POSTÉRIEURE DE LA CUISSE GAUCHE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mme J., quarante ans, forte et robuste campagnarde, mère de cinq enfants et parente d'une sœur hospitalière, porte, depuis environ trois ans, à la partie postérieure de la cuisse gauche, un peu au-dessous du pli de la fesse, une tumeur dure, bosselée, du volume d'une noix, à surface ulcérée et végétante, à pédicule large, s'enfonçant profondément dans les tissus et évidemment formée d'éléments squirrheux.
Le 18 février 1874, application du caustique de Vienne sur la partie de la tumeur revêtue d'épiderme; au bout de dix minutes, j'enlève le caustique de Vienne et le remplace par une couche de pâte caustique de 7 à 8 millimètres d'épaisseur; après six heures elle est enlevée et remplacée par un cataplasme.
Le lendemain je retranche les trois quarts de l'épaisseur de l'eschare et renouvelle l'application de pâte caustique qui est entourée de charpie recouverte d'une compresse et maintenue par un bandage approprié.
Le 20, j'enlève comme précédemment les trois quarts de l'eschare et j'arrive au niveau de la peau voisine. Je réapplique la pâte caustique.
Le lendemain et les deux jours suivants, mêmes opérations. Je parviens ainsi à 3 centimètres de profondeur. Le pédicule de la tumeur est évidemment squirrheux. Lorsqu'il me parut que le néoplasme était entièrement détruit, je cessai les applications de caustique et continuai les cataplasmes jusqu'à la chute de l'eschare. Celle-ci se détacha le septième jour après la dernière cautérisation et mit à découvert une plaie saine et bourgeonnante.
Je réunis les lèvres de la plaie au moyen de bandelettes de toile collodionnées. Il y eut réunion immédiate et la malade retourna chez elle le 1 5 mars parfaitement guérie.
Il n'y a pas eu de récidive. La guérison a aujourd'hui huit ans de durée.
Malgré sa longue existence, cette tumeur est restée parfaitement circonscrite et localisée, ce que j'attribue à l'excellente constitution de la malade, au régime simple et peu excitant qu'elle a suivi et à son séjour à la campagne. La patiente n'a pu assigner de cause à cette tumeur, mais il est probable que c'est à une cause externe qu'il faut l'attribuer. Les campagnards ne s'observent guère et ne font pas attention aux petits accidents qui leur arrivent.
OBSERVATIONS
OBSERVATION LXXIX. — Tumeur cancéreuse au bout du nez,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUERISON
M. H., soixante-quinze ans, rentier, de faible constitution, arrivé à la caducité, affaiblissement des facultés intellectuelles et des forces physiques, présente au bout du nez une tumeur du volume d'une cerise; elle est ulcérée et saigne au moindre contact et même sans qu'on y touche. Ces fréquentes hémorrhagies, la sanie ichoreuse et infecte qui se produit et qui souvent tombe par gouttes dans son manger, en font un objet de dégoût. Il y a enviorn un an que la tumeur existe. Le médecin traitant a prescrit des pommades, des emplâtres, du perchlorure de fer, il a fait de nombreuses cautérisations au moyen du crayon de nitrate d'argent. Néanmoins la tumeur s'est développée et a revêtu tous les caractères de l'encéphaloïde. Tel était l'état des choses lorsque les parents ont réclamé mon intervention.
Le 20 février 1874, j'appliquai la pâte caustique, et la réappliquai les jours suivants. Je dus faire cinq applications, car le malade la faisait enlever au bout de trois ou quatre heures.
La chute de l'eschare mit à nu une plaie saine, la cicatrisation marcha rapidement.
Il n'y a pas eu de récidive.
