‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 84 sur 158 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

TRAITEMENT DU CANCER

Toutes les investigations, toutes les recherches scientifiques, toutes les observations cliniques, tous les efforts enfin des médecins praticiens, doivent avoir pour but, pour objectif, pour raison ultime, la guérison des maladies.

Les affections les plus rebelles sont naturellement celles contre lesquelles on a dirigé et préconisé le plus grand nombre de remèdes. Le cancer est de ce nombre ; il résiste généralement aux agents les plus actifs de la thérapeutique, c'est contre lui qu'on a expérimenté le plus de médications. Faut-il en faire l'énumération ? Ce serait passer en revue presque toute la matière médicale et, à vrai dire, je n'y vois pas grande utilité. Cependant, comme j'ai employé dans ma pratique privée, les principaux agents qui ont été recommandés contre cette maladie, et que j'en ai vu employer beaucoup, il ne sera peut-être pas complètement superflu de les examiner rapidement, ne fût-ce que pour faire connaître aux jeunes médecins qui seraient tentés de les employer, ou à ceux qui voudraient se livrer à de nouveaux essais, ce qu'ils peuvent légitimement en attendre.

Le peu de confiance qu'on accorde aujourd'hui aux opérations sanglantes et le peu d'efficacité des agents médicamenteux conseillés contre le cancer ont eu pour conséquence de porter beaucoup de médecins, et particulièrement ceux de l'École de Paris, à s'abstenir, en ce qui concerne le cancer, de toute médication, et cette abstention a même été, en quelque

sorte, érigée en méthode : la méthode expectante ou l'absence de tout traitement.

Les partisans de l'expectation n'admettent ni l'utilité ni l'opportunité de l'intervention chirurgicale. Ils n'admettent pas davantage l'utilité des agents médicamenteux dans le traitement des tumeurs squirrheuses récentes.

Il en résulte que, d'une part, ils ne veulent pas exposer les malades aux dangers de l'opération sanglante, et, d'autre part, ils ne veulent pas compromettre leur santé par l'usage abusif et intempestif des remèdes.

Il est vrai que, considérant les quelques statistiques assez imparfaites que nous possédons concernant l'instrument tranchant, on ne saurait blâmer les partisans du far niente, d'y renoncer définitivement; mais il n'en serait plus de même, si l'on examinait la question au point de vue des caustiques, attendu qu'ils n'exposent à aucun danger et que l'utilité de leur intervention ne peut être contestée. Ici il y aurait négligence coupable à les écarter, à les exclure, car enfin, je conçois que l'on renonce à une opération à cause des dangers qu'elle présente, des accidents qui en résultent souvent, surtout si elle ne procure ni compensations suffisantes ni bénéfices réels; mais lorsqu'un procédé opératoire ne récèle ni accidents, ni périls, que d'autre part il présente des avantages incontestables, lors même qu'il ne guérit pas, l'abstention n'est plus permise.

Si l'expectation n'entraînait à sa suite aucune conséquence fâcheuse, on pourrait la tolérer, mais chacun sait que, dans les affections cancéreuses, l'expectation c'est la mort, et, pour le plus grand nombre, la mort à bref délai, et quelle mort, la mort avec un cortège effrayant de tourments et de tortures ; tandis que l'opération par les caustiques, si elle ne guérit pas toujours, constitue au moins un bienfait, un bénéfice incontestable : elle rend les derniers moments, les derniers mois de la vie moins pénibles; en un mot, elle constitue dans tous les cas un soulagement réel. N'eût-elle que ces avantages, il y aurait encore lieu de la pratiquer, surtout qu'elle ne porte aucun préjudice au malade, qu'elle ne l'expose à aucun danger.

L'expectation n'est donc pas applicable au cancer, on ne

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peut rester inactif devant une affection qui revêt une marche essentiellement envahissante, qui ne s'arrête qu'après avoir accompli son œuvre de destruction.

Vice primitivement local, dit Velpeau, le cancer ne peut point être laissé au sein des organes sans une imprudence extrême. Comment ne pas être effrayé à l'idée que les éléments intimes de la tumeur peuvent d'un instant à l'autre passer dans le sytème circulatoire et empoisonner tout l'organisme? Comment ne pas craindre que cette tumeur, encore unique, devienne bientôt le germe de tumeurs semblables autour d'elle, dans une atmosphère dont il est impossible de mesuser les rayons? Qui ne frémit à la pensée de voir ainsi se généraliser une maladie qu'on aurait pu facilement enlever d'abord, et qui une fois échappée de son foyer primordial, ne fait plus grâce à personne, ne peut plus être atteinte ni par la médecine ni par la chirurgie.

Je sais que beaucoup de praticiens ne sont pas de cet avis, c'est pourquoi j'ai voulu rappeler à leur souvenir et livrer de nouveau à leurs méditations ces mémorables et véridiques paroles du clinicien le plus illustre et le plus expérimenté de son temps en cette matière. Les praticiens, en général, croient qu'il faut tenter diverses médications internes et externes, avant de procéder à une opération radicale. Ce sont les anciens errements qui se sont propagés jusqu'à notre époque et d'après lesquels l'opération ne doit être pratiquée qu'en désespoir de cause, qu'après avoir épuisé toutes les ressources de la thérapeutique résolutive. Hélas, c'est cette pratique erronée et pleine de dangers, généralement encore suivie aujourd'hui, qui, indépendamment de la malignité de l'affection, constitue la cause principale des récidives et de l'incurabilité.

Ces essais, ces tâtonnements et aussi ces hésitations, ces ajournements étaient peut-être permis autrefois, mais comme le dit Broca, depuis qu'on a appris à distinguer, non-seulement par les caractères anatomiques, mais encore par les caractères cliniques, beaucoup de tumeurs qui furent longtemps réputées cancéreuses, on a pu se convaincre que la plupart des succès attribués aux remèdes internes s'expliquaient par la nature non cancéreuse des tumeurs. C'est

donc avant tout une question de diagnostic. Si la tumeur est positivement cancéreuse, dit Velpeau, à quoi servirait de lutter contre elle? Il est établi qu'aucune médication connue ne peut en triompher, pas plus lorsqu'elle est petite ou nouvelle, qu'aux dernières limites de son développement. J'insiste sur ce fait, continue Velpeau, il faut que les médecins sachent, une fois pour toutes, que le cancer, le véritable cancer est réfractaire de tous points, réfractaire aux topiques comme aux remèdes internes vantés contre lui jusqu'à présent. La seule ressource à tenter, quand un cancer existe, c'est de l'enlever ou de le détruire, et cela le plus tôt possible. Temporiser alors, c'est exposer la malade aux plus redoutables accidents.

L'opération pratiquée de bonne heure, soit par l'instrument tranchant, soit par les caustiques, est donc le seul moyen curatif du cancer, mais pour justifier l'opération, il faut avoir acquis la conviction que la tumeur qu'il s'agit d'extirper ou de détruire est réellement cancéreuse ; or, dans les cas naissants, il pourrait se faire que le diagnostic ne fût pas facile, et en agissant précipitamment on serait exposé à opérer une tumeur bénigne au lieu d'une tumeur cancéreuse.

Le célèbre Vacher rapporte qu'un de ces opérateurs intrépides qui se font une grande réputation en extirpant des tumeurs bénignes, jeta un jour l'alarme parmi les femmes de Besançon ; presque toutes finirent par trouver dans leur sein des duretés que leurs attouchements réitérés y avaient fait naître; beaucoup d'entre elles se soumirent à une opération inutile ; les autres, plus sages, virent disparaître spontanément leurs prétendus squirrhes, en suivant les conseils de Vacher, qui eut soin de calmer leur imagination et de les faire renoncer à des perquisitions aussi nuisibles que superflues.

Dans les cas de l'espèce, l'incertitude et l'hésitation ne peuvent pas être de longue durée; en suivant attentivement la marche de la maladie, en en étudiant les symptômes, il ne se passera pas un mois sans qu'on ait une conviction arrêtée, et le squirrhe reste localisé environ six mois en moyenne, de sorte qu'on a le temps d'établir exactement le diagnostic.

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S'il arrivait, par impossible, que l'on opérât une tumeur bénigne pour une tumeur maligne, le mal ne serait pas bien grand, si l'on opère au moyen des caustiques qui sont d'une innocuité absolue. Mais si l'opération devait être pratiquée au moyen du bistouri, qui expose à des dangers réels, il y aurait lieu d'hésiter.

Parmi les tumeurs bénignes qui peuvent simuler le cancer au début, on a rangé d'abord : les kystes, les corps fibreux, les fibro-cartilages, les engorgements sympathiques des irrégularités ou de la suppression de la menstruation, les engorgements inflammatoires chroniques , les indurations , les hypertrophies , les tumeurs lymphatiques , scrofuleuses , dartreuses, etc.

Velpeau a multiplié considérablement les tumeurs bénignes, comme le prouve l'énumération suivante : l'adénite mammaire, l'engorgement laiteux, l'engorgement inflammatoire , les engorgements indolents , l'engorgement simple , l'hypostatique , le symptomatique , les tumeurs concrètes ou solides , les lipomes , les tumeurs hypertrophiques , les tumeurs adénoïdes. Les tumeurs par induration du tissu mammaire, l'induration simple, l'induration avec gonflement subaigu, l'induration chronique, les tumeurs névromatiques et les nodosités. Les tumeurs imaginaires, les tumeurs lymphatiques , les ostéïdes , les tumeurs laiteuses ou galactocèles, les tubercules, les kystes.

M. Labbé y met beaucoup plus de réserve, il admet seulement comme tumeurs bénignes : les kystes, les fibromes, l'hypertrophie générale de la glande mammaire, les sarcomes du sein, les myxomes et les épithéliomes intra-canaliculaires de la glande mammaire, les tumeurs dites adénoïdes du sein, les tumeurs scrofuleuses mammaires, les lipomes, la gomme syphilitique, les kystes hématiques, le galactocèle.

Je n'entreprendrai pas d'établir le diagnostic différentiel de ces diverses affections et du cancer du sein ; je dirai seulement qu'il faudrait être doué d'une dose énorme de distraction, d'inattention et d'inexpérience pour confondre le cancer avec l'engorgement simple ou inflammatoire, l'engorgement laiteux, le lipome, etc., tandis que les caractères du cancer sont très acceatués.

Ainsi donc, une tumeur qui survient sans cause connue ou longtemps après une violence externe, qui augmente progressivement malgré les traitements les plus énergiques, une tumeur dure, de forme irrégulière, présentant une surface inégale, bosselée, affectant une marche chronique, une tumeur indolente d'abord, qui dans la suite devient le siège de douleurs lancinantes, dont la fréquence et l'intensité augmentent progressivement. On a voulu diminuer la valeur de ce symptôme, en disant, avec raison, que ces douleurs se manifestent également dans d'autres tumeurs; c'est vrai, mais alors elles ne présentent ni la fréquence, ni l'intensité, ni la marche ascendante qu'elles offrent dans le cancer. Une tumeur qui contracte des adhérences avec la peau et les parties environnantes, une tumeur dure, résistante, non élastique, une tumeur insensible à la pression du doigt. Une tumeur du sein dont le mamelon est fortement rétracté et déformé, tandis que dans les tumeurs adénoïdes, le mamelon se retourne comme un doigt de gant, une tumeur qui infecte les ganglions voisins, qui est peu mobile et dont le contour n'est pas nettement tranché, comme celui des adénoïdes en particulier, et des tumeurs bénignes en général. Une tumeur qui souvent présente des nodules néoplasiques soit dans l'épaisseur de la peau , soit dans l'épaisseur de la glande mammaire , une tumeur qui repullule après l'extirpation par l'instrument tranchant, une telle tumeur est manifestement de nature cancéreuse, les caractères qu'elle présente ne peuvent avoir aucune analogie avec ceux des tumeurs bénignes dont nous avons fait l'énumération.

Pour Lebert, Broca et leur école, la diathèse cancéreuse joue le rôle principal dans les affections de l'espèce, non-seulement on lui attribue la manifestation locale, mais encore la récidive, ainsi que l'incurabilité du cancer.

Je ne suis pas de ces optimistes, dit Broca, qui pensent que la nature a dû nécessairement placer le remède à côté du mal, et créer une plante ou un minéral particulier, en prévision de chacune de nos maladies ; mais en théorie il ne me semble nullement impossible qu'il y ait une ou plusieurs substances capables de guérir le cancer, ou du moins la diathèse cancéreuse.

