UN
cabane étant trop étroite, je ne savois comment me défendre de son ardeur. D’aller à droite ou à gauche, vous ne sçauriez, car les sauvages qui vous sont voisins occupent vos côtés ; de reculer en arrière, vous rencontrez cette muraille de neige ou les écorses de la cabane qui vous bornent. Je ne savois en quelle posture me mettre : de m'étendre, la place étoit si étroite que mes jambes eussent été à moitié dans le feu; de me tenir en peloton, et toujours raccourcy comme ils font, je ne pouvois pas si longtemps qu'eux. Mes habits ont été tout rôtis et tout brûlés. Vous me demanderez peut-être si la neige que nous avions au dos ne se fondait point, quand on faisait bon feu. Je dis que non. Si parfois la chaleur l’amortissait tant soit peu, le froid la durcissait en glace.
PU « Or je dirai néanmoins que le froid ni le chaud n’ont « rien d'intolérable, et qu’on trouve quelques remèdes à | enfu ces deux maux : mais pour la fumée, je vous confesse DS était que c’est un martyre. Elle me tuait et me faisoit pleurer qui incessamment sans que j'eusse ni douleur, ni tristesse ÆÆ corp dans le cœur. Elle nous terrassoit par fois tous tant que À jusq: nous étions dans la cabane, c’est-à-dire qu’il falloit mettre s'écl. la bouche contre terre pour pouvoir respirer, car encore nière que les sauvages soient accoutumés à ce tourment, par- | mers fois il redoublait avec une telle violence, qu'ils étaient À m'en : contraints, aussi bien que moy, de se coucher sur le Fa ventre et de manger la terre pour ne pas boire la fumée. P. Gal J'ai quelquefois demeuré plusieurs heures en cette situa- pe tion, notamment dans les plus grands froids, et lorsqu'il À faisait neigeait : car c’étoit en ces temps-là que la fumée nous } ctleu
léfendre ne sçauent vos muraille Jornent.
étendre, é à moiurs racngtemps s, Vous ions au 1. Je dis oit peu,
ud n’ont èdes à confesse pleurer tristesse ant que t mettre r encore nt, parétaient sur le
a fumée.
te situalorsqu'il ée nous
assailloit avec plus de fureur, nous saisissant à la gorge, aux naseaux et aux yeux. Que ce breuvage est amer ! Que cette odeur est forte! Que cette vapeur est nuisible à la vue! J'ai cru plusieurs fois que je m'en allois être aveugle. Les yeux me cuisoient comme feu, ils me pleuroient ou distilloient comme un alambic, je ne voyois plus rien que confusément, à la façon c'e ce bonnomme qui disait: Video homines velut arbores ambulantes; « Les hommes me paroissent comme des arbres en mouvement ». Je disais les psaumes de mon bréviaire comme je pouvois, les sachant à demy par cœur, j'attendois que la douleur me donnât un peu de relâche pour réciter les lecons, et quand je venois à les lire, elles me sembloient écrites en lettres de feu ou d’écarlate; j'ai souvent fermé mon livre, n'y voyant rien que confusion qui me blessoit la vue.
« Quelqu'un me dira que je devais sortir de ce trou enfumé et prendre l'air, et je luy répondray que l'air était ordinairement en ce temps-là si froid que les arbres qui ont la peau plus dure que celle de l’homme, et le corps plus solide, ne lui pouvoient résister, se fendant jusqu'au cœur, faisant un bruit comme un mousquet en s'éclatant. Je sortois néanmoins quelquefois de cette tanière, fuyant la rage de la fumée pour me mettre à la mercy du froid, contre lequel je tâchois de m'armer, m'enveloppant de ma couverture comme un Irlandais, et
1. La fumée qui remplissait les cabanes était tellement intense que le P. Gabriel Druillettes (mort à Québec en 1681) en devint aveugle dans une expédition du genre de celle que raconte le P. Le Jeune, Mais il n’en abandonna pas pour cela son poste de combat, et, Bélisaire du bon Dieu, il se faisait conduire par un enfant à travers les bois pour suivre les chasseurs et leur prêcher la foi. 11 recouvra miraculeusement la vue plus tard.
en cet équipage, assis sur la neige ou sur quelqu’arbre abattu, je récitois mes heures ; le mal estoit que la neige n’avoit pas plus pitié de mes yeux que la fumée.
