‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 74 sur 158 · Q0 CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

Q0 CHAPITRE XXIX

i carcinome situé au-dessus de la moitié externe de la lèvre supérieure, guéri depuis j2.ans (v. Obs. LXII).

i cancer à la main, enlèvement de la moitié des deux métacarpiens externes, guérison.

i cancer situé à l'angle interne de l'œil, guérison, perdu de vue.

i squirrhe de la glande sous-maxillaire, a été opéré à Louvain, récidive immédiate, a été de nouveau opéré en 1869, mort en 1871.

1 tumeur fibreuse située à la partie interne et supérieure de la cuisse gauche, guérison (v. Obs. LXXX). 1 cancer du col utérin, décès.

1 encéphaloïde du cou.

1 genou de capucin, kyste très dur, très épais; les injections iodées n'ont pas réussi (v. Obs. XCII).

2 cancers à la joue, guéris.

1 papillome volumineux, aine gauche, guéri (v. Obs. CXIII). 1 encéphaloïde à l'avant-bras, non guéri (v. Obs.). 1 enchondrome, guéri (v. Obs. CXIV).

1 ulcère gangreneux à la jambe, application de la pâte caustique, guérison (v. Obs. CXXIV).

2 ulcères cancéreux à la nuque, guérison.

1 tumeur squirrheuse située sur l'épaule gauche, guérison. Diverses cicatrices vicieuses opérées avec succès par les caustiques.

1 diathèse lipomateuse; une religieuse de bonne constitution avait plus de 5o lipomes; j'ai opéré les plus volumineux.

Kystes du cuir chevelu, tous guéris par les caustiques. 8 cysto-sarcomes, 7 guéris, 1 décès à la suite de récidive (v. Obs. CXXXI).

1 ulcère calleux, guérison.

2 cancers du front, 1 guérison, 1 décès.

1 ostéo-sarcome , opéré 2 fois à 2 ans d'intervalle, purs perdu de vue.

5 ulcères cancéreux du nez : 2 guérisons, 3 récidives.

2 cancers du rectum, 1 récidive après 1 an et demi, inopérable. 1 . . : .

1 décès par le chloroforme.

STATISTIQUE

1 tumeur encéphaloïde dans la gouttière vertébrale, communiquant avec lemédiastin postérieur. Décès.

3 tumeurs jaunes aux paupières, guéries.

2 tumeurs rouges aux joues, guéries.

Puisqu'on trouvera les observations très détaillées, quelques remarques complémentaires ne nuiront pas ici.

La première observation, le cancer ou encéphaloïde du pied, est un fait très remarquable. La malade allait succomber, depuis plus de i5 jours l'estomac ne supportait plus rien, pas même de l'eau pure, les vomissements étaient presque continuels; puis elle était minée par une fièvre hectique très intense. Il s'agissait de lui amputer la jambe dans l'espoir de lui sauver la vie. Eh bien, dès la première application de la pâte caustique, qui modifia complètement les dispositions de la plaie, en détruisant les sources de la sanie qui empoisonnait la malade, un changement très important et très favorable s'est manifesté, les vomissements cessèrent, les boissons furent supportées, bref au bout de 8 jours la santé était complètement rétablie. Les trois derniers orteils étaient tombés. Le gros orteil pouvait être conservé, le second était presque détruit. Enfin cette femme guérit en peu de temps, en conservant le gros orteil, ce qui, au point de vue de la marche, était très important. Aussi cette personne eut-elle la marche aussi ferme et aussi sûre qu'avant sa maladie.

Voilà donc une femme à -laquelle on allait amputer la jambe, et on l'aurait fait plus tôt si l'on n'avait craint de la voir succomber sous le couteau de l'opérateur. On a bien fait de ne pas l'amputer; le chirurgien expérimenté qui dirigeait ce service avait compris que cette opération n'était pas formellement indiquée ou du moins que ce n'était pas la véritable indication; la malade était trop débilitée, sa grande -faiblesse y mettait obstacle. L'indication manifeste était dans l'emploi des caustiques, il fallait détruire la source de la sanie, il fallait faire cesser la résorption de cette matière empoisonnée; c'était là l'office de la pâte caustique et elle Ta rempli admirablement.

