malade, je ne laissais le caustique en place que trois heures, sinon deux applications de six heures eussent suffi.
Le 27, élimination de l'eschare, la plaie est très belle, bourgeonnante, le tissu malade est entièrement enlevé, donc l'ulcère est converti en plaie simple, toute disposée à se cicatriser. Aussi la cicatrisation commença bientôt, la cavité se remplit de bourgeons charnus de bonne nature, de sorte que la cicatrice s'établit au niveau de la peau. En même temps la santé se rétablit, l'appétit, le sommeil, les forces revinrent rapidement; bientôt toutes les fonctions s'exécutèrent normalement; enfin la cicatrisation fut achevée le 21 mars et le malade complètement guéri. La cicatrice est lisse et polie, et ne présente qu'une légère dépression.
Il n'y a pas eu de récidive.
Pourquoi les confrères qui m'ont précédé, n'ont-ils pas guéri cet ulcère ? Ils ont cependant aussi employé des caustiques. Rien de plus simple, c'est que les caustiques qu'ils ont employés n'étaient pas assez puissants pour détruire entièrement les tissus malades, tandis que la pâte caustique remplit admirablement cet office ; car il faut bien se convaincre d'une chose, c'est que pour guérir ces sortes d'ulcérations, il faut nécessairement détruire tout ce qui appartient au cancer, tout le tissu malade et réduire l'ulcère à l'état de plaie simple, qui se cicatrise alors facilement et rapidement comme toutes les plaies simples.
OBSERVATIONS
OBSERVATION LXX. — Ulcère cancéreux de l'aile du nez et de la JOUE correspondante, sept ans de durée, application des caustiques,
GUÉRISON
Le nommé N., soixante-neuf ans, journalier à Willebroeck, est atteint d'ulcère cancéreux à l'aile droite du nez et à la joue, depuis sept ans, dit-il ; large ulcération à bords durs, renversés, irréguliers, de 6 centimètres de long sur 4 de large. L'aile du nez est en grande partie détruite.
Cet homme, de condition très humble, a cependant fait beaucoup pour se guérir. Voyant que les médecins de sa commune ne réussissaient pas, il se rendit successivement à la consultation gratuite des hôpitaux d'Anvers, de Louvain, de Bruxelles, sans obtenir la moindre amélioration; au contraire, il lui paraissait, dit-il, que chaque fois qu'il y appliquait un nouveau remède, l'ulcère empirait. Enfin, après sept ans de traitements inutiles, il me fut adressé par une sœur noire du couvent de Bruxelles.
Donc le ?o juin 1873, j'appliquai le caustique de Vienne sur les bords indurés, puis la pâte caustique sur toute la surface ulcérée.
Trois applications suffirent, le malade retournait chez lui, à environ huit lieues de Bruxelles, après chaque application.
Élimination de l'eschare le 29 juin, cicatrisation parfaite le 1 2 juillet.
L'aile du nez a subi une perte de substance qui n'est pas très apparente, parce que la cicatrice de la joue, en tirant par la suite, l'aile du nez vers le bas, en a diminué l'échancrure.
J'ai revu cet opéré plusieurs fois depuis, la dernière fois en mars 18S0 ; la guérison s'est parfaitement maintenue.
On peut appliquer à ce fait les réflexions que j'ai présentées à propos de l'observation qui précède ; de plus, on serait en droit de se demander pourquoi ces messieurs des hôpitaux, qui ne parviennent pas à guérir les cas de l'espèce, tout en se figurant qu'ils remplissent consciencieusement tous les devoirs qui leur incombent, pourquoi n'adoptent-ils pas une méthode qui leur procurerait des succès et qui mettrait leur conscience à couvert? On voudra bien me dispenser de traiter ici une telle question qui pourrait m'entraîner trop loin ; peutêtre un jour la reprendrai-je.
OBSERVATION LXXI. — Squirrhe situé un peu au-dessus de la mamelle gauche, première période, emploi des caustiques, guérison.
Mu« L., soixante-trois ans, de Boussois, est un peu difforme, rachitique, assez forte cependant. Cette personne a reçu un coup au-dessus du sein, il y a environ un an. Il y a huit mois, elle constata, à l'endroit où le coup a été donné, l'existence d'un tumeur grosse comme une aveline. La tumeur se développa progressivement malgré les remèdes employés.
OBSERVATIONS
Cette personne vint me consulter huit mois après cette découverte, c'est-àdire à la fin de juin.