« Pour les chiens que j'ay dit être l’une des incommodités des maisons des sauvages, je ne scay si je les dois blâmer : car ils m'ont rendu parfois de bons services, il est vray qu'ils tiroient de moy la même courtoisie qu’ils me prêtoient : si bien que nous nous entraydions les uns les autres, nous donnant ensemble mutuum auxilium (un secours mutuel). Ces pauvres bêtes ne pouvant subsister à l'air hors la cabane, venoient coucher tantôt sur mes épaules, tantôt sur mes pieds. Comme je n’avois qu’un simple castalogne pour me servir de matelas et de couverture tout ensemble, je n’étois pas mary de cet abry, leur rendant volontiers une partie de la chaleur que je tirois d’eux. Il est vray que comme ils étoient grands et en grand nombre, ils me pressoient parfois, et m'importunoient si fort qu’en me donnant un peu de chaleur ils me déroboient tout mon sommeil;
cela estoit cause que bien souvent je les chassois; en
quoy il m’arriva certain trait de confusion et de risée. Car un sauvage s'étant jeté sur moy en dormant, moy croyant que ce füt un chien, rencontrant en main un bâton, je le frappe m'écriant, aché, aché, qui sont les mots dont ils se servent pour chasser les chiens. Mon homme s’éveille bien étonné pensant que tout fût perdu : mais s'étant pris garde d’où venoient les coups ; « Tu « n’as point d'esprit, me dit-il; ce n’est pas un chien, « c’est moy. » À ces paroles je ne scay qui resta le plus
étonné bien n
« Re
u’arbre que la mée.
incomi je les 1s sercour- Jus enle muêtes ne it cou- Comme rvir de ois pas rtie de me ils kssoient ant un meil ; bis ; en risée.
, moy ain un ont les Mon berdu :
« Tu chien, le plus
Dans la forêt: campement huron.
étonné de nous deux. Je quittay doucement mon bâton, bien marry de l’avoir trouvé si près de moi.
« Retournons à nos chiens. Les animaux étant affamés,
d'autant qu’ils n’avoient pas de quoy manger non plus que nous, ne faisoient qu'’aller et venir, rôder partout dans la cabane. Comme on est souvent couché aussi bien qu’assis dans ces maisons d’écorce, ils nous passoient souvent et sur la face et sur le ventre; et si souvent, et avec tant d’importunité que las de crier et de les chasser, je me couvrois quelquefois la face, puis je leur donnois liberté de passer par où ils voudroient. S’il arrivoit qu’on leur jetât un os, aussitôt c’étoit de courre après à qui l’auroit, culbutant tous ceux qu'ils rencontroient assis. s'ils ne se tenaient bien fermes : ils m'ont parfois renversé et mon écuelle d’écorce et tout ce qui étoit dedans, sur ma soutane. Je souriois quand il survenoit quelque querelle parmy eux lorsque nous dînions : car il n'y avoit personne qui ne tint son plat à deux belles mains
contre la terre, qui servoit de table, de siège et de lit, et
aux hommes et aux chiens. C'est de là que provenoit la grande incommodité de ces animaux, qui portoient le nez dans nos écuelles plustost que nous n’y portions la main.
« C’est assez dit des incommodités des maisons des sauvages, parlons de leurs vivres maintenant.
« Au commencement que je fus avec eux, comme ils ne salent ni leurs bouillons ni leurs viandes, et que la saleté même fait leur cuisine, je ne pouvois manger de leurs salmigondies, je me contentois d’un peu de galette, et d’un peu d’anguille bouccanée, jusque-là que mon hoste me tançoit de ce que je mangeois si peu. Je m'’affamay avant que la famine nous accueillit ; cependant les sauvages faisoient des festins, en sorte que nous nous vîmes
en
, guill que fussi res € qu’oi nomi mett un g ( tion 4
prend casto que c vivre.