Le bistouri ne saurait pas faire cela, répétait tous les jours le chef de service (v. Obs. XXXVII).

Un autre fait également remarquable est celui du frère célite (voir Obs. LXI). Le frère contracte un encéphaloïde à 2 centimètres et demi au-dessus de la rotule. Le frère qui avait une grande expérience n'hésite pas, il se rend à Louvain après quelques mois d'existence de la maladie.

On l'opère au moyen de l'instrument tranchant. Récidive immédiate, c'est-à-dire avant la cicatrisation de la plaie.

On l'opère une seconde fois par le caustique de Canquoin ; il y eut cette fois encore récidive immédiate.

Le frère vient à Bruxelles où il fut opéré une troisième fois, cette fois au moyen du bistouri. La récidive fut encore immédiate.

Il fut opéré une quatrième fois par le bistouri et comme les autres fois, la récidive fut immédiate.

Enfin le frère me fut adressé. Je l'opérai au moyen de mon caustique, la guérison fut rapide et complète ; c'était en 1869, il y a plus de 12 ans. Ce fait peut se passer de commentaires. Il serait difficile d'en produire un plus beau pour prouver la supériorité des caustiques, bien dirigés, sur le bistouri.

Quant à la tentative de cautérisation faite à Louvain, il faut bien admettre qu'elle a été mal dirigée ou que le caustique employé ne convenait pas. Sans nul doute on a considéré la méthode comme étant impuissante et de nulle valeur, sans reconnaître le moins du monde que l'insuccès dépendait de l'opérateur et non de la méthode. C'est ainsi qu'on discrédite les moyens les plus efficaces. // n'y a pas d'obscurité, il n'y a que de l'ignorance.

Enfin, je dirai quelques mots d'un autre fait qui a aussi son importance. Il s'agit d'un vaste ulcère cancéreux, d'environ i5 centimètres de diamètre, situé à la fesse droite précisément au point où repose le corps dans l'attitude assise. Ce cancer avait été opéré quelques mois auparavant, mais l'instrument tranchant avait eu un insuccès complet, il n'y a pas même eu un commencement de cicatrisation. Tous les moyens échouaient et la malade dépérissait. Les tourments, les préoccupations, les souffrances, la suppuration, l'obligation de rester au lit, le manque d'appétit, de sommeil, etc., l'avaient fait maigrir considérablement. Lorsque je fus appelé, l'ulcère cancéreux était dans toute son activité, mais l'affec-

STATISTIQUE

tion paraissait encore localisée. Quatre applications de caustique ont suffi pour transformer cet horrible ulcère rongeant en une plaie simple et de bonne nature qui se cicatrisa rapidement. La guérison fut complète. Le fait se passait en 1874, il y a donc 8 ans. Il n'y a pas eu de récidive (v. Obs. CCIX).

M. Billroth, en parlant des carcinomes de la peau de la face, fait une observation qui mérite d'être signalée : ils se distinguent, dit-il, des carcinomes de la peau d'autres régions par plusieurs caractères particuliers : l'évolution en est très lente, ils produisent rarement l'infection ganglionnaire et plus rarement encore la métastase dans les viscères. De plus, ils se développent souvent aux dépens de verrues ou de nsevi remontant à la première enfance ; ces affections restent longtemps stationnaires, l'ulcération s'étend en surface sans contaminer le voisinage, ils envahissent fréquemment les os et occasionnent la névrose.

Il me semble que M. Billroth n'établit pas de distinction entre le carcinome et le cancroïde ou épithélioma, car ce qu'il considère ici comme carcinome, c'est, en grande partie du moins, ce que les auteurs français appellent cancroïde. Quoi qu'il en soit, si l'auteur entend parler de carcinomes véritables, je ne puis être de son avis sur tous les points, car j'ai vu des ulcères carcinomateux à évolution rapide, avec propagation aux tissus voisins, avec infection ganglionnaire, avec dépôts métastatiques, avec envahissement des os sans nécrose, etc. De sorte qu'à ces règles, il y a de nombreuses exceptions.