Cet homme est mort à la fin de i8y5 à la suite d'une apoplexie cérébrale. OBSERVATION LXXX. — Encéphaloïde de la mamelle gauche,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUERISON
Mme M., trente-deux ans, demeurant à Laeken, est très lymphatique et de faible constitution. Elle est veuve et mère de quatre enfants, elle a eu beaucoup de tourments. Il y a huit mois environ, elle s'est aperçue qu'elle avait une tumeur dure au sein gauche. Elle subit différents traitements, mais en vain, la tumeur se développa quand même et acquit le volume du poing. C'est alors qu'elle me consulta.
Elle attribue cette affection à un coup de coude qu'elle reçut, il y a un an, en sortant du théâtre.
La tumeur est dure, bosselée, irrégulière, le mamelon est fortement rétracté, il y a des douleurs lancinantes fortes et fréquentes. Néanmoins la maladie paraît être encore dans la première période.
Je diagnostique un encéphaloïde.
Le 23 février 1874, je commençai l'opération par l'application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique.
Douze applications furent nécessaires pour détruire complètement la tumeur. Rien de particulier ne s'est présenté. On sait que le caustique au chlorure de zinc produit des cautérisations beaucoup plus fortes sur le squirrhe que sur l'encéphaloïde.
OBSERVATIONS
La malade a très facilement supporté les caustiques. Les femmes très lymphatiques éprouvent, des caustiques, beaucoup moins de douleur que les autres.
La chute de l'eschare a mis à nu une plaie très saine.
Le rapprochement des lèvres de la plaie fut facile au moyen de bandelettes de toile collodionnées; cependant l'adhérence ne fut que partielle, le reste se cicatrisa lentement. Néanmoins la cicatrice est linéaire et très solide.
Il n'y a pas eu de récidive.
Cette dame est morte trois ans après à la suite de phthisie pulmonaire.
OBSERVATION LXXXI. — Squirrhe du sein droit, emploi
DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
Mma L., quarante-cinq ans, blanchisseuse de linge, demeurant à Saint- Josse-ten-Noode, est de constitution robuste, de belle carnation, de tempérament sanguin, et d'une force peu commune.
Cette dame reçut un coup à la partie externe du sein droit, il y a environ un an. Trois mois après elle constata la présence d'une petite tumeur en cet endroit. Elle fit beaucoup de remèdes, dit-elle, mais la tumeur s'est développée quand même et elle prétend que ces remèdes n'y ont absolument rien fait.
Il y a quinze jours, elle remarqua que d'autres petites tumeurs se produisaient du côté de l'aisselle. Elle s'en alarma et vint me trouver.
Le 27 avril 1874, après avoir constaté que la maladie était arrivée à la seconde période, j'appliquai le caustique de Vienne pendant dix minutes, puis la pâte caustique, non-seulement sur le sein, mais encore sur les ganglions engorgés, le long du bord du pectoral et à l'entrée de l'aisselle.
Neuf applications de caustique suffirent. Après la chute de l'eschare, un ganglion nouveau existe au fond de la plaie du côté de l'aisselle. Je le cautérisai. Après l'élimination de l'eschare, un nouveau ganglion se montra au fond de la plaie, je le cautérisai. Après l'élimination de cette dernière eschare, la plaie s'est présentée pure et saine.
La cicatrisation fut rapide.
J'ai revu cette dame en 1875, 1876 et 1877, puis elle a délogé et je l'ai
Ce fait constitue un exemple intéressant d'une tumeur passée récemment de la première à la seconde période de la maladie et cependant beaucoup de ganglions étaient déjà infectés. Il est à peu près certain que si la malade avait attendu un ou deux mois encore, l'infection ganglionnaire eut fait de tels progrès qu'il eût été impossible de l'atteindre.
Que d'embarras et de catastrophes on éviterait, si l'on était assez prudent d'opérer avant ce transport de la maladie aux ganglions axillaires.
Il n'y a pas d'obscurité, il n'y a qu'ignorance.
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OBSERVATIONS
OBSERVATION LXXXII. — Tumeur squirrheuse du sein droit, emploi des caustiques; récidive, cautérisation nouvelle, seconde récidive, guérison.