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« N temps gions :
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} mangi | c'étoit
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| je pour ! sur Ja
on plus partout issi bien assoient vent, et chasser, donnois it qu’on s à qui nt assis.
fois ren- : dedans, oit quelcar iln'y es mains
de lit, et li
bvenoit la ent le nez la main.
des sau-
omme ils et que la anger de e galette, on hoste r’affamay les sauus vimes
LE FONDATEUR DE LA MISSION HURONNE 45 hist h hist égerhléiriériniritinissihtshe dééihéorméririniere sein en peu de temps sans pain, sans farine, et sans anguilles, et sans aucun moyen d’être secourus : car outre que nous étions fort avant dans les bois, et que nous fussions morts mille fois avant que d'arriver aux demeures des François, nous hyvernions de là le grand fleuve, qu'on ne peut traverser en ce temps-là pour le grand nombre de glaces qu’il charrie incessamment, et qui mettroient en pièces non seulement une chaloupe, mais un grand vaisseau.
« Comme les neiges n’étoient pas profondes à proportion des autres années, nos chasseurs ne pouvoient pas prendre l'élan, si bien qu’ils n'apportoient que quelques castors et quelques porcs-épics, mais en si petit nombre que cela servoit plutôt pour ne pas mourir que pour vivre.
« Mon hôte me disoit dans ces grandes disettes : ch1bine, aye l’âme dure, résiste à la faim. Tu seras parfois deux jours, quelquefois trois ou quatre sans manger ; ne te laisse point abattre : prends courage : quand la neige sera venue, nous mangerons.
« Nostre Seigneur n’a pas voulu qu'ils fussent si longtemps sans rien tuer ; mais pour l'ordinaire nous man-
gions une fois en deux jours : voire assez souvent ayant
mangé un castor le matin, le lendemain au soir nous
| mangions un porc-épic gros comme un cochon de laict ; | c'étoit peu à dix-neuf personnes que nous étions, il est | vray : mais ce peu suffisoit pour ne point mourir. Quand | je pouvois avoir une peau d’anguille pour ma journée, | sur la fin de nos vivres, je me tenois pour bien déjeuné,
bien diné et bien soupé. Au commencement, je m'étois servi d'une de ces peaux pour refaire une soutane de toile que j'avais sur moy, ayant oublié de porter des pièces; mais voyant que la faim me soit si fort, je mangeay mes pièces, et si ma soutane eût été de même étoffe, je vous réponds que je l’eusse rapportée bien courte en la maison ; je mangeois bien les vieilles peaux
Jeunes élans du Canada ou orignaux.
d’orignal, qui sont bien plus dures que les peaux d’anguilles ! J’allois dans les bois brouter le bout des arbres et ronger les écorces les plus tendres.
« Les sauvages qui étoient voisins souffroient encore
plus que nous. Quelques-uns nous venant voir, nous |
disoient que les camarades étoient morts de faim. J'en vis qui n’avoient mangé qu’une fois en cinq jours.
« Ils étoient faicts comme des squelettes n'ayant plus que la peau et les os...
« Ils me demandoient souvent si je ne craignois point,
si } moi cert poit dire bag:
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si je n’avois point peur de la mort, et voyant que je me montrois assez assuré, ils s’en étonnoient, notamment en certain temps que je les vis quasi tomber dans le désespoir. Quand ils viennent jusque-là, ils jouent pour ainsi dire à sauve qui peut. Ils jettent lsurs écorces et leur bagage. Ils s’abandonnent les uns les autres, et perdant le soin du public, c'est à qui trouvera de quoy vivre pour soy; alors les enfans, les femmes, en un mot ceux qui ne sauroient chasser, meurent de froid et de faim. S'ils en fussent venus à cette extrémité, je serois mort des premiers.
« Voilà ce qu’il faut prévoir, avant que de se mettre à leur suite : car encore qu’ils ne soient pas tous les ans pressés de cette famine, ils en courent tous les ans les dangers, puisqu'ils n’ont point à manger ou fort peu, s'il n’y a beaucoup de neige et beaucoup d’orignaux, ce qui n'arrive pas touiours....
« Au reste ce temps de famine m'a été un temps d’abondance. Ayant reconnu que nous commencions à flotter entre l'espérance de la vie et la crainte de la mort, je fis mon compte que Dieu m'avoit condamné à mourir de faim pour mes péchez et baisant mille fois la main qui avoit minuté ma sentence, j'en attendois l'exécution avec une paix et une joie qu’on peut bien sentir, mais qu’on ne peut décrire. Je confesse qu’on souffre quand il se faut résoudre à la croix : mais Dieu fait gloire d’ayder une
} âme quand elle n’est ‘plus secourue des créatures.
