Ç)3 CHAPITRE XXIX
si important. Certes, ce n'est pas le fait du savant professeur, mais c'est un oubli qu'on ne s'explique pas de la part des jeunes médecins qui ont recueilli ces observations. Quoi qu'il en soit, un nombre de 6 adhérences sur 20 me paraît exorbitant dans la première période de la maladie. A ce sujet, qu'il me soit permis de faire remarquer combien est défectueuse la classification adoptée par l'illustre clinicien : il admet des carcinomes sans infection ganglionnaire et des carcinomes avec cette infection ; à cette première distinction en succède une autre ; il divise ceux de la première catégorie en carcinomes mobiles et en carcinomes adhérents; cette classification a le grand tort de réunir deux choses distinctes : les carcinomes mobiles sont ceux qui appartiennent probablement à la première période de la maladie, à celle que j'appelle de localisation et dans laquelle la tumeur est parfaitement circonscrite et ne s'est pas encore propagée aux tissus voisins. Quand il existe des adhérences, au contraire, le mal n'est plus circonscrit ni localisé, il s'est propagé aux tissus contigus, il appartient désormais à la seconde période ou période de propagation. Qu'il se propage aux tissus voisins ou aux ganglions, il passe à la seconde période et la tumeur perd ses caractères de tumeur circonscrite et localisée. Cette distinction est très importante pour la pratique comme je le démontrerai plus tard. La classification de M. Billroth confond la première avec la seconde période, elle place dans la première période ce qui appartient à la seconde et établit par là une confusion regrettable. Parmi les 112 cas avec infection ganglionnaire, il y avait 5o tumeurs mobiles, 18 adhérentes et 44 sans mention; le chiffre de 18 adhérentes me parait bien élevé.
Il me reste à dire un mot des 20 tumeurs mobiles de la première catégorie de M. Billroth : ces 20 patientes étaient malades en moyenne depuis 18 mois, les 6 autres (tumeurs adhérentes) depuis 28.4 mois.
Je dois supposer que le cancer se comporte autrement en Autriche qu'en Belgique, car, en général, dans notre pays, cette affection présente un développement beaucoup plus rapide : c'est ainsi que la période de propagation se déclare, en général, entre 8 et 12 mois, quelquefois plus tard, et aussi quelquefois plus tôt, mais ce sont des exceptions, et la statis-
STATISTIQUE
tique ne s'établit pas sur des exceptions ; les patientes qui sont atteintes de cancer depuis 18 mois, sont, pour la plupart, passées à la période de généralisation et par conséquent inopérables. A plus forte raison celles qui sont malades depuis 28 mois; j'ai lieu de croire qu'en Belgique, très peu de cancers seraient encore opérables après 28 mois d'existence. J'en ai vu un grand nombre qui étaient inopérables beaucoup plus tôt, c'est-à-dire, après 10, 12, i5 mois d'existence et très peu qui fussent encore opérables après 18 mois. Il y a là quelque chose qui ne peut s'expliquer.
Je ne puis comprendre qu'on attende 18 mois, deux ans ou plus pour se faire opérer d'un cancer, un ennemi si redoutable, si terrible, un ennemi qui tue infailliblement, si on ne le terrasse, si on ne le détruit avant qu'il ait acquis un grand développement. Il faut en quelque sorte l'anéantir pendant son enfance; si on le laisse grandir, il devient le maître, il envahit tout, il domine, et aucune puissance au monde ne peut plus l'arrêter.
Il est vrai que pour se faire opérer par l'instrument tranchant, rien ne presse ; une méthode qui ne peut donner que des résultats tels que ceux que nous venons d'énumérer, est une méthode qui doit être abandonnée; au nom de l'humanité, nous en demandons la proscription. Sur 143 opérées, 8 guérisons de plus de 2 ans et demi de durée, 34 décès des suites immédiates de l'opération, et le reste, c'est-à-dire, 102 récidives. Je le demande aux hommes consciencieux de tous les pays, une méthode qui donne de si déplorables insuccès, malgré l'expérience consommée et la grande habileté des opérateurs auxquels nous empruntons les chiffres qui précèdent, peut-elle être conservée dans la pratique?
M. Winiwarter, collaborateur de M. Billroth pour l'ouvrage dont nous nous occupons, admet que le terme moyen au delà duquel on peut considérer un carcinome du sein comme définitivement guéri est de trois ans, ce qui ne l'empêche pas de comprendre dans sa statistique, sur 19 cas, 11 malades qui n'avaient pas 2 ans et demi de guérison; c'est ainsi qu'il considère comme guéries, des opérées qui n'avaient que 2 ans 2 mois, puis 1 an, 5 mois et demi, 3 mois et demi, 2 mois, 3 semaines de guérison.
Nous avons admis avec quelques auteurs le chiffre de 2 ans et demi, ce qui ne change rien à nos calculs. Les 8 malades de M. Billroth et mes 64 opérées, comptaient plus de 3 ans de guérison. De ces 8 malades de M. Billroth, une a subi 2 opérations, une autre 3. Ces 8 succès prouvent, dit l'auteur, que ni l'infection des ganglions, ni l'existence de nodules disséminés, ni une récidive réitérée, ne sont uft obstacle à une guérison radicale. On y trouve en même temps un argument contre la doctrine de la nature dyscrasique des affections cancéreuses.
De mes 64 opérées guéries, 9 ont été opérées 2 fois, c'està-dire, qu'elles ont eu une récidive; une a été opérée 3 fois, 2 récidives; 2 l'ont été 4 fois, 3 récidives; 6 ont été opérées des deux seins.
Ces résultats concordent avec ceux de M. Billroth : sur ses 143 patientes, 3o ont été opérées 2 fois, 5, 3 fois et 3, 4 fois.
L'auteur croit devoir insister ici sur la nécessité de démontrer par des faits, même de nos jours, la possibilité de guérir le carcinome des mamelles par une opération chirurgicale. Car, comme il le dit très bien, à l'optimisme incompréhensible des anciens médecins a succédé le pessimisme aussi exagéré des médecins du siècle actuel.