I. Relation de i633, p. 3o
de morue qui jettent leurs filets dans ces parages. A cette nouvelle il n'hésite pas : la tempête a dispersé sa flottille, n'importe. Avec son seul vaisseau, il cingle vers le Cap- Breton, attaque le fort, le rase, fait construire un ouvrage plus considérable à l'entrée du Grand-Cybou, y arbore les couleurs royales et y laisse pour les défendre quarante hommes bien munis de provisions. Puis, il se remet en mer avec tous les Anglais prisonniers et il retourne en France, afin d'y rendre compte de sa campagne et d'y prendre les ordres du grand cardinal.
Ce hardi marin était le frère de notre futur martyr. Celui-ci avait reçu au baptême le prénom d'Antoine. Il grandit en face de la mer, dont il prenait plaisir à contempler les flots du sommet des falaises : l'immensité l'attirait. Mais ce qu'il rêvait, quand son regard s'attachait ainsi pendant de longues heures à l'horizon, ce n'étaient pas les courses aventureuses des mariniers du Pollet^ partant pour aller pêcher le hareng ou la morue, en affrontant mille tempêtes ; ce n'étaient pas davantage les découvertes si heureusement faites sur divers points du globe par certains armateurs de Dieppe, ni même leurs exploits maritimes contre les Portugais, les Espagnols et les Anglais. Il pensait aux peuplades qui habitaient le long du grand fleuve, sur les rives duquel des Dieppois venaient de jeter les fondements de Québec, et il appelait de ses vœux le moment où il lui serait permis de leur prêcher l'Évangile; car « il semblait n'être né que pour le salut de ces peuples et n'avoir point de désir plus violent que de mourir pour eux' ».