« Poursuivons notre chemin. Après cette famine nous
eûmes quelques bons jours. La neige qui n’était que trop haute pour avoir froid, mais trop basse encore pour prendre l'orignac, s’étant grandement accrue sur la fin de janvier, nos chasseurs prirent quelques-uns de ces animaux dont ils firent sécherie. Or soit que mon intempérance ou que ce boucan, dur comme du bois et sale comme les rues, fut contraire à mon estomac, je tombai malade au beau commencement de février. Me voilà donc contraint de demeurer toujours couché sur la terre froide. Ce n’étoit pas pour me guérir des tranchées fort sensibles qui me tourmentoient et malgré lesquelles je devais souvent m'’engager dans les neiges jusques aux genoux, et parfois quasi jusques à la ceinture, notamment au commencement que nous estions cabanés en quelque endroit.
« Ces douleurs sensibles me durèrent environ huit ou dix jours, comme aussi un grand mal d’estomac, et une foiblesse de cœur qui se répandoit par tout le corps. Je guéris de ceste maladie, non pas tout à fait, car je ne fis que traisner jusques à la my-caresme que le mal me reprit. Je dis ceci pour faire voir le peu de secours que lon doit attendre des sauvages, quand on est malade, Étant un jour pressé par la soif, je demanday un peu d’eau, on me répondit qu’il n’y en avoit point et qu’on me donneroit de la neige fondue si j'en voulois : comme ce breuvage estoit contraire à mon mal, je fis entendre à mon hoste que j'avais vu un lac non pas loin de là et que j'eusse bien voulu avoir quelques gouttes de son eau. Il fit la sourde oreille, à cause que le chemin était un peu fâcheux. Si bien que non seulement cette fois, mais encore en tous les endroits que quelque fleuve ou quelque ruisseau était trop éloigné de notre cabane, il fallait
| Sang et | Cœur...
boir cuiv l’am sort:
« les a dont.
ne sc ceau, y au non tins.
sou ve dans « veux sasier d’un :
avec t chant
ils y tendu m'ont parmi rais de
«€ Vo parmi sonne,
je trop rendre invier, lont ils que ce es, fut u comde detoit pas e tourm'enparfois amenceit.
huit ou , et une orps. Je je ne fis mal me Durs que malade.
un peu et qu’on + comme tendre à de là et son eau.
était un bis, mais pu quelil fallait
boire de cette neig: fondue dans une chaudière, dont le cuivre était moins épais que la saleté. Qui voudra savoir l’'amertume de ce breuvage, qu’il le tire d’un vaisseau sortant de la fumée et qu’il en goûte!
« Quant à la nourriture, ils partagent le malade comme les autres; s’ils prennent de la chair fraîche, ils lui en donnent sa part s’il en veut ; s’il ne la mange pas, on ne se met pas en peine de luy en garder un petit morceau, quand il voudra manger. On lui donnera ce qu’il y aura pour lors à la cabane, c’est-à-dire du boucan et non pas du meilleur, car ils le réservent pour les festins. Si bien qu’un pauvre malade est contraint bien souvent de manger parmy eux, ce qui luy feroit horreur dans la santé même, s’il étoit avec nos François.
« Une âme bien altérée de la soif du Fils de Dieu, je veux dire des souffrances, trouveroit ici de quoi se rassasier : je m'étois mis en la compagnie de mon hôte et d'un renégat, à condition que nous n’hyvernerions point avec un certain sorcier, que je connaissois pour très méchant homme. Ils m’avoient accordé ces conditions, mais ils y furent infidèles ; ils m’engagèrent donc à ce prétendu magicien ; or, ce misérable homme et la fumée m'ont été les deux plus grands tourments que ‘’aye enduré parmi ces barbares... J'ai cru cent fois que je ne sortirais de cette mêlée que par la porte de la mort.