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Ce serait curieux vraiment de voir administrer des remèdes contre la diathèse préexistante, contre un mot qui ne représente rien, contre une hypothèse, une abstraction, une supposition gratuite, dont aucun signe ne dénote l'existence, une chose qui n'existe que dans l'imagination des théoriciens. Je me demande quels remèdes on pourrait bien adresser à cette mystérieuse inconnue? Surtout que l'histoire de l'art et l'expérimentation clinique nous enseignent que les remèdes internes capables de guérir le cancer et subsidiairement la diathèse cancéreuse sont encore à découvrir.

Si l'on pouvait apprécier les conditions dans lesquelles le cancer se produit, peut-être dans cet ordre d'idées pourrait-on arriver à des résultats pratiques? Ce qui pourrait le faire croire, c'est que le cancer est extrêmement rare chez certaines peuplades primitives : il faudrait rechercher quelles sont les causes de cette immunité, ce qui se fera indubitablement lorsque la civilisation pénétrera plus largement dans ces contrées.

La diathèse cancéreuse a remplacé le levain cancéreux et le virus cancéreux des anciens. Aujourd'hui, pour prévenir la récidive du cancer, on propose de combattre la diathèse par des moyens internes. Pour conjurer la récidive, les anciens non-seulement administraient des remèdes à l'intérieur, mais ils ouvraient des cautères aux quatre membres, afin de donner issue au levain cancéreux, et l'empêcher de former de nouvelles tumeurs. C'était dans un but semblable que ces mêmes chirurgiens recommandaient de ne pas procéder à la réunion immédiate de la plaie, cherchant à la faire suppurer bien longtemps, au point que Ledran père entretenait un cautère au centre même de la cicatrice avant qu'elle fût achevée, et s'il ne réussissait pas comme il arrivait souvent , c'était lorsque ces cautères se fermaient malgré lui.

On trouve dans les auteurs de la dernière moitié du siècle passé beaucoup d'histoires de cette espèce, mais elles présentent peu d'intérêt. C'est ainsi qu'on a prétendu que les individus porteurs d'ulcères chroniques à la jambe étaient rarement atteints de cancers. Broca répond à cela qu'il a vu deux fois l'épithéliome succéder à de vieux ulcères de la jambe et une autre fois un polyadènome ulcéré de la main survenir

chez un individu atteint depuis trente ans d'ulcères à la jambe. De tels faits ne doivent pas être rares; pour mon compte j'en ai vu plusieurs. En ce moment encore je donne des soins à un malade atteint d'ulcères à la partie postérieure de la jambe depuis environ vingt-cinq ans. Il y a quelques mois, ces ulcères prirent une extension inaccoutumée. M. le docteur Jacobs qui donnait des soins au malade me fit appeler et nous constatâmes l'existence d'un véritable épithéliome s'étendant depuis le talon jusqu'à la partie inférieure de la cuisse et comprenant en largeur à peu près la moitié postérieure de la jambe. Depuis trois ou quatre mois, cette vaste ulcération, restée longtemps stationnaire, s'était étendue vers le haut de plus d'un tiers et commençait à envahir la cuisse. Il y avait de vastes indurations et un bourgeonnement exubérant. M. Jacobs me présenta cet ulcère comme constituant un épithéliome envahissant rapidement les tissus voisins et selon lui il était temps d'en arrêter les progrès. Je partageai sa manière de voir et lui dis que j'y constatais, en effet, tous les caractères de l'épithéliome. Pour guérir cet ulcère devenu épithélial, il faut le réduire à l'état de plaie simple en détruisant, au moyen des caustiques, tout le tissu malade. C'est ce qui fut fait.

Pendant ces vingt-cinq années de souffrances, ce malade a été l'objet d'un grand nombre de traitements, entre autres une immobilisation du membre, au moyen d'un bandage amidonné, pendant toute une année. Ce bandage amidonné fut appliqué avec une maladresse et une incurie telles que le pied est resté dans l'extension forcée pendant tout ce temps, de sorte que lorsqu'on enleva le bandage , la flexion était devenue impossible; le malade marche sur la pointe du pied.

Traitement préservatif. Les chirurgiens qui admettent la dégénérescence des tumeurs ont établi un traitement préservatif du cancer ; il consiste à combattre par des moyens spéciaux certaines tumeurs ou engorgements qui ne sont point cancéreux, mais qui peuvent le devenir.

La dégénérescence des tumeurs bénignes en tumeurs malignes n'est plus admise aujourd'hui que par un petit nombre de praticiens. Ceux qui ont eu l'occasion d'observer des engorgements chroniques dégénérer en cancers admettent

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les dégénérescences; ceux qui n'en ont point observé les contestent. La conséquence logique qui découle de cet état de choses, c'est que la question réclame de nouvelles études. A priori on se demande pourquoi le cancer ne pourrait pas se déclarer dans un engorgement glandulaire chronique, aussi bien que dans une glande saine? Il semblerait même, de prime abord, qu'il dût se déclarer de préférence dans des tissus déjà malades.

J'ai vu positivement des tumeurs bénignes dégénérer en tumeurs malignes ou plus exactement le cancer se déclarer dans des tumeurs manifestement bénignes. J'ai vu un cancer succéder sur place à l'extirpation d'une tumeur de bonne nature. J'ai vu une glande voisine d'une tumeur bénigne ancienne devenir immédiatement cancéreuse après l'ablation de cette tumeur.

Quoi qu'il en soit, la théorie n'a rien à voir ici. Les faits seuls peuvent donner une solution à ce singulier problème qui, semble-t-il, devrait être résolu depuis longtemps.

Traitement palliatif. En quoi consiste le traitement palliatif? Lorsqu'on ne peut opérer, soit que le malade ne veuille pas se soumettre à l'opération, soit que les progrès du mal ne permettent plus au chirurgien d'intervenir activement, soit pour toute autre cause, la médecine peut faire beaucoup encore pour les infortunés cancéreux, elle peut les soulager, calmer leurs souffrances et adoucir les derniers moments de la vie. Les moyens thérapeutiques destinés à satisfaire à ces indications constituent le traitement palliatif. Ces moyens sont de différentes espèces : contre l'élément -douleur on emploie l'opium et ses dérivés, soit à l'intérieur, soit en topiques, et le plus souvent en injections sous-cutanées.

Pour l'usage interne comme pour les injections hypodermiques, il n'est pas tout à fait indifférent de recourir à l'une ou à l'autre de ces préparations. C'est ainsi que l'acétate de morphine occasionne quelquefois des accidents, même à des doses très minimes ; dans tous les cas il est bon de commencer par des doses très fractionnées, pour tâter en quelque sorte Timpressionnabilité du malade, car les susceptibilités individuelles varient à l'infini.

Pour les injections hypodermiques je donne la préférence

au chlorhydrate de morphine en commençant par un demi ou un milligramme par gramme d'eau distillée.

Lorsqu'il s'agit d'administrer les opiacés à l'intérieur, on peut employer les sels de morphine ou mieux l'extrait d'opium, mais il faut de temps en temps changer de préparation, car le corps s'habitue à l'action d'un même remède, ou il faut augmenter les doses progressivement, ce qui présente des inconvénients.

D'autres préparations peuvent encore être employées comme remèdes internes : la ciguë ou la conicine, la jusquiame, la belladone, etc. On emploie aussi ces moyens à l'extérieur en frictions, dans les douleurs névralgiques et musculaires : le baume tranquille, celui de Fioraventi, le laudanum liquide de Sydenham, le chloroforme, le chloral, l'iodoforme, la teinture éthérée de belladone, etc. Les douleurs du tronc et des membres sont souvent combattues avec succès par des révulsifs puissants, les Rigollots, les vésicatoires et surtout l'emplâtre de poix de Bourgogne saupoudré de tartre stibié.

Beaucoup d'autres moyens sont employés comme palliatifs : les cataplasmes émollients (à ce propos je recommande la farine de lin que j'ai fait préparer pour mes opérations : on prend la graine de lin de la dernière récolte et de toute première qualité, on la fait moudre et non piler, on y ajoute un quart ou un tiers de farine de guimauve). On obtient un bon cataplasme en y ajoutant la quantité nécessaire d'eau chaude et en faisant bouillir huit à dix minutes; pour combattre une douleur aiguë on asperge le cataplasme de trente, quarante, cinquante gouttes de laudanum liquide de Sydenham.

On se trouve souvent dans la nécessité d'intervenir plus activement encore ; par exemple, en cas d'hémorrhagies réitérées on cautérise profondément avec un caustique coagulant. La nécessité de cautériser se présente encore lorsqu'il se forme, dans une masse végétante, un ichor fétide qui empoisonne le malade, la cautérisation des bourgeons exubérants détruit cet ichor nuisible. Ma pâte caustique remplit très bien cet office.

Quelquefois il est nécessaire de faire soutenir par un ban-

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dage ou un appareil approprié, une tumeur volumineuse qui incommode le malade par son poids.

Quelques praticiens ont conseillé le régime lacté, le régime végétal, le cura famis. Cependant si l'on songe que la période d'infection est accompagnée d'une diminution notable de la masse du sang et d'une diminution considérable de la quantité relative des globules, on considérera, au contraire, le régime animal comme plus rationnel et plus utile.

Selon Broca, la seule médication qui retarde la marche des tumeurs cancéreuses inopérables, c'est la médication alcaline (bi-carbonate de soude ou de potasse, 2 à 4 grammes par jour). Mais je suis trop en garde, dit-il, contre les illusions thérapeutiques, pour oser rien affirmer à cet égard.

Il y a quelques années Arnott a préconisé l'application de mélanges réfrigérants ; cette méthode avait même la prétention d'être curative; je ne crois pas qu'elle ait tenu sa promesse. Mais la réfrigération obtenue par de simples applications de glace, peut calmer les douleurs, au moins pour un certain temps.

On a proposé également les douches d'acide carbonique pour les tumeurs ulcérées ; en dirigeant un jet d'acide carbonique sur l'a surface de la plaie, on peut obtenir un grand soulagement qui peut persister toute une journée. J'ai employé ce moyen sans succès.

Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, il est connu de tous les praticiens et je n'ai pas de remèdes spéciaux à proposer pour remplir les indications qui se présentent dans les cas de l'espèce.

Traitement médical. Les anciens croyaient à la possibilité de guérir les affections carcinomateuses par des agents médicamenteux ; il est vrai que c'était à des époques où l'on confondait certaines tumeurs avec le cancer, les tumeurs bénignes avec les tumeurs malignes : par exemple, les hypertrophies, les indurations, les engorgements lymphatiques, scrofuleux, dartreux, tuberculeux, syphilitiques, les fibromes, lesenchondromes, les ostéomes, les exostoses, et surtout les tumeurs dites adénoïdes du sein.

Lorsqu'on parvenait à dissoudre ces tumeurs bénignes, on ne manquait pas d'annoncer qu'on avait guéri un cancer.

C'est ainsi que l'on trouve dans Lisfranc, Clinique chirurgicale, cette assertion phénoménale : que l'application fréquemment réitérée de sangsues peut faire disparaître des engorgements squirrheux de la mamelle. Il est de toute évidence pour nous que Lisfranc s'est étrangement trompé.

Quelques années après les idées se sont complètement modifiées; c'est ainsi qu'en 1812, Bayleet Cayol (Dicl. des sciences médicales, article Cancer), déclaraient catégoriquement que l'incurabilité est le caractère le plus constant, le plus général des maladies cancéreuses. Qu'il suffise de dire ici que les remèdes sont complètement inefficaces dans le traitement du cancer des mamelles. Quant aux remèdes locaux ou topiques, ajoutent-ils, ils ne sont pas seulement inutiles, mais presque toujours nuisibles, si l'on excepte les applications sédatives, employées comme moyen palliatif.

Aussi les plus habiles praticiens de tous les temps ont-ils expressément recommandé de n'employer aucun topique sur les squirrhes confirmés, lors même qu'ils sont encore indolents. Vacher insiste particulièrement sur ce précepte. Le seul moyen de nous délivrer d'une maladie incurable, selon Bayle et Cayol, c'est de retrancher du corps la partie qui en est affectée. C'est à cela que se réduit, à proprement parler, toute la thérapeutique du cancer des mamelles. Mais presque toujours le cancer se reproduit, soit sur place, soit dans quelque autre partie du corps, et sa marche est presque toujours beaucoup plus rapide qu'elle ne l'était primitivement.

