‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 88 sur 158 · II · texte numérisé non relu

II

Broca fait ensuite une dissertation par trop étrange à propos des récidives par repullulation, qui, selon lui, dépendent d'une diathèse générale ou d'une diathèse partielle ; aucune méthode opératoire, dit-il, ne peut exercer sur elle la moindre influence. Mais il est clair que les récidives par continuation étant dues à une cause purement locale, n'auraient jamais lieu si on enlevait ou si on détruisait complètement la tumeur primitive et ses dépendances; et pour atteindre ce but, rien de mieux que d'opérer lorsque ces dépendances n'existent pas encore, c'est-à-dire dans la première période de la maladie.

Après avoir soutenu, très éloquemment, l'incurabilité du cancer, Broca admet la possibilité de guérir tous les cancers ou d'empêcher la récidive, ce qui est la même chose, pourvu qu'on enlève ou qu'on détruise complètement la néoplasie primitive; cet aveu in extremis, qui ruine jusque dans ses fondements l'édifice élevé par l'auteur à l'incurabilité, nous console et nous réjouit, et pour arriver à cet heureux résultat, Broca se figure que la méthode sanglante offre à cet égard une sécurité aussi grande que possible.

Eh bien, voilà l'erreur; je prétends, de mon côté, que la cautérisation par couches successives, agissant sur les tissus qu'on voit et qu'on palpe directement, en distinguant parfaitement les tissus sains des tissus malades, poursuit et atteint plus sûrement les prolongements de la tumeur que le bistouri. Ensuite il faut bien admettre que le caustique exerce une action particulière et favorable sur les tissus voisins, leur imprime une certaine modification très salutaire et tout cela au milieu de la sécurité la plus parfaite.

Au reste, Broca avoue que depuis une dizaine d'années, le bistouri a perdu de son domaine. Malgré tous les efforts, d'ailleurs si utiles, qu'on a faits pour le déposséder, dit-il, il reste encore la ressource principale de la chirurgie des tumeurs ; oui, et cela tient à des causes qu'il est superflu de signaler ici, mais on reconnaîtra bientôt que son prestige s'efface, que son empire menace ruine et lorsqu'on sera convaincu de l'innocuité de ma méthode et qu'on la comparera aux dangers toujours imminents du bistouri, la méthode sanglante aura vécu et l'on acquerra la certitude que la

méthode cautérisante offre toutes les garanties voulues pour atteindre le but qu'on a en vue.

Lorsque Broca parle des caustiques il est toujours à côté de la vérité : la cautérisation en nappe doit être uniquement réservée, selon lui, pour les cas où la tumeur est tout à fait superficielle et l'on ne doit s'en servir que lorsque l'épaisseur des tissus à cautériser ne dépasse pas 3 millimètres, car il faut pouvoir détruire en une seule fois toute la masse morbide, sous peine d'hémorrhagie à la chute de l'eschare. Autant de lignes, autant d'erreurs : d'abord le caustique fluidifiant, la pâte de Vienne, que Broca préconise, est beaucoup moins favorable que la pâte au chlorure de zinc, caustique coagulant. Pour quelles raisons faudrait-il détruire en une seule séance toute l'épaisseur des tissus malades? Les tumeurs érectiles excluent nécessairement les caustiques fluidifiants. Mais Broca ne veut pas des caustiques coagulants, parce que ces caustiques ont une action très lente et très douloureuse, et il vaut mieux en pareil cas, dit Broca, choisir une autre méthode, comme la ligature sur épingles entre-croisées, laquelle n'est pas du tout douloureuse apparamment. Les nœvi materni, les tumeurs érectiles se laissent cautériser très facilement, mais il faut employer un caustique coagulant. Les caustiques fluidifiants sont formellement contre-indiqués, à moins que ce ne soit pour enlever l'épiderme avant d'appliquer la pâte caustique, et alors, pour ce cas spécial, on n'applique qu'une couche très mince de pâte de Vienne. Quant aux difformités dont parle Broca par rétraction du tissu cicatriciel, . c'est tout simplement une crainte puérile. La cautérisation circulaire ou en nappe doit être rejetée, dit-on, pourquoi ? Je pense qu'on ne saurait le dire. Quant à moi, je puis affirmer que le procédé qui consiste à cautériser au moyen de ma pâte coagulante au chlorure de zinc, est, pour le cas dont il s'agit, le plus parfait des procédés qui ont été imaginés jusqu'à ce jour.

