DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE, NOUVELLE OPERATION, GUÉRISON
Mmo veuve O., quatre-vingt-six ans, grande, maigre, bonne constitution ; malgré son grand âge, cette dame est forte, bien portante, sans infirmités. Elle demeure à Saint-Gilles, elle a eu trois enfants.
En i863, elle fit une chute sur un corps dur, le choc porta dans l'espace compris entre le sein gauche et la clavicule ; il en résulta une ecchymose à laquelle elle ne fit pas attention.
En 1866, elle s'aperçut qu'une petite induration s'était formée à l'endroit indiqué, elle n'y fit rien. La tumeur se développa, acquit le volume d'une noisette, puis d'une noix, d'un œuf de poule.
Au commencement de 1868, elle y ressentit des douleurs lancinantes et commença à s'en inquiéter. Les douleurs augmentèrent en même temps que la tumeur se développait. Enfin, elle vint me consulter au commencement du mois de mai. Je constatai chez elle l'existence d'une tumeur irrégulière, dure, fortement bosselée; deux de ces bosselures plus fortes et plus proéminentes sont d'un rouge bleuâtre et présentent un commencement de ramollissement, douleurs lancinantes fréquentes.
Je lui proposai l'opération par les caustiques, elle y consentit.
Le 12 mai 1868, j'entamai la peau au moyen du caustique de Vienne, puis j'appliquai la pâte caustique.
Je fis six applications de 6 heures de durée, en six jours. Elle les supporta très facilement avec l'aide d'un calmant.
Le 25, chute de l'eschare. Il reste deux points suspects, je réapplique le caustique sur ces deux points. Le lendemain nouvelle application de caustique, puis cataplasmes.
Le ier juin, chute de l'eschare, la plaie est très belle, la santé bonne. Réunion au moyen de bandelettes de collodion. Le 16 la plaie est presque cicatrisée, la malade va à la campagne chez des parents.
Elle revint le 8 septembre, il y a récidive, une petite tumeur du volume d'un haricot s'est formée à un centimètre de la cicatrice.
Trois applications de caustique la détruisirent, en trois semaines la plaie était cicatrisée.
J'ai revu cette dame depuis, la guérison s'est maintenue.
Mme OfF. est morte en 1877 de sa mort naturelle, elle s'est éteinte doucement sans maladie aucune. Elle avait quatre-vingt-quinze ans et neuf années de guérison de son encéphaloïde.
Après la première opération pratiquée par les caustiques, la plaie s'est cicatrisée complètement. Il n'y avait plus la moindre induration et cependant trois mois après il y eut récidive, preuve manifeste de la malignité de la première tumeur.
Elle prouve encore que le mal n'était plus localisé, qu'il y avait un commen-
ÉTIOLOGIE DU CANCER.
cernent d'envahissement des tissus voisins, car je suis parfaitement sûr d'avoir enlevé ou détruit entièrement la tumeur primitive et même les tissus contigus à un centimètre et demi des limites de la néoplasie, comme il est indiqué de le faire.
Ce cas prouve encore qu'on peut opérer à tout âge avec les caustiques, que ces applications sont innocentes, qu'elles n'affaiblissent pas la malade puisqu'il n'y a pas de perte de sang, et que les vieillards peuvent être opérés aussi bien que les sujets jeunes.
A l'âge de quatre-vingt-six ans, on ne subit plus d'opération sanglante, ou au moins ce ne serait pas sans un grave préjudice pour la santé ; l'opération par les caustiques ne présente pas ces inconvénients.
Quand j'ai opéré cette dame, quelques parents disaient que c'était inutile de courir les dangers d'une grande opération et qu'à quatre-vingt-six ans on ne peut plus espérer de vivre longtemps, etc. Mais la malade n'était pas de leur avis, elle aimait encore la vie, elle voulut être opérée. Dans l'intervalle de l'opération à sa mort elle perdit ses deux enfants. Cette dame vécut encore neuf ans, elle est morte de vieillesse. Où est la diathèse?
OBSERVATION IV. — Cancer du sein, deuxième période, emploi