« Voilà une bonne partie des choses qu’on souffre parmi ces peuples. Mais ceci ne doit épouvanter per-
L sonne, car les bons soldats s’animent à la vue de leur
| sang et de leurs plaies et Dieu est plus grand que notre | CŒUT.... »
Le P. de Brébeuf rentre à Québec. — En route pour le pays des Hurons. — Le canot indien. — Esquifs d’écorce. — Coups de pagaie. — Adroits bateliers. — Périls du trajet. — Sur le Saint-Laurent. — Le lac Saint-Pierre. — La rivière des Prairies. — L'Ottawa. — Le «es Nipissings. — La rivière des Français. — L'arrivée en terre huronne. : Une bourgade indienne. — Remparts primitifs. — Le pays des Hurons. — Difficultés du voyage. — À l’œuvre. — Le P. de Brébeuf demeure seul chez les Hurons. — Caractère de cette peuplade. — Fange et or en même temps. — La « menterie » des sauvages. — Huron et larron. — Travaux de l’apôtre. — Leur stérilité. — Sécheresse de 1628. — Les « faiseurs de pluie ». — L'oiseau du tonnerre, — La croix de la mission. — Prodige. = Baptême de quelques enfants. — Rappel à Québec.
Cinq mois durant, telle fut la vie du P. de Brébeuft. Il connut, lui aussi, les longues courses à travers la forêt dénudée et sur le linceul neigeux qui recouvrait tout ; les journées passées dans la famine, avec trois bouchées de viande boucanée ou quelques bourgeons pour toute nourriture ; les interminables soirées devant un feu de pommes de pin qui grillait littéralement ceux qui en étaient les plus voisins ; les nuits tourmentées par l’âcre fumée que les tourbillons de neige rabattaient dans la cabane et interrompues par l’inquiet va-et-vient des chiensloups qui accompagnaient les chasseurs. Mais, quelque crucifiante qu’elle fût, cette existence si dure n’attiédit pas son zèle : au contraire, elle le réchauffa et le rendit plus ardent. Quand le missionnaire revint à Notre-Dame des Anges, résidence de ses frères (27 mars 1626), il
1. Pour l’époque des diverses chasses et la méthode employée dans cha-
cune d'elles par les Indiens, voir les intéressants détails donnés par la Relation de 1614, p. 9, et par celle de 1634, ch. 1x.
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brûlait autant que jamais de partir pour le pays des Hurons. Cette consolation ne devait plus lui être longtemps refusée : quelques mois après, lorsque, ses échanges terminés, la flottille huronne se remit en marche pour remonter le Saint-Laurent, elle ramenait avec elle dans un de ses canots légers l’apôtre de sa nation!.
Ces canots n'avaient rien des pirogues lourdes et informes que certaines peuplades se creusent dans des troncs d’arbres à peine dégrossis. Des barques aussi pesantes n'auraient pas pu être d’un grand secours aux indigènes dans les contrées qu'ils habitaient. La région lacustre, à laquelle les géographes ont donné le nom de Méditerranée canadienne, est sillonnée d’innombrables cours d’eau. Mais ces cours d’eau sont coupés par des myriades de cascades et de cascatelles, de rapides et de « saults ». La navigation fluviale y rencontre donc bien des obstacles. Grâce à l’industrie moderne, le voyageur ne s'en préoccupe plus guère aujourd’hui : la vapeur remonte certains de ces rapides, autrefois infranchissables : quand, impuissante à triompher de leur violence, le steamer est arrêté par quelque chute mugissante, un canal à écluses successives habilement combinées, ou un tronçon de voie ferrée, suppriment l'obstacle en le contournant.
Ces merveilleux travaux du génie industriel étaient in-
} connus des enfants de la forêt primitive. Il fallait donc aux sauvages des canots d’un tirant d’eau assez faible | pour se glisser à travers tous les méandres des rivières,
1, Quand le P, de Brébeuf arriva au pays des Hurons, il n'y trouva pas
k un seul chrétien. Lorsqu'il mourut, on y en comptait 8 000 environ.
et d’une légèreté assez grande en même temps pour être te aisément transportés d’un lieu à un autre. Ceux qu'ils 1 sc construisaient atteignaient entièrement ces deux buts. s
Chefs-d'œuvre de sveltesse, ces esquifs étaients faits de ; pc lames ou feuilles d’écorces de bouleau superposées les ‘3 qu unes sur les autres et enchevêtrées de telle sorte que l’eau à so!