Frappés de ces terribles résultats, plusieurs médecins célèbres ont conseillé de ne jamais entreprendre l'extirpation du cancer.

Il n'est pas exact de dire qu'après la récidive, le cancer marche plus rapidement qu'avant l'opération. On trouvera dans ma statistique un certain nombre d'observations de cancers guéris après une première, une deuxième, une troisième et même une quatrième récidive, soit que les premières opérations aient été pratiquées à l'aide de l'instrument tranchant, soit au moyen des caustiques.

Au reste, quand il y a récidive et que le mal fait de grands progrès, est-ce à dire que cette marche rapide dépende de l'opération? Nullement, car parmi les récidives il en est qui

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affectent une marche lente, d'autres une marche rapide, toutes les conditions peuvent se présenter; cela prouve que l'opération n'a pas une grande influence sur la marche ultérieure de la maladie, mais que le phénomène dont il est question tient au degré de malignité du cancer et que cette plus ou moins grande malignité dépend de la constitution du sujet, du plus ou moins de résistance qu'il présente, du tempérament, de la force physique, de l'état des organes essentiels à la vie, du degré d'embonpoint, des conditions hygiéniques dans lesquelles le malade se trouve, etc., bien plus que de l'opération. Puis il y a à considérer que lorsque la récidive se produit, la maladie a quelques mois de plus de durée et que généralement elle présente, à une époque plus avancée, une marche plus rapide.

Lebert n'hésite pas à déclarer que les fondants et les antiphlogistiques n'ont aucune prise sur les tumeurs cancéreuses.

Selon moi, l'emploi des agents médicamenteux ne peut se justifier qu'au début d'une tumeur, alors qu'il n'est pas toujours possible d'établir un diagnostic exact; mais du moment où le cancer est constaté, je partage entièrement la manière de voir de Lebert ; il est parfaitement inutile et superflu de lui opposer des fondants et des résolutifs; ces remèdes, n'ayant aucune espèce d'influence sur sa marche et son développement, sont complètement inutiles et souvent nuisibles.

Je dis donc que l'incertitude ou le doute ne justifie pas l'inaction. Au début d'une tumeur dont le caractère n'est pas bien déterminé , il est opportun de recourir aux remèdes indiqués dans l'occurrence, mais dès que le cancer est confirmé, il ne reste plus qu'à débarrasser l'économie de cet ennemi mortel.

On n'a donc, en réalité, qu'à choisir entre le traitement chirurgical : l'opération, et le traitement palliatif médical sans opération.

Nous n'hésitons pas à déclarer, dit Lebert, contrairement à l'opinion de la plupart des chirurgiens, que cette dernière manière de traiter le cancer de la mamelle doit être la règle, et l'opération l'exception.

Si Lebert avait pu connaître les avantages immenses qu'offre la méthode cautérisante, il se serait sans doute formé

une tout autre idée de l'efficacité de la destruction des tumeurs malignes.

Pourquoi Lebert rejette-t-il l'opération sanglante et adoptet-il le traitement palliatif qui ne laisse aucun espoir de guérison? C'est parce qu'il sait que l'opération par l'instrument tranchant réussit rarement et ne convient nullement au cancer.

La pensée de Lebert va plus loin et je partage son opinion à cet égard, c'est que l'opération sanglante abrège les jours des malades : en effet, si l'on prend un nombre déterminé de malades, vingt ou trente, par exemple, opérées et non-opérées se trouvant à peu près dans les mêmes conditions, il est de toute probabilité que les opérées donneront au total un nombre de jours d'existence beaucoup moindre que les nonopérées. On peut donc dire que l'opération sanglante abrège les jours des malades et cela parce qu'une opérée sur quatre meurt des suites immédiates de l'opération. Cette opération est donc contraire aux intérêts bien entendus des malades et doit être condamnée. Cependant on pourrait demander à Lebert si le traitement palliatif auquel il donne la préférence, présente des avantages particuliers, aboutit à des résultats plus favorables? Hélas, non, le traitement palliatif ne guérit pas, il se peut qu'il éloigne quelquefois le terme fatal, mais il y conduit infailliblement.

Ainsi donc, selon Lebert (p. 36i), l'opération par l'instrument tranchant ne constitue qu'une ressource incertaine, et cependant, Lebert conseille de pratiquer l'opération dans certains cas qu'il spécifie.

Voilà à quoi se réduit toute la thérapeutique de Lebert, il n'a que des palliatifs à opposer au cancer. Il se trouvait donc réduit à une impuissance absolue.

Eh bien non, les caustiques viennent combler la lacune, les caustiques constituent un moyen de guérison et c'est le traitement qui convient au cancer; un traitement d'une innocuité absolue, un traitement qui ne fait pas de victimes; que ses détracteurs le traitent avec respect, car ils devront l'adopter malgré eux ou s'abstenir. Tout ce que j'avance, je le prouve par des faits, des faits authentiques que nul ne peut récuser; de plus, je m'offre à l'expérimenter, à en donner la

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preuve tous les jours, à tout instant à ceux qui voudraient être convaincus.

Si les caustiques ne se sont pas jusqu'ici substitués au bistouri, c'est que la méthode, le procédé, le mode d'application était primitif, essentiellement défectueux, peu pratique enfin.

Les anciens avec le fer rougi à blanc, puis la potasse caustique, Récamier avec le nitrate acide de mercure, Landolfi avec son fameux chlorure de Brome, le frère Corne avec sa pâte arsenicale, Maisonneuve avec ses flèches, Canquoin avec sa pâte caustique au chlorure de zinc, Velpeau avec son caustique sulfuro-safrané, Rivaillié avec l'acide nitrique solidifié, Filhos avec le caustique de Vienne solidifié et renfermé dans des tubes de plomb, n'ont présenté que des moyens peu efficaces et peu pratiques, des procédés qu'on n'adoptait qu'avec appréhension et qui ne répondaient pas à l'attente de l'opérateur.

Comme on le voit, ce ne sont pas les caustiques qui ont fait défaut, on n'a que l'embarras du choix; seulement, tous ne sont pas également avantageux, et quelques-uns présentent de grands inconvénients. Mais ce qui a toujours laissé à désirer, ce qui a discrédité ces précieux agents, c'est la méthode, c'est le mode d'emploi, c'est le procédé opératoire.

Malgré cet inconvénient, les caustiques ont toujours été hautement appréciés par ceux qui en ont étudié les propriétés et les avantages, par les praticiens qui, renonçant à l'usage, de l'instrument tranchant, les ont adoptés comme méthode générale.

Hippocrate, Celse, Galien, Ccelius Aurelianus, les Arabes, les Arabistes et les chirurgiens de tout le moyen âge ont presque exclusivement employé la cautérisation au moyen du fer rouge, mais ce procédé, malgré les apparences terribles qu'il présente, ne produit que des effets incertains, à moins que la tumeur ne soit pédiculée, mais pour les tumeurs à large base, peu mobiles et rapprochées des côtes, il est difficile de les extirper entièrement au moyen du fer rouge; ce procédé ne peut donc être appliqué convenablement à la destruction des tumeurs.

Au reste, c'est un mode opératoire qui inspire trop de ter-

reur aux malades pour qu'on puisse songer à l'ériger en méthode ; il n'est applicable que dans des cas exceptionnels.

Le thermo-cautère, dont l'action est la même que celle du fer rouge, est employé aujourd'hui pour détruire de petites tumeurs, mais pour les tumeurs cancéreuses et surtout pour les carcinomes volumineux, le thermo-cautère ne constitue pas un procédé facile et efficace, ma méthode lui est infiniment supérieuse, car le thermo-cautère peut difficilement terminer l'extirpation d'une tumeur adhérente ; c'est ainsi qu'après avoir enlevé la tumeur à sa base, par des manœuvres extrêmement laborieuses, il faut détruire la partie adhérente et terminer l'opération au moyen de caustiques. Le thermo-cautère présente les dispositions et le mode d'action du cautère cultellaire ou couteau de feu des anciens ; est-il plus avantageux que ce dernier, je ne le pense pas, mais il a le mérite de la nouveauté.

On en revient donc aux procédés primitifs d'Hippocrate et de Galien; après vingt-trois siècles de recherches, revenir au point de départ, c'est édifiant. Au moins le thermocautère justifie-t-il la préférence qu'on semble lui accorder aujourd'hui? Nullement, la pâte caustique est préférable sous tous les rapports.

Nous disons donc que dans les deux ou trois premiers mois de l'existence fortuite d'une tumeur quelconque, il n'est pas toujours facile d'établir un diagnostic rigoureux. Diverses espèces de tumeurs peuvent s'offrir à l'observation du médecin et ne pas présenter à leur début les symptômes différentiels qui en indiquent l'espèce. C'est dans ces circonstances que souvent il y a lieu d'employer les moyens que la thérapeutique nous fournit. C'est ainsi que l'on peut confondre, dans le principe, l'hypertrophie partielle ou générale de la glande mammaire, les engorgements, les indurations, les tumeurs lymphatiques, scrofuleuses, dartreuses, etc., avec le squirrhe commençant. Il en est de même des kystes, des fibromes, des adénomes, des fibroïdes, des enchondromes, des ostéoïdes, etc.; or, c'est dans ces circonstances que le traitement médical est indiqué.

Les remèdes peuvent avoir une action puissante sur les tumeurs bénignes, tandis qu'ils en ont très peu sur les véri-

TRAITEMENT DU CANCER

tables tumeurs cancéreuses; et si quelques auteurs se sont crus autorisés à en vanter l'efficacité , c'est parce qu'ils les ont employés dans les cas de tumeurs bénignes.

Ce que je viens de dire est relatif à la première moitié de la première période d'une tumeur, c'est-à-dire, si la première période doit, par exemple, durer huit mois, pendant les quatre premiers mois, le diagnostic peut être incertain, mais passé ce temps, les symptômes s'accentuent, se caractérisent, la tumeur maligne augmente, fait des progrès, malgré l'emploi des fondants et des résolutifs ; le doute n'est plus possible, le diagnostic est certain, et à mesure qu'on avance, tous les caractères de la tumeur se dessinent parfaitement.

Nous savons que dans la généralité des cas le cancer est au-dessus des ressources de la thérapeutique; si l'on a affaire à une tumeur cancéreuse, elle suivra la marche régulière de son évolution fatale malgré les moyens employés. Il arrive donc un moment où les caractères du carcinome se manifestent d'une manière évidente et alors il n'y a plus de temps à perdre, il faut détruire ce cancer, sinon ce cancer détruira le malade.

Il faut opérer sans retard, parce que si la seconde période, ou période de propagation, se déclare, les chances de succès diminuent au moins de moitié, et les récidives deviennent infiniment plus fréquentes.

Il faut opérer par les caustiques et par ma méthode parce que les caustiques, comme je les emploie, sont d'une innocuité parfaite, tandis que le bistouri est toujours dangereux.

Si je préconise ma méthode, c'est parce qu'elle est plus rationnelle, plus facile, plus pratique, plus sûre et moins douloureuse que les autres méthodes cautérisantes.

Les auteurs, les praticiens qui ont donné le conseil de ne pas opérer le cancer, de l'abandonner aux seules ressources de la nature, ne considéraient l'opération qu'au point de vue de l'instrument tranchant, c'est-à-dire d'une méthode qui, en définitive, ne donne que des résultats déplorables.

S'ils avaient eu à leur disposition un procédé qui écarte toute espèce de danger, qui satisfait à toutes les exigences, un procédé qui donne des résultats satisfaisants, à coup sûr ces auteurs n'auraient pas donné un conseil équivalent à une

sentence de mort ; mais ils se disaient : l'opération ne guérit pas ou guérit rarement ; l'opération sanglante fait périr beaucoup plus vite que la maladie, et ils conseillaient de ne pas opérer pour prolonger l'existence des malades.

D'autres médecins, admettant l'hypothèse invraisemblable d'un virus cancéreux, se sont mis à la recherche de spécifiques dans le but de détruire la cause supposée de la maladie. De nombreux remèdes ont été conseillés à cette fin, des composés étranges, des emplâtres infaillibles, etc., ont joui d'une grande vogue pendant un certain temps, pour retomber ensuite dans l'oubli, et en définitive on n'a absolument rien trouvé.