Mme veuve L., soixante ans, rentière, demeurant à Namur. Cette dame, de constitution chétive, n'a eu qu'un enfant qui est accidenté.
Il y a six mois environ, cette dame s'aperçut qu'une tumeur s'était développée à la partie externe du sein droit. Elle consulta, subit divers traitements, et la tumeur continua à se développer quand même.
Lorsque cette dame est venue chez moi, la tumeur avait 8 centimètres de diamètre transversal, 5 de diamètre vertical, 4 d'épaisseur, et présentait tous les caractères du squirrhe.
Il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire; néanmoins l'irrégularité de la circonférence de la tumeur est de nature à faire supposer qu'elle est dans la période de propagation.
Le i3 mai 1874, application des caustiques, six applications suffirent. Les caustiques furent très bien supportés. L'appétit, le sommeil, l'état général ne subirent qu'un léger dérangement. Cette dame est blonde et maigre, d'un tempérament lymphatique; ces natures supportent mieux les caustiques que les natures nerveuses et impressionnables.
Le 25, chute de l'eschare, réunion, l'adhésion ne fut que partielle. Le reste se cicatrisa assez lentement. Le 25 juin la cicatrisation étant terminée, cette dame retourna chez elle.
Le ier août 1875, elle se présenta de nouveau avec une petite tumeur comme une noisette, située au-dessus de la cicatrice vers l'aisselle; cette récidive prouve que la tumeur se trouvait dans la période d'extension lors de la première opération.
Trois applications suffirent pour détruire cette petite tumeur. Il ne se présenta rien de particulier.
La cicatrisation marcha rapidement.
En 1877, nouvelle récidive, une tumeur comme un haricot s'était manifestée cette fois un peu au-dessous de la cicatrice. Je la cautérisai. Après la chute de l'eschare, la cicatrisation se fit sans entraves. Il n'y eut plus de récidive. Cette dame mourut à la fin de 1879, à la suite d'une maladie aiguë qui l'emporta en quelques jours et qu'on n'a pas su me désigner.
Ce cas est très intéressant, il nous montre une tumeur cancéreuse de huit à neuf mois de durée qui avait infecté les tissus voisins sans avoir atteint les ganglions de l'aisselle.
La prédominance du système lymphatique chez cette dame explique la rapidité relative de la propagation du mal.
Il nous montre en outre combien il est facile, au moyen des caustiques, de détruire, dès leur origine, ces petites tumeurs récidivées.
OBSERVATIONS
OBSERVATION LXXXIII. — Large ulcère cancéreux a la fesse, opéré
DEUX FOIS SANS SUCCÈS AU MOYEN DU BISTOURI , EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON.
Mm8 P., quarante ans, demeurant à Rochefort, constitution robuste, mais un peu affaiblie par la maladie, porte un large ulcère cancéreux à la fesse droite précisément à l'endroit où repose le corps dans l'attitude assise.
En 1873 cette dame a été opérée par le bistouri, on a enlevé les bords et le fond de la tumeur ulcérée. Il y eut récidive immédiate, c'est-à-dire qu'il n'y eut pas même un commencement de cicatrisation. Au mois de juillet nouvelle opération, même résultat, il n'y eut pas de tendance à la cicatrisation.
On fit subir à cette dame un grand nombre de traitements; inutile de dire qu'aucun n'aboutit.
Lorsque je vis la malade pour la première fois le 7 août 1874, appelé par M. le Dr Crépin de Rochefort et un confrère de Louvain, je constatai l'existence d'un large ulcère cancéreux d'environ i5 centimètres de diamètre à fond grisâtre et dur, à bords taillés à pic, tuméfiés, irréguliers, à suppuration caractéristique et à odeur spécifique. Au-dessus de l'ulcère la peau présente une rougeur livide de 2 et demi à 3 centimètres de largeur, c'est de ce côté que l'ulcère s'étend et il marche assez rapidement.