CANCROÏDES.

De 1867 à 1878 inclus, j'ai opéré 58 cancroïdes au moyen des caustiques : de ce nombre, je compte 44 guérisons définitives, 12 décès à la suite de récidives, 2 opérés sont partis guéris, mais ont été perdus de vue.

Parmi ces faits, il en est de très intéressants, mais je ne parlerai ici que du premier (v. Obs. V).

Il s'agit d'une sœur noire âgée de 65 ans, elle portait un cancroïde végétant du bout du nez. Cette végétation, devenue énorme, s'était moulée sur la figure qu'elle recouvrait

presque entièrement, de manière qu'on croyait qu'elle faisait corps avec la peau ; elle s'étendait sur les côtés au delà des pommettes, elle montait au-dessus des sourcils, elle descendait jusqu'au menton, de sorte que les yeux, les narines, la bouche en étaient entièrement recouverts ; elle ne voyait plus depuis longtemps, pour introduire du liquide dans la bouche, il fallait soulever péniblement la tumeur et se servir d'un tube recourbé. En outre, la surface de cette végétation produisait une sanie âcre et d'une odeur très pénétrante; enfin des hémorraghies très abondantes 4, 5, 6 fois par jour épuisaient la malade, et on avait beaucoup de peine à les arrêter. La malade était anémique, on attendait sa mort de jour en jour.

Six jours ont suffi pour détruire cette énorme végétation. La malade était sauvée. Déjà après la quatrième application, les yeux et la bouche étaient dégagés, l'appétit se rétablit immédiatement. Il y avait plus de 20 ans que la religieuse portait ce pesant fardeau, elle fut guérie en 10 jours, car la plaie était insignifiante, je n'avais enlevé des parties saines que le bout du nez.

Cette religieuse vécut 12 ans dans le calme, la tranquillité et dans un état de santé qui ne laissait rien à désirer, puis une récidive survint sous la forme d'un ulcère rongeant qui s'étendit rapidement du côté de l'œil et les tentatives pour l'arrêter furent vaines. Je l'avais opérée le 1 1 septembre 1867, elle succomba le 8 décembre 1880, à l'âge de 78 ans, i3 ans 3 mois après l'opération. Je pense que je puis légitimement placer ce fait au nombre des guérisons, et même une guérison des plus extraordinaires.

Je n'ai pas eu recours à la rhinoplastie, parce que je la crois rarement opportune dans ces circonstances. Je lui ai tout simplement fait faire un nez artificiel, auquel un artiste de talent a donné la couleur voulue ; il était si bien en harmonie avec la physionomie de l'opérée que beaucoup de personnes s'y sont trompées.

On sait que M. Billroth pratique fréquemment la rhinoplastie dans les pertes de substance du nez, mais avec des succès divers, il le faut croire, puisque son collaborateur Winiwarter expose comme suit son opinion toute personnelle : qu'en général, les résultats de la rhinoplastie laissent

STATISTIQUE

encore beaucoup à désirer, et qu'un nez artificiel bien fait la remplace avantageusement.

La conclusion finale et capitale que MM. Billroth et Winiwarter tirent de leur statistique, est la suivante : il faut enlever les carcinomes dans tous les cas où l'on a encore l'espoir de pouvoir enlever tous les tissus malades, et pour cela, il faut dépasser de beaucoup les limites du mal, une grande partie des récidives étant dues à ce que l'opération n'était pas complète.

J'oppose à ce principe un autre principe beaucoup plus rationnel : Il faut opérer les carcinomes dans la première période de la maladie, c'est-à-dire, pendant que l'affection cancéreuse est encore parfaitement circonscrite et localisée, avant que le mal se soit propagé aux tissus voisins; de cette façon on est certain d'enlever la totalité du néoplasme.

Si tous les médecins étaient bien convaincus de cette vérité, on ne verrait plus de ces malheureux carcinomateux conduits au bord de l'abîme par ceux-là mêmes qui devaient les guider dans la voie du salut. On obtiendrait un grand nombre de guérisons et il y aurait très peu de récidives.