D'autres médecins, considérant qu'aucun des remèdes préconisés contre le cancer n'a résisté aux épreuves du temps et de l'expérience, ne trouvant dans la science aucun fondement à une thérapeutique rationnelle, se sont contentés de faire la médecine des symptômes : ainsi, ils ont combattu les épiphénomènes inflammatoires par les antiphlogistiques, le lymphatisme par des résolutifs, la compression, les révulsifs, les ferrugineux ; lorsque l'élément-douleur était très intense, ils employaient les opiacés, les sédatifs, les amers, les toniques. Se contenter de faire la médecine du sjonptôme dans une affection qui doit nécessairement conduire à l'incurabilité et à la mort, c'est tromper les malades, c'est les perdre.

Je dirai la même chose de ceux qui vantent le traitement palliatif, comme si la négation de tout traitement avait jamais abouti a autre chose qu'à l'incurabilité.

Nous venons de voir que Lebert n'hésite pas à déclarer que, contrairement à l'opinion de la plupart des chirurgiens, le traitement palliatif doit être la règle, et l'opération l'exception. Nous ne suivons, du reste, en cela, dit-il, que les traces de Boyer, de Monro, de Dupuytren. Dieffenbach a été certainement le chirurgien allemand de cette époque le plus disposé à opérer, môme les cas en apparence les plus désespérés. Eh bien, très peu de temps avant sa mort, Lebert l'a consulté pour une dame atteinte d'un cancer du sein , qu'il avait anciennement vue- à Vienne. Dans la lettre qu'il m'écrivit à ce sujet, dit-il, il dissuada de l'opération, en disant que plus il acquérait d'expérience, plus il renonçait à toute opération

TRAITEMENT DU CANCER

de cancer du sein, et Lebert déclare qu'il partage pleinement cette manière de voir, parce que dans sa statistique il trouve que sur trente-quatre opérées, six ont succombé aux suites de l'opération, sept ont été perdues de vue après une première opération, et chez les vingt et une autres, il y a eu récidive (Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses, p. 358). Qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve tout simplement que le procédé ou la méthode qui donne des résultats si déplorables, n'est pas la bonne, n'est pas celle qu'il faut préférer. Ne dirait-on pas que sans l'opération sanglante il n'y a pas de salut, quand c'est précisément le contraire qu'il faut prendre. Du reste, ces idées exclusives ne prouvent nullement qu'on ne puisse arriver à des résultats plus avantageux par tout autre procédé ou toute autre méthode.

Les chirurgiens dont parle l'auteur ont été les plus grands opérateurs de leur temps, ils ont opéré des cancers en très grand nombre, et arrivés à la fin de leur carrière, ils ont reconnu leur erreur et ils l'ont confessée ; ils se sont aperçus que leurs opérations n'avaient produit que des catastrophes et ils ont répudié, condamné leur méthode. C'est encore la même chose de nos jours. Mais chose étrange, ils ne se sont aperçus de leur erreur qu'au moment de la retraite. Pourquoi ne se sont-ils pas confessés plus tôt, pourquoi n'ont-ils renoncé à une opération qu'ils considéraient comme désastreuse, que lorsque, arrivés à un âge avancé, ils ne pouvaient plus, de leur main tremblante, diriger convenablement le bistouri ?

A ces hommes d'élite, à ces savants expérimentés, à ces praticiens habiles, il n'a pas fallu arriver à l'âge de soixantequinze ans pour s'apercevoir que leurs opérations ne réussissaient pas, qu'ils s'étaient engagés dans la Via smarrita du Dante, qu'au lieu des succès qu'ils espéraient de leur habileté opératoire , ils ne rencontraient que désastres et catastrophes; pourquoi n'ont-ils pas renoncé plus tôt à une pratique aussi désastreuse qu'irrationnelle? Je me contente de poser ces questions, chacun les résoudra à sa manière. Seulement, j'ajouterai que cette même pratique, si carrément condamnée par les savants les plus ingénieux et les plus expérimentés, est la même que l'on suit encore de nos jours, et

cela dans les mêmes conditions et aussi avec le même insuccès. Nihil expericntia docet.

Dernièrement encore, je devais opérer par les caustiques une dame atteinte d'un squirrhe du sein peu volumineux; seulement, il y avait, à l'entrée de l'aisselle, deux petits ganglions engorgés; mais cette malade était forte, robuste, pleine de vie, de santé et dans la force de l'âge. Des conseillers imprudents la dissuadèrent de se laisser opérer par ma méthode et lui recommandèrent l'instrument tranchant. Elle se rendit donc dans une ville voisine où elle fut opérée par un chirurgien très habile. Le troisième jour elle mourut des suites de l'opération. Et, à l'exemple de Ponce-Pilate, on s'en lave les mains. Oui, mais le cri de la conscience?... Car je puis affirmer de la manière la plus positive, qu'opérée par les caustiques, cette dame serait aujourd'hui parfaitement guérie de son cancer.

Nous avons vu que Lebert nie d'une manière absolue la curabilité du cancer. Aujourd'hui, dit-il, tous les bons esprits s'accordent à regarder le cancer, dans l'immense majorité des cas, comme incurable. Pour notre compte, nous n'avons pas encore observé une seule fois la guérison du cancer. Et plus loin : le cancer, dans l'état actuel de la science, est absolument incurable. Le cancroïde le devient souvent par sa propagation locale et irradiante, mais il existe des exemples de guérison non douteuse ; quant aux autres affections locales confondues avec le cancer, leur guérison est bien plus fréquente encore. Nous croyons nous rapprocher tout à fait de la vérité en disant que tous les cancers prétendus guéris de la glande mammaire n'étaient pas de vrais cancers, et que, par conséquent, ces exceptions ne reposent que sur une erreur de diagnostic (Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses, p. 171).

Ce passage est trop important et il a été trop funeste aux progrès de la science pour ne pas nous arrêter un instant. Une première remarque se présente à notre esprit : Si le cancer est incurable, c'est qu'on n'emploie pas les moyens qui peuvent le guérir; or avant, pendant et après Lebert, jusqu'à nos jours, on emploie constamment le même moyen, l'opération sanglante, et selon Lebert on ne réussit jamais. Voilà, il

TRAITEMENT DU CANCER

faut l'avouer, une singulière aberration, imposer aux malades un moyen des plus dangereux, puisqu'un quart ou un cinquième des opérées meurent des suites immédiates de l'opération, appliquer un moyen si effrayant, sans aucun espoir de guérison, voilà ce qui ne se comprend pas. Dans ce cas, ce serait infiniment plus rationnel et plus honnête de s'abstenir. J'ai entendu soutenir par des chirurgiens renommés que le cancer est incurable et cependant ils continuent à opérer au moyen du bistouri tous les cas qui se présentent à leur observation.

L'opération sanglante échoue presque toujours, ce que prouvent les quelques lambeaux de statistique que nous possédons, ce qui n'empêche pas ses partisans de recommencer immédiatement après chaque insuccès. Lebert le dit ouvertement : « Le cancer est incurable par les moyens qu'on lui a opposés jusqu'à présent. » Et plus loin : « L'impartialité et l'éclectisme sont certainement de belles qualités lorsqu'ils reposent sur une base réelle et incontestable ; mais lorsqu'on ne veut pas rejeter l'action curative d'un moyen, sous prétexte que des hommes d'une grande autorité ont plaidé en sa faveur, on arrive à une tolérance d'autant plus fâcheuse qu'elle permet à l'erreur de se maintenir et de se propager. Il n'y a pas un seul cas, ni dans la science, ni dans la pratique, dit-il, qui permette d'affirmer que jamais affection vraiment cancéreuse ait été guérie jusqu'à ce jour par un moyen quelconque. Je sais bien, continue l'auteur, que ces vérités sont peu du goût du praticien qui préfère trouver dans un livre des espérances trompeuses et illusoires, plutôt que la réalité avec tout ce qu'elle a de désespérant. Mais quand l'illusion a-t-elle jamais été salutaire? N'est-ce pas, au contraire, perpétuer les plus graves erreurs sur la matière du cancer que de citer, à l'exemple de Tanchou, des guérisons nombreuses de cancer du sein par les moyens les plus divers, en présence de la certitude de l'incurabilité du cancer dans l'état actuel de la science... »

Ce qui suit est moins compréhensible de la part de l'auteur : Cependant, dit-il, l'induction logique permet certainement d'espérer qu'on sera un jour assez heureux pour découvrir un remède spécifique contre le principe cancéreux, remède

dont l'action serait à la fois d'empêcher les progrès et le développement ultérieur d'un mal local commençant, et de prévenir la récidive après une opération faite à l'époque où la maladie paraît encore strictement localisée. Je tiens à prendre actè de cette déclaration de Lebert par laquelle il reconnaît que le cancer est dans le principe un mal local, une affection strictement localisée. Que devient la diathèse en présence de cette déclaration si catégorique?

Revenons à l'incurabilité. Il est permis de supposer que Lebert a été trop exclusif en soutenant l'incurabilité absolue du cancer et l'inefficacité constante de l'opération par le bistouri. S'il faut en croire les chirurgiens contemporains, tous ont obtenu des guérisons durables en opérant au moyen du bistouri, en petit nombre, il est vrai, en si petit nombre, qu'ils se sont bien gardés de publier leur statistique, je veux parler d'une statistique complète avec les suites éloignées de l'opération, ce qui fait supposer qu'elle ne leur aurait pas été favorable. Il faut en excepter le célèbre chirurgien Billroth qui, comme je l'ai dit, vient de publier la statistique de huit années de sa pratique chirurgicale en ce qui concerne le cancer. J'en parlerai ailleurs.

On invoque, à l'appui de l'abstention, l'incertitude du diagnostic. On peut confondre le squirrhe, dit-on, avec une tumeur fibreuse, fibro-cartilagineuse, enkystée, etc. Les nuances sont cependant assez tranchées : le squirrhe constitue une tumeur très dure et donne une sensation particulière au toucher, cette tumeur est irrégulière, bosselée, et présente peu de sensibilité à la pression du doigt.

Les tumeurs fibreuses sont dures aussi, mais cette dureté est plus ou moins élastique, elles ne présentent pas les bosselures particulières aux tumeurs squirheuses; en outre les tumeurs fibreuses affectent une mobilité que n'ont pas les squirrhes. Les tumeurs fibro-cartilagineuses présentent une dureté spéciale, elles n'ont pas les bosselures irrégulières du squirrhe et ne cèdent pas à la pression ; quant aux tumeurs enkystées, leur élasticité, la fluctuation qu'elles présentent souvent, la rénitence les distinguent suffisamment. Si le kyste est unique, la surface en est lisse et uniforme, s'il y a une réunion de kystes, toutes les bosselures sont arrondies

TRAITEMENT DU CANCER

et régulières. A mesure que ces diverses tumeurs se développent, les caractères distinctifs s'accentuent davantage, quelques-unes des bosselures du squirrhe deviennent adhérentes à la peau et l'enflamment, puis la perforent et l'ulcèrent, en même temps que leur intérieur se ramollit. Ces.phénomènes ne se présentent pas pour les autres tumeurs.

Quant aux douleurs lancinantes qu'on a considérées jusque ces derniers temps comme le symptôme pathognomonique des tumeurs cancéreuses, on sait aujourd'hui qu'elles se manifestent aussi quelquefois dans des tumeurs bénignes, mais à une époque très avancée de leur développement, et dans ces cas, les douleurs ne présentent pas, le plus ordinairement du moins, les caractères de fréquence, d'acuité qu'elles revêtent dans les carcinomes. Il y a là une nuance d'une valeur réelle et qu'il ne faut pas dédaigner, de sorte que pour ce qui me concerne, tout en admettant avec les auteurs modernes que quelques douleurs lancinantes peuvent se montrer dans des tumeurs bénignes, il n'en reste pas moins établi que les douleurs lancinantes fréquentes, aiguës, que ces éclairs de douleur, comme les appelait Dupuytren, qui parfois arrachent subitement des cris aux malades, appartiennent aux affections cancéreuses et je me rallie volontiers au jugement des anciens, qu'elles constituent le caractère propre des tumeurs malignes.

On a dit aussi que les douleurs lancinantes manquent quelquefois dans les tumeurs manifestement cancéreuses; je ne contesterai pas ce dire, mais ce cas doit se présenter bien rarement, car sur un millier de carcinomes que j'ai observés, je n'ai pas vu manquer une seule fois les douleurs lancinantes. Il est vrai qu'elles sont plus ou moins vives, plus ou moins fréquentes, plus ou moins intenses, selon la nature de l'affection, la période où on les observe, les dispositions individuelles, etc., mais il est certain qu'elles manquent rarement. Au reste, c'est sur l'ensemble des phénomènes, les dispositions de la tumeur, la marche de la maladie, et non sur un signe particulier que l'homme de l'art doit fonder sa conviction.

On a conseillé de ne pas opérer le cancer et cependant si l'on consulte l'expérience de tous les siècles, on trouve que

presque tous les grands chirurgiens ont relaté des exemples authentiques (disent Bayle et Cayol, sectaires outrés de l'incurabilité du cancer) d'extirpations de cancers des mamelles qui ont été suivies d'une guérison parfaite et définitive. On peut même signaler bon nombre d'antagonistes de l'opération qui ont rapporté des cas de guérison.

Il résulte des observations des anciens que plus la maladie est récente, moins il y a de risques de récidive et, réciproquement, plus la maladie est ancienne, plus on doit craindre la récidive.

Supposons que le diagnostic ne puisse être établi d'une manière rigoureuse, soit parce que la tumeur est trop récente ou par toute autre cause, le chirurgien peut se laisser arrêter par la crainte des accidents que provoque l'opération sanglante, mais cette crainte n'existant pas avec les caustiques, on peut procéder immédiatement à l'opération et l'on a toutes les chances possibles de succès. Si, au lieu d'un véritable squirrhe, on extirpait une tumeur bénigne, où serait le mal? Puisque l'on opère avec la plus grande sécurité.

Il a été dit plus haut que Monro et quelques autres auteurs ont conseillé de ne jamais opérer les squirrhes survenus spontanément, sans cause extérieure : car selon eux, ces sortes de squirrhes sont nécessairement produits par une diathèse cancéreuse, dont les effets continueront après l'opération, tandis que le squirrhe occasionné par une cause extérieure est, dans le principe, une maladie locale, de laquelle résulte au bout d'un certain temps la diathèse générale. Voilà donc deux espèces de diathèse : une primitive et une consécutive.

Les anciens avaient donc établi une distinction essentielle entre les cancers survenus spontanément et ceux qui sont déterminés par une cause externe, et avancé que les premiers sont infiniment plus exposés à la récidive que les seconds.

Selon Bayle et Cayol on a vu des cas où les glandes axillaires, quoique très développées et très dures, n'étaient pas squirrheuses, mais seulement enflammées. C'est dans des cas de cette espèce que Louis, Desault, Assalini et Soemmering ont extirpé avec succès des mamelles cancéreuses, sans enlever les glandes axillaires tuméfiées. Tout est possible, même

TRAITEMENT DU CANCER

l'impossible a dit un philosophe, c'est le cas ici : Des glandes axillaires très développées et très dures, sans être squirrheuses, à côté d'un squirrhe bien caractérisé, cela me paraît phénoménal : d'abord des glandes enflammées ne présentent pas cette grande dureté, ni n'acquièrent pas un volume si considérable; de sorte que dans de telles conditions l'engorgement inflammatoire devrait constituer une très rare exception, à moins que l'engorgement ou l'induration n'ait précédé le développement du carcinome. Sans doute, une plaie au doigt peut déterminer l'inflammation des ganglions axillaires, mais il est rare que le squirrhe du sein produise cet effet, et quand il produit cet engorgement, c'est presque toujours par voie d'infection et dans ce cas ces ganglions deviennent immédiatement squirrheux comme la tumeur primitive, et cette induration ne ressemble nullement à l'engorgement inflammatoire.

Si le squirrhe indolent spontané nécessite de mûres réflexions avant qu'on se décide à entreprendre une opération, à plus forte raison, doit-on hésiter devant le squirrhe douloureux; seulement, dans ce dernier cas, la violence des douleurs et les progrès rapides de la maladie, obligent quelquefois le chirurgien à opérer de bonne heure, malgré les chances contraires et la crainte de la récidive.

Dès que la cachexie cancéreuse s'établit, peut-on encore concevoir quelque espoir dans l'opération? On cite partout l'exemple d'une femme heureusement opérée par Valsalva lorsqu'elle était déjà réduite au marasme. Cette histoire est racontée par Morgagni avec une certaine naïveté. La femme sortit de l'hôpital, mais elle y rentra deux ans après en état de récidive, elle fut opérée de nouveau, puis on la perdit de vue.

J'ai eu l'occasion, comme Valsalva, d'opérer un cancer du pied chez une femme en plein marasme (voir Obs. XVII) et à toute extrémité; seulement, je ferai observer que dans ces circonstances on a confondu la cachexie avec un état qui lui ressemble, mais qui n'est pas en réalité l'état cachectique, c'est un état que j'ai décrit plus haut sous la dénomination d'empoisonnement ichoreux.

On s'est demandé s'il fallait opérer une seconde et une troi-

sième fois le cancer qui récidive. Ce qui doit étonner ici, c'est qu'on ait pu se poser une telle question. On a opéré une première fois parce que les indications étaient formelles; à plus forte raison doit-on opérer la récidive. Si l'on se sert des caustiques, c'est la chose la plus simple du monde; il importe seulement d'opérer dès que la petite tumeur est apparente, et dans ce cas, ordinairement, une seule application suffit. C'est une opération insignifiante qui n'incommode nullement la malade et qui ne l'empêche même pas de voyager ni de vaquer à ses occupations. Si une nouvelle récidive se produit, on opère de la même manière, aussi vite que possible. C'est pour avoir méconnu ces préceptes que tant d'affections cancéreuses sont passées à l'incurabilité. Il faut donc opérer sans retard si l'on veut obtenir des succès. Il n'y a que les théoriciens qui aient pu prétendre le contraire.

A la question : existe-t-il quelque moyen de prévenir la récidive du cancer après l'opération? on a répondu : tout n'est encore que conjectures sur ce point important, et l'on en est réduit à combattre les dispositions morbihques accidentelles qui pourraient favoriser le développement du vice cancéreux, contre lequel nous ne possédons de remède d'aucune sorte. On a conseillé l'exacte observation des règles de l'hygiène, la saignée réitérée, la diète blanche ou du moins un régime doux et rafraîchissant, les cautères, etc. (Bayle et Cayol.) Les saignées et la diète blanche, dans une maladie où la tendance à l'anémie est si prononcée, c'est contraire à tous les principes et l'on s'étonne que de tels préceptes aient pu jouir de quelque crédit en dehors de l'exclusivisme broussaisien. C'est précisément la contre-partie qu'il faudrait prendre en prescrivant un régime substantiel sans être excitant.

Quant aux cautères auxquels les anciens avaient une confiance absolue, voyons ce qu'en pensent les auteurs qui se sont occupés de cette question : Vacher (Diss. sur le cancer). On n'est pas d'accord sur l'utilité des cautères : beaucoup de praticiens les conseillent, et quelques autres les rejettent.

L'expérience prouve, dit Deschamps, que, malgré tous les cautères, les malades périssent quand le vice est général, et que ce moyen est plus inutile encore quand le vice n'est que

TRAITEMENT DU CANCER

local... J'ai sacrifié au préjugé en faisant mettre des cautères... peut-être un jour en reconnaîtra-t-on l'inefficacité. Garnier a publié l'histoire de plusieurs femmes chez lesquelles l'application de deux, trois et quatre cautères, un à chaque membre, n'a pas empêché la maladie de récidiver (Diss. sur le cancer, an X) ; d'autres fois on n'a point eu recours au cautère, et cependant l'opération a eu tout le succès possible (Bayle et Cayol). Il est hors de doute que les cautères n'ont aucune action sur le vice cancéreux. En outre, on peut, dans certains cas, essayer avec prudence les remèdes qui ont été conseillés à cet effet : la ciguë, l'arsenic, l'acétate de cuivre, l'iodoforme, le bromure de fer, l'acide phénique, etc., mais on ne doit pas en attendre des merveilles. Tout cela est entaché d'incrédulité et de méfiance, on sent qu'on n'est pas dans le vrai.

Prévenir, empêcher la récidive après l'opération paraît une chose bien difficile, aussi difficile que d'opérer toujours au moment opportun, et quel est ce moment propice? La raison, d'accord avec la science, nous dit que c'est le moment où le cancer est parfaitement circonscrit, limité, localisé, c'est ce que j'appelle la première période ou période de localisation, le mal ne s'est pas encore propagé aux parties voisines, aux tissus contigus ni aux ganglions. Eh bien, si l'on opère dans ces conditions, on enlève le mal en totalité et la malade est radicalement guérie. On verra par ma statistique que toutes les personnes que j'ai opérées dans la première période de la maladie ont toutes été guéries sans récidive. Ainsi donc, pour éviter ou prévenir la récidive, la première condition, c'est d'opérer au moment opportun ; la seconde, c'est d'enlever ou de détruire le mal en totalité. Cette vérité est fondée sur un nombre respectable de faits dont il serait difficile de contester la valeur, puisque je puis encore exhiber la plupart des sujets. Le premier je l'ai établie d'une manière irréfutable, c'est-à-dire sur un nombre suffisant de faits pour convaincre les plus incrédules.

Je me demanderais volontiers si l'on peut contester des faits authentiques? La bonne foi, la justice, la loyauté, sans doute, les accepteront; mais à en juger par les enseignements de l'histoire, il se pourrait que les préventions allas-

sent jusqu'à en nier l'authenticité. Alors comment faut-il faire pour donner la foi aux incrédules, la stabilité aux vacillants, aux flottants, la lumière aux aveugles, comment? En offrant aux incrédules d'expérimenter sous leurs yeux, de soumettre ma méthode à toutes les épreuves possibles. Eh bien, je me ferai un plaisir de satisfaire à toutes les exigences.

On se demandera comment on reconnaît le moment opportun pour pratiquer l'opération ? Supposons que tout se passe régulièrement : une dame découvre l'existence d'une petite tumeur comme une aveline à l'une de ses mamelles, elle consulte son médecin qui lui prescrit des remèdes internes et externes. Deux mois s'écoulent et en dépit des remèdes, la tumeur a acquis le volume d'une noix. La malade n'en souffre pas, il n'y a pas même de sensibilité à la pression. Le développement, à l'insu de la malade, d'une petite tumeur dure, isolée, indolente, dans un point de la mamelle, est déjà un mauvais indice, mais quand on constate qu'après deux mois d'un traitement énergique, et malgré les moyens employés, la tumeur a acquis le volume d'une noix, un praticien exercé aura sa conviction établie. C'est une affection de mauvaise nature. L'intérêt bien entendu de la malade serait d'opérer en ce moment; mais on ne le fait pas. On continue les remèdes, on double les doses, la santé s'altère, deux ou trois mois se passent encore, la tumeur a acquis le volume d'un œuf de poule, les douleurs lancinantes commencent, la tumeur s'est développée irrégulièrement, elle présente des bosselures. C'est le moment opportun pour l'opération. Si l'on attend encore, la maladie va se propager aux tissus et aux ganglions voisins. La seconde période commence et les chances de succès diminuent.

Dès qu'on s'aperçoit que les remèdes sont inutiles, qu'ils n'ont aucune action résolutive sur la tumeur, puisqu'elle augmente malgré la médication active que l'on a instituée, il ne faut pas, comme je l'ai vu faire bien souvent, s'obstiner dans l'emploi de ces médicaments qui finiraient par altérer la santé de la malade et compromettre son existence. Chez une dame que j'ai opérée, le médecin traitant, homme de capacité cependant, a commencé à traiter la tumeur quand

TRAITEMENT DU CANCER

elle n'avait que le volume d'une noix, c'est-à-dire, quand elle n'avait que deux à trois mois d'existence. Eh bien, il a donné à cette malheureuse 4 à 5 grammes d'iodure de potassium par jour pendant plus de huit mois, indépendamment des remèdes externes, et la tumeur augmentait sans cesse. Aussi, lorsque cette dame est venue me demander de l'opérer, elle était maigre, débile, souffreteuse, sans appétit, l'estomac délabré et la maladie était passée à la seconde période avec engorgement de trois ganglions axillaires. Voilà à quelles déplorables conséquences conduisent les médications inconsidérées et intempestives, qui n'ont pas retardé d'un jour la marche progressive de la tumeur, qui ne l'ont pas empêchée de passer à la seconde période et presque à l'incurabilité, qui ont détérioré la santé au point que la malade était presque dans le marasme, qu'elle ne pouvait plus supporter les aliments, que presque toutes les fonctions, l'appétit, le sommeil surtout, étaient considérablement perturbées, en un mot qu'il y avait un véritable empoisonnement. Eh bien, il faut avouer que ce n'est pas dans le rôle du médecin de tomber dans des excès semblables. Et qu'on ne se figure pas que c'est là un fait exceptionnel, non, beaucoup de malades sont dans ce cas, et toutes accusent leur médecin d'avoir occasionné les accidents dont elles sont les victimes. Lorsque les hommes seront plus éclairés, on ne rencontrera plus de ces énormités, car l'ignorance seule peut donner lieu à de telles aberrations.

Lorsque la tumeur résiste à la médication instituée ou à deux ou trois médications différentes, et surtout lorsque cette tumeur continue à se développer malgré les moyens employés, il est parfaitement inutile de fatiguer la malade et de détruire sa santé par des médications intempestives. Il ne reste alors que deux alternatives : extirper, détruire la tumeur ou ne rien faire. Mais ce dernier parti conduit infailliblement à l'incurabilité dans un avenir qui ne peut être très éloigné; il faut donc agir sans retard. Comment? Deux procédés sont en présence : d'un côté l'instrument tranchant avec le long et redoutable cortège d'accidents qu'engendre le traumatisme et qui donne un décès sur quatre opérées des suites immédiates de l'opération; de l'autre les caustiques qui

ne présentent aucun danger, qui n'ont rien à redouter du traumatisme, qui, enfin, sont d'une innocuité absolue.

Je ne puis passer sous silence l'assertion d'un auteur français qui a fait quelque bruit : Si parfois, dit Tanchou, l'opération devient nécessaire, il y a toujours avantage à la pratiquer tardivement plutôt qu'au début, comme on le fait chaque jour.

Voilà une hérésie chirurgicale qui ne trouvera pas beaucoup de partisans. On voit par là que Tanchou n'est pas chirurgien. Il faut respecter les opinions, oui, celles qui sont respectables, mais pour mon compte je ne m'engage pas à respecter des absurdités telles que celle-ci : il y a tout avantage à attendre que l'édifice soit presque consumé avant de chercher à éteindre l'incendie. Je suis bien curieux de savoir si l'auteur a guéri beaucoup de tumeurs cancéreuses en appliquant son principe d'opérer tardivement. Aucun chirurgien ne partagera cette manière de voir, bien certainement. Du reste Tanchou anathématise du même coup Tanatomie pathologique, la chimie et la microscopie.

Il s'élève ensuite avec énergie, et en cela il est dans le vrai, contre cette malheureuse tendance de l'esprit moderne à considérer le mot cancer comme synonyme d'incurabilité. Bien plus, dit-il, on regarde d'un mauvais œil celui qui a l'audace de dire le contraire. Et puis comment comprendre que l'on opère tous les jours des tumeurs cancéreuses, tout en déclarant qu'il n'y a rien à faire.

Mais Tanchou espère-t-il d'être pris au sérieux quand il signale des observations de carcinomes du sein , regardés généralement comme incurables , qui ont été guéris sans opération par les antiphlogistiques, la tisane de pissenlit, les cataplasmes, les sangsues, les purgatifs; par la carotte, l'ammoniaque, le sédum âcre, le remède de Pissier, le fer, le sirop de Vitalbe (clematis Vitalba) , les seules forces de la nature, la délitescence, l'eau à la glace, le savon, le souffre, les coquilles d'œufs, une forte lessive de cendres, les lézards, la poudre de pensée sauvage, etc.

Il faut avoir une dose énorme de naïveté pour ajouter foi à de telles balivernes. Je n'ai fait cette étrange énumération, du reste très écourtée, que pour montrer à quelles bizarres

TRAITEMENT DU CANCER

aberrations peuvent se laisser entraîner des esprits même judicieux.

Il est vrai que quelques médecins se sont enthousiasmés de certaines substances amères et toniques auxquelles ils attribuaient la vertu de purifier les humeurs; de môme que de quelques remèdes pris dans la classe des fondants. Sans doute, disent Bayle et Cayol, de pareils traitements ont dû réussir et réussissent encore dans bien des cas, puisqu'il est des engorgements du sein dépendants du vice scrofuleux ou de quelques autres causes qui ne demandent, pour se résoudre, que l'emploi bien dirigé des toniques, des amers, des fondants et des purgatifs. Mais aucun fait ne prouve qu'on puisse guérir, de manière ou d'autre, les tumeurs vraiment squirrheuses.

Un certain nombre de substances médicamenteuses ont été considérées comme spécifiques du cancer ; nous allons les passer en revue.

Le traitement médical du cancer comprend une série interminable d'agents thérapeutiques dont je ne signalerai que les principaux.

La ciguë. Depuis Storck (1760), on discute sur les vertus curatives de la ciguë, et les hommes les plus compétents ont pris part à ces débats; les uns confirmant, les autres contestant les vertus curatives de cette plante vireuse. Il est difficile de se former une conviction sans avoir expérimenté soi-même.

Storck administrait l'extrait de ciguë à la dose de 5 centigrammes matin et soir en commençant, et il la portait progressivement à 5 et 6 grammes par jour. Il faisait boire au malade après chaque dose, une tasse de thé, de bouillon de veau ou d'infusion de sureau. Il faut, dit-il, élever la dose jusqu'à ce qu'on voie paraître de légers vertiges, une diarrhée légère, une espèce de tremblement et un malaise particulier dans les yeux. On remédie à ces symptômes lorsqu'ils sont portés trop loin, en donnant un vomitif ou des acides. Il appliquait aussi des cataplasmes de feuilles de ciguë, des fomentations, des injections, etc. Les emplâtres simples ou composés de ciguë sont aussi des topiques utiles (Storck, Dissert. Paris, 1761).

Akensive, qui a beaucoup employé la ciguë, dit qu'aussitôt l'emploi de ce moyen, les douleurs sont suspendues.

J'ai administré la ciguë à forte dose, j'ai obtenu quelquefois l'apaisement des douleurs lancinantes, rien de plus, et je n'ai jamais pu dépasser la dose d'un gramme par jour sans provoquer des troubles considérables.

Boerhaave pensait que la ciguë calmait les douleurs dans le cancer, en émoussant la sensibilité générale; Burns affirme que les cataplasmes de ciguë sont d'exellents moyens de dissiper la fétidité des ulcères cancéreux.

Tanchou dit que la dose peut être portée à 5o grains et plus par jour. Si la ciguë détermine la constipation, on y remédie au moyen de légers purgatifs.

Cette médication a rencontré, dès son origine, de nombreux contradicteurs , entre autres de Haën et Alibert. De Haën assure que sur cent vingt malades auxquels il a administré la ciguë, pas un seul ne fut guéri. Alibert a expérimenté ce remède à l'hôpital Saint-Louis sur plus de cent femmes sans obtenir aucun succès. Dans la suite, les insuccès de la ciguë contre le cancer ont été si constants, qu'on en avait abandonné l'usage, lorsque Récamier a entrepris de la réhabiliter comme anticancéreux, mais, comme on le pense bien, il a complètement échoué. Lebert dit qu'il n'a jamais obtenu l'ombre d'un succès par l'emploi le plus varié de cette plante. Velpeau a prescrit, dit-il, les préparations de ciguë, de même que l'aconit, à plusieurs centaines de malades, et il a trouvé ces médicaments incapables de guérir les tumeurs franchement cancéreuses.

Enfin dans ces derniers temps le docteur Francis Devay de Lyon et Gùilliermond, pharmacien, ont prétendu avoir guéri quelques cancers du col utérin et des squirrhes de la mamelle, au moyen de la conicine (principe actif de la ciguë) tirée des fruits du conium maculatum. Dans tous les cas présentant de la gravité, il recommande d'employer simultanément la conicine à l'intérieur et à l'extérieur.

L'auteur emploie différentes formules : N° i, avec i gramme de fruits de ciguë récemment pulvérisés et une quantité suffisante de sucre et de sirop, il fait cent pilules qu'il recouvre de sucre à la manière des dragées. Cette préparation est des-

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tinée aux personnes délicates. On commence par deux pilules le premier jour, et on va progressivement jusqu'à dix, quinze et vingt, en augmentant d'une chaque jour.

N° 2, avec 5 grammes de fruits de ciguë récemment pulvérisés, gomme et sucre en quantité suffisante, il fait cent pilules qu'il recouvre d'une enveloppe de sucre. Il prescrit ces pilules après avoir administré, en commençant, les pilules n° 1, il en donne deux, une le matin et une le soir et il augmente progressivement d'une par jour, jusqu'à production d'effets physiologiques : 1° céphalalgie, lourdeur de tête; 20 coliques; 3° tremblement léger de tout le corps et surtout des membres supérieurs. Si le tremblement devient trop incommode, il le fait cesser au moyen du tannin : tannin, i5 grammes; eau distillée, 5oo grammes; sucre, 100 grammes, à prendre par cuillerées à bouche. L'auteur fait préparer également un sirop de conicine pour l'usage interne, un baume pour l'usage externe, un baume de conicine bromuré, un baume de conicine ioduré et une liqueur pour injections.

L'auteur administre ces préparations contre les squirrhes et les cancers de toutes les parties du corps, contre les engorgements scrofuleux, lymphatiques. Il rapporte quelques cas de guérison de cancers du col utérin et deux cas de squirrhe du sein.

Velpeau est d'avis que ces auteurs sont tombés dans une illusion complète et je partage cette manière de voir. J'ai, à mon tour, employé les préparations de conicine selon les prescriptions de M. le docteur Devay et je n'en ai obtenu que des effets palliatifs. C'est ainsi que chez plusieurs cancéreux incurables, j'ai pu calmer complètement, au moyen de la conicine, les violentes douleurs lancinantes qui les tourmentaient beaucoup ; mais je n'en ai pas observé d'effet curatif. J'irai plus loin, je dirai qu'il résulte de mes expériences que la ciguë et la conicine n'ont aucune action sur le tissu cancéreux.

La carotte. En 1766 Sultzer appela l'attention des médecins sur la carotte comme topique dans les cancers ulcérés, mais ce fut Bridault qui en signala les avantages, car il paraît qu'il en a obtenu des résultats surprenants. Plinck l'unit à la ciguë et en vanta les propriétés. Robert l'a jugée favorablement.

L'institut clinique de Hambourg a recommandé l'usage externe de la carotte en cataplasmes, associée à d'autres remèdes.

Burns préfère les topiques de carotte à ceux de ciguë. Lefèvre l'associait à l'arsenic.

On l'emploie généralement en cataplasmes, crue, râpée ou cuite.

Tanchou n'en a point obtenu d'effet. Quand la tumeur est enflammée, la carotte calme les douleurs, comme la pomme de terre, la racine de bryone pilée, la pomme de reinette, etc. Bridault a réuni quarante-huit faits de guérison qu'il attribue à la carotte, mais -la propriété spéciale qu'il concède à la racine potagère n'a été admise que par un petit nombre d'adeptes.

Du sedum acre. Tanchou a réuni douze guérisons empruntées à divers auteurs. C'est Bûchez qui a attribué à cette plante des propriétés anticancéreuses. Cependant avant lui Stramer, Marquez, Linné et Vogel en avaient déjà parlé. Louis le recommandait en topique. Lombard prétend en avoir obtenu plusieurs guérisons.

On l'a donné à l'intérieur à la dose de 2 5 centigrammes à i gramme par jour.

A l'intérieur, il calme certains phénomènes nerveux qui paraissent appartenir au cancer, sans pourtant modifier la maladie.

Le sedum dissipe très bien certaines douleurs de tête, occasionnées quelquefois par l'usage de l'arsenic.

La morelle enregistre aussi quelques succès.

Vésale employait la décoction, au moyen de compresses mouillées appliquées sur la plaie. La décoction concentrée de pavots, l'acide prussique ont aussi été employés dans le même but. Strack a fait usage de la poudre de pensée sauvage comme succédanée des préparations précédentes.

De l'ammoniaque. Pendant longtemps on a cru que le cancer était produit par un acide qu'il fallait neutraliser au moyen des alcalis. Martinet, curé de Soutaines, habile observateur, regardait l'alcali volatil comme l'antidote par excellence. Il raconte dans son ouvrage les merveilleux effets qu'il a obtenus de l'ammoniaque dans le cancer. Il cite des obser-

TRAITEMENT DU CANCER

vations favorables. Baumes dit que l'ammoniaque ne détruit pas le cancer, mais cependant qu'il peut en arrêter les progrès et en suspendre les douleurs.

Du remède de Pissier. Ce remède n'a jamais été considéré comme curatif du cancer que par son auteur. Voici la composition de ce topique : huile de lin, i kilogramme (minium, céruse, cire neuve, àà 25o grammes), térébenthine, ioo grammes, opium, i gramme. Cet onguent est étendu sur une peau de chamois, on en recouvre la tumeur. Peut-on se figurer qu'un tel moyen ait eu quelque vogue?

L'aconit, la belladone furent préconisés par le professeur Lambergen de Groningue, il administrait l'infusion de feuilles sèches. Il avait recours à l'opium et à ses préparations pour calmer les douleurs des derniers temps de la maladie, et, dans le même but, à la jusquiame, surtout la blanche recommandée par Caels, à l'atropine, au fenouil d'eau, à la douce amère, au laurier-cerise.

Du sirop de Vital. Ce sirop a eu un certain renom, tout aussi incompréhensible. En voici la composition : clématite, vin d'Espagne et sucre.

De la digitale. Tanchou n'a trouvé qu'un seul fait de guérison par la digitale, encore est-il contestable; aussi ferait-on bien de le laisser dans l'oubli. Que des auteurs anciens aient prétendu que la digitale pût guérir le cancer, cela se comprendrait, mais que des modernes propagent de telles erreurs, voilà ce qui ne se comprend pas.

De la métastase. Le cancer peut-il guérir par métastase, c'est-à-dire en se laissant déplacer? s'il en était ainsi, ce serait la preuve irrécusable que le cancer est primitivement localisé. C'est de plus en plus fort, ce n'est pas de nos jours qu'on voit de tels phénomènes.

De l'arsenic. C'est un des agents les plus actifs et les plus anciennement employés contre le cancer; c'est le karikon d'Ilippocrate, de Celse et de Galien, avec addition d'ellébore noir. C'est le réalgar des alchimistes, la sandaraque des anciens. Il entre dans la composition de la poudre de Justamond, du remède de Plumket, de la poudre de Rousselot et du frère Côme modifiée par Boyer, Antoine Dubois, Astley Cooper, Dupuytren, du caustique de Nannoni, de Kintkius,

de l'aimant arsenical de l'ancienne pharmacopée de Paris, de la poudre d'Alliot, de Sorbet, du moine Théodoric, de Lanfranc, de Muller, de Penot, de la poudre bénite, de la poudre de Freschius, de Craton, de Rodicus à Castro, dans le liniment de Valesco de Tarente, du remède de Houlier, d'Armand de Villeneuve-; du caustique odoriférant d'Antipater, etc.

Justamond l'a regardé comme un spécifique. Roennow a prétendu que depuis cinquante ans qu'il fait usage de l'arsenic, il a guéri trente cancers bien caractérisés; aussi n'hésitet-il pas à le considérer comme un spécifique (Mém. de l'Acad. des sciences de Stockholm).

Desgranges, au contraire, dit que l'arsenic n'a pas opéré une seule guérison, tandis qu'il a occasionné des accidents qui ont fait renoncer à son emploi.

A l'extérieur, au dire de certains auteurs, l'arsenic semble chercher le cancer, c'est-à-dire attaquer de préférence les parties malades. C'était l'opinion d'Antoine Dubois. A vrai dire, c'est un effet commun à la plupart des caustiques, du chlorure de zinc, entre autres.

A l'intérieur, l'arsenic a été donné par Pearson. Swédiaur, etc., il constitue la solution de Fowler, de Stark. On le trouve dans un grand nombre de formules.

Paracelse, croyant que le cancer était l'effet d'un réalgar naturel , disait qu'il fallait un réalgar chimique pour le détruire.

Lefebvre de Saint-Ildefonse le regardait comme infaillible.

Il le donnait en solution : quatre grains d'acide arsénieux dans deux livres d'eau distillée, par cuillerées, dans du lait, dans de l'eau de carottes, ou avec du sucre de saturne, du laudanum, de la poudre de ciguë, coupée quelquefois avec du vin rouge ou de la décoction de quinquina, etc. Ce traitement a joui d'une grande vogue.

Le cancer étant une maladie encore inconnue dans sa nature, dit Tanchou, il faut agir empiriquement envers lui comme on l'a fait à l'origine de la médecine contre toutes les maladies, autrement on s'éloigne du but que le médecin doit toujours se proposer : guérir d'abord, faire de la science après.

TRAITEMENT DU CANCER

Dans certaines circonstances l'arsenic agit comme narcotique et endort les douleurs que l'opium n'a pas su calmer ; il produit de l'étouffement, de l'anxiété, etc., des symptômes physiologiques enfin, que les médecins italiens attribuent à la vertu hyposthénisante du médicament. On fait très bien cesser ces phénomènes, dit Tanchou, par quelques centigrammes de sedum acre.

La liqueur de Fowler est aujourd'hui la préparation à laquelle on donne généralement la préférence.

L'arsenic n'est pas toujours bien supporté, quelquefois il irrite l'estomac et diminue l'appétit; dans ce cas il faut y renoncer.

D'autres fois il donne une activité nouvelle à toutes les fonctions et surtout aux fonctions digestives ; il est alors très favorable, mais je ne l'ai jamais vu guérir un cancer ni empêcher la récidive.

Outre l'arsenic, les préparations métalliques qui ont été recommandées dans le traitement du cancer, sont : l'iode, le mercure, le fer, l'or, le baryte, le cuivre.

Iode. On avait fondé de grandes espérances sur les préparations d'iode et particulièrement sur l'iodure de potassium, mais comme le dit Lebert, il est suffisamment prouvé aujourd'hui que ces préparations, non-seulement n'ont aucune espèce d'action curative sur le cancer, mais encore qu'elles ne mettent aucun obstacle aux progrès de la maladie.

Cependant certains auteurs ont prétendu en avoir obtenu des avantages marqués ; c'est ainsi qu'Ullmann soutient que l'iodure de potassium est un remède d'une grande efficacité dans le cancer; il a toujours vu, après quelques jours de l'administration de ce remède, un soulagement très marqué et un changement favorable dans les plaies cancéreuses.

Magendie dit avoir essayé l'iode avec succès.

J'ai vu employer les préparations d'iode à des doses énormes, au point de déterminer une grande perturbation dans les fonctions digestives et dans la nutrition, tellement que ces malades se croyaient empoisonnnées et qu'il fallait bien longtemps pour les rétablir. Eh bien, je n'ai jamais constaté le moindre effet curatif de ces agents dans le cancer confirmé.

Les mercuriaux. Ces agents, d'une puissance incontestable sur l'économie, devaient nécessairement être expérimentés contre le cancer et, en effet, de nombreux essais ont été faits; c'est surtout dans les cancers externes que les préparations mercurielles ont été recommandées par Von Mittag, André Wilson, Benjamin Gooch, Baumès, Wilmar, etc. La liqueur de Plenck a été vantée par Hartman.

Il résulte du plus grand nombre de ces témoignages que les préparations mercurielles sont non-seulement inutiles, mais souvent nuisibles. On ne comprendrait, à vrai dire, leur utilité que dans le cas où une affection syphilitique prendrait les formes du cancer. Les Anglais ont employé le mercure sous toutes les formes, mais les assertions de ces expérimentateurs sont très contradictoires : Burns conclut de ses tentatives que le mercure exaspère toujours la maladie. Bierchen, médecin suédois, accuse ouvertement le mercure de hâter le développement du cancer. Sous quelque forme qu'on l'administre, dit Cayol, il nous a toujours paru nuisible aux maladies vraiment cancéreuses. J'ai essayé, faute de mieux, plusieurs centaines de fois, dit Velpeau, soit la liqueur de Van Swieten, soit le mercure soluble, soit les pilules de Dupuytren, de Sédillot, soit le cyanure de mercure, soit le protoiodure, soit le deuto-iodure de la même substance, soit le calomel à l'intérieur, soit l'onguent mercuriel en frictions, soit le sulfure de mercure en fumigations, soit le sublimé en bains, et il est résulté de mes essais un fait malheureusement trop manifeste, à savoir, que le cancer ne cède pas plus aux médications hydrargiriques qu'aux autres remèdes. Je n'ai point remarqué, dit-il, que les mercuriaux aggravassent la maladie, comme le croyait Roux, mais il est parfaitement vrai qu'ils ne la font point rétrograder. Il en est de même de la décoction de Zittemann que Rust trouve si efficace.

Pour ce qui me concerne, je n'ai pas eu souvent recours aux mercuriaux, parce qu'il m'a toujours paru qu'ils augmentaient l'anémie à laquelle ne sont que trop disposés les cancéreux; quand nous devons, au contraire, lutter constamment contre cette fâcheuse disposition, il ne peut être indiqué d'employer des moyens qui la favorisent.

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Le fer. Comme palliatif, les préparations ferrugineuses sont fréquemment employées; mais comme curatif, le fer n'a guère été recommandé que par Carmichael, médecin irlandais. Ce médecin employait le carbonate, le tartrate, les phosphates, il préférait le sous-phosphate pour l'usage interne à la dose de i à 2 grammes par jour. Il provoque souvent la céphalalgie, la fréquence et la plénitude du pouls, une langueur excessive et une constipation opiniâtre. Dans ces circonstances, Carmichael donnait 20 centigrammes de camphre de cinq en cinq heures.

On a aussi conseillé l'iodure de fer, mais il est reconnu aujourd'hui que ces préparations n'exercent aucune influence sur la marche du cancer. C'est un moyen de lutter contre l'anémie croissante qui est si fréquente dans les affections cancéreuses arrivées à un certain développement.

Le cuivre. Les sels de cuivre et particulièrement le verdet ou acétate de cuivre qui fait partie du remède de Gamet et des pilules de Gerbier, et le sulfate de cuivre ont joui d'une certaine célébrité. L'ancienne Faculté de Paris, voulant apprécier à leur juste valeur les propriétés anticancéreuses de l'acétate de cuivre, chargea Solier de la Romillais de faire des expériences, desquelles il résulte que le sel de cuivre a peu d'efficacité sur les cancers du sein, mais qu'il a été plus avantageux que tout autre remède dans la cure des cancers cutanés; on ne peut guère l'administrer qu'à la dose de 3o à 5o centigrammes et souvent même il détermine des anxiétés précordiales, des vomissements, des coliques, de la diarrhée. On a proposé de modifier de la manière suivante les formules de Gamet et de Gerbier : on triture longtemps dans un mortier de cuivre, avec un pilon de même métal, parties égales d'acétate de cuivre et de limaille de fer et l'on ajoute à peu près la même dose d'extrait de ciguë ; après avoir mêlé exactement, on fait des pilules de 5 centigrammes, on en donne une par jour en n'augmentant qu'avec beaucoup de circonspection (Compendium).

Je dois à la vérité de dire que l'acétate de cuivre m'inspire quelque confiance; il est probable qu'il exerce une certaine influence sur la marche de quelques formes de cancers qu'il n'est pas facile de déterminer; cependant j'ai remarqué que

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son action est plus manifeste sur les ulcères cancéreux que sur le squirrhe.

De l'or. De docteur Chrétien de Montpellier a préconisé le muriate d'or contre les maladies cancéreuses. Les résultats avantageux que lui et ses partisans, entre autres le docteur Duparcque, en ont obtenu, ne se sont pas confirmés. Velpeau l'a expérimenté consciencieusement et l'observation clinique lui a démontré, dit-il, que le muriate d'or est absolument sans valeur contre le cancer.

Du baryte. Crawfort, médecin anglais, a vanté l'hydrochlorate de baryte comme un excellent remède contre le cancer. Mais ce remède a eu le même sort qu'une infinité d'autres qui, comme les météores, n'ont brillé qu'un instant pour retomber aussitôt dans la nuit profonde de l'oubli. Du reste Pinel et Alibert ont trouvé que l'eau saturée de muriatj de Baryte, telle que le conseille Crawfort, détermine preque toujours des accidents fâcheux, lorsqu'on en porte la dose au delà de six gouttes.

Il est vrai que Von Mittag recommande de ne pas dépasser la dose de deux gouttes matin et soir; tandis qu'à Montpellier on donne le muryate de baryte à la dose de 8 à i5 grammes par jour dans 12 5 grammes de liquide, et que Lisfranc le donnait à des doses considérables dans les tumeurs blanches. Tanchou rapporte cinq guérisons obtenues par ce moyen. C'est de l'audace.

Les alcalins. Les sels de soude, de potasse et d'ammoniaque ont eu un instant de vogue dans le courant du siècle dernier. On supposait que le principe cancéreux était une âcreté, et par cela même de nature acide, et on croyait le neutraliser au moyen des alcalis. Cette belle théorie, dit Lebert, a disparu depuis longtemps de l'horizon médical et avec elle l'action anticancéreuse des absorbants.

Velpeau partage cette manière de voir; les alcalins, dit-il, ne méritent que trop l'oubli où ils sont tombés. Personne, de nos jours, n'oserait conseiller sérieusement, à titre de remède curatif, les eaux de Vichy ou le bi-carbonate de soude contre une tumeur cancéreuse.

Lebert nie d'une manière absolue les vertus curatives de la ciguè cemme anticancéreuse. Il en est de même des anti-

TRAITEMENT DU CANCER

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phlogistiques, des diverses préparations métalliques et particulièrement de l'iode, du mercure, de l'arsenic, du fer et de l'or; malgré le témoignage d'un certain nombre d'autorités médicales, je suis arrivé à cette malheureuse conviction, dit-il , que non-seulement ces préparations n'ont aucune action curative, mais qu'elles ne s'opposent même pas aux progrès de la maladie. Nous pourrions en dire autant de l'huile de foie de morue, du quinquina, des alcalins, du cuivre, du charbon animal, du muriate de baryte, de la chair de lézard vert, sans compter les emplâtres et les onguents qu'on a multipliés à l'infini. Toutes ces substances n'ont aucune action directe sur le principe cancéreux.

Que dire de l'hyposulfite et de l'hypophosphite de chaux ou de soude proposés récemment? qu'ils sont aussi impuissants que le reste.

Senebier a expérimenté le suc gastrique sur des ulcères cancéreux et il prétend en avoir obtenu de bons effets ; mais ses expériences ne sont pas concluantes.

Après avoir examiné isolément les médicaments qui méritent du crédit dans le traitement du cancer, Tanchou énumère les cas où le concours de plusieurs médicaments pourrait être nécessaire.

Je regarde comme coupable, dit-il, peu éclairé, inhumain, contraire au progrès, le médecin qui, ne pouvant se rendre maître d'une maladie par les moyens rationnels ou connus, refuse d'en essayer d'autres, attendu que nous ne connaissons pas toutes les ressources de l'art ni les limites du possible.

Dupré de Lisle a eu recours successivement aux amers, aux purgatifs, aux saignées, aux altérants, aux toniques, etc.; quand les antiphlogistiques n'ont pas eu le succès qu'il en attendait, il a employé le soufre mêlé au savon. Manne dit que l'application de quatre cautères lui a constamment réussi. Pouteau avait également une grande confiance dans ce moyen. Quelle aberration !

Peyrilhe pourtant a sévèrement blâmé cette méthode, ainsi que le lait de chèvres nourries avec la ciguë, proposé par le même auteur.

Vingtrinier de Rouen a essayé avec succès l'huile de foie de morue et de raie, surtout contre certaines tumeurs du

sein d'une nature douteuse. Oh, oui, très douteuse, voilà au moins de la sincérité.

I] est des sujets aussi, dit Tanchou, que l'on peut regarder comme guéris par les seuls efforts de la nature. Il faut bien admettre que les anciens étaient plus heureux que les modernes, car, de nos jours, on n'observe plus rien de pareil ; ou bien était-ce une autre espèce de cancers, des cancers qu'on guérit avec l'eau de pavots, et même l'eau de roses, comme Rivière en rapporte des exemples.

Des emplâtres et des onguents. Tanchou n'est pas partisan de ces moyens; ils se montrent si peu efficaces en général, dit-il, que nous n'avons pas cru devoir nous y arrêter; en outre, ils ont l'inconvénient d'en imposer souvent aux malades, et de leur faire perdre un temps précieux en vaines espérances, ou même d'exciter certaines tumeurs dont il faudrait, au contraire, déprimer la vitalité; enfin d'irriter la peau et quelquefois de l'enflammer.

En i838 on a proposé un étrange moyen de traitement, je veux parler des incisions sous-cutanées au moyen d'un ténotome. On incisait les tumeurs de dedans en dehors ou bien les vaissaux et les nerfs qui s'y rendent, par exemple, entre l'aisselle et la tumeur du sein. Tanchou a expérimenté ce moyen, mais il n'en a pas retiré de grands avantages, puisqu'il finit par dire que les incisions sous-cutanées ne lui paraissent pas devoir être très utiles dans les tumeurs suspectes du sein.

Des pulvéro-topiques. Tanchou a aussi proposé son moyen : il appelle pulvéro-topique un petit appareil composé d'un morceau de taffetas gommé, d'une couche d'ouate que l'on saupoudre de la substance médicamenteuse, enfin d'un morceau de gaz ou de mousseline très fine pour empêcher cette dernière de tomber. L'appareil ainsi préparé est appliqué sur la tumeur et y reste en permanence : les médicaments sont renouvelés tous les huit ou dix jours. Tous les médicaments à l'état de poudre peuvent être employés de cette manière, excepté ceux qui attirent l'humidité de l'air ou qui se décomposent au contact de la sueur.

Tanchou prétend avoir retiré de grands avantages du pulvéro-topique ; toutefois il ne cite aucun cas de guérison, mais,

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par l'emploi de ce moyen, il a presque toujours obtenu une amélioration considérable, même dans les tumeurs cancéreuses. Si l'auteur avait obtenu une amélioration réelle, il s'empresserait de publier le fait.

Je ne crois pas utile de continuer l'énumération des remèdes vantés contre le cancer, ils sont aussi inefficaces les uns que les autres et quelquefois même ridicules, comme le charbon animal, la chair de lézard vert, l'huile de foie de morue, l'onguent de la mère, etc. Il y a quelques années, je donnais des soins à une personne atteinte d'un cancer inopérable et par conséquent incurable. Une dame de haut parage protégeait cette malade. Un jour cette dame vint me demander ce que je pensais de la maladie de sa protégée? Sans hésiter, je lui dis que le mal était incurable. Cette dame me dit alors que l'année précédente elle avait parcouru le centre et le midi de la France; qu'elle avait visité un couvent où l'on vendait un onguent très efficace contre le cancer, que cet onguent jouissait d'un grand renom à plus de 40 lieues à la fonde, que de toutes parts on venait en demander aux bonnes sœurs qui le distribuaient gratuitement. Puisque vous m'annoncez que le mal est incurable, dit-elle, si vous voulez me faire le plaisir d'essayer ce remède, je le ferai venir. J'y consentis volontiers. En effet, six jours après la dame protectrice me remit un pot d'onguent avec la manière de s'en servir. Je l'engageai à l'appliquer elle-même en se conformant aux instructions qu'elle avait reçues. Seulement je lui en demandai i5 grammes que je remis à M. Depaire pour l'analyser. Le lendemain M. Depaire me dit que cette pommade était tout simplement l'onguent de la mère préparé d'après les presciptions de la pharmacopée française. Ab uno disce omnes. Telle est l'histoire de tous les spécifiques vantés contre le cancer. Inutile de dire que la noble dame échoua complètement, que le cancer suivit son cours régulier et que la malade succomba deux mois après, malgré les douces frictions d'une main aussi élégante qu'aristocratique.

Que reste-t-il donc à faire quand le cancer est déclaré incurable?

Dans ce cas, le rôle du médecin doit se borner à soulager,

à apaiser les souffrances, à adoucir les derniers moments, à aider, à encourager le malade dans la lutte qu'il doit soutenir.

Placer le malade dans de bonnes conditions hygiéniques, de préférence à la campagne, lui procurer un appartement bien exposé et bien aéré et le maintenir dans une bonne température. Couvrir le corps de flanelle, mince en été, épaisse en hiver. Comme le mal, par sa nature, a une tendance évidente à amener la faiblesse, le dépérissement, le marasme, il faut nécessairement soutenir les forces par une alimentation substantielle, fortifiante, et particulièrement animalisée.

Le cancer ayant une tendance marquée à s'étendre, à se propager aux tissus voisins, à infecter les ganglions lymphatiques, il faut aviser aux moyens d'atténuer, de diminuer, d'anéantir, autant que possible, ce foyer local d'irradiation et d'infection. Ceci concerne les opérations chirurgicales et particulièrement les caustiques; par exemple, les hémorrhagies répétées, comment les arrêter, si l'on n'a pas à sa disposition un caustique coagulant qui non-seulement arrête l'écoulement de sang, mais en prévient le retour.

Il est souvent utile aussi de réprimer l'exubérance des bourgeons charnus, surtout lorsqu'ils produisent une sanie infecte qui empoisonne le malade. Enfin on se voit réduit à faire la médecine des symptômes, et à combattre par tous les moyens que la science possède, les accidents, les complications qui peuvent survenir.

Je me bornerai à citer les moyens hygiéniques et médicamenteux suivants : l'alimentation tonique, l'exercice, l'hydrothérapie, les bains de mer ou l'air des vallées, les frictions journalières de la peau, quelques eaux minérales, une grande propreté, combattre l'odeur de la suppuration par les préparations phéniquées, le coaltar saponiné, etc.

La gangrène et la pourriture d'hôpital ont été considérées comme un moyen de guérison du cancer. Tanchou a recueilli dix guérisons produites par la gangrène.

C'est la nature qui en fait les frais, car il serait difficile de placer la gangrène au nombre des moyens de traitement du cancer. Cependant Rigal de Gaillac a inoculé la gangrène sur des squirrhes; mais on ne dit pas qu'il ait réussi.

TRAITEMENT DU CANCER

Dussossoy a proposé l'inoculation de la pourriture d'hôpital, après avoir guéri par ce moyen un homme de cinquante ans, atteint d'une tumeur carcinomateuse ulcérée; il paraît que le succès fut complet. L'histoire ne dit pas qu'il ait recommencé.

Je ne puis m'empêcher de considérer ces tentatives, aussi téméraires qu'irrationnelles, comme des bizarreries qui n'ont aucune chance d'être introduites dans la pratique, car de telles inoculations ne laissent pas que de présenter de grands dangers : on sait quel cortège formidable de symptômes généraux précède et accompagne la pourriture d'hôpital; est-on toujours certain d'en arrêter les ravages ? D'autre part, les caustiques qui ne présentent aucun danger, atteignent le même but.

Comme moyens médicamenteux on recommande : la poudre contre les ulcères cancéreux (camphre, myrrhe, poudre de quinquina jaune, charbon végétal).

La poudre d'amidon et de quinquina aluminée. La pommade de James; la pommade de lupuline; la pommade résolutive calmante de Baumès.

Les fomentations narcotiques; la lotion anticancéreuse (extrait de calendula, extrait de camomille, eau de lauriercerise, teinture d'opium).

La teinture de Cheston (infusion de feuilles de lauriercerise, miel blanc). L'injection calmante astringente (eau, stramonium, alun). Les cataplasmes narcotiques, les cataplasmes de ciguë. Les emplâtres de belladone, de jusquiame, de stramonium, d'opium. Les onguents maturatifs, le baume de conicine, les douches d'acide carbonique, les préparations opiacées surtout, l'iodoforme, la glace grossièrement pilée, et particulièrement les injections hypodermiques des sels de morphine.

La plupart de ces moyens sont destinés à calmer la douleur, d'autres constituent des modificateurs plus ou moins efficaces contre de simples engorgements, mais ils n'ont aucune espèce d'action sur les maladies cancéreuses proprement dites. Il n'y a donc pas lieu de s'en occuper davantage.

Souvent on doit avoir recours, selon les cas, aux cataplasmes de farine de lin, de guimauve, de seigle, d'orge,

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