Je constatai chez elle une tumeur squirrheuse, du volume d'un œuf de poule, située un peu au-dessus de la glande mammaire, et indépendante de celle-ci. Il y a des bosselures, des douleurs lancinantes, mais le mamelon n'est pas rentré, vu que la glande ne participe pas à la maladie.
Le ier juillet 1873, j'appliquai les caustiques, continuation les jours suivants, en tout huit applications de six heures de durée. La malade les supporte stoïquement. Elle ne s'est pas alitée un instant.
Le 14, élimination de l'eschare, la plaie est très belle, très pure, je procède immédiatement à la réunion.
Le 1er août, la plaie est entièrement cicatrisée, la malade retourne chez elle parfaitement guérie.
J'ai eu plusieurs fois de ses nouvelles depuis; elle se porte très bien, la guérison est définitive.
Comme on le voit, toutes les personnes que j'opère, par les caustiques, dans la première période de la maladie ou période de localisation, guérissent radicalement.
Soutiendra-t-on encore que le cancer est incurable. Dans ce cas je dirais : ce n'est pas le mal, mais bien votre incrédulité qui est incurable. Eh bien, aux incrédules incurables je leur dirais : venez visiter ces opérés, ils vivent, vous pouvez les examiner, je vous donnerai leur adresse. Si cela ne vous guérit pas encore, venez assister à quelques opérations ; je vous y convie et vous ferez vous-même le diagnostic. Ou bien encore envoyez-moi de ces malades que vous croyez incurables, je m'offre à les opérer gratis. Si après cela vous n'y croyez pas encore, il ne me restera qu'à vous engager, dans votre propre intérêt, à ne pas conduire à l'incurabilité les malades qui s'adressent à vous, mais à les guider et à leur conseiller l'opération par les caustiques, mais dans la première période de la maladie.
OBSERVATION LXXII. — Tumeur cancéreuse vers le milieu du nez,
APPLICATION DE LA PATE CAUSTIQUE, GUÉRISON
Mma M., trente-cinq ans, demeurant à Ixelles, grande et robuste; néanmoins, sans cause appréciable, une tumeur cancéreuse s'est développée vers le milieu et sur le côté du nez. On a tenté de la cautériser, mais l'affection a pris plus d'extension et il est résulté de cette opération incomplète un ulcère cancéreux grand comme une pièce d'un franc. Les caractères des ulcères cancéreux se sont parfaitement dessinés. C'est alorj que cette dame est venue me trouver.
Je constatai, en effet, l'existence d'un ulcère cancéreux bien caractérisé, reposant sur une base solide, partie inférieure de la tumeur primitive. Le 20 juillet 1873, application de la pâte caustique.
OBSERVATIONS
Le lendemain nouvelle application, deux suffirent.
Chute de l'eschare le 27, la plaie est très nette. Fansement à la charpie sèche.
Le 8 août la plaie est entièrement cicatrisée, il n'y a pas de dépression et la cicatrice est très peu apparente.
Il n'y a pas eu de récidive.
On vient de voir qu'un chirurgien inexpérimenté avait cautérisé la moitié de la tumeur et s'était arrêté. Que pouvait-il espérer de cette cautérisation incomplète? Ce qui est arrivé, un ulcère cancéreux, l'ulcère cancéreux se serait produit dans la suite sans doute et le chirurgien ne faisait qu'une chose, avancer la maladie. Mais le côté déplorable de cet acte, c'est que ce monsieur se plaît à dire qu'il a employé mon caustique dans une affection squirrheuse et qu'il n'a pas réussi. Est-ce mauvaise foi ou ignorance, perfidie ou inexpérience? Je ne veux pas me prononcer, mais ce que je sais, c'est que de cette manière on peut discréditer les meilleures choses. Et on ne doit pas se figurer que ces hommes croient à leur ignorance, ou à leur inexpérience, non, non, ils disent et croient fermement que c'est le procédé qui est mauvais. Voilà un échantillon de la justice humaine.
OBSERVATION LXXIII. — Ulcère cancéreux de la langue,
APPLICATION DE LA PATE CAUSTIQUE, GUERISON
Mmo D., quarante ans, fermière à Gendbrugge, tempérament lymphatique, chairs molles, porte, depuis un an environ, un petit ulcère cancéreux au bout de la langue. Il a été opéré deux fois au moyen de l'instrument tranchant; après l'une et l'autre opération, la récidive fut immédiate, il n'y a même pas eu un commencement de cicatrisation.
Elle avait les incisives inférieures tranchantes, c'est à cela qu'elle attribue l'accident.