ne pouvait pas s’infiltrer à travers leur léger tissu. Ils
avaient de huit à dix pieds de long et un demi-pied de
tirant d’eau, à pleine charge. Ils pouvaient donc s'engager impunément soit à travers les archipels d’îlots ver-
Sur la cale de construction : canot huron.
doyants qui émergeaient parfois sur leur route, soit parmi e chaos de rochers et d’écueils aux flancs déchiquetés et noirâtres qui se dressaient d’autres fois comme des brisants devant eux, ou bien encore au-dessus des prairies inon- ls P.
dées et même sur certains rapides.
Arrivait-on en face de quelque cascade ou devant un saut trop dangereux? D'un dernier coup de pagaie, l’Indien échouait son frêle esquif sur la rive; puis il le prenait sur ses épaules, tant le canot était léger, et, coupant à travers la forêt, il allait se rembarquer en amont de BR Ms e l’obstacle'. Armé de sa rame étroite et courbe, il se remet-
1. « Le canot le plus chargé ne sçaurait cueillir demy pied d’eau, et déchargé il est si léger que vous le soupéseriez facilement et transporteriez
parmi etés et brisants s inon-
ant un e, l'Inle preoupant ont de remet-
AU; et désporteriez
LE FONDATEUR DE LA MISSION HURONNE 53 ST nn tte nlihentatiel ile oi tait en chemin, contournant les pointes, rasant les écueils, se faufilant sous les branches ou sous les rameaux, glissant, s’il soupçonnait l'ennemi voisin, sans que le moindre clapotement trahît sa présence, et pouvant faire ainsi jusqu’à quarante lieues par jour. Il est vrai qu’on ne le voyait pas souvent « postillonner » de la sorte, suivant le mot du
Steamer du « Canadian Pacific Railway » sur les grands lacs.
P. Biard, car il était paresseux de sa nature et n’aimait pas à se presser.
Mais, en face du danger, il devenait superbe de sangfroid et d'adresse. La légèreté de leurs embarcations n’empêchait pas les sauvages de s’aventurer sur ces grands lacs qui sont par leur étendue de vraies mers intérieures et que sillonnent aujourd’hui de si puissants va-
de la main gauche, si vite, qu’à votre belle aise de bon temps vous{ferez
en un jour les trente et quarante lieues. » Le P. Pierre Biard, Relation de 1611, P. 10-11
peurs. Parfois un vent violent s'élevait alors; le flot moutonnait; les canots, secoués dans tous les sens, disparaissaient entre deux vagues pour bondir sur la crête d’une troisième et disparaître de nouveau. Magnifiquement impassibles, droits à leur place, les Indiens maintenaient l'équilibre de leurs embarcations avec une dextérité inouïie, aussi longtemps qu’ils le pouvaient. Quand ils jugeaient que leurs efforts étaient désormais inutiles, ils s’asseyaient, et, entonnant avec une froide bravoure le chant de mort dont la rafale emportait les notes lugubres, ils s’abandonnaient à la vague furieuse. Étaient-ils sur un fleuve et se trouvaient-ils près d’une cascade à laquelle ils n'avaient pu se dérober à temps, ils se laissaient aussi stoïquement emporter par l'énorme masse liquide qui s’écroulait avec un bruit de tonnerre dans l’abîme où ils allaient être broyés.
En soi, faire huit cents kilomètres dans un canot d’écorce, c'était entreprendre un voyage plein de dangers. La mauvaise foi et la cupidité indiennes augmentaient encore les périls inhérents à ce long trajet. Que fallait-il à ces sauvages pour débarquer sans pitié leur passager dans quelque îlot? La moindre raison, un prétexte, la crainte de manquer de vivres !. Parfois même, ils le massacraient, afin de s'approprier son petit bagage. Il était si facile ensuite de mettre sa mort au compte d’un accident de route et de l’imputer à quelque remous insurmontable! Le grand fleuve était-il jamais sorti de son silence pour se défendre et pour dévoiler inopinément les sombres dra-
1. C’est ce qui arriva à plusieurs missionnaires, notamment au P. Lemoine,
à le
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cour:
At la ri Plus vaste les p n'offr loin se sé encai: