I. Relation de i635j p. 11 el suiv
INTRODUCTION
royaumes, n'aura donc d'habitants que pour soi? ou bien, si ses enfants la quittent, s'en iront-ils, qui de ci, qui de là, perdre le nom de Français à l'étranger?
« ... Ne vaut-il pas mieux décharger l'ancienne France dans la Nouvelle, par des colonies qu'on y peut envoyer^ que de peupler ces autres pays ?
« Ajoutez, s'il vous plaît, qu'il y a une infinité d'artisans en France qui, faute d'emploi ou faute de posséder quelque peu de terre, passent leur vie dans une pauvreté et dans une disette pitoyable... Or, comme la Nouvelle-France est de grande étendue, on y peut envoyer si bon nombre d'habitants, que ceux qui resteront à l'ancienne auront de quoi employer leur industrie honnêtement, sans se jeter dans les vices qui perdent les républiques...
« De plus, si ces contrées se peuplent de nos Français, non seulement on affaiblit les forces de l'étranger, qui tient dans ses vaisseaux, dans ses villes et ses armées, grand nombre de Français à ses gages; non seulement on bannit la famine des maisons d'une infinité de pauvres artisans; mais encore fortifie-t-on la France ; car ceux qui naîtront en la Nouvelle-France seront Français et pourront dans les besoins rendre de bons services à leur roi, ce qu'on ne doit pas attendre de ceux qui s'habituent chez nos voisins...
« Enfin, si ces pays se peuplent de Français, ils s'affermiront à la couronne et l'étranger ne les viendra plus troubler... »
Ces adjurations ne dénotent-elles pas quelque patriotisme dans celui qui les adressait du fond des forêts canadiennes à la métropole?
INTRODUCTION
Pour leur donner plus de force, le P. Le Jeune ajoute : « Il ne faut point douter qu'il ne se trouve ici de l'emploi pour toutes sortes d'artisans. Pourquoi les grands bois de la Nouvelle-France ne pourraient-ils pas fournir des navires à l'ancienne? Qui doute qu'il n'y ait ici des mines de fer, de cuivre et d'autre métal ? On en a déjà fait la découverte de quelques-unes qu'on va dresser. Par conséquent, tous ceux qui travaillent en bois et en fer trouveront de quoi s'occuper. Les blés n'y manqueront non plus qu'en France. Je ne fais pas profession de rapporter les biens du pays, ni de montrer ce qui peut occuper ici l'esprit et le corps de nos Français. Je me contenterai de dire que ce serait un honneur et un grand bien à l'une et l'autre France de faire passer des colonies et dresser force peuplades dans les terres qui sont en friche depuis que le monde est né. »
Si désireux qu'ils soient de voir les colons de la mèrepatrie affluer au Canada, les misssionnaires ont bien garde pourtant de leur promettre les délices évanouies du paradis terrestre. Ils n'imitent pas en cela certains fondateurs de colonies : ils sont sincères. Ils disent la vérité, et la vérité toute seule. Parfois même, dans cette langue savoureuse des premières années du dix-septième siècle, ils se moquent aimablement des illusions que l'enthousiasme pourrait faire naître.
« Je vous ai dit que tout le pays n'est qu'une perpétuelle forêt, rapporte le P. BiardS car il n'y a rien d'ouvert, sinon les marges de la mer et quelques rivières qui,