La santé de cette dame a considérablement souffert et des opérations et du séjour au lit, car depuis cinq mois elle ne le quitte pas, puisqu'elle ne sait ni marcher ni s'asseoir. Les fonctions digestives se font mal, aussi a-t-elle maigri considérablement. Le teint est jaunâtre, on aurait pu croire à un état cachectique.
Le 7 août 1874, première application de la pâte caustique, le lendemain M. Crépin fait une application. Je retourne à Rochefort le 9, j'enlève une partie de l'eschare et réapplique le caustique.
Le 10, M. Crépin fait une application.
Le 1 1 et le i3, j'enlève une couche de l'eschare et réapplique le caustique.
Le 12 et le 14, M. Crépin fait l'application.
En tout huit applications de cinq à six heures de durée.
Le 20, chute de l'eschare, j'y retourne le 21, l'ulcère cancéreux a fait place à une plaie simple très belle et très nette, réunion partielle au moyen de bandelettes collodionnées. Il restait entre les bords de la plaie un espace de 5 à 6 centimètres.
La plaie se cicatrisa lentement à cause des mouvements que nous avons dû prescrire à la malade pour rétablir sa santé. Les forces et la vigueur revinrent assez rapidement, de telle sorte que le ier octobre cette dame était complètement rétablie.
La guérison ne s'est pas démentie depuis.
Cette dame vint me voir à Bruxelles au printemps de 1875, la cicatrice était belle et solide, elle s'asseyait et marchait sans la moindre douleur, son embon-
OBSERVATIONS
point, ses forces et ses belles couleurs étaient revenues ; seulement, les tortures qu'elle avait subies en se sentant dévorée par le cancer, contre lequel venaient échouer opérations et remèdes, avait fait blanchir ses beaux cheveux noirs.
Voilà un cas où il serait difficile de nier la supériorité des caustiques sur le bistouri. Les deux opérations par l'instrument tranchant ont été pratiquées d'une manière très correcte et cependant il n'y eut pas même un commencement de cicatrisation ; ceci confirme ce que j'ai déjà dit : que le bistouri n'est pas le remède qui convient à ces sortes d'affections, il leur faut un modificateur puissant et en même temps un caustique qui détruise complètement les tissus malades. Ma pâte caustique remplit parfaitement ces indications.
OBSERVATION LXXXTV. — Cancer de la langue, première période,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUERISON
Mme veuve G., quarante-sept ans, demeurant à Turnhout, femme faible, d'un tempérament lymphatique et très pusillanime. Depuis deux ans environ, elle a constaté l'existence d'une petite tumeur, au côté droit de la langue et au niveau du frein. Cette tumeur a augmenté progressivement et a acquis le volume d'une petite noisette, ce qui la gêne beaucoup poui parler et pour mastiquer les aliments. Elle y éprouve de légères douleurs lancinantes. La tumeur est très dure et bosselée.
Diagnostic : squirrhe de la langue, première période.
Le 28 septembre 1874, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique ; ce qui se pratique en entourant la tumeur d'une couche épaisse de charpie, laissant à découvert la partie qui doit être cautérisée par le caustique de Vienne, après cette première opération on applique la pâte caustique qu'on recouvre d'une couche épaisse de charpie afin d'empêcher le contact de la salive.
Pour détruire entièrement cette petite tumeur, il a fallu neuf applications de pâte caustique, parce que la malade ne pouvait conserver le caustique que deux ou trois heures.
Chute de l'eschare le 14 octobre, la plaie est très belle, la malade retourne chez elle.
Elle est revenue le 25, la plaie était presque cicatrisée. J'ai revu cette dame un an après, la guérison se maintenait, la cicatrice est solide et en très bon état.
La patiente n'est plus revenue; j'ai appris qu'elle est complètement guérie.
OBSERVATIONS
OBSERVATION LXXXV. — Petite tumeur cancéreuse du sein droit, puis