On reproche aux caustiques un certain nombre de désavantages : i° de ne pouvoir détruire une tumeur cancéreuse sans sacrifier en même temps toute la peau qui la recouvre, alors même que celle-ci ne présente aucune altération;

2° de n'avoir qu'une sphère d'action peu étendue en pro-

DES CAUSTIQUES

fondeur, ce qui, dans les tumeurs d'un certain volume, nécessite des applications réitérés ;

3° de ne pas présenter une action assez précise pour pouvoir être sans danger appliqués au voisinage d'organes importants, tels que les gros vaisseaux et les nerfs ;

4° enfin d'occasionner des douleurs trop prolongées pour qu'il soit possible de faire profiter les malades des moyens anesthésiques.

Les inconvénients qu'on signale sont loin d'avoir l'importance qu'on leur attribue : ainsi, il est vrai qu'on sacrifie la peau qui recouvre la tumeur, qu'importe si, dans la plupart des cas, on parvient à réunir les deux lèvres de la plaie ; du reste, le bistouri en sacrifie également une grande partie. Ceci ne constitue pas un inconvénient sérieux, et si l'on ne parvient pas à mettre en contact les lèvres de la plaie, la puissance cicatrisante fait le reste, puisque la lésion est réduite à l'état de plaie simple. D'ailleurs, c'est un des petits côtés de la question; on serait bien heureux de pouvoir guérir le cancer au prix de cet inconvénient.

Les caustiques n'ont qu'une sphère d'action limitée en profondeur. Je réponds qu'on peut facilement obtenir, par mon caustique, une eschare de i centimètre d'épaisseur en six heures d'application; une tumeur qui présente un axe de 6 centimètres est déjà bien volumineuse et cette tumeur peut être détruite en sept ou huit jours, en faisant une application de caustique chaque jour. En outre, on peut augmenter la force du caustique et si on ne le fait pas, c'est pour ménager la malade.

De ne pas présenter une action assez précise. Ceci regarde l'opérateur et dépend de son habileté, de son expérience; celui qui sait manier les caustiques avec la prudence et la dextérité voulues obtient des effets aussi précis que le plus expert des opérateurs peut obtenir de son bistouri.

Enfin de ne pouvoir faire usage des anesthésiques. Et pourquoi pas? Pour la première opération, la destruction de la peau par le caustique de Vienne, on peut très bien en faire usage, et quant aux autres applications, n'avons-nous pas les opiacés qui, dans ces circonstances, sont préférables aux anesthésiques.

D'après cet exposé des avantages et des inconvénients des caustiques, on comprendra facilement que, parmi les tumeurs cancéreuses du sein, il en est un certain nombre dans lesquelles, dit-on, ce mode opératoire sera réellement préférable a l'opération par le bistouri; qu'il en est d'autres, au contraire, où l'instrument tranchant présentera une supériorité incontestable.

Ce point demanderait des explications, car moi qui opère toutes les tumeurs du sein au moyen des caustiques, je n'admets pas que parmi elles il y en ait où l'instrument tranchant soit préférable. Pour les tumeurs du sein, je le conteste formellement, au contraire, je puis faire avec les caustiques ce qu'on ne peut pas faire avec le bistouri, c'est ainsi que le bistouri se trouve impuissant devant les tumeurs adhérentes aux côtes, surtout si les côtes sont elles-mêmes cancéreuses.

