‹ Au berceau de l'autre FranceChapitre 63 sur 80 · Relation de i633, p · texte numérisé non relu

Relation de i633, p

UNE NOUVELLE VICTIME

Jésuites firent dresser un autel dans le fort. C'est là qu'ils exerçaient leur ministère, en même temps qu'à Notre- Dame des Anges.

Le P. Daniel y prêcha souvent.

Un peu plus tard, Ghamplain, en éxecution d'un vœu fait par lui à la très sainte Vierge, bâtit, sous le titre de Notre- Dame de Recouvrance, une église toutprèsdelacitadellei. Le P. Antoine fut chargé de la desservir, concurremment avec quelques autres religieux, et ces travaux l'absorbèrent jusqu'au jour où la Terre promise s'ouvrit enfin devant lui.

Ancien collège des Jésuites de Rouen (lycée Corneille) une des entrées de la chapelle.

I. L'église de Québec, comme celle des Trois-Riviéres ensuite, fut placée sous le vocable de l'Immaculée-Conception.

Départ pour le lac Huron. — Trois cents lieues de route. — Une écuellée de farine par jour. — Les portages. — Débarquements involontaires. — Odyssée du P. Daniel. — Abandonné sur un îlot. — La faim. — Le P. Daniel foule la terre huronne.

C'est vers le milieu de l'été de 1634 qu'il y entra. Le P. Daniel était parti de Québec le i"" juillet, avec le P. de Brébeuf, pour aller jusqu'aux Trois-Rivières à la rencontre des Hurons. Le P. Davost les suivit trois jours après. Quand les sauvages arrivèrent, les missionnaires comprirent vite qu'ils auraient beaucoup de peine à se faire accepter dans les canots. On le leur avait promis l'année précédente. Malheureusement les traitants étaient descendus en si petit nombre et si mal équipés, qu'ils n'avaient pas dessein d'accomplir leur promesse. Ils n'en témoignèrent pas moins d'abord une grande bonne volonté. Mais, quand on vint à l'exécution, ils s'excusèrent : leurs canots étaient trop peu nombreux; — il n'y en avait que onze, en effet; — leur fatigue était trop grande. Enfin, les Algonquins, dont ils devaient traverser le pays, s'opposaient à l'embarquement des Robes-Noires.

A force de présents, on finit cependant par lever tous les obstacles. Les missionnaires n'emportèrent que ce qui leur était nécessaire pour célébrer la messe, et quelques autres objets absolument indispensables. Ils s'engagèrent, de plus, à ramer pendant tout le voyage. On leur annonçait bien que, selon toute vraisemblance, ils ne le feraient pas longtemps, et qu'on les jetterait à l'eau au premier passage difficile, après les avoir assommés au préalable,

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en accusant de leur mort quelque remous perfide. Mais ils étaient décidés à pénétrer coûte que coûte dans le pays où ils voulaient aller porter la foi. Ils partirent donc, le P. Daniel et le P. de Brébeuf, le 7 juillet 1634, et le P. Davost, huit jours après.

« Ils ont trois cents lieues à faire, écrivait le P. Le Jeune, le 7 août suivant^, et cela dans des chemins qui font horreur, à ouïr les Hurons eux-mêmes. Les sauvages cachent dans ces chemins, de deux jours en deux jours, de leur farine pour manger au retour. Il n'y a point d'autres hôtelleries que ces cachettes. S'ils manquent à les retrouver ou si quelqu'un les dérobe, il se faut passer de manger; s'ils les retrouvent, ils ne font pas pour cela grande chère : le matin, ils détrempent un peu de cette farine avec de l'eau, et chacun en mange environ une écuellée. Là-dessus, ils jouent de l'aviron tout le jour, et sur la nuit ils mangent comme au point du jour. C'est la vie que doivent mener nos Pères, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés. »

Ce n'était là qu'une des fatigues de ce long voyage. Le P. de Brébeuf en a consigné quelques autres dans sa lettre du 27 mai i635. « Des deux difficultés ordinaires du trajet, écrit-il, la première est celle des saults et portages... Toutes les rivières de ces pays sont pleines de chutes... Quand on approche de ces torrents, il faut mettre pied à terre et porter à col, à travers les bois ou sur de hautes et fâcheuses roches, tous les paquets et les canots eux-mêmes. Cela ne se fait pas sans beaucoup de travail, car il y a des portages d'une, de deux ou de trois lieues ; ajoutez

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