Quant à poser comme principe ultime qu'il faut faire des opérations aussi étendues que possible, un tel principe est aussi obscur qu'étrange, il ne dit pas assez et il dit trop. Qu'arriverait-il si on le prenait à la lettre et qu'on voulût l'appliquer dans toute sa rigueur? Par quelles données serait-on guidé et où devrait-on s'arrêter? Il me semble que la règle posée par M. Billroth dans son Traité de pathologie chirurgicale générale était infiniment plus claire et plus logique : en général, il faut opérer à 2 centimètres au moins au delà des limites du mal. C'est plus compréhensible et plus pratique.

A ce propos, je dirai que, sur ce point important, les caustiques présentent un très grand avantage sur l'instrument tranchant, et cet avantage consiste dans la faculté de distinguer facilement les tissus malades et dans la possibilité par conséquent de les suivre et de les détruire jusqu'à leurs dernières limites; c'est assurément une garantie importante qu'offrent les caustiques et que ne donne pas le bistouri, et cette garantie a plus de valeur qu'on ne pourrait le croire de

prime abord, car il m'est arrivé souvent de poursuivre ainsi des traînées fibreuses qui, partant de la tumeur, allaient en s'amincissant jusqu'à une assez grande distance (8 et 10 centimètres) du noyau principal ; or, si l'on négligeait ces prolongements fibreux, comme il arrive toujours quand on opère au moyen de l'instrument tranchant, il n'y a pas de doute que ce ne fût là une cause puissante de récidive. Il en est de même s'il existe des traînées de petites nodosités dépendant des vaisseaux et des ganglions lymphatiques. Si elles sont rudimentaires, elles peuvent très bien échapper à la sagacité du médecin, surtout si la couche de tissu-cellulaire graisseux est épaisse. Eh bien, la négligence de ces lanières fibreuses, de ces nodosités glandulaires, donne nécessairement lieu à des récidives fréquentes, récidives que l'on évite en opérant au moyen des caustiques, attendu qu'on peut suivre ces traînées de tissu malade et les détruire complètement.

OBSERVATION LXXVII. — Petite tumeur cancéreuse a la joue

DROITE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

Mlle F., âgée de vingt et un ans, de bonne constitution et très robuste, me fut présentée par une sœur noire de Bruxelles, sa parente.

Cette personne présente vers le milieu de la joue droite une tumeur cancéreuse du volume d'une petite noisette. Cette tumeur est dure, irrégulière, d'un rouge bleuâtre au sommet, elle menace de s'ulcérer.

11 y a onze mois que la patiente a remarqué cette petite tumeur qui n'était alors qu'un bouton. Ce bouton a grandi, il s'est développé à peu près régulièrement, malgré les nombreux remèdes dirigés contre lui. Ces remèdes n'ont absolument rien fait, la tumeur a progressé quand même. La malade y ressent de légères douleurs qu'elle ne peut caractériser.

Le ier février 1874, application du caustique de Vienne sur la partie de la tumeur revêtue d'épidémie, puis de pâte caustique laissée six heures en place. Le lendemain continuation. Deux applications ont suffi.

Le 8, élimination de l'eschare; la plaie est parfaitement nette.

Rapprochement des lèvres de la plaie au moyen de bandelettes collodionnées : réunion immédiate.

Le i5, cette personne retourne chez ses parents parfaitement guérie; la cicatrice est linéaire et presque imperceptible.

Il n'y a pas eu de récidive.

Cette tumeur n'était pas un cancroïde, mais un squirrhe dur, fibreux, avec

OBSERVATIONS

une tendance au ramollissement au sommet. La tumeur était encore localisée; à cette occasion je ferai remarquer que les tumeurs des joues, qu'elles soient cancéreuses ou cancroïdes, restent ordinairement plus longtemps localisées et circonscrites que celles des autres parties du corps.

OBSERVATION LXXVIII. — Cancer végétant situé a la partie

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