On n'insiste pas sur les cas où les malades éprouvent une vive appréhension de l'instrument tranchant, chez celles dont l'impressionnabilité est telle -qu'on est en droit de redouter l'influence d'une opération sanglante, etc. Dans ces cas il n'y a pas lieu d'hésiter.

Pour les cancers enkystés (il doivent être rares, car en dehors du cysto-sarcome, je n'en ai jamais rencontré) M. Maisonneuve conseille de combiner l'action des caustiques avec l'énucléation : On applique, dit-il, dans toute l'étendue du diamètre principal de la tumeur, une traînée de caustique destinée à désorganiser seulement l'épaisseur de la peau; puis, le lendemain, on incise l'eschare avec le bistouri, et, par l'ouverture qui résulte de cette incision, on pratique l'énucléation de la tumeur, presque sans effusion de sang.

Et le kyste, que devient-il? L'auteur ne le dit pas. C'est le procédé que j'emploie depuis très longtemps pour les tumeurs enkystées; seulement, après l'énucléation, après que j'ai, vidé le kyste, je complète l'opération en introduisant dans le kyste même, une quantité suffisante de pâte caustique pour détruire la poche fibreuse.

Cancers ulcérés de la mamelle. C'est surtout quand le cancer a désorganisé les téguments dans une grande étendue; quand des végétations fongueuses et saignantes s'élèvent de

DES CAUSTIQUES

la surface de l'ulcère, dit M. Maisonneuve, que les caustiques présentent des avantages considérables. On voit sous leur influence disparaître comme par enchantement les hémorrhagies, les sécrétions ichoreuses et les émanations fétides qui tourmentaient incessamment les malades.

Si la tumeur n'a pas une grande épaisseur, une ou deux applications suffisent; et dans les cas plus graves, alors que l'opération sanglante ne pourrait avoir lieu sans produire d'énormes délabrements, ils peuvent, au nKryen d'applications successives et fractionnées, détruire le mal dans toute son étendue, en évitant à l'organisme des secousses trop dangereuses.

Enfin, lorsque le cancer a dépassé les limites au delà desquelles le chirurgien ne peut plus conserver l'espoir de le détruire entièrement, les caustiques permettent encore d'en retarder la marche et de pallier en partie les accidents qu'il détermine.

L'auteur trouve que les tumeurs de l'aisselle ne se prêtent que fort peu à l'emploi des caustiques ; l'extirpation avec le bistouri est préférable à la cautérisation ; l'exécution n'est pas seulement plus rapide et plus simple, elle est encore beaucoup plus sûre et moins dangereuse, en ce qu'elle permet de respecter les troncs vasculaires et nerveux de cette région. Par la cautérisation, au contraire, il serait presque impossible d'éviter la lésion de ces organes.

L'auteur raisonne évidemment ici au point de vue des caustiques qu'il a à sa disposition, des flèches; il serait en effet difficile de se servir des flèches caustiques pour détruire les ganglions squirrheux du creux axillaire, tandis qu'avec ma pâte caustique on peut porter la cautérisation aussi bien dans le creux de l'aisselle que sur les tumeurs externes, comme l'attestent les nombreuses observations que je relate dans cet ouvrage.

M. Billroth donne comme suit son appréciation sur les caustiques : Dans le cours des temps, l'opinion sur les caustiques a beaucoup varié ; tantôt on leur a donné la préférence sur les autres moyens, tantôt on les a rejetés en principe. La plupart des chirurgiens contemporains inclinent vers cette dernière manière de voir, que je partage également.

En principe, dit-il, je donne la préférence à l'opération par le bistouri et les ciseaux, et cela par l'unique raison que je sais alors exactement ce que j'enlève, ci. puis juger, en toute sûreté, si tous les tissus malades ont été enlevés. Si M. Billroth n'a pas d'autre raison que celle-là, je puis lui donner l'assurance qu'il est aux antipodes de la vérité. Que M. Billroth sache ce qu'il enlève avec le bistouri, je n'en doute pas, mais si tout autre chirurgien moins habile ne savait pas ce qu'il enlève avec le bistouri, M. Billroth prétendrait-il que c'est la faute du bistouri? Assurément non; eh bien, c'est absolument la même chose pour le. caustique.

On a pour se guider, dans l'un et l'autre cas, la vue et le toucher, de plus la cautérisation par ma méthode a cet avantage qu'elle permet de distinguer parfaitement les tissus sains des tissus malades et de suivre les prolongements fibreux et les nodosités glandulaires si fréquents dans le cancer et c'est précisément là un des points qui constituent la supériorité des caustiques sur le bistouri. On voit que M. Billroth, dans son appréciation, est bien loin de la réalité. Ces prolongements fibreux, ces petites nodosités, on ne les sent pas sous la peau, de sorte que si ce prolongement, cette espèce de jetée de tissu malade, s'étend au delà de l'incision, il est positif que le chirurgien qui manie le bistouri ne s'en apercevra pas, tandis qu'il n'échappera pas à celui qui manœuvre avec les caustiques.

M. Billroth considère donc l'opération sanglante des cancers et des tumeurs en général comme la règle. Il est vrai que, comme toute règle, dit-il, celle-ci a ses exceptions. Chez les personnes très âgées, chez les malades anémiques ou chez ceux qui ont trop peur du bistouri, on peut se servir des caustiques, et si l'on en continue l'emploi avec méthode et assez longtemps pour que tous les tissus morbides puissent être détruits, le résultat peut être favorable. Oui, sans doute, il peut être favorable et même beaucoup plus favorable que celui que peut donner le bistouri.

Quand on se place au point de vue physiologique, continue l'auteur, les caustiques ont quelque chose pour eux; on peut supposer que le liquide caustique pénètre dans les plus fins vaisseaux lymphatiques qui participent à la maladie

DES CAUSTIQUES

et détruit ainsi complètement la matière morbide locale. Mais cette hypothèse ne se confirme pas, car le caustique forme avec le tissu qu'il touche une combinaison intime, solide, qui l'empêche d'étendre son action au delà. Comment cette hypothèse, mais il ne s'agit pas d'hypothèse, il s'agit d'un fait que ceux qui emploient les caustiques constatent tous les jours, par les symptômes physiologiques que produisent les substances qu'on met en œuvre, par les empoisonnements occasionnés par les caustiques arsenicaux, par ces mêmes substances qu'on retrouve dans les urines, etc., on voit que l'appréciation dont il a été question est de plus en plus contraire à la vérité et que c'est absolument le contrepied qu'il faut prendre.

Il y a une raison beaucoup plus puissante que celles que je viens d'invoquer, et cette raison, c'est que les caustiques guérissent souvent et sont innocents, tandis que le bistouri guérit rarement et est dangereux. Le régime du bistouri ne convient donc pas au carcinome.

On a prétendu dans le temps, dit M. Billroth, que les récidives ne se montraient pas aussi vite après l'emploi des caustiques qu'après l'opération par le bistouri ; cependant ce fait ne s'est pas confirmé; je n'admets donc que les exceptions citées plus haut.

Eh bien, après avoir fait un certain nombre d'opérations au moyen du bistouri, et un nombre beaucoup plus grand d'opérations par les caustiques, je crois aussi que les récidives ne se produisent pas aussi vite après l'emploi des caustiques. Mais ce ne sont ni des opinions ni des raisonnements qui peuvent résoudre la question, non, il faut pour cela des statistiques véridiques et bien faites. Que chaque chirurgien qui se livre sincèrement à la recherche de la vérité, qui se dévoue à la science et à l'humanité, produise sa statistique au grand jour de la publicité avec des preuves à l'appui, si on le demande, et la question dont il s'agit ici et une infinité d'autres aussi se trouveront du coup définitivement résolues, mais on ne le fera pas, et pour cause.