Lorsqu'elle vint me trouver je constatai, au bout de la langue, à la partie inférieure, un ulcère arrondi de i centimètre de diamètre, à bords durs, un peu renversés en dehors.
Le i5 juin 1870, j'appliquai la pâte caustique, deux heures durant seulement, car il est assez pénible de maintenir longtemps le caustique dans la bouche, attendu que, pour l'y assujétir il faut remplir la bouche de charpie, autant pour maintenir le caustique en place que pour empêcher la salive de mouiller complètement le pansement, et par suite, de détacher le caustique.
Le 16 juin nouvelle application de la pâte caustique, aprèsq uoi la cautérisation me parut suffisante. L'opérée retourne chez elle.
Elle revint le 1 5 juillet, La plaie est cicatrisée, mais elle y ressent encore des douleurs. Je lui conseille des gargarismes adoucissants.
Le i5 août la cicatrice se maintient très bien, mais elle souffre encor eun peu ; elle prétend qu'elle n'est pas guérie. Elle demande à être cautérisée de
OBSERVATIONS
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nouveau. Je n'en reconnais pas la nécessité, il n'y a pas d'induration autre que le noyau cicatriciel. Cependant, dans l'espoir de détruire l'élément-douleur et aussi pour empêcher la malade, dans son intérêt, d'employer des médications intempestives, je consens à le faire.
J'appliquai d'abord le caustique de Vienne, car il n'y a plus d'ulcération, puis la pâte caustique.
Le lendemain nouvelle application. Je produisis ainsi une assez profonde cautérisation. Puis elle retourna chez elle. Deux mois après elle se représenta, la cicatrice ne laisse rien à désirer, mais elle prétend que ce point est encore très sensible. Elle aurait voulu de nouvelles cautérisations, mais je m'y refusai formellement.
Je la revis six mois après, la cicatrice était solide et très belle. La sensibilité est diminuée, mais elle s'en plaint encore.
J'ai eu de ses nouvelles un an après, la guérison se maintient.
OBSERVATION LXXIV. — Tumeur squirrheuse a la première période,
APPLICATION DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mma L., trente-deux ans, mère de deux enfants, demeurant à Lille, bonne constitution, femme forte et robuste, présente une tumeur squirrheuse au sein gauche, partie externe, de la grosseur d'une noix; elle l'attribue à une contusion, elle voyait son enfant tomber, elle se baissa brusquement pour le retenir et la mamelle frappa avec violence l'extrémité supérieure du montant de la chaise d'enfant.
La tumeur est très dure, bosselée, il y a des douleurs lancinantes légères, ou plutôt des ennuis comme elle les qualifie.
Le 25 janvier 1874, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique et continuation les jours suivants. En tout, cinq applications de six heures de durée, retranchant chaque fois les 3/4 de l'eschare.
Chute de l'eschare le 5 février, rapprochement exact des lèvres de la plaie, réunion immédiate.
Le 18 février elle retourne chez elle parfaitement guérie.
J'ai eu de ses nouvelles en janvier 1880, elle se porte très bien, pas de récidive.
Comme on le voit, toutes les tumeurs cancéreuses opérées par les caustiques dans la première période du mal, se guérissent définitivement avec une facilité remarquable et sans exposer la malade à aucun danger. Si les gens se laissaient guider par la prudence, on opérerait toujours dans ces conditions et on n'aurait que des succès et des succès faciles. Pourquoi ne veut-on pas accepter cette vérité ?
Comment se fait-il que je voie bien souvent des hommes instruits, des professeurs, être appelés au début d'une affection cancéreuse, quand la tumeur est comme une noisette, par exemple, prescrire tous les remèdes conseillés en
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OBSERVATIONS
pareil cas, suivre les progrès du mal, voir la tumeur arriver successivement au volume d'une noix, d'un œuf, du poing avec propagation du mal, engorgement des ganglions axillaires, constater tous les jours l'inefficacité, l'inutilité des agents qu'ils mettent en œuvre, et conduire ainsi les malades à l'incurabilité et quand ils voient que la vie de la malade est très compromise, ils leur conseillent de s'adresser à un chirurgien, et bien souvent ils ne donnent même pas ce conseil, ce sont les parents, les amis, les connaissances qui avertissent les malades. Assumer une telle responsabilité, être cause de la mort d'une pauvre femme qui avait confiance en vous, quand il était si facile de la guérir au début. Je le répète, je ne puis comprendre qu'un homme veuille assumer une si terrible responsabilité.
OBSERVATION LXXV. — Ulcère cancéreux a la nuque, première