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Son humilité s’y fût contentée du dernier rang : une place parmi les frères coadjuteurs, c'est tout ce que Jean sollicitait. On crut avec raison que Dieu attendait autre chose de lui; il se soumit au jugement de ses supérieurs, et, son noviciat terminé, il passa au collège de Rouen
pour y faire une classe de grammaire à quelques pauvres écoliers !.
Le noviciat de Rouen.
Mais, dans ces enfants, le futur apôtre voyait déjà des âmes à conquérir à Jésus-Christ; aussi se dévoua-t-il à elles sans réserve; il s’y dévoua même avec un si profond mépris de la fatigue que son dévouement l’emporta vite sur ses forces. Deux ans après son entrée au collège, son épuisement était si grand qu’on dut le décharger de
par Madame d’Aubigny. Il était situé sur la paroisse Saint-Vivien. Après la Révolution, on en fit tour à tour un dépôt de mendicité, une prison et une caserne, Quelques rues y ont été ouvertes plus tard.
1. Ce collège fut fondé en 1593 par le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen. Soixante ans après, il comptait dix-huit cents élèves. On y a établi de nos jours le lycée.
32 PREMIÈRE PARTIE toute occupation. Jean de Brébeuf avait alors vingt-huit ans.
Cette inaction forcée, avec ses inséparables tristesses, à un pareil âge surtout, c'était la souffrance! Empreinte austère dont le divin Rédempteur marquait les débuts de cette vie religieuse, en attendant qu'il en marquût le terme d’un sceau plus auguste, celui de sa croix!
Cependant le zèle ardent du jeune jésuite ne pouvait s'accommoder d’une vie entièrement désœuvrée. Saintement avide des grandeurs du sacerdoce, Jean consacra donc le reste de ses forces à recueillir, dans une étude solitaire et pénible, les connaissances théologiques les plus indispensables au prêtre de Jésus-Christ. Dieu bénit ce courageux travail, et deux ans après, le 25 murs 1623, à Rouen même, le P. de Brébeuf avait le bonheur de monter pour la première fois au saint autel.
Le soldat du Christ était prêt désormais. L'appel ne se fit pas entendre immédiatement toutefois. Le P. de Brébeuf, dont la forte santé avait enfin repris sa vigueur première, remplit pendant trois années encore la charge de procureur au collège de Rouen. Mais, au commencement de 1625, ses vœux furent comblés, et ses Supérieurs le désignèrent, comme nous l'avons dit, pour la mission du Canada qu’ils s’apprêtaient à fonder.
Le 27 avril 1625, sous la conduite d’un récollet de haute naissance, le P. Joseph de la Roche d’Aillon, les nouveaux apôtres s’embarquèrent. Sept semaines après, — 19 juin, — ils mouillaient devant Québec.
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Dès l'abord, les missionnaires constatèrent que la jeune mission était vraiment une terre à conquérir. Car, à peine arrivés devant la ville naissante, ils s’en virent durement refuser l'accès. Sur le même vaisseau qu'eux, la haine
dont on les poursuivait en Europe avait franchi l'océan, et ils la retrouvaient à leur débarquementdans le Nouveau-Monde. Les missionnaires s'étaient contentés de l’autorisation verbale du roi pour passer en Canada. Avec une mauvaise foi insigne, Guillaume de Caen, capitaine calviniste, qui les y avait conduits, en profita. Il leur déclara que, n'ayant
Ancien collège des Jésuites de Rouen (au ourd'hui lycée Corneille) : l'abside.
reçu aucun ordre écrit de la cour, il ne pouvait les laisser pénétrer ni dans le fort ni à Québec, et il ajouta qu'ils seraient sans doute obligés de retourner en France par le navire même qu’ils montaient. Heureusement, les Récollets avaient un établissement non loin de la ville; puisqu'on fermait Québec aux Jésuites, cet abri du moins leur restait ouvert. Ils y furent généreusement accueillis
en frères d’armes, et, à partir de ce jour, ils partagèrent la tente de ceux dont ils venaient partager ‘aussi les héroiques combats.
Peu à peu, du reste, la haine s'émoussa : les préventions tombèrent. On brüla en place publique un libelle infâme importé de France, l’Anti-Cotton!, et un jour vint où l’on finit par leur concéder un terrain non loin du couvent qui les avait abrités jusque-là. Ils en prirent possession (23 septembre 1625) en y élevant une grande croix, et, après s’y être rapidement installés, is se mirent en devoir d'entamer avec ardeur l'œuvre à laquelle Notre- Seigneur les appelait.
« De leur pauvre hutte de Saint-Charles, écrit Francis ‘Parkman, ces hommes visaient à la conversion d’un continent tout entier. Ils mesuraient du regard un champ d'action dont l’immensité aurait pu fatiguer les ailes légères de la pensée elle-même, tant la scène apparaissait terrible, effrayante, remplie de sombres menaces et de douloureux périls. Mais ils étaient l’avant-garde de cette grande armée d’Ignace de Loyola, forte d’une discipline qui soumet tout, le corps, la volonté, l'intelligence, le cœur, l’âme dans ce qu’elle a de plus intime. Leur vie atteste l’ardeur de leur foi et l’intensité de leur zèle, Mais c'était un zèle contenu, dompté et guidé par une main vigoureuse. Car leur merveilleuse éducation religieuse, enflammant et gouvernant leur zèle tout à la fois, leur donnait une immense puissance au moment de l’action, comme ces forces physiques qu: ia science moderne crée
1. Les Pères l’avaient trouvé, courant de maison en maison à leur arrivée à Québec.
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et contient. Un but superbe absorbait leur vie tout entière : Ad majorem Dei gloriam. Tour la plus grande gloire de Dieu, ils étaient prêts à agir ou à attendre, à payer d’audace, à souffrir ou à mourir, pourvu que ce ft par obéissance, parce que, dans l’autorité de leurs Supérieurs, ils saluaient l’autorité même de leur Dieut. »
Le protestant qui a écrit ces lignes nous eût révélé le secret de Ja force du P. de Brébeuf, si déjà nous ne l’avions pas connu. Jean ne voulait en effet qu’une chose, se dévouer en obéissant jusqu’à la mort. Dès lors, peu lui importait la nature de la tâche. On l’employa d’abord auprès des colons français : il se consacra à eux avec une ardeur infatigable, et il y réussit à souhait. On ne tarda pas cependant à le désigner pour la Mission huronne. Il