Quant au choix des caustiques, dit M. Billroth, je donne la préférence au chlorure de zinc pour la destruction des cancers. On peut l'employer sous forme de pâte ou sous forme

de flèches. Pour cautériser plus profondément, on fait délayer une partie de chlorure de zinc dans trois parties d'eau, on l'étend sous forme de gâteau et l'on fait sécher ; cette masse se laisse facilement diviser avec un instrument tranchant; on coupe avec un couteau de petits cylindres pointus, épais de 5 millimètres à i centimètre; on fait avec une lancette étroite une ponction dans la tumeur et on y enfonce la flèche caustique; on répète cette opération jusqu'à ce que la tumeur soit farcie de ces flèches qui peuvent être à une distance de 2 centimètres l'une de l'autre. Si après la chute de ces eschares la masse carcinomateuse se montre de nouveau, on répète la cautérisation avec la pâte ou les flèches. Telle est la méthode de M. Billroth ou plutôt la méthode de M. Maisonneuve modifiée. On ne sera pas étonné de ce que je n'approuve pas ce procédé opératoire que je trouve très défectueux et propre à discréditer les caustiques.

On peut toujours reprocher à ces cautérisations, dit-il, d'être quelquefois très douloureuses et d'un effet incertain, car on ne sait jamais jusqu'où s'étend l'action du caustique. Par le procédé de M. Billroth, non, on ne sait pas exactement mesurer l'action du caustique ; mais par mon procédé, c'est différent, on la précise aussi exactement qu'on peut préciser l'action du bistouri; d'un autre côté, les douleurs que cette méthode occasionne doivent être très violentes et se renouveler aussi aiguës chaque fois qu'on enfonce une nouvelle flèche, tandis que par le mode opératoire que je préconise, il n'y a que les deux ou trois premières applications qui occasionnent, chez les personnes nerveuses, des douleurs réellement aiguës, mais qu'on peut calmer par des moyens connus. Limiter, préciser l'action du caustique, diminuer considérablement la somme des douleurs inévitables, action modérée, sécurité complète, voilà une partie des qualités qui distinguent mon procédé opératoire.

OBSERVATIONS

PREMIÈRE SÉRIE

(Suite.)

OBSERVATION LXXXIX. — Cancer de la mamelle gauche,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

MUo V. de R., trente-quatre ans, religieuse, tempérament lymphatique, demeurant en province, porte, depuis environ deux ans, une tumeur squirrheuse au sein gauche. Au moment de son arrivée la tumeur avait le volume d'un œuf de dinde, mais elle paraissait circonscrite. Du reste, elle présentait les caractères des tumeurs squirrheuses : développement irrégulier, bosselures, douleurs lancinantes, etc.

Le i5 mars 1875, emploi des caustiques, six applications, après l'élimination de l'eschare, la plaie est belle et bourgeonnante, rapprochement exact des lèvres de la plaie, réunion immédiate.

Il n'y a pas eu de récidive.

OBSERVATION XC. — Cancer de la lèvre inférieure,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON

M. C, soixante-cinq ans, bonne constitution, demeurant à Anderlues, est atteint depuis plus de six mois d'un ulcère cancéreux à la lèvre inférieure; il l'attribue à la pipe de terre, dite brûle-gueule.

L'ulcération est assez profonde, le fond en est grisâtre, les bords sont indurés, irréguliers, taillés à pic. Depuis un mois l'ulcère fait des progrès, c'est ce qui a décidé le malade à réclamer du secours.

Le 28 août 1875 et les trois jours suivants, application de la pâte caustique.

L'ulcère est profondement cautérisé, l'opéré retourne chez lui.

L'eschare est éliminée le 7 septembre, il revint me montrer la plaie, elle est très belle. Je lui conseillai de n'y rien faire, de laisser la plaie à découvert.

Vingt jours après l'opération il était complètement guéri.

Il revint le 20 décembre suivant. La cicatrice ne laissait rien à désirer.

Il n'y a pas eu de récidive.

720 OBSERVATIONS

OBSERVATION XCI. — Cancer encéphaloïde de l'avant-bras, destruction DES OS, TEINT CACHECTIQUE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, CUERISON MOMENTANÉE.

