‹ Au berceau de l'autre FranceChapitre 62 sur 80 · Relation de 1649, p · texte numérisé non relu

Relation de 1649, p

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Cependant Antoine Daniel n'entra pas au noviciat en sortant du collège. Sa famille fit-elle tout d'abord opposition à ses projets? Quelque autre obstacle lui ferma-t-il l'accès de la vie religieuse ? Les renseignements précis nous manquent à ce sujet.

Ce qui est certain, c'est qu'Antoine, après avoir consacré deux années à l'étude de la philosophie, en donna une à celle du droit. Mais les Institutes et les Pandectes n'étaient point pour satisfaire ce cœur ardent. Antoine les ferma bientôt pour toujours et il revêtit à vingt ans (i^'oct. 1621) le pauvre habit religieux dans la Compagnie de Jésus.

Le jeune novice fit ses débuts sous le P. Lancelot Marin, dans la maison de probation de Rouen. Jean de Brébeuf sortait à peine de ce noviciat; Isaac Jogues allait y entrer, trois ans après. Les futurs martyrs s'y succédaient donc presque sans interruption. Ses premiers vœux prononcés, Ant. Daniel passa au collège de Rouen, où il enseigna, de i623 à 1627, toutes les classes de grammaire, depuis la sixième jusqu'à la troisième inclusivement. Nous le retrouvons, l'année suivante, à Paris ; il y étudie la théologie au collège de Clermont. Ce cours dura trois ans (i 627-1630), et, lorsqu'il l'eut terminé, le P. Daniel vit ses souhaits comblés par l'ordination, qui le faisait prêtre pour l'éternité ! Il était .prêt désormais pour l'apostolat auquel la grâce le conviait. Il demeura pourtant deux années encore en Europe, au collège d'Eu, où il fut d'abord professeur de belles-lettres, ministre ensuite, et où il vécut avec le P. de Brébeuf, qui y était procureur. Mais l'heure vint où ses prières instantes

triomphèrent des derniers obstacles, et il fut désigné pour la mission du Canada.

C'est à Dieppe, sa patrie, que l'apôtre s'embarqua. Il devait passer en Amérique avec le P. Ambroise Davost, sur la flottille qui allait y ramener le lieutenant de Champlain, Duplessis-Bochard. Par une heureuse coïncidence, il fit la traversée sur le vaisseau commandé par son valeureux frère, mais il quitta ce navire à Tadoussac, où il séjourna toute une année. C'est seulement le 24 juin i633 qu'il remonta le fleuve et qu'il put rejoindre le P. de Brébeuf à Québec.

Il savait que ce vaillant ouvrier ne désirait rien tant que de retourner chez les Hurons ; il espérait pouvoir se joindre à lui et faire en sa compagnie le périlleux voyage. De fait, cet espoir fut sur le point de se réaliser deux mois après. Champlain avait à cœur de s'attacher cette nation. Sa piété le poussait à lui envoyer des apôtres. Son génie colonisateur, si perspicace et si profond, se trouvait sur ce point d'accord avec elle, car il était persuadé qu'il n'y a pas de lien plus indissoluble que celui de la religion. Or, (( jusque-là on avait plutôt préparé les voies à l'établissement du christianisme parmi ces sauvages que réellement commencé une œuvre, qui demandait une plus grande connaissance qu'on n'en avait pu encore acquérir, de leur langue, de leurs coutumes, de leur croyance et de leur esprit. Dans le séjour que les PP. Récollets avaient fait parmi eux, ils en avaient bien gagné quelques-uns à Jésus-Christ, mais ils n'en avaient pu baptiser que très peu. Les PP. de Brébeuf et de Noue avaient aussi fait quelques prosélytes; mais le christianisme n'avait point

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encore pris racine parmi ce peuple, qui ne paraissait pas aisé à réduire. On se flattait néanmoins que, quand il aurait traité un peu plus longtemps avec les missionnaires, il deviendrait plus docile^. »

Ancien noviciat des Jésuites de Rouen : la chapelle.

Champlain forma donc le dessein de fonder une mission sur les bords du lac Huron. Il en fit part aux sept cents sauvages qui étaient descendus de ces contrées pour l'attendre à Québec à son retour de France, en i633. Tous y applaudirent. Mais la constance n'était pas la qualité maîtresse de ces pauvres gens. Au moment où l'on y pensait le moins,

I. Charlevoix, Hist. gén. de la Nouvelle-France, t. I", p. 178.

ils changèrent brusquement d'avis et déclarèrent que le projet du gouverneur était irréalisable. Champlain, qui les connaissait, ne se borna pas à leur en témoigner sa surprise et son mécontentement. Il leur parla en homme qui ne se voyait plus, comme les années précédentes, dans une situation à être impunément joué. Il disposa donc toutes choses pour que les missionnaires pussent faire le voyage projeté. Les Hurons se rendirent. Mais ce ne fut pas pour longtemps. Au moment d'embarquer, ils refusèrent de recevoir les Jésuites dans leurs canots. Le prétexte de ce refus était l'arrestation d'un Algonquin qui avait traîtreusement massacré un Français. Insister, c'était vraisemblablement vouer les missionnaires à la mort. Le P. Daniel, qui, avec le P. Davost, devait accompagner le P. de Brébeuf, était tout prêt à affronter ce péril, car, dit le P. Le Jeune ^, « je ne les vis jamais aussi résolus qu'alors ». Mais cette mort aurait dû être vengée. La guerre s'en serait donc suivie entre les Hurons et la colonie. Champlain ne crut pas sage de faire de nouvelles instances. On n'eut que le temps d'aller par les cabanes retirer le petit bagage des vo3'ageurs, que l'on avait déjà remis aux sauvages, et les canots hurons s'ébranlèrent, emportant le fruit de leurs échanges, mais laissant derrière eux sur la rive la Vérité.

Le P. Daniel resta donc à Québec, avec ses frères. Heureusement le travail y répondait à son zèle. Les Anglais, pendant leur courte occupation de la Nouvelle-France, avaient brûlé la chapelle autrefois desservie par les Récollets. En attendant qu'on en pût construire une autre, les

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