Le nommé C„ trente-deux ans, ouvrier moissonneur demeurant à Estinnesau-Mont, porte depuis deux ans un cancer encéphaloïde, situé entre le cubitus et le radius au tiers supérieur de l'avant-bras droit.

Il a été opéré par le bistouri, il y a un an, récidive immédiate. Quand il me fut envoyé au mois de mai 1875, la tumeur avait i5 centimètres de diamètre. Elle était irrégulière, bosselée et présentait une fausse fluctuation. Le malade est maigre, son teint est d'un jaune gris très accentué. C'est en apparence la dyscrasie ou un état cachectique incertain. De plus, il est atteint d'hydrothorax à droite. Conjointement avec M. le docteur Félix, nous pratiquons la thoracenthèse, nous n'obtenons qu'un demi-litre de liquide. Néanmoins cela suffit pour guérir l'hydrothorax.

Cet homme, jeune encore, est voué à une mort certaine dans un bref délai. Nous nous décidâmes à tenter l'impossible, à poursuivre le mal jusqu'à ses dernières limites, à enlever le bras si les os de l'avant-bras sont malades, comme nous le supposions.

Le 24 mai 1875, nous appliquons les caustiques et nous continuons les jours suivants. Après avoir enlevé la tumeur, nous trouvons vers l'articulation différentes poches remplies d'un putrilage infect, les os réduits en bouillie et l'articulation du coude largement ouverte. Les muscles de l'avantbras étaient imprégnés de matière cancéreuse. La santé du malade s'était améliorée sous l'influence des cautérisations.

L'amputation du bras devenait indispensable, elle fut commencée par les caustiques au tiers inférieur du bras. Je dus m'absenter pour un mois. M. Félix acheva l'opération en sectionnant l'os par un trait de scie, le malade ne perdit pas dix gouttes de sang.

A mon retour, le 25 août, je trouvai le malade en très bon état, la plaie était presque cicatrisée. Il ne souffrait plus, il avait recouvré son embonpoint et ses forces, la couleur jaune paille avait fait place à de bonnes couleurs vermeilles. Il retourna chez lui le i5 septembre.

Cet homme vint me voir en novembre, il était en très bonne santé et il n'y avait aucune apparence de récidive. Il m'a dit qu'il exerçait la profession de colporteur. Je ne l'ai plus revu.

Evidemment nous nous étions trompés, il n'y avait pas de cachexie, il y avait seulement résorption de la matière purulente sanieuse déterminant les phénomènes de l'infection générale. Ce cas est à méditer.

J'ai recueilli cette observation en 187D; depuis je n'avais pu obtenir des renseignements précis ; tout récemment j'ai appris que cet homme était mort en décembre 1875, on n'a pu m'en dire davantage.

OBSERVATIONS

OBSERVATION XCII. — Encéphaloïde du sein gauche, engorgement

VOLUMINEUX DES GANGLIONS AXILLAIRES , EMPLOI DES CAUSTIQUES DANS LE BUT DE PROLONGER L'EXISTENCE. RÉSULTAT OBTENU.

Mmo B., soixante-quinze ans, rentière, demeurant à Pommerceul, a reçu un coup sur le sein droit, il y a deux ans. Il en résulta une ecchymose et un gonflement assez prononcé, elle n'y prit pas garde, mais cette tuméfaction ne se dissipa pas complètement.

Il y a un an environ, elle constata la présence au même point, c'est-à-dire à la partie externe du sein, d'une tumeur dure, ayant un tout autre aspect que le gonflement primitif, elle n'y fit pas attention, cependant elle suivit les progrès du mal et il y a six mois la tumeur avait acquis le.volume d'un œuf de poule. Elle commença à s'inquiéter et consulta. Les remèdes prescrits n'empêchèrent pas les progrès du mal, et lorsqu'elle vint me consulter le 12 septembre 1875, la tumeur avait la grosseur du poing, plusieurs ganglions axillaires étaient engorgés et constituaient une seconde tumeur. Dans l'espace compris entre ces deux tumeurs, il y avait des traînées de nodosités.

Voilà évidemment une affection arrivée aux extrêmes limites de la seconde période.

Fallait-il opérer ou abandonner la malade à son triste sort? J'optai pour l'opération, dans le but de prolonger l'existence et d'épargner à la patiente de grandes souffrances; selon mon appréciation, elle devait succomber avant six mois.

Malgré ses soixante-quinze ans, cette dame est forte et robuste.

Le i3 septembre 1875, application des caustiques sur les deux tumeurs et sur l'espace qui les sépare. Neuf applications, après lesquelles l'opérée retourna chez elle. Après la chute de l'eschare elle vint me montrer la plaie, elle était nette et très belle. Elle rentra chez elle, M. le docteur Manouvrier lui donna ses soins.

La cicatrisation se fit rapidement et bien.

Le i5 février 1876 elle me revint avec un engorgement ganglionnaire, situé au-dessous du bord du grand pectoral et au-dessus de la cicatrice.

Emploi des caustiques le même jour. Cinq applications. Après la chute de l'eschare, de nouveaux engorgements ganglionnaires se produisent au fond de la plaie et dans l'aisselle. Nouvelles opérations. Enfin, tout le tissu malade paraissant détruit, elle retourna chez elle le ier mars.

Le 1 8 avril 1877, nouvelle récidive dans la cicatrice, au-dessus et au-dessous.

Je cautérise le tout, huit applications, les dernières partielles. Après la chute de l'eschare, la plaie est très belle. La cicatrisation marche assez rapidement, à la fin de mai 1876 elle était achevée.

En 1880, cette dame a été frappée d'apoplexie cérébrale à laquelle elle a succombé; elle avait quatre-vingts ans. On m'a dit qu'elle n'avait plus souffert du côté malade. Quoi qu'il en soit, je considère comme un succès d'avoir prolongé la vie de cinq ans dans de telles circonstances.

OBSERVATIONS

OBSERVATION XCIII. — Cancer de l'avant-buas, tumeur volumineuse,

M. V., quatre-vingts ans, ancien militaire, avait reçu plusieurs blessure* graves pendant les guerres du premier empire; néanmoins il est assez robuste, il demeure à Bruxelles.

Depuis plus d'un an, cet homme a vu se développer, vers le milieu de la partie postérieure de l'avant-bras droit, une rumeur lobulée qui s'ulcéra et devint le siège d'une végétation énorme, c'est-à-dire comme un œuf de dinde.

Deux chirurgiens avaient placé une ligature métallique à la base de cette tumeur, les douleurs furent tellement atroces que le second jour le malade les supplia d'ôter cette ligature. Ils s'y refusèrent, vers le soir la fille du malade alla de nouveau les supplier de venir ôter la ligature en disant que son père préférait la mort à de telles souffrances; refus nouveau.

On me fit appeler le lendemain matin. La nuit avait été terrible, toute la famille était présente, on avait couru chez les pharmaciens demander des calmants.

Le 8 octobre 1875, je me rendis près du malade, il accusait toujours des douleurs intolérables, il me supplia d'ôter la ligature. C'est ce que je fis immédiatement. La ligature ne comprimait pas la moité de la base de la tumeur, il n'y avait pas d'apparence de mortification.

Le sommet de la tumeur était ramolli et saignait au moindre contact.

La base était large, beaucoup trop pour songer à y placer une ligature, ce moyen ne pouvait aboutir.

J'appliquai donc la pâte caustique qui fut un soulagement pour le malade, tellement il avait souffert. Six applications suffirent pour détruire cette tumeur à fond, c'est-à-dire, jusqu'à l'aponévrose musculaire. Le malade les supporta très facilement : la douleur causée par le caustique, me disait-il, n'est absolument rien à côté de celle que produit la ligature. La chute de l'eschare nous montra une plaie simple et nette, la cicatrisation marcha rapidement et sans incidents, le malade était entièrement guéri le i5 novembre.

Cet homme est mort en 1878 à la suite d'une ancienne bronchite avec emphysème vésiculaire. La cicatrice du bras est restée intacte.

OBSERVATION XCIV. — Tumeur squirrheuse d'un petit volume,

M. P., quarante ans, ouvrier tailleur, de Landen. La constitution est chétive, le tempérament lymphatique.

Cet homme porte depuis neuf mois environ, immédiatement au-dessous de la paupière inférieure gauche, une tumeur présentant tous les caractères du

OBSERVATIONS

squirrhe : elle est dure, bosselée, irrégulière, et produit des douleurs lancinantes légères. De plus, son pédicule ou sa base s'enfonce assez profondément de telle sorte qu'elle paraît s'attacher au périoste du maxillaire supérieur.

Elle a le volume d'une aveline et paraît circonscrite et localisée.

Le 16 décembre 1875, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique qui reste appliquée environ six heures.

Le lendemain j'excise les trois quarts de la tumeur ; celle-ci étant en grande partie composée de tissu fibreux, tissu essentiellement perméable au caustique, l'eschare est très épaisse.

Le 17 donc j'applique une nouvelle couche de pâte caustique.

Le 18 j'enlève le reste de la tumeur et une partie de sa base, au delà du derme.

Je réapplique le caustique.

Le 19, j'estime que la cautérisation est suffisante, l'eschare repose sur l'os. Je fais continuer les cataplasmes.

Le 24, chute de l'eschare. La plaie est très nette. J'en réunis les bords dans le sens vertical, afin de ne pas tirer la paupière vers le bas.

Le 5 janvier le malade est complètement guéri. La cicatrice se voit très peu.

Il n'y a pas eu de récidive.

OBSERVATION XCV. — Squirrhe du sein gauche, première période,

MUû F., trente-trois ans, fermière à Epinoy. C'est une forte femme, d'excellente constitution, de tempérament sanguin.

Elle est atteinte depuis sept mois d'une petite tumeur squirrheuse, aujourd'hui du volume d'un petit œuf de poule. Elle est située à la partie interne du sein gauche et présente tous les caractères du squirrhe à la première période, parfaitement localisé.

Le 18 février 1876, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique.

Le 19, la cautérisation est très forte, de plus de 1 centimètre. J'excise les trois quarts de l'eschare et réapplique la pâte caustique.

Même opération les jours suivants, en tout cinq applications; puis continuation des cataplasmes.

Chute de l'eschare le 29, la plaie est très nette, réunion; elle est guérie le 9 mars.

Il n'y a pas eu de récidive.

On remarquera que toutes les malades opérées dans la première période du cancer sont radicalement guéries. Il importe donc au plus haut degré d'opérer de bonne heure, c'est-à-dire avant que la maladie passe à la seconde période ou de propagation.

OBSERVATIONS

OBSERVATION XCVI. — Cancer du nez, emploi des caustiques,

GUÉRISON

Mme G., quarante-trois ans, ménagère à Jambes, près de Namur, est d'un tempérament lymphatico-sanguin; elle a un embonpoint très prononcé. Cette dame est atteinte depuis environ huit mois d'un ulcère cancéreux à la partie moyenne du nez. Cet ulcère présente des bords durs, gonflés, irréguliers et taillés à pic. Le fond de l'ulcère est grisâtre, l'ulcération fait des progrès et est arrivée à la grandeur d'une pièce de deux francs.

Le 20 avril 1876, application du caustique de Vienne sur les bords de l'ulcère, puis de la pâte caustique sur le tout. Les deux jours suivants, nouvelles applications de pâte caustique.

La chute de l'eschare met à nu une plaie simple de très bonne nature.

Le 10 mai, la plaie est entièrement cicatrisée.

J'ai revu cette dame il y a quelques mois, elle est parfaitement guérie. OBSERVATION XCVII. — Cancer de la lèvre inférieure, ehploi

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